04 mai 2010

L'Invitation : l'amitié peut-elle se tester ?

Si un ami vous appelle à l'aide en pleine nuit, allez-vous lui filer un coup de main ou bien restez-vous tranquillement chez vous ? Cette question est le point de départ de L'Invitation, disponible en librairie depuis quelques jours.

Raphaël est réveillé, au beau milieu de la nuit, par la sonnerie de son portable. Sa première réaction est assez basique : si c'est le boulot, qu'ils aillent se faire foutre, et si c'est un pote, à cette heure-ci, qu'il aille se faire foutre aussi. Mais Raph, au bout du second appel, va tout de même répondre. Il s'agit de son ami Léo, en rade en pleine cambrousse. Cédant d'abord à l'agacement et même à la colère, Raph va se laisser convaincre. Il part rejoindre ce pote qui a besoin de lui.
Pourtant, c'est une drôle de surprise qui l'attend à l'arrivée. Léo n'est pas du tout en panne, il se livre juste à un test. D'autres amis, piégés eux aussi, sont également présents sur les lieux.
Raph est hors de lui. Pendant plusieurs jours, il laisse Léo de côté, bien décidé à lui montrer qu'il n'apprécie pas ses manières. Malgré tout, l'idée fait son chemin dans l'esprit de Raph. Et si lui aussi faisait cet étrange test ? Combien de gens peut-il appeler et, surtout, combien viendraient ? Il y a peut-être des questions auxquelles il vaut mieux ne pas répondre...

Nous avions déjà évoqué Vents d'Ouest à propos de La Cuisine du Diable, nous retrouvons cet éditeur avec cette fois une oeuvre fort différente. Le scénario est de Jim, les dessins de Dominique Mermoux. Graphiquement, l'on est vite conquis par le style doux et fort joli, rehaussé par une colorisation délicate, très bien adaptée au cadre (l'histoire se déroulant principalement de nuit).
Bien sûr, le principal intérêt du récit vient de ce test bizarre autant qu'effrayant qui pose la question de la confiance en amitié. Vaste sujet traité ici avec subtilité et humour. Les dialogues, notamment ceux des deux premiers actes, sont parfaitement ciselés et souvent drôles. Les chapitres suivants glissent peu à peu vers l'émotion et quelque chose de plus amer, ce qui n'entame en rien le plaisir de lecture.
Le propos de l'auteur est suffisamment mesuré pour ne pas verser dans la caricature et, finalement, nous montre ces petites déceptions et ces petits riens, source de grandes joies, dont est fait l'amitié, la vraie, celle qui dure et parvient à surmonter les engueulades et les différences de caractère. Le personnage principal se révèle vite attachant mais aussi touchant, presque le pote idéal en quelque sorte.

Pour l'anecdote, des références à la pop culture sont disséminées dans les planches. L'un des protagonistes évoque Warcraft, il porte un t-shirt Ghostbuster, un autre est surnommé Chewbacca, et, si l'on est attentif, l'on peut même voir un Goldorak trôner sur un meuble. Une façon sympathique de situer l'époque du récit et le milieu dans lequel il se déroule.
Après ces 150 pages, l'auteur nous raconte un peu la naissance de ce projet au travers d'un petit mot.

Une tranche de vie amusante et tendre, une façon simple et pudique d'évoquer la complexité d'une relation amicale.
A découvrir.