11 mai 2010

Shutter Island : entre folie et polar

Adaptation graphique d'un roman noir et angoissant avec Shutter Island.

Le marshal Teddy Daniels et son coéquipier débarquent sur Shutter Island. La petite île abrite un hôpital psychiatrique expérimental réservé aux patients violents et extrêmement dangereux. Or, justement, Rachel Solando, internée pour le meurtre de ses enfants, s'est évadée.
A leur arrivée, les enquêteurs découvrent une bien épineuse situation. Solando est apparemment sortie d'une cellule fermée à clé, elle est passée devant un gardien sans qu'il ne la voie, puis, elle a traversé une salle pleine d'aides-soignants sans que quiconque ne la remarque. Seuls indices retrouvés dans sa chambre ; quelques propos apparemment incohérents, griffonnés sur une feuille :
"La loi des 4", "Ils étaient 80", "Vous êtes 3", "Nous sommes 4", "Qui est 67 ?"
Daniels tente de déchiffrer ce qui pourrait être aussi bien un code que les élucubrations d'une folle. Il aura tout le temps pour cela puisque l'ouragan annoncé vient de s'abattre au large de Boston, coupant la communication et les liaisons maritimes avec le continent.
Bientôt, tout le monde paraît suspect. La paranoïa s'installe.
Isolés, médecins, policiers et malades vont s'entrecroiser dans une quête effrayante pour la vérité.

Ce thriller plutôt bien conçu est issu en fait du roman éponyme de Dennis Lehane et est adapté en BD par Christian De Metter. Il faut souligner la prouesse de ce dernier qui installe très vite des personnages crédibles mais aussi une ambiance visuelle à la fois inquiétante et très esthétique. La colorisation, sorte de subtil dégradé monochrome à l'aquarelle, est également particulièrement bien maîtrisée. Seules petites réserves, une trop grande proximité physique entre certains personnages et une exploitation de l'endroit, si particulier que constitue cet asile, qui aurait pu être plus poussée.
Le récit - qui se déroule dans l'Amérique des années 50 - est habile et réserve son lot de surprises et de fausses pistes. L'on part d'un polar classique, proposant une énigme de départ très excitante, en passant par un complot assez épouvantable pour finir dans les méandres de la psychothérapie.
Malgré parfois une impression de déjà-vu, le lecteur ne peut être sûr de rien avant la toute dernière page. La conclusion est d'ailleurs particulièrement bien amenée et évite les clichés ou les révélations à "tiroirs".

120 planches de bonne BD publiées chez Rivages/Casterman/Noir, une collection qui, comme son nom l'indique, propose des adaptations graphiques de romans noirs. L'édition est soignée, avec un papier de qualité, une cover souple et élégante, et un topo sur les auteurs. Le prix, un peu plus de 17 euros, semble un peu élevé. Enfin, tout est relatif puisque n'importe quel roman bâclé ou merde autobiographique d'un abruti issu de la télévision dépassent bien souvent ce tarif.

Un thriller bien mené et retranscrit en dessins de fort belle manière.