30 juillet 2010

The Mystery Play : et la Lumière ne fut pas

Un titre assez étrange aujourd'hui, avec The Mystery Play. Ou quand trop de mystère tue le mystère.

La petite ville de Townely, touchée par le chômage et la récession, organise un festival à l'approche des élections. Toute la communauté s'implique dans l'organisation de représentations théâtrales basées sur d'anciennes histoires bibliques.
Malheureusement, un drame survient. L'acteur qui jouait le rôle de Dieu est assassiné. Celui qui interprétait Lucifer est soupçonné. C'est l'étrange inspecteur Carpenter qui va mener l'enquête, suivie de près par une journaliste locale rêvant d'écrire l'article de sa vie pour pouvoir enfin donner de l'élan à sa carrière.
L'énigme s'avère coriace et les indices peu nombreux...

Voilà le truc bizarre du mois. Ce graphic novel assez peu épais date de 1994 et est aujourd'hui réédité par Panini. Le scénario est de Grant Morrison, les dessins sont de Jon J Muth, un artiste visiblement doué qui signe ici de fort belles peintures. L'aspect graphique est donc réussi, c'est déjà ça. Pour ce qui est du récit, c'est autre chose.
L'on connaît Morrison pour son run sur la série X-Men (il est notamment à l'origine du massacre de Genosha), pour l'émouvant et magnifique We3 ou encore, chez DC, pour le célèbre - et récemment réédité - Arkham Asylum. C'est dans ce dernier titre qu'il faut chercher un cousinage puisque The Mystery Play va notamment flirter avec la folie et les hallucinations, le tout saupoudré de symbolisme religieux.

Voyons déjà la manière dont Panini nous présente l'oeuvre en quatrième de couverture. L'on nous annonce un "thriller psychologique", alors que l'enquête tourne court et qu'il n'y a aucune tension palpable (les termes conviendraient mieux à un Shutter Island par exemple). L'éditeur nous dit également qu'il s'agit de l'un des "joyaux" de la collection Vertigo. Si effectivement la gamme en contient un bon nombre, l'éclat de celui-ci paraît tout de même bien terne en comparaison. Enfin, l'on nous explique que l'oeuvre illustre "le pouvoir dévastateur de la peur et de la médisance". On n'a pas dû lire la même chose, parce que je me demande bien à quel moment cette thématique est abordée...
Bref, une présentation bien déroutante. Il faut dire que l'histoire l'est également, avec notamment une fin totalement incompréhensible (si quelqu'un a une théorie, je suis curieux de la connaître). Si l'on a de belles images devant les yeux, l'on reste totalement à la surface de ce récit sans enjeux, aux personnages fades et à l'intrigue inexistante. Tout cela possède l'aspect de quelque chose de très intelligent et subtil, mais la dernière page tournée, l'on a surtout l'impression d'une mauvaise farce tant la nébulosité du propos s'avère déroutante. Et si le manque de clarté est volontaire de la part de l'auteur, l'on peut alors s'interroger sur l'intérêt de cette démarche bien cavalière, car s'il est toujours possible de laisser un certain flou sur un éventuel message, il est bien plus discutable d'entretenir à dessein un non-sens permettant de donner l'illusion, et l'illusion seulement, de la profondeur.

De belles planches au service de personnages éteints et d'une conclusion opaque.
Très largement dispensable.