23 août 2010

Rex Mundi - Le Gardien du Temple

Sorcellerie, intrigues politiques et meurtres, le tout dans une uchronie prenant place dans l'Europe des années 30, voilà le menu alléchant de Rex Mundi.

Lorsque le père Marin se fait dérober un document secret dont il avait la charge, il s'adresse tout naturellement à son ami, le docteur Julien Saunière. Ce dernier mène l'enquête et va vite découvrir que l'affaire dépasse largement le cadre d'un simple vol.
Saunière remonte une piste dangereuse sur laquelle les cadavres ne tardent pas à s'amonceler. C'est d'abord une prostituée qui se fait éliminer dans ce qui semble être une sorte de sacrifice rituel, puis le père Marin disparaît à son tour dans un étrange accident. L'Inquisition et les plus hautes autorités de l'état s'intéressent de près à ces évènements. Saunière dérange. Involontairement, il contrarie des personnes déterminées, puissantes et dangereuses.
Pendant que le jeune médecin se démène pour découvrir la vérité sur les récents assassinats, la situation internationale se dégrade. Les relations avec l'empire de Prusse sont déjà tendues mais c'est surtout la guerre avec l'empire Ottoman et l'émirat de Cordoue qui menace. En effet, le duc de Lorraine, contre l'avis du roi lui-même, harangue régulièrement la Chambre des Epées et incite ses membres à épouser sa cause : coloniser la Terre Sainte afin d'endiguer la menace islamique, de faire main basse sur les ressources naturelles de Palestine et du Sinaï et de redonner à la France sa place de puissance majeure.
Pour le docteur Saunière comme pour le monde, le pire est à venir...

Voici un premier tome tout à fait fascinant dont l'intrigue se déroule dans un univers à la fois fouillé et original. C'est Eric Johnson qui se charge des dessins. L'artiste nous gratifie d'une ambiance à la fois réaliste et sombre, avec de fort jolies planches. Il y a bien quelques petits soucis parfois de proportions ou de perspective, mais rien de rédhibitoire.
Le récit est mené de main de maître par un Arvid Nelson très inspiré. Bien évidemment il s'agit d'un polar, mais le contexte et sa richesse en font une oeuvre résolument à part. Il n'est d'ailleurs pas inutile de se pencher un peu sur ce passé réinventé. Dans cette Europe des années 30, la magie existe et des Guildes régissent les différents corps de métier. Des tensions internationales, que ce soit au sein du Saint Empire Romain ou aux frontières d'une Europe menacée par les nations islamiques, rendent l'avenir incertain. En France, le roi Louis XXII doit composer avec une Inquisition omniprésente qui semble défier de plus en plus son autorité. Aristocrates et haut dignitaires de l'Eglise intriguent pour prendre le pouvoir et, ce faisant, fragilisent une monarchie constitutionnelle enserrée dans un ordre moral et un obscurantisme étouffants.

L'une des astuces employées par l'auteur pour mettre sur pied cet énorme background consiste à placer régulièrement, en fin de chapitre, une ou deux pages d'un journal d'époque qui permet ainsi de renseigner le lecteur sur les institutions et la culture de cette Europe alternative.
Les informations ne se limitent pas au vieux continent puisque l'on apprendra, par le biais de quelques articles, que l'Amérique du Nord est scindée en deux et partagée entre Etats Confédérés d'Amérique et République Fédérale Américaine. Là encore, le côté très documenté de ces petites présentations facilite l'immersion.
C'est d'ailleurs clairement ce cadre général ambitieux qui est le centre d'intérêt de la série. Le personnage principal, un peu passe-partout (non, pas le nain !), n'étant qu'un prétexte pour pénétrer dans les méandres de cette société française habilement revisitée.

Le Livre Un de ce titre avait déjà été publié voici quelques années par Semic.
C'est cette fois Milady qui réédite ce premier tome et, comme souvent avec cet éditeur, l'ouvrage a été enrichi de nombreux bonus.
L'on trouvera une introduction de Joshua Dysart, un petit mot du scénariste, une carte représentant l'Europe politique de cette époque imaginaire, une galerie d'illustrations et, surtout, un épisode supplémentaire (de 38 planches tout de même) qui fait office de numéro #0 et avait été utilisé à l'époque en tant que web comic gratuit afin de promouvoir la série principale.
La traduction française, de Philippe Touboul et Philippe Tullier, est un modèle du genre, d'autant qu'elle s'avère en volume plus conséquente qu'il n'y parait (en y ajoutant les fameux articles de journaux).

Un univers passionnant et cohérent dans lequel l'on plonge avec un plaisir non dissimulé.
Vivement conseillé.