12 octobre 2010

Batman : Silence

Sortie demain de la célèbre saga Batman : Silence en Deluxe. On se penche tout de suite sur l'histoire et les particularités de cette réédition.

Tout commence par l'enlèvement d'un gamin dans Gotham. Batman, bien entendu, intervient pour sauver l'innocent. Là il tombe sur Killer Croc, un vieil ennemi dont les méthodes semblent avoir changé. Ce n'est pas tout, alors que Catwoman semblait s'être rangée, la voici qui vole la rançon et s'enfuit. Bientôt, d'autres adversaires du Dark Knight vont surgir, en changeant également leur mode opératoire, comme s'ils étaient manipulés et faisaient partie d'un vaste complot.
Harley Quinn, le Joker, Poison Ivy, tous obéissent à un scénario minutieusement construit. Dans l'ombre, un vieil ennemi de Batman, quelqu'un qui connaît tous ses secrets, est en train d'oeuvrer pour provoquer sa perte.
Même les dons de détective de Bruce Wayne ne paraissent pas en mesure de venir à bout de l'énigme et du piège qui se referme lentement sur lui. Il faut dire qu'il a quelque peu la tête ailleurs depuis qu'il s'est rapproché de Selina, la belle et indomptable Catwoman. La jeune femme l'obsède. Batman est sur le point de céder, de baisser sa garde, de... lui faire confiance. Mais l'amour est-il seulement possible entre un justicier et une ex voleuse ?

Cet arc, en douze épisodes, n'est nullement une mini-série mais est issu de l'on-going Batman. Malgré ce fait, l'histoire, qui date de 2003, est particulièrement accessible et s'auto-suffit pleinement. Le scénario est écrit par Jeph Loeb (Batman : The Long Halloween, Superman : For All Seasons, Spider-Man : Blue), les dessins sont de Jim Lee.
Graphiquement, difficile de ne pas être immédiatement conquis par ces superbes planches. Angles de vue inventifs, postures savamment étudiées, décors fouillés, colorisation parfaite, tout y est. Ou presque, les visages étant, eux, un peu trop semblables parfois. L'essentiel des personnages étant la plupart du temps en costume, ce n'est cependant pas un trop gros problème.
Le récit est une classique enquête permettant de faire appel à un grand nombre d'ennemis habituels de Batman. Les apparitions de certains d'entre eux donnent d'ailleurs lieu à de très grands moments, avec notamment des dialogues parfaitement ciselés. Les fausses pistes et les rebondissements s'enchaînent jusqu'au dénouement final, le tout accompagné par une intrigue sentimentale qui a le bon goût de ne jamais tomber dans la mièvrerie. Bref, du grand Loeb, à mille lieues de ses égarements sur Hulk...

On passe maintenant à l'adaptation. La traduction est plutôt correcte mais malheureusement pas parfaite. L'on peut trouver des erreurs grossières ("quelques" à la place de "quels que") et surtout un choix assez étrange lors de la scène où l'épouvantail fait son numéro. Celui-ci est censé chanter "The Sound of Silence", de Simon & Garfunkel, ce qui est tout de même plutôt pas mal comme "bande son". Seulement, au lieu de conserver le texte original, le traducteur a opté... pour la version française qu'avaient interprété en leur temps Richard Anthony et Marie Laforêt ! Autant dire que cela donne une infâme touche franchouillarde à ce qui était au départ un coup de génie. L'on rejoint là ce qui différencie la traduction pure et dure et le véritable travail d'adaptation, censé conserver la magie de l'oeuvre. S'il s'agissait d'un problème de compréhension lié aux non anglophones, de petits pavés de texte en bas de page pouvaient fort bien rendre compte du sens des paroles sans dénaturer la chanson.
L'Epouvantail qui chante du Richard Anthony... pourquoi pas du Frédéric François ?
Alors, c'est un Deluxe. Qui dit Deluxe dit normalement bonus. Sauf que les porte-paroles de Panini ont récemment prétendus qu'il n'avait jamais été question de suppléments dans cette collection. Un peu gros vu que c'est pourtant ce qui est proclamé dans la présentation de chaque ouvrage. Celui-ci ne fait pas exception à la règle puisque l'on peut lire, sur le repli de la jaquette : "chaque album accueille un récit complet accompagné de bonus". Or ici que trouve-t-on ? Ben rien. Ah si, les covers, donc le strict minimum, et encore, elles ne sont même pas en taille réelle puisque les vendeurs d'autocollants ont réussi à en fourguer trois par page. A 30 euros le Deluxe, les puristes apprécieront...

Une très bonne histoire, joliment illustrée, mais subissant malheureusement le traitement paninien qui oscille entre maladresse involontaire et escroquerie pure et simple.