Les comics avec zombies "inside" ont plutôt le vent en poupe en ce moment. Petit retour sur Zombie Highway, une variation pleine d'humour et de situations improbables.Yeti, Tag, Mouse et Kuji sont des voyous engagés pour dérober un livre ancien traitant de puissances occultes. Le cambriolage ne se passe pourtant pas très bien puisque les voilà cernés par la police et retranchés dans une maison isolée. Alors que la situation semble être dans une impasse, les quatre voleurs sont tirés d'affaire grâce à un retournement de situation inattendu : les flics viennent d'être dévorés par des morts, revenus à la vie !
La petite bande en profite pour tailler la route. Cependant, les zombies ne sont pas - et de loin - leur seul sujet de préoccupation. Non seulement le type à qui ils doivent remettre leur butin s'avère être un véritable psychopathe, mais en plus, les rencontres qu'ils feront en chemin ne seront pas toutes très agréables, surtout lorsqu'il s'agit d'une bande de ploucs à la gâchette facile...
Des zombies l'on connaît les versions Marvel, l'aspect dramatique et réaliste de The Walking Dead, ce que Hitler a voulu en faire ou encore leur présence inquiétante dans la moite torpeur de Floride. Cette fois, nous allons en découvrir un côté bien moins effrayant avec ce Zombie Highway écrit par Jason Pell et dessiné par Roberto Viacava. Le ton est tout de suite donné avec l'un des protagonistes qui, pour échapper aux hordes affamées, se retrouve rapidement à moitié nu puis très bizarrement vêtu. Chaque membre du quatuor tient d'ailleurs un rôle précis : le souffre-douleur, le taciturne qui bute tout le monde, le boss qui a la tête sur les épaules et le frimeur un peu chiant. Cela pourrait
paraître caricatural si ça ne fonctionnait pas finalement très bien. Ainsi, entre les (rares) attaques de zombies et une sorte de remake soft de Deliverance, le lecteur a surtout droit à des moments loufoques, que ce soit une drague un peu poussée d'un patron de bar ou encore une envie de monopoliser les toilettes qui se termine de façon assez violente. ;o) Si le premier tome est en noir et blanc, le deuxième gagne à passer à la couleur. Les deux sont disponibles en VF chez Wetta Worldwide. Si vous avez du mal à trouver le premier, sachez qu'il est encore disponible sur Cuult (site testé : envoi très rapide et emballage béton). D'un point de vue pratique, l'éditeur nous offre une adaptation sérieuse, avec hardcover, papier glacé et une traduction de qualité. Une occasion de rappeler le professionnalisme dont fait régulièrement preuve Frédéric Wetta, que ce soit à travers des titres super-héroïques (Batman vs Predator) ou plus rock n' roll (Kiss). Une lecture agréable et divertissante, sur un ton décalé et sans prétention.
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Un petit mot sur Jean Ferrat, homme de lettres et de convictions qui, au-delà de son engagement politique, avait su en son temps
emmener son art là où tout art doit finir par aboutir : sur un terrain friable qui dérange les habitudes et bouscule les dogmes. Il l'a cependant toujours fait sans violence et avec un incomparable talent. Voici l'un de ses textes. Je n'avais que l'embarras du choix tant il a été, avant les masses, de tous les combats : lutte contre la misogynie, le modernisme condescendant ou encore les abus de certains qui n'hésitent pas à usurper des "prestiges" qui ne sont pas les leurs. Toutefois, celui-ci me semble extraordinairement réussi tant la poésie qu'il dégage tranche avec l'horreur de l'infamie qu'il évoque.
Ferrat disait qu'il ne chantait pas pour passer le temps. Qu'il peignait la réalité et qu'il n'avait pas à s'en excuser. Notre époque n'a malheureusement pas beaucoup changé sur le fond. Et la perte de cet honnête homme ne va certainement pas l'arranger...
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent
Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été
La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir
Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le Ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux
Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues
Les allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers
On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'Histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare
Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez
Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent
Nuit et Brouillard, Jean Ferrat