30 juillet 2010

Ailleurs sur la Toile : des mots, du sang et des rêves

D'habitude, cette rubrique est vicieusement cachée sous un article. Cette fois, hop, on saute le pas pour mettre à l'honneur une petite sélection, totalement subjective, de ce qui est à lire sur le Net.

On commence par des chroniques consacrées à Inception, un film dont le sujet semble tout à fait passionnant. Je n'ai pas encore pu le voir mais je vous invite à lire les avis - fort différents - de Talking Wade ou Culture en Pagaille.
En tout cas, après les excellents Insomnia ou Memento, il y a tout lieu de donner une chance à cette nouvelle oeuvre de Christopher Nolan.

On change radicalement de sujet avec un article pas très récent mais incontournable lorsque l'on s'intéresse de près ou de loin à l'un des outils principaux de la création artistique : la langue française.
Titiou Lecoq nous parle, dans Quand l'état français réinvente le What the Fuck, des commissions et des nombreux fonctionnaires chargés de franciser les termes anglais qui n'ont pas d'équivalents dans la langue de Molière et de Diam's. Le résultat (et le temps à peine croyable consacré à ces travaux) mérite le détour. Cela pourrait être drôle, c'est en fait pitoyable. Les exemples sont suffisamment parlants en tout cas.

Un blog consacré à des chroniques SF et Fantasy : Le Dragon Galactique. Sujets variés, franc-parler et plume sympathique et agréable. A noter : Tigger Lilly, l'auteur, propose souvent des extraits des oeuvres qu'elle chronique. Un petit plus indéniable et qui demande beaucoup de travail.

Enfin, un petit coup de coeur : Freakosophy. Si vous lisez Univers Marvels & autres Comics depuis un certain temps, vous savez que j'aime parfois m'embarquer dans des analyses psychologiques ou philosophiques, d'où mon intérêt lorsque les auteurs de ce site, profs de philo, ont attiré récemment mon attention sur leurs articles.
Au travers de sujets plutôt intéressants et aussi divers qu'une analyse psychologique sur Batman, un essai sur les droits des vampires en tant que communauté ou encore le déterminisme social chez les super-héros, les super-profs allient pop culture et domaines plus installés et institutionnels. Même si l'on peut être en désaccord parfois avec certains postulats, la démarche est saine et mérite d'être mise en avant.

On a fait le tour pour aujourd'hui. Peu de sites différents, mais beaucoup à lire. Profitez-en car, en librairie, ce mois de juillet s'avère d'une sècheresse quasi déprimante. Un peu de cul et de réflexion ne seront donc pas de refus. ;o)

The Mystery Play : et la Lumière ne fut pas

Un titre assez étrange aujourd'hui, avec The Mystery Play. Ou quand trop de mystère tue le mystère.

La petite ville de Townely, touchée par le chômage et la récession, organise un festival à l'approche des élections. Toute la communauté s'implique dans l'organisation de représentations théâtrales basées sur d'anciennes histoires bibliques.
Malheureusement, un drame survient. L'acteur qui jouait le rôle de Dieu est assassiné. Celui qui interprétait Lucifer est soupçonné. C'est l'étrange inspecteur Carpenter qui va mener l'enquête, suivie de près par une journaliste locale rêvant d'écrire l'article de sa vie pour pouvoir enfin donner de l'élan à sa carrière.
L'énigme s'avère coriace et les indices peu nombreux...

Voilà le truc bizarre du mois. Ce graphic novel assez peu épais date de 1994 et est aujourd'hui réédité par Panini. Le scénario est de Grant Morrison, les dessins sont de Jon J Muth, un artiste visiblement doué qui signe ici de fort belles peintures. L'aspect graphique est donc réussi, c'est déjà ça. Pour ce qui est du récit, c'est autre chose.
L'on connaît Morrison pour son run sur la série X-Men (il est notamment à l'origine du massacre de Genosha), pour l'émouvant et magnifique We3 ou encore, chez DC, pour le célèbre - et récemment réédité - Arkham Asylum. C'est dans ce dernier titre qu'il faut chercher un cousinage puisque The Mystery Play va notamment flirter avec la folie et les hallucinations, le tout saupoudré de symbolisme religieux.

Voyons déjà la manière dont Panini nous présente l'oeuvre en quatrième de couverture. L'on nous annonce un "thriller psychologique", alors que l'enquête tourne court et qu'il n'y a aucune tension palpable (les termes conviendraient mieux à un Shutter Island par exemple). L'éditeur nous dit également qu'il s'agit de l'un des "joyaux" de la collection Vertigo. Si effectivement la gamme en contient un bon nombre, l'éclat de celui-ci paraît tout de même bien terne en comparaison. Enfin, l'on nous explique que l'oeuvre illustre "le pouvoir dévastateur de la peur et de la médisance". On n'a pas dû lire la même chose, parce que je me demande bien à quel moment cette thématique est abordée...
Bref, une présentation bien déroutante. Il faut dire que l'histoire l'est également, avec notamment une fin totalement incompréhensible (si quelqu'un a une théorie, je suis curieux de la connaître). Si l'on a de belles images devant les yeux, l'on reste totalement à la surface de ce récit sans enjeux, aux personnages fades et à l'intrigue inexistante. Tout cela possède l'aspect de quelque chose de très intelligent et subtil, mais la dernière page tournée, l'on a surtout l'impression d'une mauvaise farce tant la nébulosité du propos s'avère déroutante. Et si le manque de clarté est volontaire de la part de l'auteur, l'on peut alors s'interroger sur l'intérêt de cette démarche bien cavalière, car s'il est toujours possible de laisser un certain flou sur un éventuel message, il est bien plus discutable d'entretenir à dessein un non-sens permettant de donner l'illusion, et l'illusion seulement, de la profondeur.

De belles planches au service de personnages éteints et d'une conclusion opaque.
Très largement dispensable.

28 juillet 2010

The Astounding Wolf-Man

Toujours de la VO aujourd'hui avec un titre mélangeant loups-garous, vampires et super-héros : The Astounding Wolf-Man.

Gary Hampton, richissime chef d'entreprise, n'a pas réellement des goûts de luxe puisqu'il passe ses vacances dans un modeste camping du Montana. C'est malheureusement là, en plein milieu des bois, qu'il se fait attaquer par une bête sauvage. Ses blessures sont telles que son pronostic vital est engagé. Pourtant, après quelques semaines, il est complètement remis, au grand étonnement des médecins qui penchaient pour une très longue convalescence.
Mais surtout, Gary a changé. La nuit, il se transforme maintenant en animal féroce. Il est devenu un... loup-garou. Sous le nom de Wolf-Man, Gary va alors tenter de mettre ses nouveaux dons au service de la communauté. Il va surtout bénéficier de l'aide de Zechariah, un vampire qui semble en savoir long sur les créatures de la nuit et leurs étranges pouvoirs.
Ce que Gary a oublié un peu vite, c'est qu'il doit maintenant faire face à une malédiction qui mettra en péril son statut professionnel, son couple et même la vie de ses proches.

Voici donc une série Image écrite par Robert Kirkman. Le scénariste est surtout connu pour son magnifique et profond The Walking Dead mais The Astounding Wolf-Man se rapproche plutôt, en ce qui concerne le ton et l'ambiance graphique, d'un Invincible ou des Marvel Team-Up du même auteur.
Les dessins sont l'oeuvre de Jason Howard, qui se charge également de l'encrage et de la colorisation. Style très cartoony, parfois un peu simpliste, avec de larges aplats de couleurs flashy. Le résultat est loin d'être désagréable mais peut éventuellement rebuter le public adulte.
Intéressons-nous un peu au récit en lui-même. Nous sommes dans du super-héroïque assez classique, avec bons sentiments, injustices flagrantes et base secrète à la Batman. Les personnages étant relativement lisses, il est difficile de réellement accrocher lors des premiers épisodes.
Pourtant, la série est loin d'être aussi naïve et inintéressante que l'on pourrait le croire.

Tout d'abord, plutôt que de mettre l'accent sur de vagues super-vilains à combattre, Kirkman va rapidement faire tourner son histoire autour du rôle très ambigu du mentor de Wolf-Man. Le lecteur va ainsi découvrir peu à peu les secrets de chacun mais aussi l'organisation ou encore les différents besoins ou tares des loups-garous.
Kirkman va également asséner régulièrement quelques puissants cliffhangers dont il est coutumier. La trame gentillette bascule assez rapidement vers le drame voire la pure boucherie (heureusement fortement aseptisée par le style graphique employé).
Le premier TPB regroupe les sept premiers épisodes et se termine sur une véritable scène choc. Le deuxième recueil, un peu moins épais, s'avère également très intéressant. Non seulement parce que l'auteur entraîne ses personnages dans une voie radicalement nouvelle, mais aussi parce que Kirkman s'amuse à parsemer son récit de clins d'oeil à ses autres sagas. Une rencontre a notamment lieu entre Wolf-Man et Invincible et la fille de Gary engage Damien Darkblood. Rappelons que ce détective, sorte d'hommage très direct au Rorschach de Watchmen, avait déjà mené une enquête dans Invincible.

Chaque recueil est disponible au prix dérisoire de 11,81 euros, port compris. Le niveau d'anglais requis est particulièrement bas, les dialogues ne nécessitant pas de connaissances très pointues pour être parfaitement appréhendés. Enfin, chaque volume dispose d'une importante galerie de croquis, qui plus est commentés, en bonus (20 pages tout de même pour le premier, douze pour le deuxième).
Aucun éditeur français ne s'étant penché sur ce titre, la VO est donc chaudement recommandée.

Une série sympathique qui, sans être du niveau des meilleurs travaux de Kirkman, recèle de bonnes surprises et se muscle au fil des épisodes.

26 juillet 2010

Rétrospective estivale, partie 4 : Inhumains

Ultime chapitre de notre petite rétrospective de l'été avec cette fois une maxi-série Marvel Knights intitulée tout simplement Inhumans.

Le peuple Inhumain est issu d'une ancienne expérience extraterrestre, les Krees s'étant livrés à d'étranges manipulations génétiques sur des humains primitifs, il y a de cela plus de 25 000 ans. De nos jours, ces êtres à part vivent pacifiquement au sein de la noble cité d'Attilan. Loin des hommes et de leur air vicié, le puissant Blackagar Boltagon règne sur des sujets dévoués. Il veille notamment à ce que la tradition se perpétue.
A l'adolescence, les Inhumains doivent passer par un rite initiatique particulier. Exposés aux brumes tératogènes, ils subissent alors une mutation qui fera d'eux des êtres uniques. Ainsi, la génocratie en place pense maintenir l'égalité par la différence.
Il suffit pourtant que l'une de ces cérémonies se déroule d'une manière inattendue pour que le fragile équilibre soit rompu. Dans l'ombre, Maximus, le frère déséquilibré du roi, rumine sa vengeance. Pire encore, la menace vient également de l'extérieur, des mercenaires étant prêts à attaquer Attilan pour en percer les secrets technologiques.
L'avenir de toute une nation est maintenant entre les mains de Black Bolt. Dans une telle situation de crise, tout le monde s'attend à ce qu'il réagisse promptement. Pourtant, le monarque reste sans réaction. Alors que sa propre épouse est enlevée, que les premiers inhumains tombent sous le feu ennemi et que le champ de protection qui entourait la cité commence à céder, Black Bolt regarde son monde s'écrouler sans rien tenter.
Bientôt, il va perdre la confiance de ses proches...

C'est en 1998 que sort ce récit en douze épisodes. Le scénario est écrit par Paul Jenkins (Révélations, Civil War : Front Line, Penance : Relentless, Captain America : Theater of War), Jae Lee est, lui, en charge de la partie dessin. Graphiquement, c'est magnifique, même si l'encrage de Lee peut paraître parfois un tantinet précieux. Black Bolt, son épouse Medusalith, ou les autres membres de la famille royale ont tous fière allure. Les poses, les regards noirs, perdus vers l'horizon, leur donnent une classe folle et un côté tragique indéniable. L'on perd toutefois en dynamisme ce que l'on gagne en prestance, les protagonistes ayant parfois l'air un peu figés. Mais rien de bien méchant au final.
Venons-en à l'histoire en elle-même. Il faut souligner le fait qu'elle est très accessible et peut même servir de point d'accès aux lecteurs qui n'auraient jamais entendu parler des Inhumains. Jenkins parvient à dresser un portrait très complet de leurs coutumes et de leur société. Il évoque notamment avec habileté - et avec la finesse d'écriture qu'on lui connaît - la crainte précédant l'exposition aux brumes tératogènes et le traumatisme qui peut en résulter. Rappelons que les mutations sont très aléatoires. Si l'on peut ressortir de la cérémonie avec un pouvoir sympa, il est également possible de se retrouver avec une trompe à la place du nez ou une peau recouverte d'écailles... il y a donc de quoi appréhender un minimum. ;o)

Malheureusement, après les premiers chapitres, Jenkins abandonne la piste sociale pour revenir à un affrontement plus classique entre humains cupides et Inhumains (longuement) assiégés. Les jeunes, que l'on avait découvert un peu avant leur mutation, sont notamment trop peu utilisés par la suite.
Certaines scènes parviennent néanmoins à maintenir l'intérêt de l'ensemble, ne serait-ce que la petite séance de restructuration capillaire dans laquelle un Maximus plus vicieux que jamais se met en devoir de couper la magnifique chevelure de Medusa, en cherchant ainsi à l'humilier et à la priver de la source de son pouvoir.
Le final est un peu facile et peine à convaincre de la nécessité, pour Black Bolt, de mettre ainsi au point un plan secret si risqué et à la finalité peu évidente. Toutefois, même si cette seconde partie s'avère plus convenue, la qualité des premiers épisodes - et surtout l'exposition de la culture inhumaine - rend le tout digeste et bigrement intéressant.
La série a été publiée en France dans la défunte revue Marvel Knights, cependant, c'est surtout la VO que l'on peut conseiller, avec un TPB regroupant l'ensemble de la saga, une introduction (inintéressante au possible) d'Alex Ross et un petit carnet de croquis de cinq planches.
Softcover et papier glacé pour une quinzaine d'euros, ce qui reste très abordable pour un ouvrage de plus de 280 pages.

Un Jenkins qui dépeint, comme il sait si bien le faire, des personnages profonds et torturés.
A découvrir.

21 juillet 2010

Rétrospective estivale, partie 3 : From Hell

Petit voyage aujourd'hui dans l'Angleterre victorienne avec le colossal From Hell, un énorme pavé, d'une précision inouïe, qui nous emmène sur les traces du célèbre Jack l'éventreur.

Est-il encore utile de situer le cadre de cette sinistre histoire passée à la postérité ? Il s'agit, bien évidemment, d'une variation sur les horribles meurtres de prostituées ayant secoué, en 1888, le quartier londonien de Whitechapel. Mais cette fois, après moult enquêtes, romans ou même films, c'est Alan Moore en personne qui s'intéresse au sujet et en livre une version exceptionnelle de maîtrise et de profondeur.
Revenons d'abord un peu sur ce vieux ronchon barbu de Moore. L'auteur n'a pas que de bons côtés (et de loin ! cf cet article) mais il faut lui reconnaître, lorsqu'il abandonne ses obsessions nauséeuses et ses théories politiques, aussi simplistes que fumeuses, qu'il reste un exceptionnel architecte de l'imaginaire. Le terme n'est pas choisi au hasard mais nous y reviendrons plus tard. Surtout, Moore va développer une intrigue fort longue - sur plus de 500 pages - et nous plonger au coeur d'une ville et d'une époque qui, sous sa plume, vibrent d'un réalisme peu commun.
Autrement dit, nous sommes ici en présence d'une oeuvre culte, portée par un Moore inspiré et visionnaire. A ranger aux côtés donc, dans un autre registre, de ses autres réussites, comme Watchmen ou La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et au strict opposé de l'écoeurant V pour Vendetta.

Graphiquement, avouons-le, le style est austère. Eddie Campbell nous livre des planches en noir et blanc, dans un style hachuré, tout à l'encre de chine (ne vous laissez pas abuser par la dernière illustration, à la fin de l'article, ce genre de case à l'aquarelle constitue une exception). Si certains lieux et monuments bénéficient d'un soin particulier, les personnages, eux, sont souvent très difficilement reconnaissables, ce qui constitue une véritable gêne à certains moments, notamment dans les premiers chapitres où le récit semble parfois confus.
Il faut attendre le chapitre 4 pour commencer à avoir des frissons et entrevoir la puissance et l'audace de Moore. Dans cette partie, le docteur Gull abreuve son partenaire et cocher d'un hallucinant monologue sur l'architecture et les secrets de la franc-maçonnerie. Le lecteur a alors l'impression de se déplacer dans Londres tout en découvrant quelques-uns de ses secrets les mieux cachés et, pourtant, les plus visibles.
Outre l'hypothèse du complot, impliquant la famille royale, les francs-maçons et même la police anglaise, Moore livre une réflexion d'une rare intelligence sur l'Homme et les diverses aspirations ou interrogations qui influent sur sa vie. L'auteur, s'il fustige avec un plaisir évident le rôle puant des media dans l'excitation constante des plus bas instincts de la masse, s'offre aussi le luxe de partir dans des considérations métaphysiques sur la destinée ou l'atemporalité de nos actes, le tout à coup de visions choc ou de scènes plus intimistes et complexes qui, d'ailleurs, ne se révèlent totalement que sur la longueur du livre, comme si justement des "trous" chronologiques existaient et permettaient d'étranges liens entre passé, présent et futur. Il développe également une thématique passionnante sur le symbolisme de l'Atlantide et la dualité entre conscient et inconscient, raison et magie, science et croyances, le tout magnifié dans une lutte imaginaire (ou pas) entre déesses anciennes et hommes pressés d'asseoir un règne fragile.
Autrement dit, de l'artillerie lourde. Du genre que fort peu d'auteurs sont capables de manier. Ou en tout cas de manier correctement, sans se faire péter leurs obus à la tronche.

Signalons que les actes violents sont ici considérablement aseptisés par le dessin, pour le moins peu voyeuriste. Le sexe est également présent et parfois explicite, mais nous sommes loin des excès d'un Lost Girls. Néanmoins, l'ouvrage, par son ton, sa complexité et son sujet, est à réserver à un public adulte.

L'édition dont il est question ici, publiée par Delcourt, comporte deux énormes appendices qu'il est absolument nécessaire d'aborder.
Le premier se présente sous la forme d'annotations aux chapitres, rédigées par Moore. Plus de quarante pages de texte resserré, s'étalant sur trois colonnes. La densité des informations est énorme. Le scénariste y dévoile ses sources, diverses anecdotes historiques et de très nombreuses précisions en tout genre, notamment sur les concordances ou hasards qui ont motivé certaines scènes. A ne pas rater, ne serait-ce que pour se rendre compte de l'immense travail effectué par l'artiste.
Le second appendice, sous forme dessinée, retrace l'histoire des différentes interprétations, légendes et fictions qui ont découlé des évènements de Whitechapel. Là encore, le propos, mesuré et sensé, permet de prendre du recul et de reconsidérer, à l'aune de la mesquinerie humaine, l'élan populaire qui, à travers la fascination morbide ou l'appât du gain, peut jaillir d'un fait divers atroce.

Moore ne se contente pas d'écrire une histoire dans laquelle il jetterait négligemment de vagues références. Il livre là un monument, patiemment construit et pensé, pierre par pierre, jusqu'à former un édifice solide, imparable, dans l'ombre duquel il est bon d'être englouti, conscient de la terreur et de la magnificence qu'il inspire.
Il reste néanmoins qu'il manque à From Hell l'essentiel de ce qui émane des réalisations d'Hawksmoor : un esthétisme qui attire l'oeil et incite le passant à pénétrer les lieux. Cet élitisme - ou nonchalance pour le moins - visuel est à déplorer car il éloignera sans doute certains lecteurs.

" Libre de la vie, comment alors serai-je enchaîné ? Libre du Temps, comment alors l'Histoire sera-t-elle ma cage ?
Je suis une onde, une influence.
Qui, alors, sera à l'abri de moi ?"
Sir William Gull, sous la plume d'Alan Moore

20 juillet 2010

Grand Jeu de l'été Cable's Chronicles

Un article un peu spécial aujourd'hui puisqu'il s'agit d'une participation à un jeu de piste, organisé par Cable's Chronicles, et invitant les internautes à voyager à travers divers sites et blogs spécialisés dans les comics (tous les détails et explications détaillées se trouvent sur cette page).
Si vous êtes ici, le coeur battant et les yeux grands ouverts (l'inverse n'étant pas conseillé sur un plan médical), c'est que, moi aussi, j'ai un indice à vous donner. Tel une sorte de Père Fouras, je tripote mon bouc et en viens à l'essentiel en prenant une voix grave et un air sérieux.

Ooooh, noble voyageur, toi qui t'épuise sur les chemins du Net depuis si longtemps, sache que le petit papa Neault peut te venir en aide. Néanmoins, bien que ce ne soit pas l'envie qui m'en manque, une absurde malédiction m'interdit de te donner tout de suite ce que tu cherches. Je suis obligé de m'exprimer par énigme, ce qui n'est pas facile, tu t'en doutes (surtout quand je dois rédiger la liste des courses lorsque c'est ma douce moitié qui se rend au Leclerc du coin).

Bon, voici ma question. Luther Arkwright, tout comme toi, a visité bien des mondes pour pouvoir sauver le multivers (bon, ok, toi tu veux juste un cadeau, mais on fait comme si). Mais, sais-tu sur quel parallèle Londres subissait une dictature puritaine ?
Peut-être la mémoire te fait-elle défaut, car tu es fatigué. Ou vieux. Ou drogué.
Dans tous les cas, je vais t'aider. En cliquant sur la bonne réponse, afin de l'énigme résoudre, un indice tu obtiendras.

Etait-ce le parallèle :

- 00.72.87
- 00.00.00
- 00.06.16
- 20.07.72

Bien sûr, la bonne réponse est ici, quelque part sur ce blog. Tu la trouveras en faisant preuve de ruse, de courage et d'abnégation. Et ainsi, peut-être sauveras-tu la cheerleader. Hein ? Ah, on me dit que ça n'a rien à voir, elle peut crever, mais toi, tu auras un indice de plus ! Ce qui n'est déjà pas si mal.

Je rappelle que les gagnants remporteront, dans l'ordre :
- une statuette Psylocke d'une valeur de 279 €
- un pack de 19 comics VO, d'une valeur d'environ 100 €
- un pack comics VF, de 80 € environ.

Le jeu se déroule du 5 juillet au 22 août minuit.


19 juillet 2010

News en Vrac (2)

Réussissant à vaincre la torpeur due à la chaleur estivale, et repoussant l'envie d'aller passer mes vacances au Groenland, je vous livre quelques infos à propos du blog et de quelques publications récentes ou à venir.

Première bonne nouvelle, Chew sortira en septembre chez Delcourt, sous le titre Tony Chu, Détective Cannibale. J'ai pu lire la traduction qui n'était que provisoire mais qui était déjà de grande qualité, comme très souvent chez cet éditeur.
Un titre à conseiller en tout cas (cf cette chronique de la VO).

Sortie ce mois d'un nouveau magazine intitulé Planet Hero et consacré, évidemment, aux super-héros (au sens large puisque l'on y parle même de Jonah Hex). Plus que de comics, il est surtout question d'adaptations ciné, de DA ou de séries TV. Je ne suis pas très fan de la mise en page mais les textes sont plutôt bien écrits (si l'on excepte l'agaçante manie de dire "la" Marvel et d'écrire "comics" avec un "s", même quand le mot est au singulier).

Toujours dans les magazines, un hors série de Geek, spécial technologies, est prévu pour fin août. Je serai le seul à jouer les réfractaires au "progrès" en y défendant le papier face aux écrans et aux pixels. ;o)
(cf cette petite présentation pour ceux qui ne connaitraient pas le mag)

Pour ceux qui sont intéressés par les excellentes publications de Phylactères (Non?Si!, VHB, Bertrand Keufterian...) mais qui étaient un peu refroidis par le mode de paiement (par chèque uniquement), sachez qu'un service paypal va bientôt être installé afin de faciliter les transactions.
Toujours concernant ce brave Bertrand Keufterian, je signale un reportage très sympa - et vraiment bien fichu - réalisé par l'équipe de mylorraine.fr. Voilà une occasion de découvrir l'univers de BK si ce n'est pas encore fait (j'ai la chance de connaître les grandes lignes de la suite, et je peux vous dire que c'est surprenant et très bien pensé).

Quelques nouvelles concernant le blog en lui-même maintenant. Je rappelle que la fréquentation est actuellement de 30 000 visiteurs uniques par mois et que vous pouvez vous tenir au courant de chaque nouvel article en rejoignant les 2000 contacts de la page facebook d'Univers Marvel & autres Comics.
Pour ce qui est des futures chroniques, suite de la rétrospective estivale, commencée avec Alias et Trouble. Cette fois, l'on quittera le marvelverse pour plonger dans l'univers noir de From Hell (de mon "grand ami" Alan Moore). Quant au mois d'août, il s'avère un peu plus excitant niveau sorties. L'on aura notamment l'occasion de se pencher sur la suite de The Hood, le Spider-Woman de Bendis et Maleev ou encore un The Authority mettant de nouveau en scène le bien malchanceux Kevin (sous la plume d'Ennis tout de même !).
Et dès demain (cette nuit un peu après minuit en fait), un article un peu spécial dont je ne dirai rien de plus pour l'instant... à part qu'il vous aidera peut-être à ramasser quelques cadeaux.

Sur ce, à bientôt et ne soyez pas trop sages !

ps : j'ai oublié de le préciser mais, au chapitre des nouveautés, le blog est maintenant, depuis quelques semaines, partenaire officiel de la Fnac. Rassurez-vous, pas de pubs intempestives ou d'incitations à l'achat pour autant, simplement, pour les habitués du site de vente en ligne, la présence d'un logo et les premières lignes de la chronique correspondant à la page consultée permettront d'avoir accès à un contenu éditorial indépendant et (tout du moins je l'espère) sincère et argumenté.
Petit exemple avec Logicomix.

15 juillet 2010

Spider-Man hors série : Mister Negative & Anti-Venom

Le Spider-Man hors série #31 s'intéresse à deux personnages ayant fait leurs débuts récemment dans la revue du Tisseur : Mister Negative et Anti-Venom.

La première mini-série, Dark Reign : Mister Negative, est donc centrée sur Martin Li, mystérieux milliardaire bienfaiteur qui tente en secret de devenir le patron du crime organisé new-yorkais. Nous avons pu découvrir le personnage dès les débuts de Brand New Day, dans le Spider-Man #102, mais jusqu'à présent, il faut bien avouer que l'on ne connaissait pas grand-chose de ses motivations et de son passé. Ce sont Fred Van Lente au scénario et Gianlucca Gugliotta au dessin qui vont se charger d'étoffer un peu le background du mafieux.
Tout commence alors que The Hood envoie un émissaire à Li afin de lui signifier qu'il bosse désormais pour lui. Mr Negative, qui règne déjà sur Chinatown, ne compte évidemment pas se soumettre sans combattre. Une guerre des gangs est alors déclenchée. Hood envoie les super-vilains à sa botte, dont Scorcher, le Lapin Blanc ou encore Squid, une belle brochette de criminels de second rang. De son côté, Negative peut compter sur ses hommes de mains, les Démons Intérieurs, mais aussi sur une facette bien pratique de son pouvoir ; il lui suffit de toucher quelqu'un pour "inverser" sa personnalité. En gros, plus la personne possède un grand sens moral et des valeurs positives, plus elle devient une raclure. Et devinez qui se fait toucher ? Le Monte-en-l'air en personne.

Van Lente avait déjà fait forte impression dans le dernier Spider-Man (cf cet article) où il dépeignait un Caméléon surprenant, il confirme ici ses qualités avec trois épisodes efficaces et parfaitement intégrés aux évènements actuels. L'on y retrouve Osborn bien sûr, mais aussi la Tache (The Spot en VO, cf cette chronique), Hammerhead ou encore Betty Brant. L'auteur semble parfaitement à l'aise avec tous ces protagonistes qu'il emploie d'ailleurs de fort belle manière (la façon dont Norman s'adresse aux gamins lors de sa visite à l'Unicef est notamment assez drôle).
Graphiquement, c'est du tout bon. J'avoue que je ne connaissais pas Gugliotta mais l'artiste se débrouille très bien ; c'est propre, dynamique, avec de jolies poses, bref, bien fichu. Pour l'anecdote, le costume "inversé" de Spidey est plutôt sympa, il est même bien plus classe que la version classique.
Un sans faute donc pour cette première partie qui se lit vraiment très bien.

La suite est nettement moins bonne. Cette fois, il s'agit de Anti-Venom : New Ways to Live, de nouveau une mini en trois chapitres avec cette fois Zeb Wells au scénario et Paulo Siqueira au dessin.
Rappelons que Anti-Venom, dont nous avions vu les premiers pas dans le Spider-Man #114, n'est autre que la nouvelle incarnation du bien connu Eddie Brock. Dans ce récit, il fait équipe avec le Punisher pour aller friter les membres d'un cartel de la drogue mexicain. Pour Brock, le but est surtout de délivrer une ex junkie dont il s'est entiché.
Rien de bien terrible, l'histoire est terriblement convenue et le charisme de l'Anti-Venom n'est définitivement pas à la hauteur de son apparence. Le Punisher (qui est censé être mort à l'heure actuelle, cf Dark Reign : The List) a l'air d'un Inspecteur Gadget psychopathe. Les auteurs lui ont refilé un engin volant copié sur celui du Bouffon Vert, un bouclier à la Captain America et même de fausses griffes. A un moment, l'un des mexicains lui dira même que son look est grotesque. Ce à quoi il répondra qu'il est au courant. S'il le sait, c'est déjà moins grave.

Au final, la revue illustre parfaitement le symbolisme du Yin et du Yang utilisé par Mister Negative. Ce dernier prend de l'épaisseur et sort grandi de son aventure alors qu'à côté, un Venom recyclé et essoufflé peine à susciter l'intérêt.
Reste que pour le prix, il n'y a pas trop de raisons de se priver de cette excellente première partie.



ps : refonte complète du dossier Les Costumes de Spidey + ajout de la tenue "négative" dont il était question dans l'article ci-dessus. N'hésitez pas à vous manifester si vous vous souvenez d'un costume qui ne figure pas dans la liste. ;o)

13 juillet 2010

Rétrospective estivale, partie 2 : Trouble

Petit retour cette fois sur une mini-série sulfureuse avec Trouble, ou comment faire de la retcon à base de sexe et de scandale.

May et Mary sont deux jeunes étudiantes. Pour passer l'été et se faire un peu d'argent de poche, elles vont travailler à East Hampton en tant qu'employées dans un club de vacances plutôt select. Les voilà chargées de servir, faire le ménage et la plonge... mais heureusement les deux filles ont d'autres projets : s'éclater et draguer un maximum pendant leur temps libre.
Elles font alors la rencontre de deux frères, séduisants et sympathiques. L'un s'appelle Richard Parker. L'autre Ben Parker. Rich est sûr de lui, brillant, fêtard. Ben est plus réservé. Pourtant, c'est lui qui parvient à séduire May, la plus délurée du groupe.
Bientôt, un incroyable chassé-croisé amoureux va décider du destin des quatre jeunes gens. Entre les tromperies, les rêves brisés et les drames, un enfant non désiré va naître.
Il s'appelle Peter.
Il deviendra Spider-Man.

Nous voici donc au coeur de l'une des plus stupéfiantes révélations sur la famille Parker. Aux commandes, Mark Millar (Old Man Logan, Kick-Ass, Superman : Red Son, Wanted, 1985, Ultimate Comics Avengers) au scénario, Terry Dodson au dessin. Lorsque le récit sort en France, un malentendu intervient dès le départ. En effet, les cinq épisodes sont publiés dans la collection Max, qui existe aussi en VO et qui est réputée pour accueillir des histoires plutôt hors continuité (encore qu'il existe des exceptions, Alias par exemple est tout à fait intégré à l'univers 616, l'on y voit même Jessica Jones jouer les gardes du corps pour Matt Murdock à l'époque où les media dévoilent qu'il est Daredevil). Pourtant, aux Etats-Unis, la mini-série est en fait publiée non dans la gamme Max mais Epic. En clair, à l'origine, les évènements contés dans Trouble sont considérés par Marvel comme faisant partie intégrante de la continuité. L'éditeur, devant l'accueil pour le moins réservé que feront certains fans à la série, fera (encore !) machine arrière.

Attention, voici les spoilers et la partie la plus croustillante.
Quand May était adolescente, elle était plutôt... chaudasse dirons-nous. Ainsi, bien qu'elle sorte dans un premier temps avec Ben Parker, elle va le tromper avec son propre frère Richard (qui sort, lui, avec sa meilleure amie). La situation est déjà délicate mais elle va vite empirer quand May va tomber enceinte. Au moment de l'annoncer à Ben, celui-ci lui dit qu'il a aussi une révélation à lui faire. Après quelques "toi d'abord !", "non toi !", c'est May qui parle la première et annonce qu'elle attend un enfant. Quant à Ben, ce qu'il voulait lui dire avant que leur relation n'aille plus loin, c'est qu'il est... stérile !
L'enfant est donc d'un autre, en l'occurrence de Richard.
Désespérée, terrifiée même (son père est très religieux et pas très accommodant sur les coucheries et les enfants hors mariage), May s'enfuit. Elle tombe sous la coupe d'un type qui la maltraite, déprime de plus en plus, avant de finalement revenir vers Mary. Celle-ci l'accueille évidemment froidement, étant donné qu'elle a rompu avec Richard à cause d'elle. Mais au bout d'un moment, les deux amies trouvent une solution à leurs problèmes respectifs. Elles partent ensemble et, à leur retour, Mary présente le petit Peter comme s'il était son fils. Cela permet à May de rentrer chez elle et de reprendre le cours de sa vie, alors que Mary peut, du même coup, tester le sérieux de Richard en le mettant face à ses responsabilités (l'enfant étant de toute façon bien de lui).
C'est assez vicieux non ? J'adore. ;o)

Millar est loin d'être l'un de mes auteurs préférés. Je le trouve peu courageux, pressé qu'il est de toujours donner à la masse ce qu'elle attend, en allant toujours dans le sens du vent dominant. Il faut cependant reconnaître qu'il est loin d'être sans talent et que certains de ses comics sont d'une grande qualité. Celui-ci fait incontestablement partie des réussites. Non seulement les révélations sont très bien amenées mais, surtout, elles donnent un sens nouveau à la relation Peter/May que l'on sait pour le moins très fusionnelle. L'on comprend ainsi le côté surprotecteur d'une mère qui, en fait, a abandonné son enfant pour le regarder vivre loin d'elle dans un premier temps.
Le personnage de Ben est également très bien écrit, Millar parvenant à nous montrer à quel point ce type est droit, sensible et touchant. Evidemment, May ne sort pas grandie du récit (Mary non plus d'une certaine façon), mais on nous l'impose en vieille tantine souffreteuse depuis si longtemps que c'est un bonheur de la voir exploser ainsi toutes les idées reçues que l'on pouvait nourrir à son égard. Mieux encore, c'est la première fois que Millar ose (je ne suis même pas certain qu'il l'ait fait exprès tant il fonctionne à la "fausse" provoc) dérouter les lecteurs en tentant d'imposer un regard neuf et humain sur un personnage qui avait, avant cela, autant de charisme qu'une momie.
Bref, c'est excellent, et comme souvent avec ce qui sort un peu des sentiers battus, ça n'a pas plu à tout le monde. Marvel, avec le courage qui caractérise ses pontes, a alors annoncé que "houlala, non, en fait, attendez, on s'est un peu avancé, ça s'est pas du tout passé comme ça, on déconnait les mecs, oh".
Dommage.

Un excellent récit, surprenant, habile, émouvant même, malheureusement mis au placard par des gens trop respectueux des conventions et d'un lectorat qui se révèle bien frileux mais parvient tout de même à se plaindre lorsque les rares changements que l'on apporte au marvelverse sont annulés.
Allez comprendre...
Une lecture à conseiller en tout cas, surtout si vous ne voulez plus jamais considérer May de la même façon.

12 juillet 2010

Rétrospective estivale, partie 1 : Alias

Ce mois plutôt calme en ce qui concerne les sorties comics nous permet de nous replonger dans Alias, l'une des meilleures séries Marvel de ces dernières années.

Au départ, Brian Michael Bendis (Powers, Goldfish, Torso, Total Sell Out, Daredevil, New Avengers, Ultimate Spider-Man, House of M) souhaite utiliser Jessica Drew pour l'histoire qu'il a en tête. La Maison des Idées ayant d'autres projets pour la première Spider-Woman, le scénariste va inventer un personnage de toutes pièces : Jessica Jones. Les deux femmes ont d'ailleurs plus que le prénom en commun puisqu'elles sont brunes, détectives privés et qu'elles fréquentent le milieu super-héroïque.
La filiation s'arrête là. En effet, Bendis bénéficiant d'un nouveau personnage, évoluant en plus dans la gamme Max (donc adulte) de l'éditeur, il va considérablement corser son propos. Exit les idées reçues sur l'héroïne forcément sexy et propre sur elle, Jessica va être traitée d'une manière réaliste. Elle a des défauts mais ceux-ci, loin d'être balancés n'importe comment, vont être totalement pensés et s'expliquer peu à peu grâce aux révélations sur le passé de la jeune femme.

Mais prenons les choses dans l'ordre. La série, de 28 épisodes, a été publiée dans cinq recueils. Le premier, intitulé Le Piège, rentre tout de suite dans le vif du sujet. Bendis nous dépeint le milieu glauque dans lequel évoluent les privés, il cisèle d'excellents dialogues et, surtout, le dessinateur, Michael Gaydos, va donner une identité visuelle exceptionnelle à Jessica. Cette dernière, même si elle n'est pas repoussante, est loin d'avoir le look d'une Carol Danvers ou d'une Emma Frost. L'artiste n'hésitera d'ailleurs pas à l'enlaidir en la montrant grimaçante, dans des tenues négligées ou des postures disons... peu avantageuses.
Pour la première enquête à laquelle l'on assiste, la miss rentre bien involontairement en possession d'un enregistrement vidéo impliquant Captain America. Elle se retrouve en fait au centre d'un vaste complot et devra même faire face à l'hostilité de la police. Les premiers ponts entre Jones et les Masques sont placés mais c'est surtout sa personnalité qui se dévoile de manière très crue : la jeune femme picole sévère et n'hésite pas à s'envoyer en l'air avec le premier venu dès qu'elle a un coup dans l'aile. C'est d'ailleurs à cette époque qu'elle rencontrera Luke Cage, qui bien sûr deviendra son mari bien plus tard. Comme quoi l'alcool n'a pas que de mauvais côtés. ;o)

Le deuxième tome, Secrets et Mensonges, voit Jessica renouer avec son amie Carol Danvers (plus connue sous le nom de Ms. Marvel). Cette dernière va tenter de lui arranger le coup avec Scott Lang, le second Homme-Fourmi, tandis que la détective enquête sur la disparition de Rick Jones, un autre élément qui servira indirectement à faire le lien avec son passé. L'on commence à comprendre qu'elle n'a jamais été très à l'aise avec ses pouvoirs et le rôle qu'ils l'obligeaient à remplir. Cependant, l'on sent une blessure plus profonde, une détestation de soi qui vient d'un drame que l'on ne connaît pas encore.
Dans le troisième tome, Reviens, Rebecca !, Jones mène des investigations pour retrouver une jeune fugueuse dont les parents se haïssent. La conclusion est très habilement amenée et laissera un goût bien amer dans l'esprit des lecteurs. Le tout sans aucune surenchère dans la violence, Bendis s'attachant à décrire essentiellement les conséquences tragiques de choix irréfléchis, de préjugés et de vieilles rancoeurs. Parallèlement, l'on assiste à deux scènes d'anthologie, toujours brillamment dialoguées, l'une entre Jessica et Cage, l'autre entre la même Jessica et Lang, son nouveau prétendant. Ces moments, calmes et intimes, contribuent grandement à construire les personnages et à installer ce ton désabusé et drôle qui fait tout le charme d'Alias.

C'est dans le quatrième opus, Mattie, que Bendis fait intervenir Mattie Franklin (l'une des décidemment nombreuses Spider-Women) mais aussi Jessica Drew, petit clin d'oeil au perso qu'il souhaitait utiliser à l'origine. Quelques flashbacks nous dévoilent Jones alors qu'elle était encore une justicière connue sous le nom de Jewel. L'enquête, ayant rapport avec un trafic de MGH, réserve des surprises assez dures mais ce n'est encore rien en comparaison de ce qui nous attend dans le cinquième et dernier tome, sobrement intitulé Pourpre.
Le final est énorme, Bendis dévoile les origines de Jessica (en les intégrant parfaitement à l'univers 616, ce qui a encore des conséquences à l'heure actuelle, cf Spider-Man #126) et il lève enfin le voile sur le lourd secret qu'elle cache depuis tant d'années. L'Homme-Pourpre tient ici un rôle crucial, le criminel apparaissant comme particulièrement odieux et vicieux dans cet arc. L'auteur profite de la folie du meurtrier pour lui faire tenir des propos savoureux sur les comics et l'attachement presque fanatique de certains fans envers la continuité. Habile manière de riposter aux critiques qui mettaient en cause la trop grande importance prise, en peu de temps, par un personnage totalement inconnu du public (Jenkins fera pourtant plus tard bien pire - ou mieux - avec Sentry) et la retcon qui en a découlé.

Quelques années après sa fin, le bilan de la série est plus que flatteur. Un personnage profond, une ambiance polar fort bien rendue, de l'émotion et des moments plus légers (cf scènes #15 et #32 du Bêtisier) ont contribué à faire du titre une référence. Si Bendis y montre l'étendue de son talent, il faut noter que le hasard (la non disponibilité de Drew) et la souplesse du label Max ont permis une liberté de ton qui est pour beaucoup dans la réussite de l'ensemble.
Si de nombreux personnages interviennent régulièrement, il n'est aucunement nécessaire de les connaître parfaitement pour apprécier le récit. Ce juste milieu entre accessibilité et références au marvelverse est donc à souligner également. Quant à Jessica Jones, après avoir été employée dans The Pulse (une suite aseptisée à la qualité bien moindre), l'on peut encore la voir faire des apparitions dans New Avengers. Et puisque l'univers 616 est un éternel retour, qui sait si elle ne reprendra pas un jour ses anciennes activités ?

Une série fort bien écrite, naviguant entre humour et drame, et décrivant les débuts d'un personnage attachant.
Indispensable.

08 juillet 2010

Captain America : Reborn

Le Marvel Icons hors série #17 accueille la première partie de la mini-série Captain America : Reborn.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, Steve Rogers, alias Captain America, est mort. Le héros a été tué, juste après Civil War, par Sharon Carter, alors sous l'emprise de Crâne Rouge. Depuis, le bouclier a été repris par James Barnes, anciennement Winter Soldier et fidèle compagnon de route de Cap. Evidemment, en habitués des comics mainstrean et de leurs règles implicites, nous nous attendions à voir Rogers revenir d'entre les morts un jour ou l'autre.
Marvel a tout de même réussi à patienter plus de deux ans avant de remettre le personnage sur le devant de la scène. Il faut dire que Barnes faisait un bien piètre remplaçant, bien moins charismatique en tout cas que son illustre prédécesseur.

La mini-série intitulée fort logiquement Reborn est écrite par Ed Brubaker (Incognito, Sleeper) et dessinée par Bryan Hitch, avec un encrage du grand Butch Guice (Ruse). Le scénariste, qui oeuvre sur l'on-going Captain America depuis déjà fort longtemps, reprend plus ou moins les protagonistes et intrigues qu'il a l'habitude de développer sur la longueur. L'on retrouvera donc Crâne Rouge, Sin, Crossbones mais aussi, Dark Reign oblige, Osborn et ses Thunderbolts. Côté good guys, ce sont Hank Pym, Reed Richards ou encore le Faucon qui tentent de comprendre ce qu'il est advenu du corps de Cap. En effet, ce dernier pourrait bien être vivant mais piégé quelque part dans le temps, ou plutôt à travers différentes époques pour être précis. Evidemment, chacun, Norman en tête, a une bonne raison de mettre la main dessus en premier.
Tout cela sera sans doute difficile à suivre pour un nouveau lecteur étant donné le nombre d'intervenants ou les très nombreuses références aux évènements passés. Pour les autres, ces premiers épisodes n'offriront pas énormément de surprises. Graphiquement, c'est soigné, propre, net et efficace, comme il fallait s'y attendre.

La conclusion est prévue en septembre, mais que Rogers reprenne ou non son rôle au sein des Vengeurs ou en tant que Captain America, cela pose tout de même un certain nombre de questions quant à l'impossibilité chronique de se séparer d'un personnage de manière définitive. Le nombre de héros - ou de criminels d'ailleurs - qui sont passés de vie à trépas puis se sont sentis tout à coup beaucoup mieux est affolant. Les scénaristes en viennent d'ailleurs souvent à en plaisanter dans les dialogues (cf la scène #57 du Bêtisier par exemple).
L'on a même vu ces dernières années des tentatives, certes avortées mais réelles, de faire revenir des personnages secondaires considérés pourtant comme "intouchables", comme Gwen Stacy ou l'oncle Ben. Et, bien sûr, le final de Secret Invasion a accordé à tous, en bloc, un "permis de ressusciter".
Malheureusement, cette façon de faire nuit grandement à l'intérêt des récits et décrédibilise totalement le côté dramatique qu'ils se devraient pourtant d'avoir parfois. L'on comprend bien entendu le fait qu'un éditeur ne veuille pas se séparer d'une figure emblématique qui contribue à son image et surtout à ses recettes, mais pourquoi diable conserver, en plus du costume, le type qui le porte ?
Spider-Man pourrait fort bien être quelqu'un d'autre que Peter Parker, et Cap n'a pas besoin de Steve Rogers pour exister (même si Brubaker n'a pas rendu Barnes incontournable, c'est avant tout un problème scénaristique, non un problème de nom).

La Distinguée Concurrence semble avoir moins de problèmes pour passer le flambeau (entre différents Flash ou Green Lantern par exemple), même si, pour être honnête, il faut avouer que les identités civiles des personnages dans l'univers DC ont moins d'importance que dans le Marvelverse. Pourtant, loin de s'en inspirer, les rares tentatives de remplacement de la Maison des Idées sont le plus souvent condamnées à n'être que terriblement temporaires. Dans le cas présent, cela amoindrit considérablement la "mort" de Cap, les réactions suite à cette dernière, ou encore les différents hommages qui ont pu lui être rendu.
Quel sens garder aux frissons et aux larmes si ce qui les a motivés n'a finalement pas plus de consistance qu'un mauvais rêve ? Les planches peuvent-elles conserver leur pouvoir de fascination si l'on n'y trouve que mensonges et tours de passe-passe gauches et absurdes ? Ces questions ne sont que rhétoriques, nous en connaissons tous les réponses. C'est un peu la malédiction de la série régulière à succès ; promettre puis faire comme si aucune parole n'avait été prononcée. Un peu comme si, au lieu de planches et d'encre, l'on se servait d'un tableau et de craies pour pouvoir effacer régulièrement ce que l'on nous présentait hier comme essentiel.
La mort de Cap était triste, certes, mais faite de cette saine tristesse que le lecteur accepte volontiers. Ce retour est bien plus triste encore, car il signe la mort non pas d'un personnage mais de souvenirs de lecture qui auraient pu être beaux et qui deviennent dérisoires...

Un retour sans surprise, qui fait plus de mal que de bien.

"C'est à cause que tout doit finir que tout est si beau."
Charles-Ferdinand Ramuz

07 juillet 2010

Spider-Man : Red-Headed Stranger

La belle rousse qui a tant dérangé Quesada fait son grand retour dans le Spider-Man #126 de ce mois. Poudre aux yeux ou réelle histoire d'amour en vue ?

La revue du Tisseur commence magnifiquement. Alors que Peter, depuis des lustres, a la vie sexuelle d'un moine sous tranxen, il se retrouve au lit avec une fille mais, lorsqu'il se réveille le lendemain matin... il ne se souvient de rien ! Tout cela parce qu'il a pris la première cuite de sa vie. A l'aube de la trentaine, il était temps. En tout cas, il semble moins niais une fois bourré. Enfin, "bourré", il n'a pas vidé une bouteille de whisky non plus, mais quelques coupes de champagne. Encore un peu et les scénaristes nous faisaient le coup du kir royal. Pour rendre le perso encore plus efféminé, à part lui trouver un job dans un cabaret transformiste, je ne vois pas ce qu'il sera possible de faire par la suite. ;o)
Tout cela nous est raconté par Mark Waid et Mario Alberti.
L'on a droit ensuite à un interlude de Brian Michael Bendis au scénario et Joe Quesada himself au dessin. Le duo s'intéresse particulièrement à Jessica Jones, avec des allusions à l'excellente série Alias et la période Jewel de la miss. J'avoue que pour le coup, je ne suis pas contre le fait que madame Cage sorte des couches et revienne un peu sur le devant de la scène.

On passe ensuite au deuxième épisode d'Amazing Spider-Man, avec cette fois Fred Van Lente (Marvel Zombies, X-Men Noir, Wolverine : First Class) au scénario et Barry Kitson aux crayons. Chassé-croisé entre Peter et MJ, croisade anti-Spidey de Jameson mais, surtout, un Caméléon écrit d'une manière exceptionnelle par Van Lente. De mémoire, je dirais que je n'avais jamais vu ce personnage prendre une telle ampleur et, surtout, ressembler autant à un serial-killer froid et insensible.
Le cliffhanger de ce chapitre est d'ailleurs énorme et rappelle les plus belles heures de la série.
Après, la question sur la pertinence et le but réel du retour de MJ peut se poser. On sait que pour amoindrir le choc de OMD, Quesada a mis en place, dès le départ, des contre-feux efficaces, que ce soit avec le personnage de Jackpot (dont on pouvait penser qu'il s'agissait de MJ) ou encore à travers des déclarations évasives entretenant le flou sur le côté définitif de l'effet Mephisto. Du coup, il n'est pas irréaliste de penser que ce retour qui n'engage finalement à rien (même dans le cas d'un flirt poussé) fait partie de la manoeuvre, pensée de longue date. Ramener l'ex madame Parker à New York et dans les pages de la série phare de Spidey ne changera rien au fait que des années de continuité et d'évolution du personnage ont été saccagées...

On termine par de très brefs récits issus du numéro anniversaire du Tisseur (le #600 du mois dernier) que Panini publie seulement maintenant, poursuivant son habitude de ne jamais réellement marquer le coup lors d'un évènement qui, aux Etats-Unis, est toujours fêté en grande pompe. Les suppléments "gratuits" américains, plus quelques covers, prennent donc ici la place de deux épisodes réguliers. L'éditeur français n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il se permet régulièrement d'utiliser comme matériel payant les épisodes issus du Free Comic Book Day. Mais bon, ce n'est pas là leur pire défaut, malheureusement...
Bref, voyons un peu le contenu. Une place - bien large - est faite pour le mythique Stan Lee, aujourd'hui bien dépassé en tant que scénariste, même si l'on prend soin de le prendre au second degré. Heureusement, quelques histoires s'avèrent sympathiques, comme Le Fils de mon Frère, de Mark Waid et Colleen Doran qui nous refont le coup du vieil oncle Ben un peu dépassé par son rôle de père de substitution mais qui parviennent tout de même à être émouvants. Dans un autre genre, Visite au Musée, de Zeb Wells et Derec Donovan, revient d'une manière plutôt drôle sur la très kitsch Spider-Mobile (cf scène #8 du Bêtisier pour ceux qui n'auraient encore jamais vu ce véhicule si particulier).

Tout cela est globalement bon, si bien fait même que l'on en oublierait presque que le vrai Spider-Man est mort et qu'il ne reviendra probablement plus. Le pitre adulescent qu'il est aujourd'hui devenu, à la fois égoïste et ridicule, pourra amuser la galerie et nous arracher quelques sourires, mais de là à vibrer de nouveau pour lui, il y a un gouffre méprisant que Quesada a creusé au nom de ce nouveau lectorat qui aurait pu prendre le train en marche sans que l'on en vienne, pour autant, à sacrifier les plus anciens passagers.

Une bonne fournée dans laquelle un Parker bien nouille se fait voler la vedette par un Caméléon inhabituellement inquiétant.

ps : notons que la revue contient les Coeurs et l'étui d'un jeu de cartes à collectionner. Le thème en est Dark Reign et les illustrations sont plutôt pas mal. Les autres couleurs accompagnent les mensuels X-Men, Marvel Heroes et Dark Reign de ce mois.

06 juillet 2010

Le Baron Rouge : Par-delà les lignes

Plus qu'une simple histoire d'aviateur, c'est une réflexion sur la guerre, magnifiquement mise en peinture, que propose Le Baron Rouge - Par-delà les lignes, un graphic novel de la gamme Vertigo.

Hans von Hammer était le plus grand as de la première guerre mondiale. Dans le ciel, il a donné la mort et vu ses frères périr. Aujourd'hui, au crépuscule de sa vie, en 1969, il est interrogé, dans une chambre d'hôpital, par un journaliste américain.
Très vite, celui que l'on surnomme le Baron Rouge comprend que l'homme qui se tient en face de lui est un soldat. Ils ne portaient pas les mêmes uniformes, n'ont pas combattu le même ennemi, mais tout deux ont connu les mêmes sentiments. La révolte, la peine, la honte et cette envie de survivre qui fait ce que ceux de l'arrière appellent les "héros" et qui, en fait, se résume bien souvent à être capable du pire.
Les deux vétérans se livrent. L'aristocrate prussien et le petit américain se rapprochent. Pendant quelques temps, ils se retrouvent là-bas. Là où la guerre les a changé. Le ciel froid au-dessus des tranchées pour l'un, la noirceur des tunnels vietnamiens pour l'autre.
Mais cherchent-ils vraiment la rédemption ou simplement, une dernière fois, le regard amical et résigné d'un frère d'armes ?

Attention, si comme moi vous vous jetez sur cet ouvrage par passion de l'aviation, autant l'avouer tout de suite, il ne s'agit pas réellement d'un récit sur les combats aériens de la première guerre mondiale. George Pratt, qui signe ici scénario et dessin, nous conte en fait une histoire bien plus profonde et universelle puisqu'il va, au travers de ces deux personnages fracassés par la guerre, tenter de nous faire partager un peu de ce qui fait l'horreur des combats et la grandeur des soldats.
Là où d'autres partent souvent dans la facilité, Pratt va démontrer une maîtrise et une aisance peu communes. Car s'il condamne bien les effets de la guerre, il n'en ignore pas son inexorabilité et se garde bien de porter un jugement sur ceux qui la font. Le choix des personnages est également très habile. Un vieillard, devenue une légende vivante, et un type banal, ancien "tunnel rat"*, se remettant difficilement de ce qu'il a dû vivre, voilà un duo qui fonctionne parfaitement et montre clairement la persistance, à travers les âges, des mêmes dilemmes insolubles.

Graphiquement, il est peu de dire que la réussite est complète. Les peintures de Pratt sont d'une rare beauté et transcendent complètement le récit. Que ce soit la valse chaotique des Fokker et autres Spad ou le regard lourd et halluciné des protagonistes, tout frappe juste. Même les charniers ou le gaz moutarde poussé par un vent mortel sont retranscrits avec une force évocatrice brute mais absolument pas voyeuriste. L'esprit seul est touché, alors que les yeux sont épargnés.
Cette même pudeur, on la retrouve aussi dans les textes et la volonté de l'auteur de ne pas tomber dans les stéréotypes. Si certaines lâchetés ne sont pas passées sous silence, d'autres moments, plus nobles, viennent apporter une nuance nécessaire au propos. Plus qu'une condamnation de principe de la guerre, ce sont ses absurdités qui sont mises en avant. Un homme peut ainsi, par pur instinct de survie, précipiter la mort d'un de ses compagnons alors que, dans une situation où sa vie n'est pas directement menacée, il portera secours à un ennemi blessé. Dans le même genre, Pratt ne pouvait évidemment pas passer sur les fraternisations ayant eu lieu entre anglais et allemands pendant la première guerre mondiale (scènes bien réelles que j'avais déjà évoquées dans cet article).
Au final, c'est avec une grande douceur que l'on est amené à considérer avec indulgence des hommes perdus dans les bourrasques de situations que personne ne devrait avoir à vivre mais qui reviennent, pourtant, régulièrement. L'artiste pousse le bon goût jusqu'à offrir un final qui n'apporte pas de solution, juste un constat amer et quelques lueurs d'espoir mêlées au goût salé des larmes.

Une prouesse, tant sur le plan technique que pour la lucidité et la retenue du fond.

* Les "rats de tunnel" étaient des soldats chargés, pendant la guerre du Vietnam, de nettoyer les galeries souterraines utilisées par le viêt-cong. L'obscurité, le peu d'espace pour se mouvoir, les pièges, l'odeur des cadavres ou encore la déflagration des armes (terribles dans un lieu aussi confiné) ont eu des effets psychologiques dévastateurs sur ceux qui, par miracle, ont survécu à ce genre d'épreuve. L'équipement standard du tunnel rat était constitué d'un .45 et... d'une lampe-torche.

ps : il semble que blogspot ait en ce moment quelques problèmes avec les commentaires, désolé donc pour le retard d'affichage ou la perte éventuelle de ces derniers.