30 septembre 2010

DC Comics : Les Super-Héros s'affichent !

Sortie de DC Comics : le Livre Poster, un recueil de 100 covers mythiques et... détachables.

DC Comics fêtant ses 75 ans d'existence, divers ouvrages vont célébrer l'évènement à leur manière. Celui qui nous intéresse aujourd'hui est la version française de DC Comics : The 75th Anniversary Poster Book. Il s'agit en fait d'une sélection de cent couvertures marquantes pouvant être détachées. Vous pourrez donc en mettre quelques-unes sous verre ou bien conserver l'ensemble comme un joli artbook.
L'adaptation VF est réalisée par Huginn & Muninn. Je parle bien d'adaptation car vous pourrez trouver, au dos de chaque affiche, quelques renseignements utiles (date de réalisation, artiste), un petit topo explicatif resituant le contexte et contenant parfois une anecdote ou une citation, et enfin deux autres covers, plus petites évidemment, du même auteur.

Bien sûr, faire un tour d'horizon d'une épopée éditoriale de 75 années en seulement 100 covers, c'est assez réducteur. Pourtant, la sélection s'avère plutôt pertinente et la taille des couvertures (environ 26 x 35,5 cm) tout à fait respectable.
Les grands noms de la Distinguée Concurrence sont forcément présents, que ce soit Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern ou Flash, mais d'autres séries importantes, comme Watchmen, Preacher, Y The Last Man, Sandman, Ronin ou encore Fables sont également à l'honneur. Les titres Vertigo sont donc largement associés à la fête.
Question artistes, il y en aura pour tous les goûts. Cela va de Lyman Anderson, en 1935, jusqu'à 2008 avec Alex Ross. Entre les deux, l'on aura l'occasion d'admirer le travail de Bob Kane, Carmine Infantino, Jack Kirby, John Romita, Neal Adams, Frank Miller, Dave McKean, Tim Sale, Frank Quitely et un bon paquet d'autres virtuoses du crayon.

Paul Levitz prétend, dans sa préface, que la couverture d'un comic book a le pouvoir de changer le monde. Sans aller jusque là, voilà en tout cas de quoi meubler de belle manière un début de soirée, en se laissant doucement transporter à travers le temps grâce à ces dessins qui évoqueront sans doute quelques souvenirs et permettront de se rendre compte, en accéléré, d'une évolution de plusieurs décennies.
Pour moins de 35 euros, voilà un objet de collection relativement abordable et qui rend hommage à certaines des plus célèbres icones de la BD américaine dans un format digne de leurs exploits et de leur exceptionnelle longévité.



Quelques exemples de covers

28 septembre 2010

Walking Dead : Un Monde Parfait

Rick et son groupe de survivants sont de retour dans le Walking Dead #12, paru ce mois.

Rick et ses compagnons, après moult péripéties, arrivent enfin en vue de Washington. Dans la capitale dévastée, ils espèrent trouver la cause de l'épidémie qui a transformé la majeure partie de l'humanité en zombies.
Contre toute attente, ils rencontrent en fait un homme qui leur apprend l'existence d'une communauté organisée. Il leur propose de la rejoindre. La tentation est grande, car cela signifierait la fin de leur errance. Un endroit sûr, de la nourriture, de nouveaux visages... mais comment faire confiance à des inconnus dans ce nouveau monde ? Surtout après l'attaque du gouverneur et de ses hommes.
Le groupe est divisé. Certains veulent y croire, d'autres ont déjà trop appris à se méfier de ce prédateur qu'est l'homme pour pouvoir compter sur quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes. Mais pour le meilleur ou le pire, les rescapés, qui sont devenus des amis, ne se sépareront pas.
Ils vont découvrir un havre de paix. Un lieu où les enfants peuvent jouer librement, où l'on peut se promener dans les rues sans avoir de flingue sur soi, un monde presque parfait en somme. Un peu trop peut-être.

La sortie - et surtout la lecture - d'un tome de Walking Dead est toujours un grand moment. Ce douzième opus n'échappe pas à la règle et se lit avec un plaisir immense. Robert Kirkman, au scénario, continue de développer cette superbe saga, quant aux dessins, ils sont toujours signés Charlie Adlard.
Ces six épisodes (132 planches tout de même !) permettent d'installer un nouveau décor et de découvrir de nombreux protagonistes. Après l'attaque de la prison et le fort sentiment d'isolement et de descente aux enfers qui avait suivi, c'est donc un peu le début d'un nouveau cycle. Cette fournée contient moins de gros cliffhangers mais s'avère, malgré le côté faussement "calme" de l'ensemble, particulièrement tendue. La suspicion et la paranoïa sont omniprésentes et un véritable sentiment de malaise émane parfois de certaines scènes.
Les textes sont toujours aussi soignés, tout comme la psychologie de personnages que l'on a maintenant appris à connaître. Ces chapitres ne sont pas ceux qui contiennent le plus d'action ou d'horreurs, mais paradoxalement, ils n'en sont que plus impressionnants et reflètent parfaitement le sentiment de danger diffus, mais bien réel, consécutif à la perte de tout repère et à ce qu'il faut bien appeler la fin d'une civilisation.

La traduction est un modèle du genre, sans aucune bavure, et comme d'habitude, un résumé des épisodes précédents et de petites fiches de personnages permettent de bien se remémorer l'essentiel des évènements avant de se plonger dans la suite.
A se procurer au plus vite !



Le Coin des Spoilers

Attention, si vous n'avez pas encore lu ce tome #12 (ou les épisodes #67 à #72 de la VO), ce qui suit dévoile des moments importants de l'intrigue.
Juste deux petites choses sur lesquelles j'aimerais avoir quelques avis (merci toutefois, dans vos commentaires éventuels, de vous baser uniquement sur les épisodes déjà publiés en France).
Tout d'abord, cette façon de "ranger" les armes dans la nouvelle communauté me semble d'une stupidité peu commune. Pas scénaristiquement (cela pourra peut-être s'expliquer ou bien tout simplement Monroe est idiot), mais du point de vue des personnages. Déjà, dans un tel contexte, il n'est pas très prudent de se balader désarmé, même si l'on pense être plus ou moins en sécurité, mais surtout, en cas d'incendie de l'armurerie, ils se retrouveraient donc sans aucun moyen de défense. La logique élémentaire voudrait qu'au contraire, l'on ne mette pas tous les oeufs, ou plutôt les flingues, dans le même panier...
Dans un tout autre registre, cette communauté semble assez étrange mais, bizarrement, ce n'est pas "Davidson" et ce qu'il a bien pu faire qui m'intrigue mais plutôt le gamin avec un cocard. Je trouve que la planche dans laquelle Rick l'aperçoit pour la première fois est d'une force incroyable. Elle commence par un rassurant "tout va changer maintenant", on voit les enfants qui jouent, insouciants, puis on découvre l'oeil au beurre noir et il y a ce plan sur Rick, qui ne dit pas un mot mais dont le regard semble dire "putain, ça, ça pue vraiment !" ;o)
Bref, je suis pressé de voir ce que cela cache, d'autant que l'explication de la balle dans l'oeil n'aura sans doute convaincu personne.



ps : je termine sur une variant cover un peu spéciale qui m'avait échappé. Il s'agit des personnages de TWD revisités dans un style super-héroïque à l'occasion du numéro #50 de la série. Plutôt amusant de voir ces têtes connues dans de tels accoutrements.



Chroniques précédentes sur la série :

26 septembre 2010

Marvel Monster : Dark Reign, volume 3

Troisième et dernier Marvel Monster consacré à Dark Reign. Au sommaire : Ms. Marvel, Arès, Hercule et quelques seconds couteaux.

C'est Carol Danvers, la jolie blonde, qui ouvre le bal. L'on sait que depuis l'avènement de Norman Osborn, Opale a usurpé le rôle de Ms. Marvel, cette dernière ayant d'ailleurs connu un sort tragique. Fort heureusement, dans le marvelverse, être mort n'est pas forcément très grave (et c'est encore moins définitif). Carol et Karla vont donc s'affronter et, ce faisant, occasionner quelques dégâts collatéraux.
A ce sujet, lors du combat, elles détruisent l'un des réacteurs d'un avion de ligne, et la réaction des pilotes est assez drôle. L'un deux s'étonne du fait que l'avion ne tombe pas et l'autre, pas plus dégourdi, lui demande comment ça se fait. Les pauvres n'ont donc visiblement aucune idée de ce qu'est la finesse d'un appareil.* Dans le récit, c'est Sentry qui est censé les empêcher de chuter, mais dans les faits, c'est tout simplement la portance. Mieux vaut éviter cette compagnie aérienne en tout cas. ;o)
Brian Reed au scénario, Sana Takeda et Philippe Briones au dessin. Plutôt visuellement joli, l'ensemble reste assez classique sur le plan de l'histoire, cette idée de "dédoublement" n'apportant au final pas grand-chose.

L'on poursuit avec Dark Avengers : Ares. Osborn a chargé le dieu de la guerre de sélectionner quelques types dans les rangs du HAMMER afin d'en faire une sorte de corps d'élite. L'entrainement est à l'image de l'olympien ; musclé et violent. Le petit groupe a ensuite l'occasion de faire ses preuves en allant investir une ancienne base du SHIELD. Là, ils affronteront l'un des rejetons de leur chef : Cycnos. Le fiston est de mauvaise humeur à cause d'un petit séjour forcé dans le royaume d'Hadès.
Le scénario est de Kieron Gillen, les dessins sont l'oeuvre de Manuel Garcia. Trois bons épisodes mélangeant trip mythologique et forces spéciales dopées à la testostérone. Le résultat est très sympa et le final nous laisse admirer un Arès réellement impressionnant. Même Osborn finira par faire profil bas, c'est dire.
Une anecdote amusante : à un moment, Hera vient rendre visite à son fils, Arès. Ses hommes sont là et l'un deux risque une vanne et souligne le côté sexy de la môman en demandant si c'est une MILF. Là, le traducteur renvoie à une note et explique l'acronyme par "Mère Inspirant Les Fantasmes". Bien trouvé, et jolie façon d'éviter le sens original, plus direct, de l'acronyme. ;o)

L'on continue avec Dark Reign : Made Men. Il s'agit en fait de courts récits, de huit pages chacun, qui se focalisent sur des personnages ou groupes secondaires. Le casting est composé de Spymaster, Attuma, Jack O'Lantern, l'Escadron Gamma et l'Exécuteur.
L'écriture de l'ensemble a été confiée à Frank Tieri. Côté dessin, il y a plus de monde : Khoi Pham, Rafa Sandoval, John Paul Leon, Ben Oliver et Antonio Fuso. Rien de bien indispensable, même si cela permet d'avoir quelques infos sur des protagonistes que l'on avait perdu de vue depuis un moment (ou sur leurs "héritiers" d'ailleurs, certains reprenant en fait le flambeau de leur prédécesseur). L'on retrouvera l'incontournable Osborn mais aussi Hood et Fatalis. Agréable à lire et très efficace malgré la brièveté des histoires. Le tout est assez ouvert et devrait donc avoir des conséquences à moyen terme.

Enfin, on termine par Incredible Hercules, avec deux épisodes assez ternes scénarisés par Fred Van Lente & Greg Pak et dessinés par Dietrich Smith. En gros, les remarques sont les mêmes que sur la saga Assault on New Olympus (des mêmes auteurs). Les personnages ont beau être célèbres, et même divins, ils manquent singulièrement de charisme. L'intérêt est fort mince. On parle de vieilles rancunes, on se menace, on se castagne un peu, le tout sans suspens, sans humour, sans émotion ni enjeux. Du coup, difficile d'accrocher vraiment.
Autant Arès impressionnait, autant Hercule semble faire office de canard boiteux de la famille.

Trois Monster rien que pour le Dark Reign, c'est énorme. Aucun autre event (ou aucune autre période pour être plus précis) n'avait eu droit jusqu'ici à un tel traitement. Etant donné le prix très élevé des ouvrages (27 euros tout de même, pour 12 épisodes, le rapport n'est pas génial), difficile de les conseiller tous.
Et s'il ne faut en choisir qu'un, le deuxième semble bien supérieur.



* Un avion, même avec une panne moteur, est conçu pour planer. Il ne chute pas comme une pierre lorsqu'une panne survient mais continue de voler grâce à la portance induite par l'écoulement de l'air au niveau des ailes. Les avions de ligne, du fait qu'ils volent à très haute altitude, peuvent parcourir de très longues distances avant d'être obligés de tenter un atterrissage. Ce rapport entre l'altitude et la distance pouvant être parcourue s'appelle la finesse. En gros, un appareil ayant une finesse de 20 et se trouvant à 2000 mètres d'altitude pourra donc parcourir... 40 kilomètres ! En réalité, cela dépend aussi d'autres facteurs, mais cela suffit pour comprendre qu'un avion qui perd ses moteurs ne peut en aucun cas tomber comme une masse, car ce qui le maintient en vol, ce n'est pas l'hélice ou le réacteur mais bien les ailes et le vent relatif.

24 septembre 2010

WebComics : Entre-Monde

Nous partons aujourd'hui à la découverte de L'Entre-Monde - Le Livre d'Ekko, un webcomic français alliant univers SF fouillé et réalisation soignée.

Samuel Fausset est un écrivain raté, dépressif, quasiment en voie de clochardisation. Plongeant dans l'alcool, il tente d'oublier le naufrage qu'est sa vie en pensant à Ekko, une magnifique jeune femme qui fait partie de l'un de ses récits.
Dans son monde, Ekko, elle, est un prospecteur. Elle écume le Grand Rien pour marquer les objets pouvant être récupérés par les Convoyeurs, ces machines en quête des débris de l'humanité. Car une guerre, totale, apocalyptique, a eu lieu. Et cette fois, personne n'a gagné. Personne d'humain en tout cas. Il ne reste maintenant que des machines, des cyborgs et quelques hommes dont le sous-peuple, des rescapés ayant mutés suite aux radiations et étant actuellement contenus par les Chasseurs.
Pour Ekko, toute cette horreur est de l'Histoire. Pour Samuel, c'est peut-être l'avenir. Et si les univers de fiction existaient vraiment ? Et si, entre ces mondes, un lien pouvait être créé ?

Eh bien ami lecteur, on termine la semaine sur une belle découverte grâce à cette petite perle qui mérite que l'on s'y attarde sérieusement. Alors, je sais, j'ai tellement souvent vanté la supériorité du papier par rapport aux écrans et aux pixels que certains se demandent si j'ai pété les plombs, retourné ma veste ou si tout simplement je deviens précocement gâteux. Rien de tout cela, fort heureusement. Et vous allez le constater, il existe de très bonnes raisons de s'intéresser à l'Entre-Monde, écrit et dessiné par Yanouch, un auteur qui emploie les moyens techniques les plus modernes mais qui reste foncièrement "artisan" dans l'âme.
Voyons déjà l'aspect graphique. Les puristes vont sans doute frôler la crise d'apoplexie, mais le travail est effectué à partir d'une base photo et de divers logiciels (du style Blender ou Human Maker pour ceux qui connaissent). Ensuite, évidemment, l'artiste reprend le tout "à la main" grâce à un calque. C'est en tout cas vraiment agréable à l'oeil, et après tout, peu importe la façon de faire, seul le résultat visuel compte.

Les planches sont en niveaux de gris, avec une utilisation de temps en temps de la couleur pour mettre en exergue un élément précis (un peu comme dans Sin City si vous voulez). Mais surtout, Yanouch va se servir également du support internet pour intégrer de petites animations, du son (c'est très léger tout de même, rien à voir avec ce qu'avait fait Marvel avec le Motion Comic), ainsi que de très nombreuses explications.
Venons-en justement à l'univers mis en place, et qui nous vaut notamment ces apartés réguliers. L'ensemble est d'une richesse assez exceptionnelle, avec un côté technologique et social très développé. Les sources d'inspiration semblent multiples et permettent de lorgner autant vers le Matrix des frères Wachowski que sur le Dune de Frank Herbert (et bien d'autres romans ou films d'ailleurs). Là où l'auteur accomplit une petite prouesse, c'est qu'il parvient à digérer tout cela pour en faire non pas un fatras abominable mais bien un monde neuf, crédible et passionnant. Le récit s'avère d'ailleurs d'autant plus fascinant qu'en plus de flirter avec la SF et le post-ap, il est également imprégné d'une touche presque onirique, voire métaphysique, qui peut vite basculer sur une réflexion sur les rapports entre une oeuvre et son créateur.

Donc c'est beau, c'est bien pensé, cela permet d'utiliser les avantages du numérique... mais, et c'est un grand MAIS, le premier tome (qui fait tout de même 46 planches) va bientôt être disponible sur papier, probablement en auto-publication. En novembre de cette année apparemment ! Et là, ami lecteur, je devine ton soulagement mêlé d'agacement : "ah le salaud ! je le savais, il ne fait pas la promo d'un truc dématérialisé, il veut en fait nous le faire acheter sous forme physique dans deux mois !"
Alors, je n'irai pas jusque là, tu es libre de ne lire que la version internet, mais perso, je sais déjà que le gaillard va me délester de quelques euros d'ici quelques semaines. ;o)
Bon, hop, le mieux c'est encore que vous puissiez vous ruer sur l'oeuvre : L'Entre-Monde
N'hésitez pas à lire les interventions de l'auteur (en-dessous des planches), vous y apprendrez de nombreux détails sur l'univers décrit ou sa façon de bosser (il a beaucoup d'humour en plus, ce qui rend le tout d'autant plus digeste).

Tout simplement l'un des meilleurs French Comics que j'aie pu lire jusqu'à présent.

22 septembre 2010

Coup de Coeur du mois : C'est un oiseau...

Un graphic novel semi-autobiographique utilise le mythe de Superman pour parler de sujets graves et intimes. Le titre est évocateur : C'est un oiseau...

Steve est scénariste. Plus précisément, il écrit des comics. Un jour, on lui propose le graal : travailler sur Superman. Un rêve pour beaucoup d'auteurs. Sauf que pour Steve, c'est le début du cauchemar.
Il n'accroche pas vraiment avec le personnage. Il le trouve ridicule, irréaliste, violent même. Alors qu'il cherche l'inspiration, sa vie privée semble s'écrouler autour de lui. Son père disparaît, sa petite amie le quitte, il en vient même à frapper un ami...
Et puis il y a cette chose dont on ne parle pas. Ce secret honteux qui frappe sa famille depuis des générations. Une maladie dont peu de gens connaissent l'existence. La chorée de Huntington. Elle est héréditaire. Il n'y a aucun traitement. Elle est mortelle dans 100% des cas et attaque le système nerveux jusqu'à transformer ceux qui en sont atteints en pantins désarticulés incapables de contrôler leurs gestes. Ils ne peuvent plus marcher, ne peuvent plus embrasser leurs proches, ne peuvent plus écrire.
Steve a peur. Il cherche à mettre des mots sur l'indicible. A comprendre ce satané Superman qui n'est puissant que sur le papier. De l'autre côté des planches, lorsque l'on meurt, c'est pour de bon.

L'on a eu de bonnes choses ce mois-ci, mais là je crois que l'on tient tout simplement le comic du mois. C'est dire sa qualité. Le genre d'oeuvre que l'on pourrait envoyer à l'équipe d'Envoyé Spécial qui a fait le sujet sur les adulescents afin de leur montrer jusqu'où peut aller une bande dessinée destinée aux adultes.
Le scénario est signé Steven T. Seagle, les dessins sont l'oeuvre de Teddy Kristiansen. Graphiquement, c'est tout simplement exceptionnel. L'artiste alterne différents styles avec une virtuosité magistrale. C'est typé, inventif, parfois presque abstrait, mais toujours très expressif. Un parfait exemple de la complémentarité entre texte et dessin et de ce que l'art séquentiel peut apporter pour sublimer un récit.
L'histoire, quant à elle, n'a que très peu à voir avec Superman évidemment. Il y a bien une petite réflexion sur le personnage et son symbolisme, mais l'essentiel est bien ailleurs.

Seagle possède ce don rare et précieux qu'ont les grands écrivains : il parvient à vous intriguer et à vous embarquer dans son univers dès les premiers mots. En abordant ses personnages d'une manière détournée, apparemment anecdotique, il les rend plus crédibles, plus consistants, plus proches du lecteur.
L'auteur se livre surtout à une réflexion introspective sur le poids du non-dit, l'isolement, la difficulté à communiquer ou même à supporter les autres. Et bien sûr tout cela est fait avec une rare finesse et sans jamais devenir ennuyeux ou pompeux. Certaines répliques font même preuve d'un humour assez inattendu et d'autant plus percutant.
Enfin, Seagle va également parler de son métier en évoquant quelques-uns de ses aspects, comme ce fameux besoin de "ne rien faire" qui consiste précisément à se donner les moyens de "recharger" l'esprit en situations, personnages ou anecdotes, et qui fait aussi partie du processus créatif. Un élément paradoxal que les écrivains comprennent bien, leurs proches un peu moins. ;o)

Bref, l'ouvrage est surprenant, maîtrisé et d'une justesse imparable. Un incontournable de plus dans la gamme Vertigo qui en compte déjà tant. Et en plus, la traduction d'Alex Nikolavitch est parfaite. Heureusement que nous sommes tombés sur un de ceux qui savent bosser chez Panini...

Intelligente, émouvante et même drôle parfois, voilà une oeuvre qui prouve, s'il en était encore besoin, qu'un livre ne perd rien de sa force s'il est en partie constitué de dessins. Il s'agit même là d'une de ces BD fascinantes qui vous marquent et contribuent à vous construire en tant qu'individu. Parce que l'art, au fond, ça sert aussi à ça. Faire passer les saloperies de la vraie vie en saloperies de papier que l'on peut maîtriser.
Presque une analyse en somme, sauf que l'auteur, si tout va bien, ne paie pas pour livrer ses angoisses et peut même parvenir à en vivre. Ce qui ne signifie nullement "refuser de grandir" mais tout simplement utiliser la fiction afin d'extérioriser la peine et les ténèbres pour en faire une souffrance acceptable. Il ne s'agit pas de nier mais, puisque l'on ne peut maîtriser la vie, de maîtriser au moins les planches. Seagle et Kristiansen le font de manière remarquable.

Rigoureusement indispensable, forcément.
A offrir à ceux qui rigolent quand vous leur dites que vous lisez des comics.

"L'emploi délibéré de l'impossible est exactement le coeur de ces bandes dessinées. Pour nous rappeler que quand le monde réel est trop dur, il y a toujours un endroit où se réfugier."
Steven T. Seagle

21 septembre 2010

Ringhorn : Aelement met le cap au Nord

La scène French Comics s'enrichit ce mois d'un nouveau venu qui explore le riche univers des Vikings. Habillez-vous chaudement car l'on part pour les Terres du Nord avec le premier numéro de Ringhorn.

Herolf Ragnarsson est un guerrier, un marin mais aussi l'étrange héritier d'un pouvoir effrayant. L'homme est en effet un Berserker, un guerrier sacré d'Odin qui peut se transformer en un monstre assoiffé de sang.
Sur son drakkar, le Ringhorn, il est accompagné entre autres par Loki Lodinn, un voleur quelque peu dérangé, ou encore Magnus Bjarnsen, un combattant inspirant la terreur tant par les runes peintes sur son visage que par le marteau, Sigismund, qu'il utilise pour terrasser l'ennemi.
Le petit groupe est en expédition au Markland afin de libérer les captifs d'une secte sanguinaire. Mais les adorateurs du dieu-serpent Jormung pourraient bien donner du fil à retordre, et des crânes à exploser, aux fiers hommes du Nord...

Après un Hoplitea fort sympathique, Aelement Comics enchaîne sur un autre univers prometteur avec le premier épisode de Ringhorn. Le titre prend racine dans le XIème siècle et, plus précisément, le monde rude et aventureux des célèbres vikings. Une culture et une mythologie fascinantes mais relativement peu explorées, si ce n'est, aux Etats-Unis, par Brian Wood et son Northlanders.
Ici, c'est J.H. Wzgarda qui va avoir la lourde tâche de signer scénario et dessins. La colorisation, elle, est en partie assurée par Cecilia Alemany. Graphiquement, l'on peut affirmer qu'il y a de très bonnes choses, les planches d'ouverture ne sont pas loin du sublime, avec de très jolis effets faisant s'effacer progressivement les mots latins d'un livre ancien pour découvrir une mer déchainée. Malheureusement, les pages suivantes présentent aussi parfois des cases un peu en dessous techniquement, notamment à cause d'une impression de flou, ou d'encrage grossier, sur quelques dessins. Quelques problèmes de proportions peuvent également gêner un peu. C'est d'autant plus dommage que l'ensemble est d'un bon niveau et que certains plans sont réellement enthousiasmants.

Pour ce qui est de l'histoire, difficile de juger en un seul épisode. L'auteur installe les personnages et nous livre quelques informations essentielles. L'on notera que certaines idées semblent augurer du meilleur si elles sont bien exploitées, comme le subtil mélange entre fantastique et Histoire, ou encore l'introduction de héros atypiques, par exemple cet amérindien qui tient apparemment le rôle d'un "déraciné" confronté au monde viking qu'il ne connaît pas.
Il est important de souligner l'effort de documentation de l'auteur, qui emploie des termes propres à l'univers qu'il dépeint (ceux-ci sont d'ailleurs expliqués grâce à de petites notes fort utiles). Globalement, les textes sont d'un bon niveau, avec même parfois une pointe de poésie.
Pour l'instant, mais c'est un peu inhérent à la volonté de présenter le contexte, l'émotion n'est pas encore au rendez-vous mais le lieu, les protagonistes et l'époque constituent un cadre idéal pour faire vibrer le lecteur.

Alors, petite structure et petit tirage sont évidemment synonymes de coûts de production élevés, ce que l'on retrouve dans le prix de ce numéro (4,60 euros). Cependant, l'éditeur a fait son possible pour montrer sa bonne volonté. Ainsi, en plus des deuxième et troisième de couverture rappelant ce qui se fait chez les "grands" que sont Delcourt ou... Panini, l'on pourra trouver quelques bonus : une postface de l'auteur, des topos sur les artistes, un sketchbook agrémenté de quelques explications (2 pages), une mini-galerie issue d'un concours (1 page), et enfin, sans doute le plus intéressant, une page d'informations sur les explorations menées par les vikings, ainsi qu'une petite carte permettant de mieux situer l'action.

Une saga qui a tout pour devenir culte si elle parvient à développer les pistes qu'elle laisse entrevoir.

20 septembre 2010

Preacher : l'Enfer vient avec Lui

Le plus déjanté et le plus cool révérend des Etats-Unis fait son retour dans le huitième opus de Preacher. Attention, Ennis inside !

Après s'être un peu mis au vert, Jesse Custer décide enfin de retrouver Tulip, son ancienne petite amie qui, le croyant mort, s'est jetée dans les bras de Cassidy, un vampire toxicomane et quelque peu escroc sur les bords. Pas tout à fait le compagnon idéal donc.
Et en effet, sous son influence, Tulip, naguère pourtant forte et joyeuse, connaît une descente aux enfers abominable. La belle et énergique jeune femme est devenue une junkie sans volonté... jusqu'au jour où un dernier sursaut d'orgueil la fait se ressaisir.
De son côté, le toujours très colérique archipère Starr connaît de nouveaux déboires. Le Graal, organisation dont il est maintenant à la tête, a décidé d'enquêter sur ses méthodes jugées trop expéditives et surtout très "voyantes".
D'un côté comme de l'autre, les flingues vont encore parler.

L'on se rapproche tout doucement de la fin de cette série exceptionnelle avec ce huitième tome. Le scénario est de Garth Ennis, les dessins sont de Steve Dillon. Si vous ne connaissez pas Dillon, sachez qu'il est loin d'avoir un style convaincant. Les décors sont souvent minimalistes et, surtout, les visages se ressemblent tous. Mais pas de panique, ce n'est pas laid non plus et l'on est tellement pris par l'histoire que l'on finit par passer outre ces petites imperfections.
Justement, venons-en au récit en lui-même. Custer a donc quitté Salvation (cf Preacher #7) et se met en devoir de retrouver son grand amour. Cela nous donnera l'occasion d'en apprendre plus sur l'enfance de Tulip. Un grand moment puisqu'Ennis parvient à nous faire croire qu'il va charger la mule, comme à son habitude, alors qu'il opte finalement pour une approche étonnamment douce et tendre. Jusqu'à la petite surprise finale, bien entendu. L'auteur nous plonge également dans le passé de Cassidy en suivant un Custer qui tente de découvrir qui est réellement celui qu'il pensait être son ami. Là encore, sous la violence et la crasse, se cachent quelques moments d'une grande émotion, notamment grâce à une clocharde assez repoussante au départ mais qui, sous la plume d'Ennis, finit par très subtilement passer du statut d'épave à celui d'une brave fille égratignée par la vie et les imbéciles. Du grand art.

Evidemment, pour cacher sa sensibilité extrême, ce grand fourbe d'Ennis va comme à son habitude nous livrer une bonne dose de sexe, de violence et d'humour. Dans le genre, pratiquement chaque apparition de Starr est à mourir de rire. La plupart de ses répliques, cyniques et acides au possible, tapent juste. Dans un autre registre, l'émission de radio qui prend un cours très spécial après le coup de fil de Custer est aussi un grand moment. ;o)
Autre scène à signaler, la référence de nouveau à un abattoir dégueulasse (où les mecs fument au-dessus de la viande ou pissent dans les coins). Ce qui est presque maintenant un leitmotiv pouvait se retrouver dans le dernier tome mais aussi dans la série 303. Ce rapport cradingue avec la viande finit par devenir assez curieux...
Enfin, pour l'anecdote, une énorme caricature de français apparaît dans ces épisodes. Alors, d'habitude, je dois dire que lorsqu'un auteur tape sur les franchouilleux, c'est un pur bonheur pour moi (c'est tellement mérité !), mais ici, le trait est tout de même très (trop ?) appuyé. Le gars est obèse, obsédé par la bouffe, arrogant au possible, il porte béret et noeud papillon, et son nom est... Napoléon Vichy ! Ah, il s'est lâché l'ami Garth. Bon, ceci dit, dans un monde frileux où le moindre propos est déformé et fait hurler les bien-pensants et les ignorants, un bon portrait au vitriol de temps en temps peut avoir aussi un côté salutaire. Et même jouissif avec un peu de recul.

Précisons que Panini a intégré, au début de l'ouvrage, un résumé des épisodes précédents et une petite présentation des personnages. C'est tout à fait normal, mais venant d'eux, on a presque envie de sortir le champagne et les petits fours.

Une série libre, inspirée et, sous des dehors cyniques, terriblement humaine.
Totalement indispensable.

18 septembre 2010

Siège : prologue et régime minceur

Mini-prologue pour Siège, le futur évènement Marvel, dans le Dark Reign Saga #4.

J'évoquais hier les nombreuses références au futur event important dans le dernier Marvel Icons, nous entrons presque dans le vif du sujet avec ce très bref prologue.
L'on commence par Siege : The Cabal, un épisode écrit par Brian Michael Bendis et dessiné par Michael Lark. Comme son nom le laisse supposer, ce chapitre tourne autour du petit groupe réuni par Norman Osborn et remanié depuis le départ d'Emma Frost et Namor. Taskmaster a du coup gagné sa place à la table des grands (ou bien il joue le bouche-trou selon les points de vue).

La rencontre est plus que tendue entre Osborn et Fatalis, dont on connaît le caractère entier. Comme l'indique assez clairement l'illustration, la conversation ne reste pas longtemps courtoise et Norman utilise même son fameux joker dont on n'a toujours pas découvert le visage. Toutes les hypothèses restent ouvertes. Pour le reste des protagonistes, Loki et Sentry sont présents et jouent un rôle important.
L'introduction s'avère sympathique et le rythme soutenu, mais nous sommes encore loin d'avancer vraiment. Une mise-en-bouche disons. Ou plutôt une mise-en-oeil, l'ingestion de comics n'étant pas conseillée.

Le reste de la fort mince revue se divise en deux parties. Une scène, toujours de Bendis mais cette fois illustrée par Lucio Parrillo, qui montre Loki en train d'expliquer à Osborn la conception asgardienne de l'univers. Un petit rappel joliment mis en images.
Le reste est en fait constitué de fiches de personnages rappelant brièvement leurs origines. L'on retrouve ainsi de petits topos sur Spider-Man, Wolverine, Captain America, Iron Man, Sentry, Wolverine, Bucky, Loki, Fatalis, Arès, Hood et Osborn, alias le Bouffon Vert. Très utile pour les nouveaux lecteurs, surtout à la veille d'une saga importante. Pour les plus anciens, évidemment, cela sera à ranger dans le superflu. Avec seulement 47 planches pour 4,20 euros, ce trimestriel n'était déjà pas à classer parmi les bonnes affaires du mois, mais si l'on enlève en plus les 12 planches de présentation des personnages, il ne reste alors plus que 35 pages de récit. Pour des raisons économiques, il n'était sans doute pas possible de baisser le prix, mais une solution toute bête consistait à mettre un peu plus d'éditorial. Par exemple, Panini se lance dans une sorte de résumé vite bâclé (sur HoM, CW...) en troisième de couverture, alors que cette chronologie aurait pu avoir plus de gueule sur 4 ou 5 pages, avec quelques illustrations. Apparemment c'est trop demander. Ah ben c'est sûr, ça supposerait un peu de travail, quand on n'est pas habitué, ça peut laisser des séquelles. On s'en voudrait de leur causer une méningite.
Toujours le service minimum donc, dans la droite ligne du Panini Way. A comparer avec l'excellente revue Les Chroniques de Spawn, de Delcourt, dont le dernier numéro propose même des planches en preview (celles de Chew, une série vivement conseillée), idée que bien entendu les vendeurs d'autocollants n'ont jamais eu, même pour soutenir de petites merveilles qu'ils ont préféré laisser couler dès le premier numéro par manque de communication...

Un prologue que l'on aurait aimé plus fourni, d'autant que les informations qu'il contient le rend presque indispensable pour les nouveaux venus qui souhaiteraient se mettre un peu à jour et découvrir une partie des forces en présence. Avec un boulot correct, l'éditeur en faisait un point d'entrée obligatoire. Mais rien n'est plus éloigné de "correct" que "Panini"...


17 septembre 2010

Marvel Icons : Girl Power

Au sommaire du Marvel Icons #65, double ration de New Avengers et fin de la cavale de Tony Stark.

Retour à la partie kiosque des comics du mois avec ce Marvel Icons qui débute par le New Avengers #60. Brian Michael Bendis au scénario, Stuart Immonen aux dessins.
Les Vengeurs ont enfin récupéré Luke Cage qui avait été abandonné aux mains du HAMMER (cf Marvel Icons #64). Malheureusement, le Dr Strange découvre que Norman Osborn a profité de l'opération de Cage pour lui implanter un tracer sur le coeur. Un dispositif peut-être piégé et qui nécessitera de faire appel à Hank Pym et ses fameuses molécules.
De son côté, Hood, qui avait été lâché par ses hommes, reprend la main à sa manière. C'est à dire en flinguant le responsable de la révolte.
Episode plutôt sympa avec un petit trip "Aventure Intérieure", ce qui donnera l'occasion à Spidey de balancer l'une de ses si typiques vannes. Dans le genre "buddy movie" (enfin, "buddy comic" plutôt), l'association Spider-Man/Luke Cage fonctionne vraiment très bien. On a toujours l'impression que Cage est à deux doigts de lui en mettre une. ;o)

On reste avec les mêmes personnages puisque l'on enchaîne sur le troisième annual de la série qui se déroule juste après The List (cf Dark Reign hors série #1). Clint Barton, qui avait tenté de tuer Osborn dans un raid en solo et improvisé, est maintenant aux mains de l'ennemi. C'est malin ! Du coup, les nanas du groupe décident de mettre sur pied une expédition de sauvetage. Pour récupérer son impulsif compagnon, Oiseau Moqueur bénéficiera de l'aide de Ms. Marvel, Spider-Woman et Jessica Jones qui reprend du service en tant que Jewel. Attention, pour ceux qui n'auraient pas encore lu la saga Captain America : Reborn, une surprise est au rendez-vous. Heu, remarquez, avec un titre pareil, la surprise ne devrait tout de même pas vous faire tomber de votre fauteuil.
Toujours Bendis au scénario, cette fois accompagné par Mike Mayhew aux crayons. Le tout est fort joli, se laisse lire agréablement, et constitue une sorte de prélude à Siège, une épopée qui devrait avoir de sérieuses conséquences sur le marvelverse.

Enfin, la revue se termine par Invincible Iron Man, avec la conclusion de World's Most Wanted. Toujours Matt Fraction à l'écriture et Salvador Larroca pour la partie graphique.
La longue cavale de Stark prend donc fin et s'achève sur un affrontement entre Osborn, dans son armure d'Iron Patriot, et notre brave Tony aux commandes d'une vieille Mark I. Pour ceux qui n'auraient pas pris l'option "armures" au lycée, sachez que c'est un peu comme si l'on comparait un Amstrad 6128 avec un PC actuel. Et comme en plus le cerveau de Stark n'est pas au mieux en ce moment (c'est ça aussi à force d'effacer des infos comme si c'était une simple clé USB !), inutile de dire que Norman a comme qui dirait un léger avantage.
Bon, l'arc est enfin terminé, ça a tout de même pris une année entière. Quand je pense que certains se plaignent que Bendis "dilue" ses récits... le final de ce dernier épisode laisse en tout cas présager une suite intéressante qui devrait faire intervenir l'alter ego de Thor.

Un ensemble plutôt honnête qui donne surtout envie de découvrir les prémices de Siège et les bouleversements qui devraient l'accompagner.

15 septembre 2010

Grand Test : Es-tu un sataniste-geek-adulescent ?

Afin de savoir si toi aussi tu peux un jour espérer effrayer la ménagère et ton facteur dans un reportage diffusé sur le très noble service public, voici un petit test permettant de te situer sur l'échelle de la normalité télévisuelle.
Bien sûr tout cela est rigoureusement scientifique puisque le test a été réalisé avec l'aide de Christian Margoulin, psychologue-marabout-rebouteux, spécialiste en comportement déviant.

1. Quand tu rentres chez toi après une longue journée de travail, tu aimes te détendre en écoutant :
a : du heavy metal, d'ailleurs tu as déjà acheté le dernier Iron Maiden (1000 points)
b : tu hésites entre le dernier Yannick Noah et un bon Florent Pagny (2 points)
c : tu n'as pas de travail car les horaires et l'activité nuisaient à ta consommation de Kinder Bueno (2000 points) mais sinon, tu penses que le Death, c'est plus ce que c'était... (+ 3000)

2. Les Jeux de Rôle :
a : tu trouves ça sympa, d'ailleurs tu te félicites du retour en kiosque de Casus Belli (1000 points)
b : tu penses que ça devrait être interdit parce que c'est pas bien de se réunir dans des cimetières la nuit pour profaner des tombes (1 point)
c : tu adores mais tu n'aimes pas trop quand les parties sont organisées ailleurs que chez toi car cela t'oblige à affronter le monde extérieur (7000 points)

3. La dernière bande dessinée que tu as lue :
a : Cerebus, et en plus tu l'as chroniquée sur ton blog (8000 points)
b : Tintin, car comme tous les gens bien, tu es tintinophile (7 points)
c : Spider-Man, tu te forces à le lire alors que tu trouves que l'évolution du personnage est merdique depuis OMD, mais t'arrives pas à arrêter (1 000 000 de points)

4. Si tu dois rechercher une adresse ou un renseignement dans l'urgence :
a : tu regardes sur Internet (100 points)
b : tu te rues sur ton minitel avec un pincement au coeur à la vue de l'objet et avec l'indéfinissable fierté d'être ainsi le témoin du génie technologique français (0,3 point)
c : ben le Net, évidemment, mais sur un moteur de recherche alternatif que tu as conçu toi-même (17 500 points)

5. Tu as acheté la Wii, mais :
a : jouer avec le volant à Mario Kart ça t'a vite saoulé et tu préfères la précision de la manette, d'autant que maintenant, avec l'éclatement ergonomique que procure l'association wiimote/nunchuk, tu peux être encore plus affalé dans le canapé (350 000 points)
b : tu n'as tenu que trois semaines les bonnes résolutions qui associaient régime et Wii Fit, et en plus, tu as eu peur de tomber accro aux jeux vidéos alors tu as tout revendu aux puces (2 points)
c : y'a pas à chier, les graphismes sur PS3, ça déchire quand même plus (500 points)

6. Tu veux te nourrir, ton premier réflexe :
a : tu vas au MacDo, tu optes pour le McDrive car tu es asocial, et tout le long du chemin tu te dis que si la connasse du dernier guichet oublie encore une sauce ou les serviettes, tu contacteras tous les serial-killers actuellement incarcérés pour lui filer son adresse (9247 points)
b : tu te concoctes un petit menu vachement sympa à base de tofu (- 8000 points)
c : tu te traînes comme une bête malade jusqu'au frigo, tu vois un vieux reste de pizza, tu hésites, finalement tu le goûtes et... tu trouves ça bon (jackpot !)

7. Pour toi le sport c'est :
a : enlever leur putain d'enculé de film plastique sur les DVD !!!!! (4000 points)
b : une activité saine qui permet de trouver un équilibre de vie et de faire des rencontres dans un cadre ludique tout en prenant soin de ta santé (disqualifié !)
c : ah, ouais, Fifa 2010 ! (7800 points)

8. Pour décorer ta maison :
a : tu as quelques figurines de super-héros, des maquettes et même un buste de Neo. Pas moi, celui de Matrix. (30 000 points)
b : de beaux napperons, hérités de ta grand-mère, sont disséminés un peu partout, tu as aussi une tour Eiffel et quelques boules à neige (tu es la mère à Titi !! - 450 points)
c : tu as des posters partout, même dans les chiottes, et d'ailleurs, tu n'hésites pas à les montrer à tout le monde, même à des équipes télé de France 2 (tu es animateur-acteur-scénariste-dessinateur et en plus tu viens d'Ardèche, + 450 000 points)

9. En société :
a : tu n'aimes pas trop parler de toi et de tes passions, non par timidité mais parce que tu trouves saoulant de devoir expliquer en quoi ce qui t'intéresse n'est en rien ridicule ou répréhensible (300 points)
b : tu n'hésites pas à donner ton opinion sur des sujets de société qui t'interpellent car tu penses qu'il est de la responsabilité de chacun de faire évoluer les mentalités, ceci bien sûr dans le respect d'autrui et en essayant d'écouter l'autre afin de tirer avantage d'un échange qui, sur le long terme, ne peut qu'être constructif (je ne sais pas combien de points ça fait, je me suis endormi avant la fin de la phrase)
c : tu commentes les dernières sorties BD et la belle époque des premières consoles. Tu regrettes le fait qu'il n'y avait pas de sauvegarde dans Kid Chameleon. Tu te réjouis du fait que The Final Frontier soit arrivé numéro #1 des ventes d'albums partout dans le monde et même en France. Bref, tu es plutôt détendu, mais faut dire que tu ne fréquentes que tes potes (60 666 points)

10. Ton style vestimentaire :
a : ben, ça dépend des circonstances... à un mariage, en costard, au Lille Comics Festival, plus détendu, surtout s'il faut poursuivre des barbus malpolis (50 points)
b : tu suis les conseils des magazines pour rester à la pointe des tendances actuelles (1 point)
c : tu prends ce qui vient, tu changes de T-Shirt quand l'odeur est insupportable et de slip quand tu n'arrives plus à chasser les mouches (800 000 points)


Résultats

Moins de 25 points : rassure-toi, tu es normal ! Enfin, selon France 2 en tout cas. Tu a su gagner en maturité tout en faisant la part des choses, tu sais prendre sur toi et trouver des compromis. Il y a des moments où tu t'ennuies tellement que tu as envie de crever, mais il suffit d'une bonne soirée thématique sur Arte pour te redonner le moral. Bravo !
Entre 26 et 2000 points : rhalala, tu es un petit rebelle toi hein ? Mais ne t'inquiète pas, ta folie et ton désir de bousculer les conventions font aussi la joie de ton entourage. D'autant que tu sais aussi mettre le holà et redescendre sur terre lorsque le besoin s'en fait sentir. Foufou va !
Entre 2001 et 500 000 points : tu es adorateur de Satan, Geek au dernier degré et tu refuses de grandir car tu as peur de l'avenir. Il faut se reprendre en main. Tu crois que tes parents sont fiers de toi ? Tu crois que c'est ce qu'ils voulaient à la base ? Un trou du cul qui se gave de fraises Tagada en lisant des Spirou ou pire (des Manara !!). Il faut te faire suivre. Heureusement, il existe aujourd'hui des escr... heu, des psychologues spécialisés dans ce type d'addictions. Il est grand temps de grandir et de trouver un emploi stable et un loisir convenable ! La collection de timbres par exemple. Ou le tuning.
Plus de 500 000 points : tu es possédé et l'équivalent de la progéniture issue de l'union maudite d'un cancrelat et d'un démon. Ah ben, désolé d'être direct, mais à part le chalumeau ou trois semaines d'exorcisme, là, il n'y a plus trop de solutions. Ceci dit, tu es retenu pour le casting du prochain sujet d'Envoyé Spécial : "faut-il avoir peur de ces enculés qui ont l'air de s'amuser pendant que nous on regarde Une nounou pas comme les autres et Fort Boyard ?"


Punisher Noir : la Guerre pour Patrie

C'est au tour du Punisher de rejoindre ce mois la gamme Noir de Marvel, un concept plongeant les célèbres héros de l'éditeur dans les années 30.

Frank Castelione est un vétéran de la Grande Guerre, celle qui sera appelée à tort la "der des ders". Depuis son retour aux Etats-Unis, il a dû faire face à la disparition de sa femme et élève maintenant seul son fils. Une tâche qui n'est pas très aisée, d'autant que le petit Frank junior commence à traîner avec une bande de voyous.
Pourtant, Castelione va très vite avoir d'autres sujets de préoccupation. La petite épicerie qu'il possède subit une tentative de racket, pratique plutôt courante dans le Bronx. Mais Castelione n'a pas l'habitude de céder devant le chantage. Il met en fuite les deux mafieux qui s'en prenaient à son commerce et s'attire alors la colère d'un boss du milieu.
Des tueurs de premier ordre sont maintenant à ses trousses. Et là où une armée entière d'Allemands avait échoué, les voyous réussissent.
Le petit Frank se retrouve seul au monde. Pourtant, il a un avantage : le temps joue pour lui. Il va grandir, devenir plus fort, s'entraîner... et un jour, il s'attaquera au milieu et traquera ceux qui ont tué son père. En attendant, il écoute une fiction diffusée régulièrement à la radio. L'émission raconte les aventures d'un justicier implacable. On l'appelle le Punisher.

L'on commence à bien connaître le principe de ces déclinaisons "polar" des grands noms de la Maison des Idées (cf Spider-Man Noir, X-Men Noir, Wolverine Noir). C'est donc au tour de Frank Castle d'être plongé dans l'ambiance sulfureuse des années 30. Le scénario est de Frank Tieri, les dessins de Paul Azaceta et Antonio Fuso.
Visuellement, pas grand-chose à dire, les planches sont plutôt réussies, si ce n'est un encrage parfois très appuyé qui donne des traits assez grossiers aux différents visages. Le récit, bien que prévisible, avec des rebondissements très téléphonés, reste agréable. L'idée de transposer l'expérience guerrière de Castle dans l'Europe de 1918 est excellente. Il est même un peu dommage que cette partie ne soit pas plus développée. Il faut noter que le rôle du Punisher n'est pas ici assuré par un seul homme mais est partagé entre le père, le fils et... une fiction radiodiffusée, ce qui constitue une intéressante référence à la Trinité chrétienne.
Pour ce qui est du casting, Tieri a puisé intelligemment dans les grandes figures de ces dernières années, et notamment celles utilisées par Ennis dans son long run sur la série Max du Punisher. L'on retrouve ainsi Puzzle, Soap, dans une version plus sérieuse cependant (cf la scène #31 du Bêtisier pour ceux qui ne connaissent pas le flic malchanceux), et même... Barracuda (cf Punisher #8 & Punisher #10 ainsi que la scène #36 du Bêtisier), l'un des ennemis les plus impressionnants de ce vieux Frank. Autant dire que les versions Tieri paraissent tout de même bien fades en comparaison des modèles signés Ennis, mais bon, les références sont sympathiques.
Comme souvent, la fin est ouverte et une suite est donc envisageable.

Un travail honnête mais qui manque un peu d'originalité.
Pour 10 euros, l'on peut tout de même se laisser tenter.

13 septembre 2010

Cerebus : High Society

Première adaptation en français de l'oeuvre fleuve que constitue Cerebus. Tout de suite, introduction à l'Oryctérope et ses mouvements d'humeur.

Cerebus, un oryctérope bagarreur, roublard et quelque peu misanthrope, arrive dans la cité de Iest où sa réputation l'a précédée. Il est accueilli comme un prince au Régence, un hôtel de luxe dans lequel il prend ses quartiers.
Représentant de Lord Julius, Cerebus est bientôt assailli par divers marchands souhaitant se faire remarquer afin de bénéficier de futurs juteux contrats. Lassé par tant de flagornerie, Cerebus décide alors de participer à son propre enlèvement pour pouvoir empocher la rançon. Quelques péripéties plus tard, le voilà non seulement guère plus riche mais même endetté... usant de son habileté politique, l'oryctérope est sur le point de mettre la main sur l'argent dont il a besoin lorsque le Cafard de Lune, en assassinant un homme d'affaire, met un terme à ses plans.
Et ce n'est pas tout, des élections se profilent à l'horizon. L'occasion pour Cerebus de prendre le pouvoir en plus de quelques piécettes. Pour cela, il faudra toutefois battre l'adversaire désigné par Lord Julius et qui se trouve être... une chèvre !

Si le résumé vous paraît dingue, c'est parce que l'oeuvre l'est et l'auteur, Dave Sim, aussi un peu. Il faut dire que le type a cherché l'inspiration à la dure, en ne consommant pas que du jus de tomate. Difficile de dire si le cannabis et le LSD y sont vraiment pour quelque chose, mais toujours est-il que le résultat est une énorme saga, de 300 épisodes et plus de 6000 pages, écrite entre 1977 et 2004. C'est seulement aujourd'hui qu'une version étrangère (française en l'occurrence) est autorisée.
Essentiellement parce que Dave Sim, en plus d'être un original, est un intégriste de l'auto-publication. A tel point que son personnage est libre de droit pour qui souhaite l'utiliser dans ses propres oeuvres et que Cerebus, après la mort de son auteur, tombera dans le domaine public.
Voyons un peu en détail ce premier tome (qui est en fait le deuxième de la série mais qui avait également été le premier à paraître en VO) édité par Vertige Graphic.

Pour commencer, juste pour ceux qui l'ignoreraient, un oryctérope est un animal qui existe réellement et qui peut probablement se vanter de faire partie des résultats les plus ridicules de l'évolution. Ou alors Dieu a vraiment le sens de l'humour. Si Cerebus a donc un physique particulier, les personnages qui l'entourent sont eux tout à fait normaux. Enfin, ils sont humains disons.
Le récit se déroule dans une société assez réaliste et complexe où la corruption règne en maître. Le héros manoeuvre au milieu des requins et des margoulins avec une aisance certaine, ce qui lui permet de lancer régulièrement quelques vannes assassines avec un cynisme des plus jouissifs. L'humour est donc présent et la critique sociale se révèle acerbe. En plus du monde économique et politique, Sim va également mettre en scène des personnages réels ou encore parodier des héros bien connus. Le fameux Cafard du résumé par exemple est franchement inspiré du Moon Knight de Marvel.

Graphiquement, le tout est plutôt agréable malgré le côté toujours austère du noir & blanc. Ou alors je développe une sorte d'immunité avec les ans. Alors, ne vous y trompez pas, le beau château de la cover n'est pas de Sim mais de Gerhard, un artiste qui prendra en charge par la suite la partie décor. Il faut dire que dans ce domaine, Sim est parfois très minimaliste.
D'un autre côté, l'homme est habile et va se lancer dans toute une série d'expérimentations, parfois assez novatrices. Il va jouer sur le lettrage (avec une manière très réussie de représenter un écho par exemple), s'amuse à faire basculer le sens de lecture, alterne de simples dialogues illustrés avec ensuite, entre autres, des transcriptions de discours, bref, la volonté de faire exploser les conventions est là. Et même si tout le monde n'est pas apte à dynamiter ce qui en général sert de base à une narration, il faut avouer que Sim s'en sort souvent haut la main.
Il décrit également un univers riche et personnel où il va pousser assez loin le sens du détail. Ainsi, lorsque les protagonistes se lancent dans une partie de cartes, il ne se contente pas de les faire jouer à la belote ou au rami mais invente et présente son propre jeu. Bon, ce n'est qu'un poker simplifié, tendance heroic-fantasy, mais l'effort se doit d'être souligné.

Du coup, ça serait-y pas génial tout ça ? Ben... pas tout à fait.
Certaines parties notamment traînent pas mal en longueur. Et là on en revient à la difficulté de l'auto-publication. Car un éditeur - enfin, un "bon" éditeur - n'est pas juste un imprimeur ou un méchant arriviste qui veut piquer le pognon des gentils auteurs. Un éditeur c'est un professionnel qui apporte un regard extérieur, corrige certaines erreurs, amène un échange, bref, un acteur essentiel du processus créatif qui permet d'affiner le résultat final. Bien sûr, parfois, un éditeur, ça peut être chiant aussi. Il peut vous demander de changer un titre, ou d'être plus ceci ou cela, simplement parce que c'est la mode et que ce sera plus vendeur. Donc, s'en priver permet de s'affranchir de certains inconvénients. Mais cela a pour conséquence de ne pas pouvoir bénéficier des avantages.
Il ne s'agit pas de savoir si l'on pouvait ramener ce pavé de 500 pages à 300, 400 ou 450. Simplement, il est indéniable que certaines parties manquent singulièrement d'intérêt voire de clarté. Le travail est donc intéressant, conséquent, mais loin de la perfection.
L'histoire, même si elle est souvent drôle et incisive, souffre de temps morts et peut même sembler répétitive. L'on pourrait même lui reprocher un manque d'émotion s'il n'y avait pas un final, aussi émouvant qu'inattendu. En une seule planche, Sim parvient à tout faire basculer et même à retranscrire d'une manière assez ahurissante une voix qui se brise et une gorge serrée par l'émotion. Pas de quoi faire oublier les petits défauts évoqués plus haut, mais cela permet au minimum de les relativiser.

Un roman graphique étonnant, sincère, acide, mais qui manque un peu de maîtrise pour accéder au rang de chef-d'oeuvre.
N'hésitez cependant pas à vous lancer dans cette lecture si vous souhaitez sortir des sentiers battus et découvrir une oeuvre et un auteur vraiment à part.

ps : Cerebus n'est pas très bien distribué, j'ai bien galéré pour ma part pour le trouver (certains libraires du coin n'en avaient même jamais entendu parler). Et dans les cas désespérés, on se tourne vers qui ? Ben, on file chez Arkham, 7 rue Broca, dans le 5ème, oui môsieur ! Enfin, si on n'habite pas Paris, on peut aussi leur envoyer une lettre écrite avec son propre sang. Je ne sais pas s'ils acceptent l'encre simple depuis. Et pour le même prix, hop, voici la vidéo dans laquelle Philippe & Philippe nous présentent Cerebus et son univers.