06 janvier 2011

Orgueil & Préjugés... et Zombies !

Un classique de la littérature anglaise, adapté en comics et agrémenté de morts-vivants, c'est ce que l'on découvre aujourd'hui dans Orgueil & Préjugés et Zombies.

Sous le règne de George III, l'Angleterre doit se défendre contre un terrible fléau. Le pays est en effet infesté de zombies. Tandis que les londoniens sont retranchés derrière d'immenses remparts, les campagnes environnantes sont plus ou moins efficacement protégées par l'armée. C'est à Longbourn, dans le Hertfordshire, que vivent les Bennet. Le père a depuis longtemps pris ses dispositions afin d'assurer à ses cinq filles une éducation martiale complète. Redoutables au mousquet, les jeunes femmes ont également suivi l'enseignement des meilleurs maîtres chinois et, depuis, manient le sabre avec une adresse peu commune.
Pourtant, pour madame Bennet, l'important n'est pas les hordes de monstres qui entourent leur propriété, ni même la pratique des arts martiaux. Ce qu'elle voudrait enfin, c'est voir ses filles trouver des maris, si possible argentés et de bonne naissance.
L'arrivée à Longbourn du distant et prétentieux Mr Darcy va sonner le début de chassés-croisés amoureux et de manoeuvres sentimentales qui parviendraient presque à faire oublier la menace qui plane sur le royaume...

Une petite explication s'impose quant à l'origine de cet étrange ouvrage. Au départ, l'on trouve donc Pride and Prejudice de Jane Austen, un roman sentimental plein d'humour et décrivant, avec une certaine acidité, les moeurs de la bonne société anglaise de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème. En 2009, c'est Seth Grahame-Smith, producteur, amateur de pop culture et fan de films d'horreur, qui écrit non pas une parodie (l'essentiel de la trame et du texte étant respecté) mais une version assez étrange du roman, en y incluant des zombies. Un peu, pour prendre un exemple français, comme si tout à coup Luc Besson réécrivait Madame Bovary mais avec des vampires. Oui, je sais, ça ne donne pas forcément envie. ;o)

C'est donc l'adaptation, en graphic novel, du roman d'Austen revisité par Grahame-Smith que Casterman nous propose ici. Le scénario est de Tony Lee, les dessins de Cliff Richards. Ce dernier possède un élégant coup de crayon et a opté pour un noir & blanc plutôt agréable. Efficace dans les scènes de combat (le type s'est fait la main sur Buffy), il livre également des zombies qui tiennent la route et des visages et décors franchement jolis. L'on a toutefois un peu de mal à reconnaître certains personnages du premier coup d'oeil, mais rien de bien méchant.
Venons-en à l'essentiel : le récit.
En plus des morts-vivants, le lecteur aura la surprise de croiser la route de ninja (!) et autres amateurs de kung-fu. L'impression générale est assez déroutante, d'autant que l'on ne peut pas dire que la touche asiatique ni même les zombies soient particulièrement bien exploités. Tout au plus les cadavres ambulants rendent-ils encore plus ridicules et désuets les codes et préoccupations de la bourgeoisie britannique de l'époque, mais jamais ils ne suscitent un véritable sentiment de danger ou même un vague effroi. Tant qu'à détourner le matériel original, une plus grande prise de risque aurait été bienvenue.
Ceci dit, l'ensemble ne manque pas d'humour et permet de moderniser une oeuvre qui, sans cela, n'aurait sans doute pas séduit le même public. Quelques répliques cinglantes et un final plus proche de Kill Bill que de La Nuit des Morts-Vivants achèvent de donner à cette adaptation un côté décalé et burlesque sympathique mais que l'on aurait aimé voir rehaussé par une tension dramatique plus présente.

Une curiosité, certes plaisante, mais qui ne parvient pas à suffisamment lier apports récents et terreau ancien pour emporter complètement l'adhésion.