15 février 2011

Doggy Bags : frissons, violence et tenues légères

Ce mois-ci débarque en librairie Doggy Bags, un titre se lançant sur les traces du défunt EC Comics et des films d'exploitation.

Une nouvelle publication, très old school dans l'âme, vient donc d'être lancée par Ankama, sous son label 619. Dès l'édito, les références permettent de situer un peu le registre des trois one-shots réunis dans ce premier tome. Il s'agit en fait de s'inscrire en héritier des anciens et célèbres comics d'horreur de EC, mais aussi d'assumer le côté trash et aguicheur des films dit "d'exploitation" (en gros, des séries B à petit budget qui, pour attirer le spectateur, se basaient essentiellement sur leur côté transgressif, sexy et gore).
Il ne s'agit donc surtout pas de parodies mais bien de faire "à la manière de", dans un style très premier degré et évidemment modernisé.

On commence par Fresh Flesh & Hot Chrome, par Guillaume Singelin. L'auteur associe en fait l'idée du club de bikers au thème du lycanthrope. Le gang des Lupus est en effet composé de loups-garous qui vont se lancer à la poursuite d'une malheureuse jeune fille.
Une entrée en matière sympathique, d'autant que la première planche débute sur Bad Moon Rising (du groupe Creedence Clearwater Revival) histoire de se mettre tout de suite dans l'ambiance. ;o)

On enchaîne ensuite avec Masiko, de Florent Maudoux, connu pour son excellente série Freak's Squeele. L'histoire qu'il nous propose ici est d'ailleurs directement en rapport avec cette dernière puisque l'on va s'intéresser aux péripéties d'une jeune femme qui se révèle être la mère de Petit Panda (heu, c'est un surnom hein). La belle a quelques yakusa aux trousses et devra user de tout son art du combat pour s'en débarrasser.
Ambiance Kill Bill (ça flingue, ça découpe) avec un brin d'humour et une touche sexy. Une tuerie, dans tous les sens du terme.

Enfin, on termine par Mort ou Vif, de Run, dont je vous avais également déjà parlé à l'occasion de la sortie du tome #0 de Metafukaz. Il s'agit ici de la fuite en avant d'un criminel, pourchassé par un flic dont il a tué le collègue. Les promesses de la ligne éditoriale sont tenues puisque l'on a droit à une épopée assez sanglante et à un final peu ragoûtant, annoncé d'ailleurs dès la cover à grand renfort de punchline délicieusement racoleuse.

Le travail sur Doggy Bags ne se limite cependant pas aux seules histoires évoquées ci-dessus. Tout à été fait pour que l'habillage soit à la hauteur des récits et puisse participer au ton un peu rétro. De fausses pubs sont présentes (pour un poing américain, un peigne cran d'arrêt ou encore une bible avec laquelle est offert un mini-chopper !), des covers permettent de renforcer le côté "publication en fascicules", des infos d'ordre général sont placées au début de chaque histoire (sur le sigle 1% des clubs de motards par exemple, ou encore le Colt 1911), la présentation des auteurs a été soignée, avec des photos les montrant en "situation" (en tueur à gage ou expert en arts martiaux), et enfin, même la quatrième de couverture a été travaillée et offre une présentation originale. L'on retrouve également, même si c'est plus anecdotique, un poster détachable à l'intérieur.
Autrement dit tout a été pensé avec un désir évident de livrer un ouvrage réalisé avec soin, jusque dans les plus petits détails. Et bordel, ça fait du bien de voir des gens aussi sérieux et motivés ! D'autant que le texte est impeccable et que l'aspect graphique de l'ensemble ne manque pas de charme. Du coup, il faut espérer que le titre connaisse un vrai succès pour qu'il puisse perdurer. D'ailleurs, à ce sujet, Doggy Bags recherche des projets (35 pages maximum) pour ses futurs numéros (à envoyer à Run, directeur de cette collection).

Une très bonne entrée en matière pour ce recueil jubilatoire aux dérapages parfaitement contrôlés.