14 mars 2011

Ultimate Spider-Man : Tainted Love

Retour sur les deux derniers numéros de Ultimate Spider-Man et petit point sur la saga Tainted Love.

Petit rappel des faits tout d'abord (si vous êtes en retard et que vous n'avez pas lu les USM #5 et #6, de décembre et février, attention aux spoilers). Après les dramatiques évènements contés dans Ultimatum, Johnny Storm (la Torche) et Bobby Drake (Iceberg) ont trouvé refuge chez Peter Parker. Sa tante May héberge d'ailleurs également Gwen Stacy, son actuelle petite amie. Tout ce petit monde se retrouve bien entendu dans le même lycée, fréquenté également par Mary Jane (ex de Peter) et Kitty Pride (mutante et accessoirement ex petite amie de Peter elle aussi).
Tout commence lorsque des agents fédéraux débarquent en plein cours afin d'appréhender la pauvre Kitty. Celle-ci n'a commis aucun délit mais, depuis les crimes massifs perpétrés par Magneto, les mutants sont considérés comme hors-la-loi et les enfants ne peuvent même pas fréquenter les écoles réservées aux humains. Les amis de Kitty sont scandalisés mais ne peuvent pas tenter grand-chose pour lui venir en aide (d'autant que cela les amènerait à dévoiler leurs pouvoirs). Seul Kong, une brute au grand coeur, s'interpose violemment. Kitty et lui parviennent finalement à s'échapper, mais la jeune fille est profondément meurtrie. Non seulement elle ne peut plus vivre normalement, mais elle a l'impression que ses amis les plus proches l'ont tous lâchée.
Alors que Mary Jane et Peter se rendent plus tard au Daily Bugle, Peter est intrigué par le comportement d'un Jameson qui déclenche même son sixième sens. Il le suit et découvre, un peu tard, qu'il s'agit d'un imposteur. Celui qui se cache sous les traits du directeur du journal n'est autre que le Caméléon. Celui-ci va d'ailleurs prendre la place du jeune Parker et, tout en essayant d'en apprendre plus sur lui, semer une jolie pagaille dans sa vie privée.

Le scénario est de Brian Michael Bendis, les dessins de David Lafuente. Première bonne surprise, Peter quitte enfin sa coupe de cheveux ridicule. En fait, les auteurs parviennent à rectifier le tir de manière assez drôle. Peter est "enlevé" par Kitty, MJ et Gwen qui ne supportent plus sa coiffure et le tondent dans les toilettes ! Même l'étrange aspect rondouillard de Spidey lorsqu'il portait son masque est alors expliqué, petit clin d'oeil habile destiné aux lecteurs américains qui s'étaient plaint (à juste titre d'ailleurs). Visuellement, quelques défauts (déjà soulignés ici ou ) demeurent pourtant (le fait de ne pas dessiner les visages en arrière-plan par exemple), mais l'on est sur la bonne voie.

Passons maintenant à l'écriture proprement dite. Grasse, dans un de ses éditos, loue le talent de Bendis et souligne la qualité de ses dialogues, qualifiés de "parfaits". Pour ceux qui connaîtraient mal l'auteur, celui-ci est effectivement réputé, en général, pour plaquer de fort bons dialogues dans ses histoires, on l'a notamment constaté dans Powers, Alias ou encore des polars tels que Torso ou Goldfish. En gros, il s'agit d'échanges vifs, longs, souvent drôles, permettant de donner un rythme et un ton très particulier aux scènes. Cependant, depuis quelque temps (sur New Avengers aussi, mais c'est surtout très perceptible sur USM) Bendis, par manque d'inspiration ou par volonté de modifier un peu son style, utilise un tic narratif vraiment horripilant qui consiste à faire répéter sans cesse la même chose aux personnages (trois fois de suite souvent, et dans la même case bien sûr). D'autres fois, un second personnage se contente de reprendre mot pour mot ce que dit le premier. Et, enfin, certains échanges n'ont strictement aucun intérêt et se bornent à reformuler la même chose sous une autre forme. Alors, évidemment, quand comme Grasse on ne comprend rien à rien, ça a l'air pareil. Il y a plein de bulles, c'est surchargé en dialogues, ben c'est du Bendis du coup. Sauf que le propre de Bendis, ce n'est pas de faire du remplissage (comme c'est un peu le cas ici) mais d'écrire de vrais bons dialogues. Ceux que l'on découvre dans ces épisodes ne sont pas du tout représentatifs de l'auteur (effectivement génial la plupart du temps) que l'on connaît, et il est bon de le souligner, parce qu'à force de prétendre tout le temps que tout est génial, l'on finit par ne plus faire la différence entre Dali et un peintre en bâtiment. Ou pour être encore plus clair, entre un tiramisu et du crottin de cheval.

Bon, ceci dit, l'intrigue vaut largement le coup tout de même. C'est même sans doute la première fois depuis Ultimatum que l'on retrouve un peu de la fraîcheur des premiers USM. L'accent est surtout mis sur la vie privée et les relations entre les personnages, mais l'action ne manque pas et le tout est enrobé de petits traits d'humour et d'un peu d'émotion, bref, l'on revient vers quelque chose de vraiment intéressant.
Un retour d'un Bendis en grande forme et un changement de dessinateur (j'avoue que Lafuente n'est vraiment pas ma tasse de thé) pourraient augurer - de nouveau - du meilleur pour la suite. Il faut l'espérer en tout cas.
Conclusion de la saga le mois prochain.

Une amélioration notable pour une série qui était en perte de vitesse et qui, bien que souffrant encore de petits défauts, semble regagner progressivement en intérêt.
Prudence tout de même, l'heure n'est pas encore à la surabondance de superlatifs.