05 mars 2011

X-Men : Second Coming

Nouveau crossover pour les mutants et relaunch des revues X. Les vieilles recettes parviendront-elles à sauver les X-Men d'une mort éditoriale annoncée ?

L'on sait que Marvel a récemment abandonné le principe des grands events généralisés pour revenir à des crossovers ciblés, concernant moins de séries. C'est le cas ici avec Second Coming, qui débute ce mois en VF.
Pour l'occasion, Panini redémarre le mensuel X-Men au numéro #1 et remplace Astonishing X-Men par X-Men Universe. Un X-Men Hors Série (réinitialisant également sa numérotation) complète le tableau et sert de prélude. Christian Grasse, dans son édito sur X-Men, parle de "nouveau départ" pour les mutants. Difficile de voir ici autre chose qu'un nouveau départ tout théorique tant il n'y a pas, au niveau de l'univers 616, un réel reboot, ni même un changement de statu quo. Second Coming s'inscrit dans la suite logique de Messiah Complex, voire de House of M. Il est fait référence aux 198 et Cyclope et ses troupes sont sur Utopia, autant d'éléments rattachés à la continuité récente. Sans parler de X-Force et de la nouvelle orientation imposée par Scott Summers. Bref, le nouveau départ réside dans le #1 de la cover. Les planches internes, elles, obéissent à une tout autre logique.
Nouveaux lecteurs, vous voilà prévenus, ce début n'est qu'artificiel.

Passons au contenu. L'on peut survoler rapidement le X-Men Hors Série qui accueille en fait les derniers épisodes de la série Cable. Si vous l'avez suivi depuis deux ans, pas de problème, c'est du genre "on prend les mêmes et on recommence", même pour le final. Cable et Hope sont poursuivis par Bishop, ils font des bonds dans le temps, l'autre revient, ils se sauvent de nouveau... on commence à saisir le principe.
C'est écrit par Duane Swierczynski et dessiné par une flopée d'artistes, dont Humberto Ramos, Lan Medina ou Paul Gulacy. Rien de spécial à retenir si ce n'est qu'enfin, Hope, devenue adolescente, revient dans le présent (on s'en serait douté vu le titre de l'arc, Homecoming, et celui du crossover qui suit).
Les choses sérieuses débutent dans X-Men #1. Les péripéties s'étalent dans X-Men : Second Coming, Uncanny X-Men, New Mutants et X-Men Legacy. En vrac, l'on retrouve au scénario Mike Carey, Matt Fraction, Craig Kyle, Chris Yost et Zeb Wells. Côté dessin, l'on peut signaler la présence de Stuart Immonen, David Finch, Terry Dodson, Ibraim Roberson et Greg Land.
Pour ce qui est de l'intrigue, là encore, on fait dans l'originalité puisqu'il s'agit presque exclusivement d'une... course-poursuite. Hope et Cable tentent de rejoindre les X-Men et sont poursuivis par les différentes factions anti-mutantes rassemblées par Bastion. Ça tabasse sévère, ça court dans tous les sens, mais l'on peut tout de même retenir quelques moments visuellement impressionnants (l'attaque des X-Men sur les vans, avec une double page assez spectaculaire) et une Hope attendrissante qui, en découvrant les futilités du monde moderne (qui sont d'ailleurs de son âge), va apparaître comme ce qu'elle est ; une fille qui n'a pas eu le droit à une véritable enfance.

La suite prend place dans X-Men Universe, avec les séries X-Force et X-Factor, écrites par Craig Kyle, Chris Yost et Peter David, et dessinées par Mike Choi et Valentine De Landro. Si le premier titre s'en sort bien, assumant son côté violent, c'est surtout David qui, là encore, va créer la surprise en confrontant l'équipe de Madrox à un complot destiné à l'éliminer. Le bougre termine sur un gros cliffhanger qui donne vraiment envie de se ruer sur la suite.
Maintenant, après tous ces épisodes, que dire du début de cet énième crossover ?
L'intrigue ne brille pas par son originalité, c'est certain. Les auteurs tentent tout de même d'en donner aux fans pour leur argent : méchants multiples et bien haïssables, déjà quelques morts (auxquelles l'on va faire semblant de croire), des tensions internes, de petits moments émouvants... encore une fois, ce n'est pas foncièrement désagréable, si ce n'est cette étrange impression de surplace narratif. Surtout, pour les nouveaux lecteurs (auxquels cette débauche de numéros #1 s'adresse, ce qui est confirmé dans un édito où, encore une fois, l'on s'adresse au public venu du cinéma, cf cette petite analyse sur cette dérive), l'arrivée dans l'univers mutant n'aura rien d'évident ! Le nombre de personnages est proprement hallucinant, celui des allusions au passé est conséquent et, à part de vagues résumés vite expédiés, rien n'est fait au niveau éditorial pour aider à la compréhension (quelques pages sur les personnages auraient permis aux novices de mieux les cerner, mais là encore, l'effort, pourtant minime, n'est pas fait).
Le danger qui guette les séries X (et qui était évoqué ici-même en 2010, cf cette chronique) semble loin d'être écarté.

Loin d'être une mise à plat ou un nouveau départ, ce crossover, parfaitement ancré dans la continuité, laisse pour l'instant un goût de déjà-vu et n'offre, pour les nouveaux lecteurs, qu'un point d'accès numérique au contenu peu évident.
A l'Ouest donc, et notamment sur Utopia, rien de nouveau.