13 mai 2011

Kill Grant Morrison ?

Sortie ce mois de Kill your boyfriend, une oeuvre de "jeunesse" de Grant Morrison.

Je le sais maintenant, j'ai commis des atrocités dans une vie antérieure et le préposé au karma vient de me faire payer mes actes en mettant sur ma route ce comic. Commençons par le traditionnel résumé de l'histoire. Une lycéenne fadasse déteste son petit ami et est énervée par l'école, ses parents et la société. Elle rencontre un voyou qui va l'entraîner dans une vie de défonce, de sexe et de meurtres gratuits. Pour l'alibi culturel, la petite frappe qui devient le mentor de la jeune fille est une référence à Dionysos. Pour le coup, la transposition du mythe est franchement cheap. Mais commençons par le début.

Le scénario est de Grant Morrison. Il est ici très loin de We3, Batman : Arkham Asylum ou même The Mystery Play qui, tout opaque qu'il était, offrait tout de même quelques pistes de réflexion. A la décharge de l'auteur, cette oeuvre date de 1995, m'enfin, il avait déjà 35 ans à l'époque alors que Kill your boyfriend ressemble plus au travail peu abouti de gamins de douze ans qui se lanceraient dans l'élaboration d'un mauvais fanzine. Car tout ici est naze de bout en bout.
Les personnages n'ont ni charisme ni épaisseur, la narration est d'une platitude ahurissante, le propos aussi vain qu'ennuyeux et le côté sulfureux est totalement surjoué. Là où l'on nous promet de l'humour noir, il n'y a que l'imbécilité et le non-sens, et à la place des rebelles accomplissant un périple sauvage, le lecteur assiste, dépité, au navrant road-trip d'enfants gâtés, capricieux et profondément stupides.

Le dessin, de Philip Bond, est loin de relever le niveau. L'artiste réussit même l'exploit d'aseptiser encore plus les scènes censées être les plus dérangeantes. La colorisation, criarde et sans nuances, achèvera de décourager les plus persévérants.
La postface de Morrison, tout content de lui et nous abreuvant d'anecdotes et d'explications satisfaites, ne rend pas le tout moins absurde mais parvient par contre à lui donner un aspect comiquement pompeux. 

Pour du Morrison et du Vertigo, la surprise est grande ! J'ignore si le but de l'auteur était de réellement recycler ce pauvre Dionysos qui n'a rien demandé, s'il voulait évoquer l'anarchisme ou s'il souhaitait simplement mettre en scène son Natural Born Killers personnel, mais quel qu'ait pu être son but, il est évident qu'il est loin de l'avoir atteint.
Seul point positif de ce grotesque "Graphic Novel", il fera de vous un bon citoyen lorsque vous le recyclerez cet été pour allumer le barbecue.

Mais... mais c'est d'la merde ?
Non, c'est kloug dirait Preskovic, mais le résultat est tout de même très proche.