10 mai 2011

PunisherMAX : Le Caïd

La nouvelle série choc du Punisher sort demain en librairie. Tout de suite, le point sur ce premier arc.

Les familles mafieuses de New York subissent depuis des années les attaques de Frank Castle. Les différents clans décident de tenter une nouvelle fois d'éliminer le justicier en faisant appel à un dur à cuire capable d'encaisser les coups mais surtout d'en donner.
Mais avant tout, les gangsters vont occuper le Punisher en lui offrant un leurre, une légende urbaine, un os à ronger virtuel : le Caïd. Wilson Fisk, le garde du corps de l'un des parrains, est chargé de donner de la consistance au mythe. Il va faire circuler quelques rumeurs, distribuer de l'argent, créer de toutes pièces un seigneur du crime avec un passé, des comptes en banque et un tas de traces informatiques témoignant de son existence.
Un costume vide, parfaitement taillé pour Fisk. L'homme a connu le pire dans son enfance, puis en prison. Aujourd'hui, il se dit qu'il pourrait bien faire d'une pierre deux coups, en se débarrassant du Punisher et en prenant la tête des familles new-yorkaises par la même occasion.
Et dans le monde de Fisk comme dans celui de Castle, toutes les méthodes sont bonnes. Même les plus sanglantes.

Eh bien voilà une bonne surprise et même sans doute la meilleure histoire du Punisher depuis la fin du run de Garth Ennis. Cette nouvelle série est publiée dans la collection Max, ciblant un public averti et étant censée être, en général (bien qu'il y ait des contre-exemples, comme Alias ou The Hood), hors continuité. Ici, le parti pris est assez intéressant puisque, effectivement, l'ambiance est au polar (très) musclé mais les auteurs ont tout de même puisé dans les personnages très connus du marvelverse (comme le Caïd ou Bullseye) afin de les revisiter, dans un cadre plus réaliste et moins costumé.
Pour ce qui est de l'équipe artistique, l'on retrouve au scénario Jason Aaron, qui avait déjà fait ses preuves en ce qui concerne le polar noir et violent avec Scalped chez Vertigo. Niveau dessin, pas de grosse surprise puisque c'est Steve Dillon qui s'y recolle, avec toujours les mêmes petits défauts (visages très semblables, décors un peu vides et lisses). Ces cinq épisodes, malgré un dessin parfois faiblard, sont toutefois excellents.

Tout d'abord, c'est une petite leçon de narration qui nous est donnée là. Le récit est rythmé, cohérent, parfaitement découpé et l'intrigue, bien que classique, ménage un certain suspens. Les personnages principaux ont une véritable épaisseur et ne sont pas là uniquement pour servir de cibles mobiles. Le Mennonite notamment, sans toutefois égaler un Barracuda, est à la fois inquiétant et touchant. C'est cependant le Caïd qui remporte la palme de la profondeur, avec de nombreux flashbacks qui permettent de dresser un portrait convaincant, chaque scène de son passé apportant un petit degré supplémentaire dans l'horreur et le glauque. Enfin, un parallèle intéressant - mais heureusement ni lourdingue ni moralisateur - montre les similitudes qui existent entre les méthodes des gangsters et celles de Castle.
Bref, c'est inspiré, maîtrisé et plutôt prenant.

Reste à préciser une nouvelle fois que le public visé est forcément adulte. La violence (bien qu'un peu édulcorée) est omniprésente : viols, scènes de torture (à base de rats ou d'outils, les amateurs de petits rongeurs et de bricolage seront ravis), yeux arrachés, le tout accompagné d'un langage fleuri, voilà qui donne des planches plutôt corsées.
Notons que la traduction est tout à fait correcte, ce qui n'a rien d'un exploit, c'est simplement normal, mais avec Panini, on a toujours envie de sortir le champagne quand ça arrive.

Du lourd et de l'ultra-violence habilement mis en scène. La relecture de personnages classiques apporte un plus indéniable mais c'est surtout l'écriture de Aaron qui se doit d'être saluée, ce dernier permettant aux "méchants", aussi épouvantables soient-ils, de conserver un côté humain qui les rend à la fois crédibles et troublants.
Peut-être la meilleure des nombreuses nouvelles on-goings lancées récemment.