27 juin 2011

Locke & Key : Casse-Tête

Nouveau jeu de clés avec le volume #2 de Locke & Key, sorti tout récemment.

La famille Locke a beau s'être débarrassée d'un serial-killer, les ennuis ne sont pas finis pour autant. Tout commence cette fois alors que Bode dévoile à sa soeur et son frère les propriétés fantastiques d'une nouvelle clé trouvée dans l'étrange demeure qu'ils habitent maintenant. Celle-ci fait apparaître une serrure au niveau de la nuque des individus et permet tout simplement de leur ouvrir la tête pour aller farfouiller dedans et en extraire ou ajouter souvenirs et émotions !
Voilà qui est pratique pour rattraper un retard scolaire, en engouffrant rapidement quelques ouvrages, mais de bien plus dangereuses manipulations peuvent être tentées par des personnes malintentionnées.
Et justement, Tyler et Kinsey se sont entichés d'un étrange ami qui ne leur veut pas forcément que du bien. Ils ignorent que le garçon connaît le secret des clés, ils ignorent surtout qu'il est censé être mort depuis très longtemps...
Pour les Locke, décidemment, rien n'est jamais simple.

Après un splendide premier arc (cf cet article), c'est avec plaisir que l'on revient à Lovecraft en compagnie de Joe Hill, auteur du scénario, et de Gabriel Rodriguez, grand architecte de la partie graphique. L'on retrouve les ingrédients qui avaient fait le succès des premiers épisodes, à savoir des personnages solidement campés, qu'ils soient touchants ou odieux, et une narration nerveuse et efficace. Au niveau des dessins, le style de Rodriguez, doux et expressif, continue de faire des merveilles. Sa manière de représenter ce que les personnages ont "dans la tête" est notamment très habile : l'on va de l'anecdotique amusant (Mme Mayhew quelque peu transformée dans les souvenirs de Bode) au plus dérangeant (la Peur et la Pleureuse de Kinsey) en passant par de véritables fresques adaptées à la personnalité du sujet.

Cet aspect fantastique est non seulement réussi mais renforcé par rapport au premier volume. Le récit est toutefois ancrée dans la réalité, avec des meurtres bien réels et sordides mais également des conflits relationnels complexes et tout ce qu'il y a de plus humains. A ce titre, la mère d'Ellie et son fils font sans doute partie des protagonistes les mieux écrits, avec d'un côté une représentation presque palpable d'une méchanceté sans borne et de l'autre une manière subtile, presque poétique, d'évoquer le handicap mental et de ne pas cantonner ceux qui en souffrent au seul rôle de figurant ou de faire-valoir.
Du grand art.

Comme souvent avec Milady, la traduction est soignée et les bonus sont au rendez-vous. L'on trouve une intro de Warren Ellis (qui n'a pas grand intérêt sur le fond, puisqu'il balance les compliments d'usage, mais il a au moins le bon goût d'être drôle), une galerie d'illustrations, un sujet, très détaillé, sur les différentes étapes du processus de création d'une planche (commenté par l'artiste himself), et même deux planches présentant, de fort jolie manière, les différentes clés connues.

Intelligente, esthétique, fascinante, la série confirme ses qualités et s'affirme comme l'une des grandes références du fantastique. 
Un très grand comic dont les clés n'ouvrent pas seulement des portes ou des têtes mais bien les champs de perception du lecteur.