15 juin 2011

Sam & Twitch : Udaku

Sortie aujourd'hui du premier tome d'une Intégrale consacrée à Sam & Twitch. Prenez vos donuts, on embarque pour une virée avec la police de New York !

Sam Burke et Twitch Williams ne paient pas de mine : le premier est doté d'un solide embonpoint et ne s'arrête de grignoter que pour fumer, le second cache ses cheveux hirsutes et son visage émacié derrière d'énormes lunettes qui lui donnent plus l'air d'un scientifique un peu cinglé que d'un fin limier. Pourtant, les deux hommes sont des as dans leur domaine. Intègres, efficaces, aussi intuitifs que minutieux, ils font office d'exceptions dans un commissariat gangréné par la corruption.
L'enquête dont ils sont chargés s'avère difficile à plus d'un titre. Non seulement ils ont les Affaires Internes sur le dos, mais ils doivent également résoudre un mystère étonnant : sur le lieu de plusieurs meurtres sont retrouvés des pouces tranchés qui n'appartiennent pas aux victimes et qui, en plus, possèdent tous les mêmes empreintes digitales. Or, nous en conviendrons, quatre pouces provenant de la même personne, c'est un peu trop.
Un mot revient souvent dans la bouche des témoins que les deux flics interrogent : udaku. Un mot qui inspire une terreur indicible et semble être la clé de toute l'affaire...

Sam & Twitch, spin-off de Spawn (cf cet ouvrage dans lequel les personnages font leur première apparition) dont Todd McFarlane est à l'origine, a d'abord été publié en France chez Semic, puis chez Delcourt dans la revue kiosque Les Chroniques de Spawn. Les huit épisodes réunis ici ne sont pas inédits mais bénéficient d'un traitement plus luxueux, à la hauteur des qualités du titre.
Le scénariste n'est autre que Brian Michael Bendis, l'un des auteurs phare de Marvel à qui l'on doit Alias, House of M, Ultimate Spider-Man, New Avengers ou encore un excellent run sur Daredevil mais aussi des polars comme Torso, Goldfish et même Powers qui allie les codes de la série policière à une trame de fond super-héroïque. C'est à cette seconde catégorie qu'appartient Sam & Twitch, mélangeant ambiance sombre et fantastique.
Au niveau du dessin, il faut souligner le magnifique travail de Angel Medina qui a su doter la série d'une identité visuelle propre convenant parfaitement à l'atmosphère désirée. Les personnages principaux sont notamment particulièrement charismatiques. Totalement atypiques et loin des clichés véhiculés habituellement, ils contribuent grandement à ancrer la série dans un certain réalisme mais aussi à créer l'empathie chez le lecteur.

Les auteurs ont inséré quelques clins d'oeil sympathiques dans cette histoire, que ce soit par le biais de certains noms utilisés ou de scènes particulières, comme l'utilisation d'un concert de Kiss, groupe dont Medina a dessiné l'une des adaptations en BD (pas celle dont je vous ai mis le lien, mais je vous le mets quand même ;o)).
Il ne faut toutefois pas penser que tout tourne à la blague de potaches, il est avant tout question ici de meurtres et de corruption, dans un cadre inquiétant, le tout servi par des dialogues souvent brillants. Le vécu des protagonistes est également bien travaillé, et ici l'on ne parle plus de leur physique mais bien des peines et coups durs qui forgent un caractère et donnent à l'âme cette douloureuse profondeur qui fait la différence entre de simples coups de crayon sur une feuille et un vrai type dont le regard peut vous serrer la gorge et vous picoter les yeux. 
Bref, du travail de pro.

Delcourt a ajouté deux petites bafouilles à la fin de l'ouvrage, l'une de McFarlane, l'autre de Bendis. L'on peut y dénicher quelques informations intéressantes entre les remerciements et autres louanges d'usage. Alors que l'on ne relève pas de fautes dans le texte des épisodes, les postfaces en contiennent quelques-unes malheureusement.
Enfin, vous aurez droit également aux traditionnelles covers, de Ashley Wood, en pleine page. La précision est d'importance car se contenter de reproductions réduites aurait été une faute de goût impardonnable tant le talent de cet artiste est impressionnant.

Du polar tendance fantastique, bien écrit et parfaitement mis en images.
Conseillé si vous ne possédez pas déjà les tomes Semic.

"Je déteste ces histoires de mafia. C'est toujours l'histoire d'un mec qui emmerde le cousin d'un autre mec qui le traite d'enculé et l'enculé en question tire une balle dans les boules du frère de l'autre et si y'en a un qui s'en tire... il écrit un bouquin et De Niro gagne un oscar."
Sam Burke, sous la plume de Brian Michael Bendis.