30 juin 2011

X-Campus, deuxième tentative

Un cas d'école avec le X-Men hors série #2 de ce mois, présentant à la fois une bonne histoire et permettant d'illustrer les pratiques éditoriales douteuses de Panini.

Anna Raven est une adolescente particulière. Elle est plutôt mignonne, a une coupe de cheveux originale, mais ce qui la différencie vraiment du lot, c'est qu'elle peut absorber vos souvenirs et même votre énergie vitale rien qu'en vous touchant.
La jeune fille, après une expérience malheureuse, rejoint l'institut Worthington qui lui a alloué une bourse d'étude. Elle va cependant vite se rendre compte qu'au sein de l'école, d'autres élèves possèdent également des pouvoirs étranges. Certains le vivent comme un don, d'autres ont peur de ces bouleversements incroyables qui affectent leur vie quotidienne.
Mais surtout, les élèves vont découvrir que leurs professeurs sont loin d'être les mentors impartiaux et bienveillants qu'ils sont censés être. Dans l'ombre, une guerre se prépare. Des camps se forment. Et les adultes, pour fourbir leurs armes, vont se servir des jeunes prodiges.

Alors, si le résumé ci-dessus vous dit vaguement quelque chose, c'est tout à fait normal. Nous sommes en fait en présence d'une maxi-série dont le début (deux épisodes sur huit) avait été publié, en 2008, dans la collection Marvel Transatlantique (cf l'article consacré à l'époque à X-Campus). L'histoire était plutôt sympa mais, ô surprise, nous n'avions jamais pu avoir la suite (un exemple parmi tant d'autres de la grande cohérence des décisions paniniennes).
Aujourd'hui, Panini a donc décidé de publier la totalité, en kiosque, pour un prix modique (les 8 épisodes étant deux fois moins chers que les 2 premiers en Transatlantique). Bon, outre le fait que ceux qui s'étaient procurés la version librairie se sont fait méchamment pigeonner (difficile de le dire autrement, ou alors il faut être plus vulgaire), Panini trouve le moyen d'être encore très limite sur cette édition. En effet, sur la cover de cet hors série, l'on peut lire, en rouge bien voyant : "découvrez les origines des super-héros du cinéma".
Ah.
Heu... sauf qu'en fait, X-Campus, c'est tout sauf les origines des X-Men que les gens ont découvert sur grand écran. En plus de l'impéritie chronique, il y a donc mensonge flagrant. Tout ça pour vendre quelques exemplaires de plus en mentant aux pauvres bougres qui auront le malheur de faire confiance aux vendeurs d'autocollants... c'est pas joli-joli, c'est sûr. Mais bon, on sait depuis longtemps que la sandwicherie, c'est plus "je pète, je rote, je te fous la main au cul" que "je t'offre un dîner aux chandelles".
Question de style quoi. Et de morale.

Bon, revenons à l'essentiel : l'histoire qui est ici proposée.
Elle est écrite par Francesco Artibani et Michele Medda, dessinée par Denis Medri, Roberto Di Salvo, Alessandro Vitti, Gianluca Gugliotta et Marco Failla. Oui, ça fait du monde. Et, ma foi, c'est franchement bien fichu. Est-ce encore du comic lorsque les auteurs sont italiens ? Peu importe ! Ce qui compte, c'est l'histoire, pas l'étiquette. Et puis, les italiens savent depuis longtemps exploiter les personnages de papier made in USA pour en faire quelque chose d'aussi bien, voire mieux (Fantomiald fut, à l'époque, une extraordinaire manière de s'approprier le personnage de Donald Duck, cela donna même lieu à une adaptation en roman, dans la mythique Bibliothèque Verte).
Avec l'intro de 2008, l'on sentait un certain potentiel. Ici, avec l'histoire complète, l'on est vraiment transporté dans un what if intéressant, prenant en compte l'âge des protagonistes et employant des héros reconnaissables mais subtilement adaptés à une situation de départ bien éloignée de ce que l'on connaissait (en comics ou au cinéma).
Jean, Bobby, Hank, Logan, tous ont un goût familier mais trouvent, dans ce contexte particulier, une manière différente d'exister. A tel point que l'on ne serait pas contre une suite (une première concernant le désastreux label Transatlantique !).

Graphiquement, l'on peut remarquer parfois de petits défauts, des imperfections d'autant plus irritantes qu'elles auraient pu être corrigées avec un peu plus de rigueur dans la direction artistique. Ceci dit, les planches et les personnages possèdent un charme véritable et un côté cartoony agréable et rafraichissant. L'on se surprend même à s'attarder sur certains décors.
Notons, cette fois au crédit de Panini, que ce HS est d'une dimension bien inhabituelle (27,5 x 19,5 cm), ce qui, si l'on prend en compte la qualité de l'histoire et le prix (4,90 €), en fait l'un des incontournables du mois.
Dommage qu'il repose sur un mensonge (le lien avec les personnages du cinéma) et une publication hasardeuse (la sortie d'un quart du binz, trois ans auparavant, en modèle luxe et cartonné).
Bah, c'est la vie. C'est surtout Panini.

Un bon contenu, publié par un "éditeur" beaucoup moins bon.