17 octobre 2011

Batman, manhua et snuff movies

Petit retour sur Batman : Hong Kong qui entraîne le Dark Knight aux portes de la Chine.

Quand un hacker vient raconter au commissaire Gordon qu'il a été témoin d'un meurtre en direct sur internet, ce dernier a du mal à croire  en la véracité des faits. Pourtant, rapidement, le témoin va subir le même sort que la première victime. Batman s'empare alors de l'affaire et va suivre une piste qui le mène tout droit à Hong Kong.
Sur place, Batman va trouver un étrange allié en la personne de Night-Dragon et, surtout, découvrir une guerre entre deux frères, l'un à la tête de la police locale, l'autre chef d'une triade. Les deux hommes partagent un lourd et noir secret qui les hante et les a séparés depuis longtemps.
Dans une ville qu'il ne connaît pas, au milieu de coutumes qui ne sont pas les siennes, Batman parviendra-t-il à retrouver l'auteur des atroces crimes filmés ? 

Il n'y a pas que Marvel qui, avec sa collection Transatlantique, a souhaité laisser à des auteurs étrangers le privilège de donner "leurs" versions de ses plus illustres personnages. Il y a quelques années, DC Comics s'est également tourné, non pas vers l'Europe comme la Maison des Idées, mais vers le continent asiatique. Cela a donné quelques aventures assez particulières, publiées par Semic (et que l'on peut encore trouver facilement sur le marché de l'occasion).
Si Batman : L'Enfant des Rêves avait été entièrement laissé aux bons soins du japonais Kia Asamiya, un étrange tandem a été formé pour le Batman : Hong Kong qui nous intéresse ici. Le scénario a été confié à Doug Moench, un auteur bien américain, ayant oeuvré sur diverses séries Marvel et DC (Batman, Green Lantern, Thor, Moon Knight...), alors que c'est Tony Wong, star du manhua (BD chinoise), qui est chargé de l'aspect graphique. L'artiste a fondé sa propre maison d'édition, plusieurs de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma, et il est connu pour des séries d'action, parfois très violentes, puisant logiquement dans les Wushu et la culture martiale chinoise. Pourquoi adjoindre un scénariste maison à un créateur déjà expérimenté si l'on veut obtenir un Batman qui sorte des sentiers battus ? Mystère.

Graphiquement tout d'abord, il est indéniable que le résultat est plutôt joli. Un Batman musculeux, à la cape qui n'en finit pas, enchaîne les poses dans des décors parfois magnifiques.
Le thème de départ est plutôt intéressant et l'on retrouve quelque peu l'âme de la subtile philosophie asiatique ("être moins qu'un homme pour devenir plus" par exemple). Malheureusement, les points positifs s'arrêtent là.
L'affaire de snuff movies, qui aurait pu être très sombre et bien convenir à l'univers du Dark Knight, s'avère vite secondaire et est remplacée par de la baston avec les classiques triades et par une histoire de vengeance familiale aussi caricaturale qu'inutilement ampoulée. Pire, Batman se comporte comme le plus crétin des touristes et "glisse" sur la culture chinoise sans jamais tenter de l'aborder, se contentant de reproduire le schéma qui était le sien à Gotham ("je collabore avec le patron de la police, je cogne, je cherche un interprète pour beugler des ordres aux civils..."). 
Au final, le dépaysement n'est qu'apparent et le récit aurait pu aussi bien se situer en Allemagne ou à Tombouctou (un comble lorsque l'on s'assure les services d'un artiste local).
Quel dommage que la démarche, pourtant louable, n'ait pas abouti à un meilleur résultat...

De jolies planches qui, là où l'on attendait une certaine profondeur, ne servent malheureusement qu'un exotisme de façade.