13 novembre 2011

The Unwritten : Les Infiltrés

La suite de The Unwritten - Entre les Lignes est sortie ce mois, ce deuxième opus tient-il la route ?

Après le massacre perpétré à la Villa Diodati, Tom Taylor est accusé de meurtre et extradé dans une prison française, dirigée par Claude-Louis Chadron. Ce dernier a deux enfants, totalement fans des aventures de Tommy Taylor, le célèbre magicien.
Alors qu'une mystérieuse organisation tente de supprimer Tom, celui-ci est aidé par un journaliste, infiltré dans la prison, et par Lizzie Hexam, la jeune femme à l'origine des premiers ennuis médiatiques du fils de Wilson Taylor.
Tom doit faire face à la brutalité de l'univers carcéral tout en cherchant à en savoir plus sur ses origines, toujours aussi incertaines.
Alors que la frontière entre fiction et réalité s'amenuise, les enfants de Chadron, persuadés de l'innocence de Tommy, pénètrent dans la prison alors qu'un commando arrive sur les lieux, avec la complicité de leur père, pour liquider Taylor...

Après un excellent premier tome, paru en début d'année, cette suite était vraiment attendue, d'autant qu'elle contient cette fois sept épisodes (si on était mauvaise langue, on pourrait penser que Panini charge la mule avant de perdre les droits Vertigo). Eh bien la série tient toutes ses promesses et s'avère toujours aussi passionnante.
Aux commandes, l'on retrouve Mike Carey (Faker, X-Men : Origins, Neverwhere, God Save the Queen) au scénario et Peter Gross au dessin, ce dernier étant aidé, pour les "finitions", par Jimmy Broxton, Kurt Huggins et Zelda Devon
Les références littéraires sont toujours aussi nombreuses et servent parfaitement un récit complexe mais que l'on suit aisément. L'on retrouve, entre autres, la Chanson de Roland (et un intéressant parallèle avec le "marketing viral médiéval" et ses effets), les contes pour enfants (qui peuvent servir de prison redoutable !) et même le Jud Süß de l'inquiétant reichsminister Goebbels (qui montre de manière assez poétique qu'une histoire peut être corrompue et empoisonnée).

Comme le remarque avec pertinence Paul Cornell (Wisdom, Young Avengers) dans son introduction, Carey fait de la littérature tout en parlant de littérature, un peu comme "s'il s'élevait dans les airs en se tirant par ses propres cheveux". La thématique centrale reste donc identique, à savoir l'importance des mots et de leurs effets, comparables à une forme de magie (j'évoque plus en détail cette même magie dans le Webzine #2 de WEBellipses, cf l'article It's a kind of Magic), mais aborde parfois des éléments plus spécifiques, comme l'inéluctable transformation de l'oeuvre une fois que le lecteur se l'approprie (une idée finement symbolisée par l'emploi de la créature de Frankenstein et par une audacieuse comparaison entre cette appropriation et un meurtre suivi d'une imposture). 
Pour le moment, l'on ne sait encore pas grand-chose des manigances de Wilson Taylor ou de ceux qui veulent supprimer Tom, mais ce voyage, quasi initiatique, au sein des méandres de l'écriture demeure fascinant. Mélange de fantasy, de drame, d'aventures et de réflexion, The Unwritten s'affirme comme une série profonde et subtile, liant monuments de la littérature, oeuvres plus populaires et même immondes objets de propagande.

Une lecture hautement recommandée.
Du grand Vertigo qui peut se lire et se comprendre à de multiples niveaux, sans jamais ennuyer ou forcer la main.