01 décembre 2011

Fables : War and Pieces

Le quatorzième tome de Fables est disponible depuis hier et met un terme à la guerre contre l'Adversaire.

Le moment est enfin arrivé, pour Fableville, de lancer un large assaut contre l'Empire et ses armées. La libération des Royaumes dépend de plans audacieux menés simultanément.
Alors que le vaisseau "Gloire de Bagdad", avec à sa tête le Prince Charmant et Sinbad, est chargé de bombarder les portails reliant l'Empire à la Terre, Bigby, lui, doit tenir une position stratégique, essentielle en cas de repli, autour d'un haricot magique. Pendant ce temps, la Belle au bois dormant, au coeur même de la capitale impériale, doit profiter d'une réunion des sorciers de combat pour les mettre hors d'état de nuire.
Enfin, les Fables peuvent compter, en plus de leur propre magie, sur les armes à feu des communs. Un élément que l'Empire n'a jamais souhaité intégrer à ses propres troupes.
Pour tous, c'est maintenant le moment de vérité.

Ce tome sonne comme une fin, non de la série mais au moins d'un cycle. Aux commandes, toujours Bill Willingham au scénario, accompagné cette fois, pour les dessins, de Mark Buckingham, Steve Leialoha, Niko Henrichon et Andrew Pepoy.
Ces six épisodes commencent plutôt sur le ton de l'humour, avec un Boy Blue quelque peu déconcerté par la psychologie féminine (également complexe chez les Fables !). L'on passe ensuite à une mission de sauvetage impliquant Cendrillon, une charmante espionne ayant eu des siècles pour peaufiner ses techniques d'infiltration et de combat. Enfin, l'on en arrive au conflit proprement dit. Depuis le temps que cela couvait, on s'attendait à une bataille monstrueuse, mais l'auteur parvient encore à nous surprendre. Et pas forcément de la meilleure des façons.

La surprise vient tout d'abord de jolies trouvailles, comme le vaisseau arabe à base de tapis volants, ou les bombes artisanales guidées avec l'aide de ces mêmes tapis. Malheureusement, le reste tombe un peu à plat. Si l'on parvient à s'expliquer l'écrasante supériorité des Fables grâce aux armes à feu et à l'approvisionnement continu assuré par des moyens magiques, les forces de l'Empire, que l'on nous avait pourtant montrées comme terrifiantes (à juste titre puisque responsables de l'écrasement de centaines de royaumes), paraissent ici bien dérisoires.
Même le duel final est (trop) vite expédié, enlevant à l'ensemble le côté épique que l'on espérait pourtant. Pire encore, les pertes, bien que minimes, sont très mal gérées et les personnages qui tombent au champ d'honneur le font dans l'indifférence générale. C'est, à n'en pas douter, une petite déception, et donc une première pour cette série qui nous a habitué à du haut de gamme depuis si longtemps.

Il serait exagéré de parler de ratage complet, mais après nous avoir préparé, pendant plus de 70 épisodes (sans compter les spin-offs ou les romans), à un affrontement titanesque, cette conclusion a de quoi désappointer. Où sont les épouvantables hordes de l'Empire ? La perfidie de ses chefs ? Les morts déchirantes ? Les sacrifices héroïques ? L'aspect dramatique ? Le suspense ? Nulle part. Willingham a fait le choix, difficilement compréhensible, de ne pas donner aux lecteurs ce qu'il les avait pourtant préparés à recevoir.
Bien entendu, décontenancer le lectorat peut être une bonne idée, mais pas au détriment de l'histoire. Or, ici, l'on a l'impression que le scénariste, après avoir réussi à nous envoûter grâce à l'humour, l'émotion, la force de son récit (cf cette chronique), rate totalement son grand final, en en faisant une bataille aseptisée et fade. Une fadeur d'autant plus évidente qu'elle peut être comparée avec la maestria de Willingham quand celui-ci parvenait à nous émouvoir du sort d'un simple soldat de bois (cf tome #9)... au lieu de cela, il faut se contenter d'une reine des Neiges qui s'endort paisiblement, de centaines de dragons qui périssent sans faire aucune victime (et sans que l'on s'intéresse à leur sort), etc.
Heureusement, ce n'est pas la fin de la série, cela n'aurait pas été lui rendre justice que de l'arrêter sur cet arc.

Notons également que, contrairement à ce que fait Panini d'habitude sur cette série, l'on ne trouve dans ce tome ni le petit résumé de la situation, ni la traditionnelle présentation des personnages principaux. 

On s'attendait au Jour le plus long, on a Martine à la plage.
Difficilement compréhensible de la part d'un écrivain aussi talentueux. D'un autre côté, comme les creux de Willingham correspondent aux sommets de pas mal d'autres auteurs, il lui sera beaucoup pardonné.