15 décembre 2011

Liberty Meadows

Humour, bestioles déjantées et psychologue sexy sont au menu du premier tome de Liberty Meadows.

Liberty Meadows est une série de strips, écrite et dessinée par Frank Cho (Hulk, New Avengers, Shanna), qui avait déjà été adaptée en France (sous le nom Psycho Park) par Vent d'Ouest dans une version colorisée et à la traduction parfois contestée.
Ici, Canto Editions revient au noir & blanc et, surtout, a apporté un grand soin à l'adaptation des gags. Il faut dire que l'humour de Cho repose sur des références souvent typiquement américaines et peu connues du lectorat français. Il y a donc deux choix possibles au niveau du texte : trouver des équivalents français pour favoriser l'immersion (ce que Vent d'Ouest avait apparemment fait) ou tenter de rester le plus fidèle possible à l'oeuvre originale en renvoyant, lorsque cela s'avère nécessaire, à des notes pouvant éclairer le lecteur sur un point qui pourrait lui échapper.

Les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients mais j'avoue préférer celle que Canto développe ici. Non seulement parce que des références trop françaises peuvent sembler, dans certains cas,  inappropriées mais aussi parce qu'après tout, lire une BD américaine (ou japonaise, ou italienne...) c'est aussi se plonger dans la culture d'un pays dont on apprend, peu à peu, à connaître les codes et maîtriser les particularités. Et avouons-le, avec la grande influence exercée par les séries et les films US, nous sommes plutôt bien armés pour nous confronter à l'humour d'outre-Atlantique. 
Précisons également que l'éditeur se montre particulièrement didactique puisqu'il explique clairement ses choix et ce qui les a motivés.

Passons maintenant au contenu. Liberty Meadows est en fait le nom d'un refuge pour animaux dans lequel travaillent Frank, un vétérinaire un peu timide, et la magnifique Brandy, psychologue pour animaux. Oui, heu... entre autres particularités, les animaux présents suivent une thérapie. Et ils parlent, entre eux mais aussi avec les humains. Parmi eux, l'on trouve par exemple Ralph, un ours nain, ou Leslie, une grenouille en mal d'habitat.
Les gags sont en gros de deux types : du slapstick, très visuel, ou des vannes plus recherchées, basées sur les dialogues. Tout ne fonctionne pas toujours à 100% mais l'ensemble est tout de même plutôt drôle et agréable à lire (les fans de Peanuts ne devraient pas être trop déstabilisés).
Cho se montre très à l'aise et emploie souvent des effets basiques tout en s'autorisant parfois à jouer avec la structure même des strips (les cases ou le "gutter" devenant alors des éléments à part entière du gag). L'on passe du truc le plus simple (une chute par exemple) à une situation plus complexe, basée sur les relations sociales, le tout servi par un style fluide et particulièrement efficace, surtout au niveau des expressions des personnages.

Si la traduction de Benjamin Rivière est irréprochable (car exempte de coquille, intelligente et assumée), l'aspect global du comic est moins enthousiasmant. La cover et le grand format font un peu penser à... un cahier de coloriage. En fait, si je n'avais pas vu "Frank Cho" sur la couverture, je n'aurais probablement même pas pris le livre en main. L'on peut également regretter l'élégant format à l'italienne, particulièrement adapté aux strips, choisi à l'époque par l'ancien éditeur et remplacé ici par un standard européen.
Malgré tout, le plus important n'est pas l'emballage et l'ouvrage reste donc hautement recommandable, d'autant plus que les séries humoristiques américaines ne sont finalement pas très nombreuses en VF.

Si la tristesse ou l'effroi sont provoqués presque universellement par les mêmes causes, l'on est loin d'avoir tous le même sens de l'humour. Pour peu que vous accrochiez à celui de Cho, vous passerez un excellent moment dont le sel et le sens sont préservés par une adaptation sérieuse.