Liberty Meadows
Humour, bestioles déjantées et psychologue sexy sont au menu du premier tome de Liberty Meadows.
Liberty Meadows est une série de strips, écrite et dessinée par Frank Cho (Hulk, New Avengers, Shanna), qui avait déjà été adaptée en France (sous le nom Psycho Park) par Vent d'Ouest dans une version colorisée et à la traduction parfois contestée.
Ici, Canto Editions revient au noir & blanc et, surtout, a apporté un grand soin à l'adaptation des gags. Il faut dire que l'humour de Cho repose sur des références souvent typiquement américaines et peu connues du lectorat français. Il y a donc deux choix possibles au niveau du texte : trouver des équivalents français pour favoriser l'immersion (ce que Vent d'Ouest avait apparemment fait) ou tenter de rester le plus fidèle possible à l'oeuvre originale en renvoyant, lorsque cela s'avère nécessaire, à des notes pouvant éclairer le lecteur sur un point qui pourrait lui échapper.
Les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients mais j'avoue préférer celle que Canto développe ici. Non seulement parce que des références trop françaises peuvent sembler, dans certains cas, inappropriées mais aussi parce qu'après tout, lire une BD américaine (ou japonaise, ou italienne...) c'est aussi se plonger dans la culture d'un pays dont on apprend, peu à peu, à connaître les codes et maîtriser les particularités. Et avouons-le, avec la grande influence exercée par les séries et les films US, nous sommes plutôt bien armés pour nous confronter
à l'humour d'outre-Atlantique.
à l'humour d'outre-Atlantique. Précisons également que l'éditeur se montre particulièrement didactique puisqu'il explique clairement ses choix et ce qui les a motivés.
Passons maintenant au contenu. Liberty Meadows est en fait le nom d'un refuge pour animaux dans lequel travaillent Frank, un vétérinaire un peu timide, et la magnifique Brandy, psychologue pour animaux. Oui, heu... entre autres particularités, les animaux présents suivent une thérapie. Et ils parlent, entre eux mais aussi avec les humains. Parmi eux, l'on trouve par exemple Ralph, un ours nain, ou Leslie, une grenouille en mal d'habitat.
Les gags sont en gros de deux types : du slapstick, très visuel, ou des vannes plus recherchées, basées sur les dialogues. Tout ne fonctionne pas toujours à 100% mais l'ensemble est tout de même plutôt drôle et agréable à lire (les fans de Peanuts ne devraient pas être trop déstabilisés).
Cho se montre très à l'aise et emploie souvent des effets basiques tout en s'autorisant parfois à jouer avec la structure même des strips (les cases ou le "gutter" devenant alors des éléments à part entière du gag). L'on passe du truc le plus simple (une chute par exemple) à une situation plus complexe, basée sur les relations sociales, le tout servi par un style fluide et particulièrement efficace, surtout au niveau des expressions des personnages.
Si la traduction de Benjamin Rivière est irréprochable (car exempte de coquille, intelligente et assumée), l'aspect global du comic est moins enthousiasmant. La cover et le grand format font un peu penser à... un cahier de coloriage. En fait, si je n'avais pas vu "Frank Cho" sur la couverture, je n'aurais probablement même pas pris le livre en main. L'on peut également regretter l'élégant format à l'italienne, particulièrement adapté aux strips, choisi à l'époque par l'ancien éditeur et remplacé ici par un standard européen.
Malgré tout, le plus important n'est pas l'emballage et l'ouvrage reste donc hautement recommandable, d'autant plus que les séries humoristiques américaines ne sont finalement pas très nombreuses en VF.
Si la tristesse ou l'effroi sont provoqués presque universellement par les mêmes causes, l'on est loin d'avoir tous le même sens de l'humour. Pour peu que vous accrochiez à celui de Cho, vous passerez un excellent moment dont le sel et le sens sont préservés par une adaptation sérieuse.






3 commentaires:
ou troisième solution pour régler les soucis de traduction: adopter la VO! (comment ça hors sujet? :-))
Bon c'est vrai c'est plus ardu (mais pas bien méchant, il n'y a pas de grand dialogue.
J'adore Liberty meadows que j'avais découvert avec l'ancienne édition française. Perso je regrette un peu la couleur mais bon.(D'ailleurs je me suis demandé, pour cette nouvelle édition, ne s'agit-il pas de scan des planches originales? Il m'a semblé voir des pixels sur les trais de certains dessins?)D'un point de vue purement technique, au final l'édition de Vent d'ouest reste ma préférée (mis à part le "Psycho Park")
La réplique "Rends moi mes cigarettes! Infirmière sadique!" est devenu une de mes répliques cultes (étant fumeur ça aide...)
Par contre il est a déplorer que Cho n'a jamais fini la série l'ayant d'ailleurs laissé à un point de suspense insoutenable, dommage... le monsieur étant bien occupé chez marvel il est peu probable qu'il la reprenne d'ici tôt!
Personnellement, j'ai l'édition Vent d'Ouest et je la préfère moi aussi largement à cette nouvelle édition. D'abord, en ce qui concerne le format, il me semble évident que la couverture cartonnée, la colorisation (plutôt réussie il me semble), la qualité du papier et le format à l'italienne magnifiait le travail de Frank Cho. L'édition de Canto me paraît vraiment minimaliste, surtout à 13.5 € le volume, d'ailleurs elle m'est quasiment tombé des mains quand je l'ai vue pour la première fois en librairie. C'est d'ailleurs dans ces cas-là qu'on peut se rendre compte à quel point les qualités purement physiques d'un livre amplifient le plaisir de lecture. Concernant la traduction, j'imagine que c'est comme les goûts e les couleurs, mais il me semble qu'être obligé de lire des notes en bas de page pour comprendre l'humour de l'auteur va un peu à l'encontre de l'immédiateté du gag, qui est pourtant un peu le principe de base d'un strip...
@Hoder : "ou troisième solution pour régler les soucis de traduction: adopter la VO! (comment ça hors sujet? :-))"
--> Pas hors sujet du tout mais tout simplement pas toujours possible pour certains lecteurs.
La traduction est tout de même indispensable si l'on veut toucher le maximum de monde.
@Dark_Phoenix : "C'est d'ailleurs dans ces cas-là qu'on peut se rendre compte à quel point les qualités purement physiques d'un livre amplifient le plaisir de lecture."
--> Alors là, 100% d'accord, d'autant que j'ai souvent souligné ce point, c'est un élément fondamental, qui influe sur l'ambiance, la manière d'aborder les planches, etc.
"il me semble qu'être obligé de lire des notes en bas de page pour comprendre l'humour de l'auteur va un peu à l'encontre de l'immédiateté du gag,"
--> Je me suis sans doute mal expliqué, il ne s'agit pas (heureusement) de cela.
Sur une soixantaine de planches, donc au moins 240 strips, il n'y a qu'une vingtaine de notes.
Lorsque la chute du gag était en cause, l'éditeur a opté pour l'adaptation.
Dans les autres cas, il a décidé de garder l'influence culturelle américaine (ce qui me semble louable).
Attention, dans ces notes, l'on trouvera des éléments vraiment inconnus du grand public mais aussi des références à Jeff Smith ou aux supposés vices de Hoover...
Sur ces 20 ou 25 cas, il ne sera donc pas toujours nécessaire de consulter les notes pour comprendre les allusions.
Sur l'ensemble, l'approche me semble intelligente. Et surtout, il s'agit d'une vraie adaptation, avec un vrai boulot derrière, loin donc de certains pseudo-éditeurs qui balancent n'importe quelles merdes bourrées de fautes sur le marché (Atlantic par exemple, qui montre à quel point on peut avoir l'apparence du sérieux et faire un boulot misérable et honteux).
Au contraire, dans ce cas précis, je dis bravo Canto (et je ne connais aucun des intervenants, à la limite, le nom du traducteur serait même plutôt du genre à me rappeler de mauvais souvenirs, mais bon, il n'y est pour rien le pauvre).
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