27 février 2011

Spider-Man : Back in Black

Un Marvel Deluxe revient ce mois-ci sur la période Back in Black du Tisseur.

Il est nécessaire, pour commencer, de resituer un peu le contexte. Ces aventures se déroulent juste après Civil War, alors que l'identité civile de Spidey est maintenant connue de tous et que Parker et sa famille sont condamnés à mener une vie de fugitifs. A l'époque, Tony Stark est toujours à la tête du SHIELD, Flash Thompson a encore ses jambes et la tante May, qui s'est pris une balle (cf Spider-Man #92), est à l'article de la mort.
Les épisodes regroupés ici sont tirés des séries Sensational Spider-Man (numéros #35 à #40) et Friendly Neighborhood Spider-Man (#17 à #23). Il ne s'agit donc pas de la confrontation entre Spidey et le Caïd (qui a eu lieu dans Amazing SM (cf Spider-Man #97)).
Au scénario, l'on retrouve Peter David et Roberto Aguirre-Sacasa. La partie dessin est assurée par Todd Nauck, Angel Medina, Ramon Bachs, Clayton Crain, Lee Weeks et Rick Hoberg.

On commence par Sensational SM. Le premier arc voit un étrange individu se livrer à une expérience grandeur nature sur des jeunes enlevés dans la rue. Ces derniers se font inoculer un sérum qui leur donne les mêmes pouvoirs que le Monte-en-l'air mais qui, en dégénérant, les transforme peu à peu en véritables araignées (un peu un remake de La Mouche, la télétransportation en moins). Le deuxième récit s'intéresse à Eddie Brock (récemment devenu Anti-Venom), très mal en point (il est malade et a vendu son symbiote aux enchères), qui se retrouve dans le même hôpital que la tantine.
L'on a droit ensuite à un épisode retraçant les origines de Spider-Man et apportant une petite réflexion sur son destin, son futur. Plutôt introspectif voire métaphysique. Une pause agréable avant de passer à Friendly Neighborhood SM.

Dans la première histoire, Parker fait équipe avec l'Homme Sable et tente de prouver l'innocence du père de ce dernier, accusé à tort de meurtre et menacé d'exécution. Un peu plus difficile à suivre peut-être pour les non initiés, il est notamment fait référence au double de Ben Parker et au Spider-Man de 2211 (celui avec un drôle de casque, relativement sophistiqué, pour ceux qui s'en souviennent).
On poursuit ensuite avec une intrigue plus glauque, où il est question d'araignées mystiques qui tentent de se reproduire en utilisant Thompson et Parker comme hôtes (un peu comme dans Aliens, mais sans les M41 et M56). Pour l'anecdote, Betty Brant tient ici un rôle assez important. Enfin, on termine par un épisode permettant une confrontation entre Peter et un J. Jonah Jameson ulcéré d'avoir été berné par son photographe pendant des années. Plutôt bien fichu, avec quelques astuces narratives bien trouvées.

Globalement, nous avons là des histoires qui se laissent lire sans déplaisir et qui sont axées à la fois sur le côté sombre de Peter (du dark "light" si l'on me passe l'expression) et sur la mythologie arachnéenne (au sens large) qui l'entoure. Rien de forcément indispensable - d'autant que tout a été annulé depuis - mais cela montre qu'il était tout à fait possible de construire des intrigues qui prennent en compte l'évolution du personnage (son identité révélée, le fait qu'il soit un hors-la-loi, ses nouveaux pouvoirs) sans aucunement dénaturer ses fondamentaux.

Pas de bonus, par contre Panini a enfin réussi à virer la présentation habituelle (affirmant que chaque Deluxe en contenait) de la jaquette. Surtout, l'on a tout de même ici 13 épisodes, ce qui est correct. Pas de souci de traduction, par contre (il faut bien qu'il y ait quelque chose), une nouvelle pratique assez ahurissante : à un moment, quelqu'un parle du SHIELD et un petit encart explicatif est donc placé en bas de case. Jusque là, tout est normal me direz-vous. Oui, sauf qu'en fait l'explication de l'acronyme s'arrête... à la quatrième lettre (!) pour se terminer par "pour plus de détails, voir internet". En gros, cela veut dire "bon, on n'a pas trop envie de se casser le cul, on a oublié ce que signifient le L et le D, démerdez-vous pour trouver un couillon qui vous expliquera ça sur le net". Là, il fallait quand même oser. Je suis presque admiratif... ils nous auront vraiment tout fait.

Un Deluxe bien fourni et plutôt sympathique mais qui, par le choix d'épisodes issus des séries secondaires et d'une période complexe bien que révolue, s'inscrit dans une épopée bien plus large dont les nouveaux lecteurs auront du mal à saisir les subtilités.

25 février 2011

Irrécupérable : Trahison

Suite du pétage de plomb super-héroïque avec le tome #2 de Irrécupérable.

Le Plutonien, ancien protecteur de l'humanité, est devenu la pire des menaces qu'elle ait eu à affronter. Les membres du Paradigme tentent de mettre un terme à sa folie meurtrière en se mettant en quête d'un éventuel point faible, peut-être caché au sein de sa citadelle.
De son côté, le Plutonien ressasse aigreurs et haine trop longtemps contenue. Il rend visite à son ancienne famille adoptive dont les membres sont visiblement terrorisés. Pour ne pas risquer d'être repérés par le surhomme et ses sens hors du commun, ils n'ont d'ailleurs plus prononcé un mot depuis son départ, se condamnant à une vie de silence pour préserver leur semblant de sécurité.
Le Plutonien se sent seul, incompris, mal aimé... il a passé un point de non retour et ne peut plus faire face à la source de son ressentiment qu'en cherchant à l'éradiquer par la violence.
Alors qu'un vieil ennemi de l'ex héros refait discrètement surface, l'armée s'en mêle également et décide de ne pas faire dans la finesse en stoppant tous les surhumains, membres du Paradigme compris, quitte pour cela à employer des moyens peu conventionnels.

Après un excellent premier tome, voici donc la suite de la série de Mark Waid (scénario) et Peter Krause (dessin). L'on reprend l'action là où l'on en était resté et, malgré un petit résumé présent, il n'est pas évident d'immédiatement rentrer dans l'intrigue après ces quelques mois. Un petit topo sur les différents personnages n'aurait peut-être pas été de trop, histoire de se remettre plus facilement dans le bain.
Passé ce petit temps d'adaptation nécessaire, l'on retrouve avec plaisir l'écriture efficace de Waid. Ce dernier dévoile un peu plus le passé, douloureux, du Plutonien. L'on remarque que, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, ses premières "gaffes" remontent à fort loin. Son état psychologique actuel n'est donc pas entièrement dû au seul manque de reconnaissance d'une population toujours plus exigeante, ce qui permet de nuancer le propos et de faire gagner le personnage en complexité. Difficile en effet de rester serein et sain d'esprit lorsque vos propres proches vous craignent ou qu'il vous est impossible de coucher avec votre petite amie sans lui faire courir des risques physiques importants. Cet aspect effrayant des pouvoirs, mais aussi les inconvénients qui vont avec, sont ici bien mis en avant et contribuent largement à contrebalancer l'image, souvent idéalisée, du super-héros.

Les six épisodes de ce recueil sont suivis d'un court récit (six planches) issu de Irredeemable Special #1. Waid y fait cette fois équipe avec Howard Chaykin et présente un ancien super-criminel, Max Damage, en quête de rédemption depuis qu'il a survécu au carnage de Sky City. Une page explicative permet de replacer cette histoire dans la chronologie des évènements et décrit même les pouvoirs de l'individu en question.
L'ouvrage se termine sur une petite galerie de covers alternatives.

Un titre qui conserve tout son intérêt et permet de dévoiler le côté sombre du mythe super-héroïque.

23 février 2011

Judge Dredd : Mandroid

On lorgne aujourd'hui du côté de Mega-City One avec Judge Dredd : Mandroid, édité chez Soleil.

Le sergent Nate Slaughterhouse est un vétéran du Space Corps. Il s'est battu sur des planètes hostiles et a livré des dizaines de combats, jusqu'à ce jour où, grièvement blessé, il est récupéré à moitié mort sur le champ de bataille. Placé en suspension cryogénique, il ne doit la vie qu'aux implants cybernétiques qui constituent maintenant l'essentiel de son corps.
Le choc psychologique est intense. Démobilisé, Nate part, avec sa femme et son fils, pour Mega-City One. Là, la petite famille trouve un appartement dans un bloc immonde, gangréné par la criminalité. Ils sont à court d'argent, sans emplois, sans aucune aide psychologique. Slaughterhouse pensait avoir vécu des moments difficiles, mais c'est dans l'enfer de la mégapole qu'il va connaître le pire. Et quand il n'aura finalement plus rien à perdre, il fera ce qu'il a toujours fait : tuer.
Malheureusement pour ce brave type victime des circonstances, la Loi, dans Mega-City One, n'est rendue que par les Juges. Dredd, qui avait pris le vétéran en sympathie, si tant est qu'il pût en éprouver, va se retrouver dans l'obligation de le traquer.
Ils auraient dû être du même côté, la vie en a décidé autrement...

La branche US Comics de Soleil n'en est pas à son coup d'essai concernant le célèbre Judge Dredd, issu du non moins fameux hebdomadaire britannique 2000 AD. L'année dernière, l'éditeur avait déjà publié un recueil de courtes histoires, dont le contenu hétéroclite et l'aspect visuel très particulier pouvaient un peu rebuter.
Ici, ces réserves n'ont pas lieu d'être puisqu'il s'agit d'un seul long récit, écrit par John Wagner et illustré par Kev Walker (qui a officié sur Marvel Zombies), Simon Coleby et Carl Critchlow. Graphiquement, le résultat est efficace, surtout pour la première partie (ce volume contenant en fait deux arcs différents formant un tout), avec un style sombre et des jeux d'ombres et de contrastes qui parviennent à retranscrire aussi bien la violence de la ville que la perdition de ses habitants. La seconde partie est plus classique et moins inspirée mais reste tout à fait honnête.
L'histoire est particulièrement dure et sans concessions, les évènements se déroulant avec une froide logique qui en renforce l'horreur et l'inéluctabilité. Surtout, Dredd doit ici faire face non pas à un monstre ou un criminel endurci, mais à un homme foncièrement bon qui, par désespoir, va s'écarter de la Loi, seule référence pour un juge qui va pourtant se révéler un peu moins glacial qu'à son habitude (dans un premier temps au moins). Ce qui n'aurait pu être qu'une banale histoire de vengeance est finalement rehaussé par un questionnement moral intéressant et, surtout, une implacable progression dramatique donnant l'impression que les personnages ne peuvent que subir un système écrasant et ses conséquences inhumaines.

Vous l'aurez compris, ce n'est pas très gai. L'ouvrage se révèle inquiétant, musclé sans être simpliste et même émouvant parfois. Il a également l'avantage de présenter l'univers de Dredd (à base d'armures de combat, de blocs aussi immenses que glauques et de fort sentiment de désolation) d'une manière cohérente et accessible.
Techniquement, rien de particulier à signaler. Bonne trad, hardcover et (très) petite galerie de covers.

De la SF brutale et angoissante.
A éviter les soirs de déprime.



ps : j'en profite pour vous signaler le changement d'adresse du site Watchtower, maintenant hébergé ici : http://wtcomics.mdata.fr/

Adaptations de Comics au Cinéma : l'Effet Boomerang

Depuis quelques années, les adaptations de comics au cinéma s'enchaînent à un rythme soutenu, à l'inverse de la qualité qui, elle, mériterait de l'être plus.
Petit point sur les effets pervers d'une pratique commerciale mal pensée.

"Vu à la Télé !" On a tous déjà pu voir cette accroche sur un tas de produits destinés à la consommation de masse, mais savez-vous ce qui affriole encore plus un commercial ?
Oui, le petit "Vu au Cinéma" qu'il peut scotcher réellement ou mentalement aux produits dont il a la charge.
Il est nécessaire, dès le début de cet article, de (re)faire un point sur l'aspect commercial des comics (ou de n'importe quelle oeuvre littéraire d'ailleurs). Oui, les livres doivent se vendre, oui, il est normal de prendre en compte l'aspect économique d'une oeuvre, non, l'argent, ce n'est pas sale.
Par contre, non, les produits culturels ne peuvent pas se vendre comme des Bolino ou des Kinder Bueno, et déconsidérer l'aspect artistique d'une oeuvre reste le plus sûr moyen de, justement, ne pas bien la vendre.

Mais, commençons par le début...
Le côté poreux des différents domaines de l'entertainment n'est pas une nouveauté. Déjà dans les années 80 et 90, une licence passait souvent du cinéma aux jeux vidéo, en faisant parfois des détours par la BD, les romans ou les jeux de rôles. Et en ce temps-là (pas si lointain quand même), ce qui caractérisait la transposition d'une oeuvre d'un medium à un autre, c'était souvent la piètre qualité du résultat.
Déjà à l'époque, un Rambo sur Amstrad était pitoyable comparé à un Ikari Warriors (les vétérans apprécieront cet exemple préhistorique !). On a pu constater que le cheminement inverse était tout aussi vrai quelques années après, avec l'adaptation cinéma de... Mario Bros (pour avoir l'idée d'adapter au cinéma un jeu de plateformes avec un plombier moustachu qui saute sur des champignons et passe son temps dans des tuyaux, faut vraiment être ou incroyablement optimiste ou totalement inconscient) ou des séries TV comme Mortal Kombat.
Bref, tout cela n'était pas évident, sauf de rares exceptions, comme L'Appel de Cthulhu, déclinaison en JdR de la nouvelle éponyme et du panthéon créés par Lovecraft. Sauf que, un JdR, ça n'est pas censé toucher des millions de personnes. Et nous en venons au premier frein structurel qui nuit aux adaptations cinéma : le public visé.

Quand un comic se vend à 100 000 exemplaires aux Etats-Unis, de nos jours, c'est un immense succès d'édition. Si l'on obtient 10 000 ventes en France pour une oeuvre distribuée en librairie, c'est un succès également. Autrement dit, dans le domaine des chiffres, les livres (ou la BD spécifiquement) ne s'adressent pas au même public que le cinéma. Sur grand écran, les spectateurs se comptent en millions, et les recettes en dizaines ou centaines de millions. Un Superman ou un Spider-Man ne peuvent compter sur les seuls lecteurs de comics pour remplir les salles et leurs objectifs. Au contraire, il faut s'adresser au plus large public possible.
Nous en venons à l'effrayant concept du plus petit dénominateur commun. Ce que les spécialistes de la télévision et du cinéma ont l'habitude de considérer comme convenant à tout le monde, à l'inverse du "segmentant". Là encore, pour être honnête, il existe des exceptions et des adaptations plus réussies que d'autres. Watchmen, par exemple, ne trahit pas l'esprit du récit original tout en apportant une dimension moderne et peut-être une plus grande fluidité que le comic (en se débarrassant des fameuses scènes de pirates), mais pour une réussite, combien d'échecs lamentables ?
Daredevil, Hulk, Ghost Rider, autant d'exemples d'étrons épouvantables, mal fichus et vite bouclés.
Prenons les Spider-Man, considérés, à mon grand étonnement, comme une réussite. C'est là typiquement le genre de films niais et mous du genou, sans aucune inventivité ou patte personnelle, qui sont censés s'adresser à tout le monde. Donc, à personne. Et en plus, c'est réalisé par Sam Raimi, un mec qui peut faire des chefs-d'œuvre comme Un Plan Simple, ou des trucs bien fun comme Jusqu'en Enfer. Sa version de Spider-Man, en comparaison, paraît bien fade. J'y vais un peu fort, mais il est difficile d'appeler autrement un machin aseptisé, noyé dans l'ennui et le manque d'inspiration. Le troisième opus (bizarrement en général le moins apprécié) commence un peu à proposer des choses intéressantes, mais à ce rythme-là, il faudrait que Raimi en réalise 50 pour que l'on ait une chance de ne pas s'endormir avant la fin. Ou d'en ressortir heureux et satisfait d'avoir vu un "vrai" Spidey.

Bon, je ne vais pas poursuivre sur cette voie, si vous avez apprécié certaines adaptations, tant mieux, vous avez sans doute vos raisons. Par contre, il me semble qu'il faut maintenant, après quelques années de recul, s'intéresser à l'effet "boomerang" de ces adaptations sur nos comics.
Le premier de ces effets, le pire, celui qui est présent aussi bien aux Etats-Unis qu'en France, c'est cette fausse impression que le spectateur d'un film pourrait potentiellement devenir le futur lecteur de la même franchise en comics. C'est un peu comme si vous considériez que le mec qui boit du vin au restaurant va peut-être participer aux vendanges l'année suivante. Moi qui picole un peu, franchement, je peux vous dire qu'il y a peu de chances.
Plus sérieusement, revenons sur cet effet infiniment pervers. Les éditeurs, dans le sens le plus large du terme, considèrent que lorsque l'adaptation cinématographique d'une franchise sort, les chances de la vendre sont démultipliées.
Ce principe de vases communicants existe en fait dans un sens (les lecteurs de comics vont souvent voir les adaptations ciné) mais pas dans l'autre (le spectateur lambda ne se précipite pas sur les BD).
Comment en être sûr ? Par une comparaison très simple.
Les adaptation ciné n'ont jamais été aussi nombreuses et drainent des millions de spectateurs, en Amérique du Nord comme en Europe. Or, ces dernières années, les chiffres de vente, en ce qui concerne les comics, sont plutôt très nettement à la baisse. Non seulement l'industrie des comics, en quelques décennies, a perdu de très nombreux lecteurs, mais la vague de "promotion" au cinéma n'a rien endigué.
Prenons quelques chiffres récents. En mai 2007, Captain America : Fallen Son s'écoule à 170 000 exemplaires aux US (un bon chiffre actuel, mais rien en comparaison des ventes dans les décennies précédentes). En juin de la même année, World War Hulk atteint 170 000 également, New Avengers est à 160 000...
Trois ans plus tard, non seulement DC Comics truste les premières places, mais avec quels chiffres !
Les premiers titres (Batman), en novembre 2010, n'atteignent plus les 100 000 exemplaires. En décembre 2010, plus personne n'atteint les 90 000. Même Green Lantern et Brightest Day sont largement en dessous des 80 000.
La baisse est donc constante et, lorsque hausse il y a, elle est due essentiellement à des évènements importants liés aux comics (la mort de Captain America par exemple, ou Blackest Night chez DC), et non à l'apport massif des habitués des salles obscures.

Ces fameux "nouveaux lecteurs" que les éditeurs espèrent et cajolent à l'extrême, l'on n'en voit donc jamais la trace. Ou de manière très anecdotique. Pourtant, ces mêmes éditeurs ont pris le parti, de nos jours, de s'adresser à eux. A des gens qui n'existent pas. Ou en tout cas, qui ne lisent pas de comics.
Quelques exemples ?
Il y a quelques années, Ultimate Spider-Man est spécifiquement créé pour attirer des lecteurs plus jeunes qui ne connaissent pas le passé (chargé) du héros. Pour le coup, c'est bien fait. Frais, agréable à lire, les premières années voient Bendis et Bagley faire un run exceptionnel, même dans la longueur. Et cela ne nuit en rien à la série historique du Monte-en-l'air. Ce sera la seule bonne idée malheureusement.
Evidemment, ce concept ne tient pas sur le long terme (puisque, forcément, au bout de quelques années, l'univers Ultimate génère lui aussi sa continuité et donc de supposés freins à l'achat). On en viendra donc à Ultimatum, un event poussif et à l'intérêt discutable, censé à la base faire table rase du passé. En fait, c'est surtout la qualité qui va vite s'échapper de la gamme.
Toujours à propos du Tisseur, Quesada va mettre en oeuvre le controversé One More Day, jetant là encore le passé du héros aux orties, alors que, pourtant, le personnage avait gagné en maturité et en intérêt. Ceux qui lisent la série grognent, ceux qui ne la lisent pas... ne la lisent toujours pas.
Ce genre de faux pas va se multiplier jusqu'à presque devenir une norme. Encore récemment, la série Iron Man Legacy (sans intérêt) est lancée par Marvel pour convenir aux hypothétiques lecteurs issus du visionnage du Iron Man II de Favreau. Le même argument est repris par Panini qui, dans ses éditos, ne manque jamais de louer les qualités supposés d'une BD adaptée au cinéma.

Profiter d'une exposition et d'une médiatisation, ça, personne ne peut le reprocher à des éditeurs. C'est même plutôt logique et sensé. Mais détruire les avancées significatives d'auteurs inspirés pour s'adresser à un public inexistant, ce n'est pas spécialement une bonne idée. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est une idée stupide, et quand elle aboutit chez nous, elle n'a pas gagné en intelligence.
Pour l'intro de Losers par exemple, les sbires paniniens ne trouvent rien de mieux que de ne parler presque uniquement que... du film ! Ce qui est stupide vu que, si on lit l'intro, c'est que l'on a déjà acheté le livre. Nul besoin donc de l'entourer d'un pseudo halo prestigieux à base de lumières hollywoodiennes. Pourtant, chez Panini, on continue à vanter les films dans les comics pour... vendre ces mêmes comics (ne serait-ce que dans les Kick-Ass par exemple). Cela ne nuit pas au contenu mais installe sournoisement l'idée que la BD ne serait que le parent pauvre d'univers artistiques où le cinéma est roi. Un Livre, adoubé par une adaptation, accèderait donc à une supposée aristocratie littéraire.
L'on peut même s'interroger sur certaines revues qui, régulièrement, en reviennent au numéro #1 alors que les séries qu'elles contiennent n'ont pas changé et continuent d'évoluer. Plus drôle encore, la quête du "nouveau lecteur" est si ancrée dans les gènes des éditeurs que Panini (qui n'est jamais le dernier lorsqu'il s'agit de faire n'importe quoi) va même publier, dans certaines collections, plusieurs numéros #1 d'une même série mais avec un contenu différent. Pour Daredevil en Marvel Deluxe par exemple, Panini va sortir un premier numéro #1 (contenant des épisodes signés Smith, Quesada et Mack), puis, ils vont sortir un... second numéro #1 (pour la même série du même personnage) avec le début du run de Bendis. Ah, c'est sûr, un numéro #1, c'est rassurant.
Pour les fans par contre, c'est vraiment absurde et pour les fameux nouveaux venus, c'est un piège à con (mettre un "1" sur un livre n'a jamais contribué à rendre ce qu'il contient plus accessible). Pourtant, alors que l'intérêt d'un univers partagé possédant une continuité de plusieurs décennies est bien sa richesse, il semble que les éditeurs aient régulièrement la tentation de faire croire (à ceux qui ne lisent pas ce qu'ils publient) que tout est aussi accessible que le dernier film fadasse qu'ils ont pu voir sur grand écran.


Au final, qu'est-ce que les adaptations ciné de comics ont comme effets réels ?
Est-ce qu'elles font plaisir aux lecteurs de comics ? Bien souvent, je serais tenté de dire non.
Est-ce qu'elles attirent de nouveaux lecteurs ? Non, elles ne sont même pas capables de stopper l'hémorragie actuelle.
Est-ce qu'elles mettent en valeur les personnages ? Ben... heu... franchement... Daredevil/Ben Affleck, Spidey/Tobey Maguire... bon, tout est dit (pour être honnête, Robert Downey Jr incarnant Tony Stark est une bonne surprise, il faut bien des exceptions).
Mais, à la limite, qu'elles n'aient pas d'effets positifs, on pourrait royalement s'en foutre, nous, lecteurs égoïstes et papivores. Sauf que, régulièrement, on se prend sur la tronche les effets pervers du binz : des séries vite lancées et mal écrites, des runs entiers balancés aux orties, une frilosité générale, un retour en arrière constant, pour la VF, des choix basés sur des critères ahurissants, et, pour finir, une petite impression quand même que l'on se fout un peu de notre gueule. Voire même que l'on ne s'adresse pas à nous, ce qui est tout de même un exploit !

En gros, les mauvais films, on a l'habitude, mais les pratiques ambiantes font qu'ils influent aussi sur des comics qui, à la base, étaient bons mais qui finissent parfois par ressembler à leurs vagues cousins animés. C'est à dire qu'ils privilégient les effets d'annonce, l'action idiote, les effets spéciaux, les superlatifs et le surplace narratif.
Cela fonctionne parfois. Sur un public peu regardant, novice ou fort jeune, mais quid de ce que nous venons vraiment chercher dans les comics ? Que deviennent ces lecteurs historiques, adultes, fidèles, qui ont toujours accompagné les pas de leurs héros ? (et accessoirement remplis les poches de leurs auteurs et éditeurs ?)
Ce qu'il était agréable de trouver dans le marvelverse de ces dernières années, c'était des sagas passionnantes, des conflits moins manichéens que par le passé, des personnages profonds, des relations subtiles, des drames, des polémiques, des moments douloureux ou magiques. Autant de prises de risque, d'avancées artistiques qui n'aboutissent pas le plus souvent au cinéma sous prétexte que seule une soupe tiède et non épicée peut convenir à tout le monde. Autant également d'effets boomerang qui, en retour, viennent dépouiller certaines séries de ce qui faisait leur attrait, même si, heureusement, ce n'est pas (encore ?) une règle généralisée.

Chaque medium a ses qualités et ses défauts. Et libre à chacun bien entendu d'avoir ses préférences. Cependant, les effets de mode, qui mettent régulièrement la facilité (ou le "dernier venu") sur un piédestal sont nocifs sur le long terme et, surtout, laissent à penser que le support ou la technologie priment sur le contenu et la créativité, ce qui, évidemment, est une hérésie et, accessoirement, le meilleur moyen de plomber n'importe quelle série.
L'idée reçue qui consiste à croire qu'une oeuvre se doit d'être simplifiée et uniformisée pour pouvoir se vendre "plus" est une absurdité. Et privilégier le nombre au détriment de la qualité est une erreur, même pour des titres "mainstream". Tout simplement parce que ce qui permet de gagner en nombre, c'est justement la qualité.
Ou l'intégrité artistique. Ou le savoir-faire, appelez-ça comme vous voulez.
Dépouiller une oeuvre ne la rend pas plus séduisante, sauf à penser que le vide soit attractif, cela la rend simplement plus pauvre. Cette pauvreté est supportable au niveau des adaptations, qui ne sont finalement que des produits dérivés, mais elle devient douloureuse lorsqu'elle s'étend au coeur même de cet univers de papier que l'on a pensé - avec raison - plus riche et qui, aujourd'hui, est menacé par un nivellement par le bas qui risque malheureusement de précipiter sa perte. Ou en tout cas de lui enlever, année après année, lambeau après lambeau, ce qui faisait sa magie et notre plaisir de lecteur.


ps : sur un thème proche je vous signale un article, dans le dernier Brazil, s'intéressant aux comics transposés sur grand écran et dans lequel j'ai eu le plaisir d'intervenir un peu. Pour info, Jérémy Manesse a également été interrogé sur le sujet.
Dispo en kiosque.

21 février 2011

The Unwritten - Entre les Lignes

Février est décidemment un mois riche en publications de qualité puisque voici le premier tome de The Unwritten, de la fantasy lorgnant sur la métaphysique de l'écriture.

Tommy Taylor est le personnage principal d'une série de romans à succès qui met en scène un jeune magicien et a suscité un véritable engouement dans le monde entier, dépassant même en popularité le si médiatique Harry Potter. Les fans attendent avec impatience un hypothétique 14ème tome, l'auteur ayant disparu depuis fort longtemps.
Tom Taylor, lui, est le fils de l'écrivain et la supposée source d'inspiration du personnage. Il enchaîne les festivals et les séances de dédicace, surfant sur un succès par procuration qui lui permet de vivoter mais qui possède aussi ses mauvais côtés, comme ces dingues qui, de temps en temps, le prennent vraiment pour ce qu'il n'est pas : un sorcier.
Un jour, une rencontre va bouleverser la vie de Tom. Une inconnue l'interpelle en public et révèle que l'une des photos censées le représenter étant enfant est en fait un fake. Elle laisse également entendre que le passé du jeune homme est bizarrement constitué de vides et d'éléments troublants. Il n'en faut pas plus pour déchaîner la colère des inconditionnels de la série, ulcérés d'avoir été menés en bateau par ce qui pourrait n'être qu'un imposteur. D'autres illuminés pensent expliquer le passé mystérieux de Tom par le fait qu'il serait en fait né avec les romans et tout droit issu des lignes couchées sur le papier par son créateur.
Tom Taylor va rapidement constater que, dans l'ombre, de bien dangereux personnages s'intéressent de très près aux mots et à leur puissance...

Ah "Vertigo"... un label qui ne trompe pas tant, en général, les séries qu'il abr... heu, mince, non, je l'ai déjà faite samedi cette intro (cf American Vampire). Ceci dit, le contexte est un peu le même : une série originale, bien pensée, à la thématique riche et passionnante. Le sujet est toutefois très différent, mais jetons tout d'abord un oeil sur l'équipe créative. Au scénario, Mike Carey (Faker, Neverwhere, God save the Queen, X-Men Origins), un spécialiste de la fantasy et des univers étranges. Aux dessins, Peter Gross. Bon, à l'évidence, ce n'est pas l'aspect graphique qui constitue l'attrait principal de cette série. Rien de hideux, simplement un style passe-partout, sans âme (si l'on excepte quelques représentations, comme celle du "monde de l'autre côté de la porte", impressionnante et inspirée). Pour faire une comparaison, ça ressemble un peu à du Buckingham (le dessinateur, pas le palais). Mais rien de rédhibitoire, d'autant que la thématique offre largement de quoi s'intéresser à ces cinq premiers épisodes.

Carey nous parle de la puissance des mots et des histoires, de la magie que manipulent les Conteurs et scribouilleux de tout poil, une vision à laquelle je suis particulièrement sensible puisque je la partage depuis fort longtemps et ne cesse de m'étonner de cet incroyable pouvoir qui consiste à faire ressentir à distance, à un parfait inconnu, des émotions que l'on va générer par de simples lettres noircissant un banal papier. C'est la définition même de la magie. Pas celle des cabarets, la vraie, qui permet, par des signes et des symboles, d'influer sur le monde physique et l'humeur de nos semblables.
L'auteur va donc construire patiemment un habile jeu de va-et-vient entre la fiction et le monde réel, chaque chapitre s'ouvrant sur quelques pages des aventures de Tommy Taylor avant de revenir sur les déboires du véritable Tom Taylor. La frontière entre héros de papier et de chair va cependant vite s'estomper et, à partir de ce moment-là, les portes de l'Imaginaire vont pouvoir s'ouvrir sur de vastes interrogations philosophiques. La réflexion porte bien entendu sur l'impact de la fiction sur la vie, mais elle va bien plus loin et questionne sur ce qui fait d'un être humain une "réalité" aux yeux des autres. Ainsi, sans photos, sans numéro de sécurité sociale, sans extrait de naissance ou inscriptions dans un vague registre administratif, est-il possible de démontrer aux autres sa propre existence ? Quelles sont les preuves que nous réfutons ou, au contraire, tenons pour crédibles, presque pas habitude, sans réelle réflexion sur leur importance ?
Plus grave encore - car signe des temps - la puissance de l'information, même erronée, et sa transformation en haine ou vénération de masse par une foule aussi terrifiante que versatile, donne à réfléchir sur nos réflexes et les aléas de la surcommunication. Car, à l'ère du Net et du "buzz", la pertinence est noyée sous un flot de sordides billevesées, vite proférées, non assumées, mais particulièrement douloureuses pour qui en est la cible. Que vaut en effet la parole d'un "auteur", au sens le plus large du terme, lorsque le filtre naturel de l'édition ne permet plus de séparer le bon grain de l'ivraie ?
Mike Carey apporte tout de même un début de réponse puisque, au final, même manipulées, les foules réagissent tout de même très fortement par rapport aux écrits, au Papier, support noble par excellence et qui reste non seulement tout aussi prometteur à l'ère du Pixel, mais presque même rassurant.

Attention, ne vous laissez pas refroidir par mes extrapolations. The Unwritten est une série qui est très facilement abordable, avec de l'action, du suspense, de vrais méchants et un personnage principal très attachant. Par contre, forcément, lorsque l'on s'intéresse un peu à l'écriture en général, c'est un pur bonheur tant l'on a l'impression de naviguer sur une mer ancienne et familière où il fait bon croiser quelques vieux capitaines au visage buriné par les embruns. ;o)
Les références littéraires sont multiples, cela va de Mary Shelley à Conan Doyle, en passant par Oscar Wilde, George Orwell et même Rudyard Kipling auquel le dernier chapitre est d'ailleurs consacré. Joli rappel de ce que les britanniques ont pu offrir aux Lettres.
Enfin, on a droit à une préface (fort intelligente celle-ci, contrairement à celle du dernier Rex Mundi) de Bill Willingham, auteur de Fables, et qui va évoquer Karic mais aussi la Garde pour en venir finalement à un très intéressant concept d'unification des genres fantastiques.
Bref, du très bon. Et c'est traduit par Manesse, donc pas de mauvaises surprises.

Une excellente idée de départ qui permet d'envisager d'immenses possibilités et qui s'avère être une intelligente et pratique passerelle entre pop culture et écrits plus "institutionnels".
A ne pas rater.

Geek : Saison 03 - Episode 01

Petit tour d'horizon du sommaire du 11ème numéro de Geek. Si vous n'avez pas suivi les saisons précédentes, rassurez-vous, il est encore temps de vous y mettre !

Au menu donc, un gros dossier sur la génération Toys : design, état du marché, les différents profils des collectionneurs ou encore les étapes avant l'arrivée dans les boutiques, de la conception au packaging, voilà de quoi vous plonger sérieusement dans le vaste monde du jouet.
Egalement un entretien fleuve avec Bernard Werber, romancier visionnaire qui fourmille littéralement d'idées. Yann Leroux nous parle quant à lui de la psychologie de l'avatar, ou comment lever le voile sur cette petite image tampon entre le Moi et les autres. On passe à quelque chose de plus technique avec l'holographie, possible alternative à la déjà classique 3D. Plus un point sur les jeux supposés gratuits et leurs mirages, mais aussi une rencontre avec Syd Mead, la découverte du 9ème art et demi ou encore une mise en lumière des "gardiens" de la SF, qui collectent et restaurent les objets issus des tournages de films et séries cultes.
Plus évidemment les news habituelles, sur le cinéma, la musique, les jeux vidéo, la science et tous les thèmes attachés à cette pop culture qui nous offre des univers aussi divers que fascinants !

Pour ma part, j'ai le plaisir de vous dresser le portrait d'Olivier Peru, artiste talentueux et multicarte (et fort sympathique de surcroît), et de vous concocter une petite review sur Les Montagnes Hallucinées, adaptation comic de la nouvelle éponyme de Lovecraft.

Vous avez juste le temps de courir en hurlant (de joie, ou de douleur pour ceux qui courent une fois tous les 7 ans) pour vous le procurer chez votre buraliste et, dès votre retour, essoufflés mais heureux, vous pourrez découvrir la chronique du jour consacrée (encore !) à une très prometteuse série Vertigo. Un jogging improvisé, un bon mag, une petite chronique de derrière les fagots, mince, ça serait pas un peu ça le bonheur ? Rajoutez une tarte aux pommes et Megan Fox, et ce serait le paradis ! Mais ne rêvons pas, on ne trouve pas aussi facilement que ça de bonnes tartes. ;o)

19 février 2011

American Vampire : les ricains ont les dents longues !

Une nouvelle race de vampires, sur toile de fond de révolution industrielle et de profonds bouleversements, voilà le pitch de cette nouvelle série, American Vampire, à laquelle Stephen King a contribué.
Skinner Sweet est un hors-la-loi. Pas un desperado romantique ni un voyou au grand coeur, c'est une pourriture de la pire espèce. Froid comme un serpent, rusé comme un renard, il n'hésite pas à buter même des gosses lorsqu'il le faut. Il est ce que l'Ouest sauvage a produit de pire. Fort heureusement, l'agence Pinkerton a pu mettre un terme à sa carrière de criminel en l'appréhendant. Il ne reste plus qu'à le pendre et à oublier son regard mauvais.
Mais tout n'est pas si simple. Non seulement les complices de Sweet le font évader mais, dans la bagarre qui s'ensuit, le tueur reçoit une goutte de sang dans l'oeil. Du mauvais sang. Qui changera à tout jamais sa nature.
Sweet a été contaminé par un vampire. Un vampire à l'ancienne, venu des vieilles terres d'Europe, qui craint la lumière du jour et s'habille en chochotte. La rencontre entre les buveurs de sang de la littérature et l'Amérique va faire faire un bond à l'évolution des Dentus. Car Sweet, lui, marchera au soleil et sera plus fort, plus rapide... "larger than life", à l'image de ce continent où tout est possible.
45 ans plus tard, en 1920, deux jeunes filles débarquent à Hollywood, attirées par les lumières d'un cinéma naissant qui, déjà, crée de fausses idoles. Elles vont vite découvrir que l'Ouest n'a rien perdu de sa sauvagerie. Celle-ci a simplement... changée de forme.
Ah "Vertigo"... un label qui ne trompe pas tant, en général, les séries qu'il abrite valent largement le détour. Ici encore, la règle est respectée. C'est à Scott Snyder que l'on doit le concept et le scénario de American Vampire. Stephen King, qui a participé à l'écriture, nous dévoile dans la préface que, d'abord contacté pour trouver un slogan promotionnel, il a fini par prendre le train en marche et écrire les origines de Sweet, ce qui constitue donc, contrairement aux adaptations issues de ses romans (La Tour Sombre, Le Fléau), sa première création directe pour un comic.
Les dessins sont l'oeuvre de Rafael "hot dog, jumping frog" Albuquerque (heu, désolé pour le surnom inventé, c'est une petite vanne musicale, pas sûr que quelqu'un la comprenne). L'aspect visuel est en tout cas plutôt enthousiasmant, avec de jolis aplats, de vraies "gueules", un certain dynamisme pendant les scènes d'action et des plans souvent efficaces.
Pour l'intrigue, oui, l'on peut être tenté de se dire qu'une histoire de vampires, c'est loin d'être original. C'est pourtant mal connaître les auteurs qui, avec leur Dracula made in Wild West, nous parlent presque plus de leur pays que des amateurs d'hémoglobine. Car la thématique au centre de ce premier arc de cinq épisodes est bien la sauvagerie, au sens large, mais aussi l'illusion, les rêves brisés et même la cruauté des mirages hollywoodiens.
La métaphore peut même aller plus loin et rejoindre l'Histoire, en faisant un parallèle entre ces nouveaux vampires, dont les parents sont européens mais qui, confrontés à l'âpreté de ces terres nouvelles et hostiles, deviendront plus féroces que leurs pères, et l'évolution des Etats-Unis, fondés par les fils du vieux continent qui dépasseront en tout (en bien souvent, en mal parfois) les lointains cousins italiens, français ou irlandais. Même nos rapport si complexes, teintés d'envie, d'admiration et de craintes, avec nos amis d'outre-Atlantique peuvent se retrouver au sein de ce récit, à la fois divertissant et profond.
Vengeance, amour, violence, monstruosité et héroïsme, autant de thèmes finalement au coeur de vies que, bien à l'abri de notre confort actuel, nous avons choisi d'oublier ou de romancer. Les vampires de Snyder et King ne sont pas romantiques. Ils ne boivent pas du True Blood dans un bar, ils ne sont pas non plus l'attraction du lycée local avec leurs tronches de cake, "pâles" et "mystérieuses". Eux, ils mordent, ils arrachent, ils tuent. Non parce qu'ils sont des vampires, mais parce que c'est ce que fait chaque être vivant. Et si vous n'êtes pas obligé de sentir le sang frais au fond de votre palais, soyez certain que c'est parce que quelqu'un, quelque part, mord et tue à votre place. Pour que vous puissiez avoir de la viande sous cellophane au Leclerc du coin et oublier que, vous aussi, n'êtes qu'un prédateur qui s'enivre de civilisation et rêve qu'il pourra un jour vivre sans tuer. Ce qui est impossible. Et pour les vampires, et pour nous.
La traduction est impeccable, je voudrais juste revenir sur le terme "lousdé", dont le choix de l'orthographe me semble malheureux (même si, en matière d'argot, la construction phonétique n'est pas toujours absurde). Loucedé vient en fait du largonji (à ne pas confondre avec le largonjem ou le louchébem, un peu différents), un jargon bien antérieur au plus connu verlan puisqu'il date du XIXème siècle. A l'heure actuelle, le largonji n'est quasiment plus présent dans le langage parlé (il existe des exceptions, comme "loufoque", mais qui n'obéissent pas tout à fait aux même règles), sauf sous la forme "en loucedé", une expression couramment utilisée et comprise bien que la plupart des gens en ignore son origine. Cet argot est basé sur le remplacement de la première lettre d'un mot (quand celle-ci est une consonne) par un "L". La consonne originelle est alors rajoutée à la fin et agrémentée d'une voyelle basée sur la phonétique pour former un suffixe ("B" devient "bé", "J" devient "ji", etc).
"En douce" donne ainsi "en loucedé" et "jargon" se transforme en "largonji". Le codage est simple, mais pour une personne qui n'en connaît pas la clé ou n'a pas l'habitude de l'entendre, il rend une conversation presque impossible à suivre.
Bon, c'était un peu hors-sujet, mais j'ai rarement l'occasion de parler du largonji. ;o)
Une excellente utilisation du mythe vampirique et une belle évocation d'une Amérique aussi dure que fascinante, le tout agrémenté d'un recul sur soi d'autant plus impressionnant qu'il fait très souvent défaut aux auteurs français.

Marvel Classic : du Neuf avec du Vieux

Sortie ce mois d'un nouveau trimestriel baptisé Marvel Classic, une revue proposant une sélection d'épisodes issus du Silver Age.

Pas mal de mouvements ces temps-ci du côté du kiosque puisque, après le lancement de Marvel Stars, le relaunch de Marvel Icons et Marvel Heroes, et avant l'arrivée du futur X-Men Universe, Panini lance une nouvelle publication basée d'ailleurs sur un concept intéressant : la réédition, à petit prix, d'aventures datant de l'âge d'argent des comics, époque riche en créativité et qui voit Stan Lee mettre en place les fondations du marvelverse.
Ce premier numéro revient sur les origines des héros les plus connus de la Maison des Idées. Nous assistons donc aux premiers pas de Spider-Man, dans Amazing Fantasy #15, à ceux de Iron Man, dans Tales of Suspense #39 ou encore de Thor dans Journey into Mystery. D'autres personnages ou équipes complètent le tableau, puisque l'on retrouve également les Fantastic Four, les Vengeurs, les X-Men, Hulk et Captain America.
L'on sait bien entendu que, selon le "marvel way" à l'ancienne, les dessinateurs, Jack Kirby et Steve Ditko, ont joué un rôle important dans la création de ces récits et leur élaboration.

Pour les plus jeunes, forcément, le choc peut être important, le dessin ne correspondant évidemment plus aux standards actuels mais, surtout, c'est la narration qui se révèle sévèrement datée. C'est presque plus par curiosité, et avec un certain recul, qu'il faut donc se lancer dans cette lecture. Certains passages sont d'ailleurs assez amusants. Les FF par exemple, alors qu'ils font leur première apparition (à Central City à l'époque, et non New York), causent des dégâts assez ahurissants et gratuits. La Chose sort des égouts à l'arrache, en détruisant une route, Johnny Storm s'enflamme et, au lieu de sortir du véhicule sur lequel il travaille, il préfère passer par le toit en le faisant fondre... même Sue (Jane), alias l'Invisible, se comporte de manière peu futée ; alors qu'elle est invisible justement, elle bouscule tous les piétons d'une rue, tout en leur hurlant de la laisser passer, histoire de bien les faire paniquer (et de rester discrète) !
Bref, pas besoin de vilains pour mettre un peu de pagaille en ville. ;o)

Les prochains numéros de Marvel Classic se consacreront par la suite à un seul personnage ou à une équipe en particulier. Reste à savoir à qui s'adresse réellement cette collection car, malgré son prix certes attractif, elle fait double-emploi avec les Intégrales (et même triple-emploi avec les Marvel : Les Origines) sur lesquels les collectionneurs ont tendance à se rabattre en priorité (les ouvrages étant plus beaux et plus complets). Reste les nouveaux lecteurs, mais sans le côté nostalgique, ces histoires risquent vite de se révéler plutôt indigestes. Dommage que, contrairement aux US, il ne soit pas possible de connaître précisément les chiffres de vente, cela aurait permis de constater rapidement l'échec ou la réussite d'une idée qui, sans être totalement mauvaise, rajoute encore un titre de plus dans le dédale déjà bien complexe des collections consacrées à l'éditeur américain.

Quasiment injugeables selon nos critères actuels, les récits rassemblés ici ont toutefois une véritable valeur historique, voire symbolique, et permettent de constater, avec un oeil bienveillant, la grande naïveté de l'époque.

17 février 2011

Rex Mundi : Les Rois Perdus

Suite de Rex Mundi avec le tome #3 intitulé Les Rois Perdus.

L'enquête du docteur Saunière le mène progressivement vers la vérité et des révélations fracassantes concernant l'Eglise mais aussi le puissant duc de Lorraine. Ce dernier continue d'intriguer, contre le roi Louis XXII, afin d'annexer la Marche d'Espagne, formée par les terres des marquis de Catalogne, de Navarre et d'Aragon.
Une réunification qui sert en fait de prétexte, le duc s'étant promis de rejeter les hordes mahométanes par-delà les frontières naturelles de l'Europe. L'émirat de Cordoue est donc directement menacé mais, par un jeu d'alliances et un effet domino, une telle entreprise pourrait mettre le feu à tout le continent et entraîner l'Angleterre, la Prusse, le Saint Empire Romain et la Russie dans la guerre.
Julien Saunière et son amie le docteur Tournon sont plus que jamais en danger. En se mêlant des secrets du duc, ils pourraient même faire s'écrouler les fondements du christianisme...

Six nouveaux épisodes de Rex Mundi sont maintenant disponibles. Le scénario d'Arvid Nelson demeure toujours aussi palpitant. Côté dessin, Ericj, que l'on avait déjà vu à l'oeuvre sur les deux premiers tomes (cf tome #1 et tome #2) partage cette fois les crayons avec Jim Di Bartolo et Juan Ferreyra. C'est surtout le travail de ce dernier qui s'écarte un peu de l'ambiance que l'on connaissait, avec des visages plus lisses, qui perdent nettement en caractère.
Mais revenons à l'histoire. Celle-ci fait de véritables bonds en avant, que ce soit au niveau des révélations sur les secrets concernant les Templiers et les "véritables" rois de France, ou encore du côté des intrigues politiques qui ne sont pas sans rappeler d'autres évènements historiques bien réels. L'on assiste donc en parallèle à une enquête classique (mais passionnante), de type "Da Vinci Code", et à d'habiles manoeuvres géopolitiques. Le tout bien entendu avec toujours l'aspect uchronique et la magie qui viennent apporter une touche particulière à l'ensemble.
Le fonctionnement politique interne de cette France des années 30 est notamment très bien pensé. Le pouvoir est en fait partagé entre le Roi et l'assemblée nationale, scindée en deux chambres ; celle des Epées, traditionnellement acquise au duc de Lorraine, et celle des Robes, dont les membres sont généralement fidèles au roi. Pour qu'une décision soit entérinée, il faut qu'elle recueille l'approbation de deux de ces trois "institutions". Le souverain et sa chambre des Robes pouvaient donc, depuis toujours, offrir un simulacre de monarchie parlementaire alors que, dans les faits, le roi, sûr d'être soutenu, conservait les pleins pouvoirs. C'est en s'ingéniant à renverser cet équilibre et en ralliant à sa cause une majorité de Robes que le machiavélique Lorraine a pris les rênes du pouvoir, en toute légalité (ou presque, ses méthodes étant assez expéditives parfois lorsqu'il s'agit de convaincre un indécis).
Le système en place et sa conquête sont en tout cas parfaitement décrits et apportent un vrai plus à l'histoire.

Outre donc les dernières révélations, à base de pentagrammes, de crânes et autres éléments ésotériques (faisant même parfois appel à la légende arthurienne), nous avons droit aux maintenant habituels extraits de journaux, à une petite galerie d'illustration et à une préface de J.H. Williams III.
Il n'est pas inutile de dire quelques mots sur cette dernière, car, bien que son auteur soit dessinateur et scénariste, il parvient à dire tout de même pas mal d'âneries sur sa profession en seulement quelques lignes. Je vais passer rapidement sur les idioties et considérations politiques, du genre "on nous ment", "Rex Mundi est indispensable pour comprendre ce que disent les journaux du soir" (ah bon ?!), pour en venir à une affirmation gratuite et plus gênante qui prétend que ce comic est "l'un des très rares exemples qui vous dira quelque chose qui donne à réfléchir, et sera un bol d'air pour nos cerveaux abreuvés de propagande". Bon, je sais bien qu'il est de coutume en général d'encenser ce que l'on présente dans une préface, m'enfin là, il nous explique gentiment que les lecteurs sont de grands benêts naïfs qui ont besoin d'une BD pour réfléchir sur le monde et, surtout, que la plupart des comics ne font pas appel à la réflexion.
On a rarement vu un auteur dénigrer autant son propre domaine (ou bien il est juste stupide et ne se rend pas compte de ce qu'il dit, vu les propos décousus, je penche pour cette explication). Il est évident que Rex Mundi, sans nier ses qualités bien réelles, est loin d'être la seule série de comics permettant de susciter des débats, faire réfléchir ou remettre en cause notre société ou un aspect de celle-ci. Oser le prétendre est faire peu de cas du travail d'un grand nombre d'artistes qui font bien autre chose que de simplement divertir ou refourguer aux lecteurs de gentillettes histoires pour enfants.
Bref, c'est la préface la plus stupide que j'aie pu lire jusqu'à présent. La barre est haute, mais on trouvera certainement mieux un jour. Il paraît qu'il ne faut jamais désespérer des imbéciles.

Excellent opus pour une série qui devient de plus en plus addictive au fil des épisodes.

15 février 2011

Doggy Bags : frissons, violence et tenues légères

Ce mois-ci débarque en librairie Doggy Bags, un titre se lançant sur les traces du défunt EC Comics et des films d'exploitation.

Une nouvelle publication, très old school dans l'âme, vient donc d'être lancée par Ankama, sous son label 619. Dès l'édito, les références permettent de situer un peu le registre des trois one-shots réunis dans ce premier tome. Il s'agit en fait de s'inscrire en héritier des anciens et célèbres comics d'horreur de EC, mais aussi d'assumer le côté trash et aguicheur des films dit "d'exploitation" (en gros, des séries B à petit budget qui, pour attirer le spectateur, se basaient essentiellement sur leur côté transgressif, sexy et gore).
Il ne s'agit donc surtout pas de parodies mais bien de faire "à la manière de", dans un style très premier degré et évidemment modernisé.

On commence par Fresh Flesh & Hot Chrome, par Guillaume Singelin. L'auteur associe en fait l'idée du club de bikers au thème du lycanthrope. Le gang des Lupus est en effet composé de loups-garous qui vont se lancer à la poursuite d'une malheureuse jeune fille.
Une entrée en matière sympathique, d'autant que la première planche débute sur Bad Moon Rising (du groupe Creedence Clearwater Revival) histoire de se mettre tout de suite dans l'ambiance. ;o)

On enchaîne ensuite avec Masiko, de Florent Maudoux, connu pour son excellente série Freak's Squeele. L'histoire qu'il nous propose ici est d'ailleurs directement en rapport avec cette dernière puisque l'on va s'intéresser aux péripéties d'une jeune femme qui se révèle être la mère de Petit Panda (heu, c'est un surnom hein). La belle a quelques yakusa aux trousses et devra user de tout son art du combat pour s'en débarrasser.
Ambiance Kill Bill (ça flingue, ça découpe) avec un brin d'humour et une touche sexy. Une tuerie, dans tous les sens du terme.

Enfin, on termine par Mort ou Vif, de Run, dont je vous avais également déjà parlé à l'occasion de la sortie du tome #0 de Metafukaz. Il s'agit ici de la fuite en avant d'un criminel, pourchassé par un flic dont il a tué le collègue. Les promesses de la ligne éditoriale sont tenues puisque l'on a droit à une épopée assez sanglante et à un final peu ragoûtant, annoncé d'ailleurs dès la cover à grand renfort de punchline délicieusement racoleuse.

Le travail sur Doggy Bags ne se limite cependant pas aux seules histoires évoquées ci-dessus. Tout à été fait pour que l'habillage soit à la hauteur des récits et puisse participer au ton un peu rétro. De fausses pubs sont présentes (pour un poing américain, un peigne cran d'arrêt ou encore une bible avec laquelle est offert un mini-chopper !), des covers permettent de renforcer le côté "publication en fascicules", des infos d'ordre général sont placées au début de chaque histoire (sur le sigle 1% des clubs de motards par exemple, ou encore le Colt 1911), la présentation des auteurs a été soignée, avec des photos les montrant en "situation" (en tueur à gage ou expert en arts martiaux), et enfin, même la quatrième de couverture a été travaillée et offre une présentation originale. L'on retrouve également, même si c'est plus anecdotique, un poster détachable à l'intérieur.
Autrement dit tout a été pensé avec un désir évident de livrer un ouvrage réalisé avec soin, jusque dans les plus petits détails. Et bordel, ça fait du bien de voir des gens aussi sérieux et motivés ! D'autant que le texte est impeccable et que l'aspect graphique de l'ensemble ne manque pas de charme. Du coup, il faut espérer que le titre connaisse un vrai succès pour qu'il puisse perdurer. D'ailleurs, à ce sujet, Doggy Bags recherche des projets (35 pages maximum) pour ses futurs numéros (à envoyer à Run, directeur de cette collection).

Une très bonne entrée en matière pour ce recueil jubilatoire aux dérapages parfaitement contrôlés.

13 février 2011

Celluloid : Roman Graphique Erotique

Probablement la sortie la plus originale du mois avec Celluloid, une étrange expérience visuelle.

Une jeune femme rentre chez elle, téléphone à son amant et, en l'attendant, visionne un film érotique trouvé dans un vieux projecteur. La bobine finit par brûler mais semble avoir laissé une trace sur l'un des murs. Une porte est apparue.
En l'empruntant, elle va découvrir un endroit inquiétant et sensuel dans lequel elle va faire des rencontres qui la mèneront vers l'abandon, le plaisir... la perte peut-être ?

Difficile d'en dire plus sur l'histoire tant cette oeuvre est particulière. L'auteur est Dave McKean, un artiste dont on avait déjà pu admirer l'univers graphique dans Batman : Arkham Asylum où, entre autres, dans Sandman dont il a signé les si admirables covers.
Ce graphic novel possède la particularité de n'être qu'exclusivement graphique, dans le sens où l'auteur n'utilise ni textes ni dialogues. Le lecteur est donc plongé dès le départ dans des planches "silencieuses" mais particulièrement évocatrices.
McKean utilise une large palette d'outils et d'effets pour faire passer les émotions désirées : collages, photographies, jeux de transparence, contrastes violents, gros plans ou ambiance surréaliste permettent de donner un ton presque plus inquiétant qu'érotique à ce récit (bien que le sexe, voire les sexes, soient au centre du propos).

Autant le dire, il s'agit plus d'une expérience singulière, d'un profond travail sur la forme, que d'une BD dans son acceptation classique. Chacun s'arrêtera plus longuement sur une page, sera frappé par un symbole ou une image crue, un peu comme si, finalement, le lecteur se baladait dans une exposition à la thématique unique et à la progression logique.
A la fois beau, dérangeant et déroutant, ce livre (qui se regarde plus qu'il ne se lit) mérite largement que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour la puissance de ses représentations oniriques ou l'utilisation, glauque et habile, de fruits "métaphoriques" permettant de renvoyer l'acte charnel à un aspect brut, naturel, presque obscène par manque de ce romantisme mou dont on entoure habituellement les désirs les plus primitifs. Le mieux est encore de dévoiler quelques planches afin de se faire une idée plus précise du contenu. Cet article sera donc largement illustré. J'ai bien évidemment choisi des dessins relativement soft mais sachez que des éléments bien plus explicites sont présents, ce qui destine naturellement l'ouvrage à un public adulte.
Bien entendu la démarche se veut résolument artistique et ne verse à aucun moment dans la vulgarité, toutefois, le sujet et son traitement peu commun seront probablement loin de faire l'unanimité. Ni un roman, ni une suite de tableaux, pas vraiment un artbook, voilà un objet - aussi atypique qu'esthétique - qui montre à quel point l'art subtil du dessin est riche et permet encore de bien surprenantes explorations.

Un voyage au pays des sens et de leurs représentations visuelles.
Intellectuellement excitant.



Galerie

Les X-Women par Manara

Lorsque l'un des maîtres de la bande dessinée érotique débarque chez Marvel, cela donne X-Men : Jeunes Filles en Fuite.

Milo Manara est connu dans le monde entier pour ses représentations sensuelles de jeunes demoiselles dénudées. Et forcément, lorsqu'il s'empare des héros de la Maison des Idées, ce n'est pas pour dessiner Wolvie ou Colossus, mais Marvel Girl, Psylocke, Emma Frost, Malicia, Kitty Pryde et Tornade. Les mutantes, déjà plutôt sexy en général, vont donc être mises en scène de manière très suggestive.
Poses aguichantes, regards langoureux, vêtements très courts (oui, plus courts que d'habitude (sisi, c'est possible)), tout est bon pour charger les miss en sex appeal. Les jupes se relèvent bien malencontreusement (ce vent alors !), les filles s'enlacent (quand la copine tombe, il faut bien la rattraper non ? et si Ororo et Kitty se retrouvent au bout d'une liane dans une sorte de 69 improvisé, ce n'est que le fruit du hasard et de l'attraction terrestre), bref, on est dans le gentiment coquin.

Le scénario, ou plutôt le semblant d'histoire, est écrit par Chris Claremont. Les filles sont en vacances en Grèce où elles batifolent dans l'eau et vont le soir en boîte pour jouer à qui portera la robe la plus courte, lorsqu'elles sont attaquées et que l'une d'entre-elles est enlevée. Les voilà parties sur la trace des ravisseurs, ce qui les mènera à Madripoor et dans les mers du Sud, où elles rencontreront une tribu légendaire qui n'aime pas trop les fringues non plus. Le tout sur fond de complot international visant à faire s'affronter la Chine et l'Inde.
Rien de passionnant, c'est même assez poussif. Il est d'ailleurs regrettable, tant qu'à faire, que Claremont n'ait pas joué la carte du scénario alternatif et inattendu (basé sur l'humour ou simplement les relations entre les personnages par exemple) plutôt que de nous servir une intrigue prétexte et mal fichue à base, encore une fois, de "il faut sauver le monde".
D'autant qu'ici, l'intérêt est visiblement ailleurs.

D'un point de vue plus pratique, l'on a droit à un grand format, avec hardcover. Il y a une petite bafouille de Quesada en intro. Pour l'anecdote, il trouve l'équipe de Panini "fabuleuse"... il n'a sûrement jamais rencontré la branche française. ;o)
Un bon point cependant pour cette édition grâce à la présence d'un petit topo permettant de présenter rapidement les personnages. L'ouvrage se termine sur une petite postface de Nick Lowe.

Voilà une curiosité qui se lit vite et vaut surtout pour la présence de Manara.
Dommage que, contrairement à ce qui est annoncé en quatrième de couverture, l'artiste n'ait pas bénéficié d'un scénario sur mesure et plus adapté aux "circonstances".

11 février 2011

Superman : Secret Origin

L'on reste encore dans la thématique des origines avec Superman : Origines Secrètes.

Le petit Clark n'est pas un enfant comme les autres. Lorsqu'il joue au football, il lui arrive de blesser, bien involontairement, ses camarades. Lorsqu'une jeune fille l'embrasse et qu'il ressent une violente émotion, la chaleur dégagée par ses yeux met le feu à une banderole. Et lorsqu'il souffle un peu trop fort sur son gâteau d'anniversaire, il le congèle !
Ces changements incroyables qui s'opèrent en lui proviennent du fait qu'il vient d'un monde lointain. Et, bien qu'il le souhaiterait ardemment, il n'est tout simplement pas humain.
Il est plus fort et plus rapide qu'un homme. Mais heureusement pour l'humanité, il est aussi plus sage que la plupart des habitants de sa planète adoptive.
Son nom est Superman. Il est le premier des Super-Héros.

Spécial Origines donc aujourd'hui puisqu'après les X-Men, on s'attaque à Kal-El himself. Cette fois, le scénario est l'oeuvre de Geoff Johns (Blackest Night, Flash : Rebirth, Green Lantern Corps : Recharge, Green Lantern : The Sinestro Corps War), "LE" scénariste de DC, nommé d'ailleurs l'année dernière chief creative officer. La partie graphique a été laissée aux bons soins de Gary Frank (Midnight Nation, Supreme Power, Superman : La Nouvelle Krypton). Visuellement, c'est propre, très beau même souvent, et l'artiste nous offre quelques pleines pages fort sympathiques lors des - attendues - scènes clés.
Le récit est divisé en six chapitres, dont on découvre ici la première moitié. La première partie montre un Clark très jeune, découvrant ses pouvoirs et étant confronté à sa "différence". On le retrouve ensuite pour un petit voyage dans le temps après une rencontre avec la Légion des Super-Héros, peut-être la partie la moins intéressante. Enfin, la dernière partie s'attache à suivre les pas d'un Clark Kent, adulte et maladroit, lors de son arrivée à Metropolis et de son premier jour au Daily Planet.

Globalement, ce retour aux premiers pas de l'homme d'acier s'avère maîtrisé et très agréable à lire. Johns passe par les passages obligés du mythe (dont Lex Luthor, Lois Lane...) tout en distillant de petites touches d'humour (la découverte du costume fabriqué par la môman de Supes) ou d'émotion (la splash page près du champ de maïs, avec son père adoptif : simple mais terriblement efficace).
Cette relecture des origines de Superman (contrairement à certains épisodes de X-Men Origins) remplit donc parfaitement son rôle en permettant de dresser un portrait complet du personnage afin de renseigner les novices tout en offrant un bon moment aux lecteurs plus expérimentés. Il est certain que le nombre de planches, dans le cas présent, facilite largement les choses, mais le talent de Johns doit y être certainement pour une bonne part également.
Et, même si ce grand benêt, qui porte son slip par-dessus son froc (Supes hein, pas Johns, enfin, Johns j'en sais rien en fait, je ne connais pas ses préférences en matière de slibard), n'est pas mon personnage préféré, il faut avouer que l'on se laisse facilement embarquer dans son univers lorsqu'il est aussi bien mis en valeur (cela avait déjà été le cas pour le très poétique For All Seasons, avec un autre tandem talentueux aux commandes).

Classique mais pas trop cher, accessible et très bon.
Idéal pour commencer à s'intéresser au grand gaillard.

ps : c'est tout pour aujourd'hui mais je vous donne rendez-vous très bientôt (probablement dimanche) pour deux autres chroniques ; les X-Women par Manara et un roman graphique (et érotique) de Dave McKean. Oui, après la journée "origines", ce sera donc une spéciale "cul". Il faut varier les plaisirs... ;o)