30 mars 2011

Assassin : La Lumière et le Tunnel

Nazis et Haschischins sont à l'ordre du jour avec ce premier volume de la série Assassin.

1917. Lawrence d'Arabie est sur les traces du secret de la secte des Haschischins. Cette dernière détiendrait un trésor inestimable qui pourrait bien être une arme aussi terrible qu'efficace.
1935. Les nazis surveillent Lawrence, revenu s'installer dans un paisible village de la campagne anglaise où il a élevé Sâhir, jeune prodige rencontré au Proche-Orient et adopté ensuite. Hitler a déjà l'Allemagne sous sa botte, il rêve maintenant d'étendre son pouvoir à l'Europe entière. Pour cela, la race aryenne a besoin de s'enivrer d'ésotérisme, de sciences occultes et de mystères censés donner naissance au surhomme germanique.
Entre les assassins, héritiers d'un savoir aussi ancien que précieux, et les hordes hitlériennes s'engage alors un combat qui pourrait bien décider du sort de l'humanité et remettre en cause les plus installées des croyances.

L'on retrouve ici Olivier Peru au scénario qui, après s'être attaqué aux morts-vivants dans la série Zombies (dont la suite sera bientôt disponible), aborde un sujet totalement différent bien que le thème du retour à la vie soit encore présent. Les dessins sont l'oeuvre de Cristian Pacurariu qui signe de fort belles planches, au charme rehaussé par une colorisation élégante. 
Ce premier volume mélange habilement fantastique et références historiques, le tout saupoudré par une bonne dose d'action. Entre une visite au British Museum et une course-poursuite, l'auteur évoque la société de Thulé ou nous montre un Himmler coordonnant l'action de ses sbires. Le lecteur a donc bon nombre d'éléments réels et connus auxquels se raccrocher tandis que la fiction évolue lentement pour atteindre les portes de l'uchronie (le choix de la svastika comme symbole nazi est ici efficacement réinterprété par exemple).

Une légère réserve cependant au niveau des personnages principaux, ces derniers manquant un peu de personnalité. Lawrence apparaît comme étant assez lisse (sorte d'Indiana Jones, l'humour en moins) et Sâhir, dont le potentiel est indéniable, ne serait-ce que parce qu'il est un peu le trait d'union entre l'ancien Orient et l'Occident moderne, semble particulièrement mature lorsqu'il est gamin et presque insensible une fois adulte. 
Quelques fêlures, ou scènes plus légères, auraient pu contribuer à rendre ces aventuriers plus crédibles. Mais peut-être est-ce voulu, ce premier opus ayant l'avantage d'expliquer énormément de choses et de mettre l'intrigue en place tout en conservant un rythme soutenu.

Grand format classique, couverture cartonnée, pour une BD éditée par Soleil, sous son label "Secrets du Vatican". Du coup, vous l'aurez compris, il est aussi question de l'Eglise Catholique ou, au moins, d'une remise en cause de certains de ses dogmes.

Un album bien réalisé, mélangeant aventure et surnaturel, le tout dans un contexte historique fort.

28 mars 2011

Mercy Thompson : Bit-Lit en Comics

Des vampires, des loups-garous et une "changeuse" sont au menu de Mercy Thompson - Retour aux Sources que nous découvrons tout de suite.

Mercedes Thompson vient de Portland, elle cherche un job en tant qu'enseignante mais, surtout, elle a une particularité ; elle peut se transformer en coyote. Dans un monde peuplé par des buveurs de sang et diverses autres créatures de la nuit, rien de bien extraordinaire.
Mercy va cependant vite connaître quelques déboires. Elle rate son entretien d'embauche, doit travailler comme mécanicienne chez un vieux grincheux et se retrouve en plein milieu d'une guerre opposant la meute du bassin de Columbia à des loups solitaires particulièrement violents.
La jeune fille, loin d'écouter les prudents conseils de Bran, le Marrok l'ayant élevée, va entrer elle aussi dans le conflit, essentiellement pour venir en aide à un petit garçon.
La coyote sera-t-elle de taille face aux monstres, bien plus puissants, qu'elle doit affronter ?

Tout d'abord, une petite explication s'impose sur le terme bit-lit. Il s'agit d'un sous-genre de l'urban fantasy, mettant en scène des créatures fantastiques dans un monde contemporain avec une touche féminine appuyée (tant par les héroïnes que le public généralement visé). Du fantastique propret avec une touche de romance quoi.
Dans le cas présent, nous nous intéressons à la déclinaison BD de Mercy Thompson, une série de romans à succès signée Patricia Briggs. Cette histoire n'est pourtant pas tirée de l'un de ses romans et a été spécialement co-écrite pour ce nouveau support, avec l'aide de David Lawrence (qui s'est chargé de véritablement séquencer ce qui était plutôt à la base une nouvelle). La partie dessin a été confiée à Francis Tsai et Amelia Woo. Graphiquement, le résultat est loin d'être hideux mais souffre de quelques maladresses : certaines postures manquent de naturel, les traces de coups sur les visages sont assez mal rendues et, surtout, la prise en main des armes par les personnages est catastrophique. Dans la réalité, quelqu'un qui tiendrait un fusil de cette façon aurait bien plus de chance de se blesser que de toucher une éventuelle cible.

Reste l'intrigue, c'est à dire pas grand-chose. Mercy est aussi charismatique qu'un tube de dentifrice, ses adversaires sont insipides et la conclusion de l'histoire est vite expédiée (ce qui n'est peut-être pas un mal tant son développement n'avait déjà pas le moindre intérêt).
Les défauts évidents de ce comic sont si nombreux (l'on peut encore citer les transformations, visuellement ratées, ou encore le côté caricatural et fadasse des vampires) qu'il est peu probable qu'il trouve un public en dehors des fans des romans (il paraît qu'il y en a... sans doute ceux qui sont allés voir Twilight).
Ce ratage pose également la question de la légitimité des romanciers en tant que scénaristes de BD, surtout lorsqu'ils semblent ne pas vraiment en lire et en ignorer les codes et le fonctionnement. Et encore, ici, Briggs s'est fait adjoindre un "spécialiste". On se demande ce que ça aurait donné sans.
Une galerie d'illustrations et une interview de la romancière complètent l'ouvrage.

La bit-lit ? Non Mercy.

27 mars 2011

Crossed : fuir ou mourir

Attention, on éloigne les enfants, les personnes sensibles et les amateurs d'histoires à l'eau de rose car aujourd'hui, on fait dans l'ultra-violent avec Crossed.

Un terrible virus s'est répandu à travers le monde. A côté de lui, même l'Ebola semble être un simple rhume inoffensif. Les victimes de ce fléau se voient transformés en tueurs fous dont la rage meurtrière les pousse à attaquer n'importe qui, même leurs proches. Aux Etats-Unis, les autorités assistent, impuissantes, à d'horribles scènes : les crises de démence s'accumulent, des incendies et même des explosions atomiques ravagent le pays...
Un petit groupe tente de survivre et de rallier l'Alaska, terre peu peuplée et supposée abriter de ce fait moins de dangers. La route n'est cependant pas aisée car les contaminés, bien que dégénérés, n'en sont pas idiots pour autant. Ils utilisent des armes, des véhicules, chassent en bandes. Leur perversité, surtout, leur tient lieu d'intelligence. Leur échapper est une lutte de tous les instants.
La règle est simple. Si l'on arrête de fuir, on meurt.

Les lecteurs qui connaissent Garth Ennis sont habitués depuis longtemps à son côté transgressif. Des oeuvres comme Preacher, The Boys, Just a Pilgrim ou encore La Pro ont largement démontré dans le passé le net penchant du scénariste pour les récits qui, sans être dénués d'intelligence, ont en commun un aspect foncièrement trash et jubilatoire. Ici, bien qu'il était difficile d'imaginer que cela soit possible, l'on passe à la vitesse supérieure !
Crossed se révèle en effet d'une violence inouïe ; les pauvres bougres qui ont le malheur de tomber entre les mains des contaminés sont démembrés, violés, brûlés vifs, le tout dans une sorte de frénésie orgasmique où sexe et violence se retrouvent liés de manière très perverse. Non seulement les contaminés ne manquent pas d'idées pour assouvir leurs pulsions, mais ils peuvent également se mutiler entre eux quand ils ne trouvent pas de personnes saines sur lesquelles s'acharner. Et dans le fou rire en plus. Donnons deux exemples concrets afin de bien situer le ton de la série. A un moment, l'on peut voir une femme contaminée en train de se faire écraser par un véhicule et hurler, les tripes à l'air, qu'elle va... jouir. Ou encore un type, bien barré lui aussi, couper la jambe d'un de ses collègues pour... heu, comment dire... "l'enfiler". Et pas comme une chaussette si vous voyez ce que je veux dire, le pied n'étant pas la partie du corps qui intervient dans le dit "enfilage".

Alors, évidemment, l'on pourrait se dire que tout cela va bien trop loin et est franchement écoeurant, seulement, avec Ennis, l'excès a bien souvent une utilité. C'est encore une fois le cas.
Cette histoire est à l'opposé d'un The Walking Dead par exemple, où les personnages, régulièrement, peuvent se poser pour réfléchir longuement à leurs actes et élaborer des stratégies. Ici, le principe est celui de la fuite en avant, de la réaction plus que de la réflexion. C'est l'instinct de survie, brut, animal, qui est mis en scène, sans être contrebalancé par un espoir de retour à la normalité auquel se raccrocher. Il ne s'agit pas de tenter de rebâtir un semblant de civilisation, mais bien d'agir comme une bête, traquée, apeurée, mais bien décidée à rester en vie, presque plus par réflexe que par envie.
Pour obtenir un tel résultat, il est évident qu'il fallait faire régner un climat de terreur absolue. Tomber aux mains des contaminés, ce n'est pas seulement mourir, c'est être condamné à des souffrances inimaginables et à une dégradation totale. La peur est viscérale, elle domine l'individu et le révèle alors, dans sa triste réalité. L'un des protagonistes parle d'ailleurs de "ce moment où les choses deviennent sérieuses et où l'on ne peut plus se voiler la face sur qui l'on est vraiment."
L'étude sociale par le dépeçage en règle. C'est une méthode comme une autre. Un peu rugueuse peut-être. ;o)

Cette façon de faire a quelques conséquences pratiques, sur les personnages notamment. La plupart sont peu creusés (en tout cas dans le sens abstrait du terme) et peuvent paraître un peu "vides", mais, contrairement à ceux que l'on a pu découvrir dans le dernier Punisher, ce manque de personnalité a un sens et peut se justifier. Dans une telle situation d'urgence et de survie, les individus se résument à quelques caractéristiques simples qui finissent par les unir, un peu comme ces incendies de forêts qui permettent parfois aux animaux de fuir aux côtés de leurs prédateurs naturels.
Si Kirkman a traité le post-apocalyptique de manière intellectuelle, Ennis en donne lui une version bien différente, basée sur les tripes et la nature animale de l'Homme. Les deux étant finalement plutôt complémentaires.

Signalons également que l'auteur réussit à caser quelques moments d'humour, noir bien entendu (le cercle de sel, délicieusement piquant), qui permettent de relâcher un peu la pression et de rendre l'atmosphère moins étouffante. Un petit mot tout de même sur les dessins. Ils sont signés Jacen Burrows (qui avait déjà collaboré avec Ennis sur 303). Très sympa dans l'ensemble, avec de jolies planches et une bonne gestion des scènes les plus "chaudes" (entendez par là que, malgré tout, l'on ne verse pas dans le voyeurisme total, fort heureusement d'ailleurs).
Ce premier volume est publié chez Milady, contient une galerie de covers bien fournie et coûte une douzaine d'euros.

Le trip post-ap poussé à son maximum par un Ennis visiblement très à l'aise sur ce joyeux carnage.
Choquant, éprouvant et approuvé.




23 mars 2011

Marvel Universe vs The Punisher

Une mini-série hors continuité met à l'honneur le Punisher dans le Marvel Universe hors série #9. Le post-ap fait-il encore recette ? Les romanciers sont-ils forcément de bons scénaristes ? On aborde tout de suite ces questions.

Suite à la propagation d'un terrible virus, le monde s'est écroulé. Les autorités n'ont rien pu faire, lorsque la contamination a été décelée, il était déjà trop tard. Les victimes deviennent rapidement des prédateurs primitifs, aux fonctions cérébrales limitées et versant dans le cannibalisme. Les super-héros ne font pas exception à la règle. Spider-Man le premier s'est mis à boulotter le Rhino devant un stade entier de spectateurs médusés...
Les rares survivants se cachent, les contaminés sont organisés en tribus se partageant les territoires de chasse. Et au milieu de tout cela, un homme. Frank Castle. Il est immunisé. Il a des flingues et des munitions. Il a un maximum de cibles potentielles.
Pour le Punisher, c'est presque une situation idéale.
Une rencontre avec un prêtre et un gamin va pourtant lui laisser le choix entre combattre pour tuer et se battre pour sauver ce qui peut encore l'être.

Voilà un récit orchestré par Jonathan Maberry au scénario et Goran Parlov au dessin. La partie graphique est plutôt convaincante, le créateur de Barracuda a de toute façon l'habitude de mettre en scène le Punisher aux côtés de Garth Ennis (cf Punisher #10, #12 ou #13 de la collection Max). Il livre ici des planches efficaces au style épuré. En vrac, l'on peut citer un magnifique Ben Grimm trônant sur un tas de crâne avec de jolies filles à ses pieds, dans une ambiance très "Conan", ou encore un Stark coincé dans une armure figée qui fait office de perchoir à pigeons (et de cible pour leurs crottes).
Niveau scénario, c'est un peu plus délicat. L'intrigue s'inspire vaguement de The Punisher kills the Marvel Universe (une mini-série présente dans l'Omnibus VF du Punisher) mais en y ajoutant une touche post-apocalyptique. L'auteur fait l'effort de ne pas nous remettre des zombies sur le tapis (le concept original, Marvel Zombies, étant lui-même déjà bien en perte de vitesse) bien que le résultat soit relativement identique si l'on excepte un peu de QI en plus et une certaine capacité à communiquer (on peut donc rapprocher l'ouvrage de la vague de zombies déjà évoquée ici). L'ami Deadpool fait (encore !) une fois partie de l'aventure, mais contrairement à sa prestation dans la revue lui étant dédiée (cf Deadpool #1), il est ici souvent bien plus drôle et mieux employé.
Mais, hormis ces détails peu importants, qu'en est-il réellement de l'intrigue ?

Eh bien elle laisse perplexe. Le final est plutôt bien vu et agréablement pessimiste mais le reste de ces épisodes ne brille pas par son originalité. Surtout, ce que l'on attendait, ce qui était même presque promis dans le titre, n'est pas au rendez-vous. Le Punisher ne s'attaque finalement qu'à quelques personnages, parfois d'ailleurs de manière très rapide, et l'on se demande comment les trois ou quatre adversaires qu'il affronte peuvent représenter le marvelverse.
Si Maberry passe donc à côté de cette partie fun et jubilatoire, il peine malheureusement également à donner de l'épaisseur et du goût à ce monde en ruine qu'il dépeint (l'auteur est pourtant romancier, créateur de pièces de théâtre et... professeur d'écriture). Les personnages secondaires, totalement lisses, ne sont que des serviteurs de l'intrigue (des outils d'auteur trop visibles, non "habillés" en quelque sorte) et non de véritables êtres, pensant, souffrant, dont le destin pourrait préoccuper le lecteur. Même le Punisher reste impassible devant la situation, sans qu'aucune nouvelle facette de sa personnalité ne soit réellement explorée.
Le bilan, sans être désastreux, n'est pas spécialement bon non plus. Et là, il faut en venir aux fondamentaux même de l'écriture. Une histoire doit apporter quelque chose au lecteur. Soit de l'émotion, basée en gros sur la forme, soit une réflexion, constituant le fond du récit. Si l'on peut allier les deux, c'est encore mieux. Ici, l'on n'a quasiment ni l'un ni l'autre. Trucider un personnage qui n'a pas été suffisamment bien installé, c'est comme écraser une mouche. On a beau vous expliquer que c'est un être vivant, que ça a son utilité, tout le monde s'en fout. Pour ce qui est des idées manipulées, malgré un cadre très permissif (fin du monde, histoire hors continuité), elles sont d'une pauvreté assez désolante et, surtout, flirtent dangereusement avec le déjà-vu ("le Punisher est intransigeant", "l'effondrement de la civilisation laisse libre cours aux pires pulsions"). C'est peut-être d'ailleurs parce que le genre post-apocalyptique est si souvent (et si bien parfois) exploré qu'il ne peut plus être considéré comme une bouffée d'air frais en soi. Faire table rase de notre société est devenu un lieu commun qu'il convient d'agrémenter un peu avec audace et originalité. Ce n'est pas le cas ici.

Des types qui ont faim. Un mec franchement balèze qui bute tout le monde.
La routine.

Spider-Man hors série : American Son

Les Osborn restent au centre de l'agitation générale dans American Son, saga publiée ce mois dans le Spider-Man hors série #33.

Alors que Norman Osborn croupit en prison, son fils, Harry, tente de mener une vie à peu près normale. Rien d'évident pourtant car non seulement son commerce ne se porte pas au mieux, mais des tas de paparazzi passent leurs journées devant le Coffee Bean, épiant ses moindres faits et gestes et espérant le voir craquer.
Mary Jane, la nouvelle colocataire de Harry, mais aussi Peter commencent à s'inquiéter à son sujet, d'autant que depuis quelques temps, American Son refait parler de lui. Le justicier emploie une armure confectionnée par Osborn père et qui ne peut être utilisée que par un individu possédant sa signature génétique, ce qui laisse peu de doutes sur l'identité de son utilisateur.
Le fragile Harry va-t-il supporter la pression ou la malédiction des Osborn frappera-t-elle de nouveau ?

Pour ceux qui auraient raté les premières apparitions de American Son, sachez que la première intrigue lui étant consacrée s'achevait en mai 2010, dans le Spider-Man #124. En gros, le fiston, que Norman voulait enrôler de force dans ses Dark Avengers, finissait par se rebeller et lui flanquer une raclée. Dans l'arc qui nous intéresse aujourd'hui, Brian Reed (au scénario) et Phil Briones (au dessin) reviennent sur la fameuse armure et son actuel possesseur (attention, pour ceux qui n'auraient pas encore lu cet hors série, ce qui suit contient de gros spoilers).
Le gros de l'intrigue repose en fait sur l'identité réelle de ce nouvel American Son. L'on se doute bien dès le départ qu'il y a peu de chances pour que cela soit effectivement Harry, quant à la "sécurité génétique" (sorte d'anti-démarrage codé de dernière génération), elle n'offrait que peu de possibilités...
Eh bien oui, Reed a bel et bien fait appel à Gabriel Stacy ! Le lecteur anxieux ne suivant les aventures du Tisseur que depuis peu pourra à juste titre se demander d'où sort ce type et quel rapport il peut avoir avec Norman. Petite explication. Il était une fois une époque bénie des dieux où un auteur nommé J.M. Straczynski officiait sur Amazing Spider-Man. L'homme avait de bonnes idées, parfois de moins bonnes, mais surtout, il faisait évoluer son personnage (cf cette chronique sur son run). Avant d'être quasiment poussé chez la concurrence par les indélicatesses absurdes des pontes de Marvel (et d'essuyer quelques volées de bois vert de la part de Panini), il a eu le temps de développer un grand nombre d'intrigues dont Sins Past, qui figure sans doute parmi les plus controversées. L'on y apprenait que la gentille Gwen, avant de se lancer dans le base jump improvisé, s'était encanaillée avec le méchant Norman dont elle avait même eu... deux enfants, restés longtemps inconnus de tous grâce à un petit séjour en France le temps d'une grossesse et d'un accouchement. Ainsi naquirent Gabriel et Sarah Stacy, enfants illégitimes du Bouffon et de la si douce et pure Gwendolyn.

L'explication était longue mais importante car, à par ce côté gentiment sulfureux (décidemment, Norman passe son temps à coucher avec les nanas de son fils ou de Peter !), rien de bien notable ici. Harry a des problèmes d'addiction, la jolie Norah Winters chasse le scoop et Screwball fait une petite apparition éclair censée être amusante (cf la scène #62 du bêtisier pour se remémorer une poursuite précédente entre elle et le Monte-en-l'air). De plus, le cas American Son n'est finalement pas définitivement résolu à la fin de ces épisodes, confortant la fâcheuse habitude de la Maison des Idées de ne jamais "rien jeter" ni laisser mourir.
Reste heureusement des dessins de bonne facture qui permettent de suivre la saga sans déplaisir mais sans réelle passion non plus tant celle-ci manque d'émotion et de suspens.

Des Osborn en famille et en folie qui, malheureusement, peinent à réellement enflammer un récit bien terne.

21 mars 2011

The 99 : les comics et Allah font-ils bon ménage ?

Petit coup de projecteur aujourd'hui sur des BD arabes lorgnant sérieusement du côté des comics de super-héros mais ayant également un autre but que celui de simplement divertir.

Le docteur Ramzi Razem n'est pas seulement un scientifique. C'est un rêveur, un idéaliste qui pense que l'espoir et la volonté peuvent changer le monde. Il croit d'autant plus en l'avenir de l'humanité qu'il vient enfin de mettre la main sur des êtres exceptionnels, porteurs de gemmes les dotant de pouvoirs aussi fantastiques que variés.
Peu à peu, il va tenter de rassembler ces jeunes destinés à mettre leurs dons incomparables au service du Bien. Dans son institut, il va ainsi accueillir la jolie Dana Ibrahim, alias Noora, incarnant la Lumière et capable de déceler les véritables motivations qui animent les individus qu'elle côtoie, le puissant Nawaf Al-Bilali, aussi appelé Jabbar, ou encore John Wheeler, Darr de son nom de code, pouvant infliger de terribles souffrances à autrui.
Dans l'ombre cependant, les forces du Mal sont également à l'oeuvre. Rughal, à la tête d'un empire financier, rassemble aussi les siens. Il vit depuis plus de 500 ans et compte bien exercer et amplifier son pouvoir pendant encore très longtemps...

A l'origine de ce projet, un homme, le Dr Naif Al-Mutawa, psychologue koweitien ayant effectué l'essentiel de ses études aux Etats-Unis. Passionné de BD et constatant à la fois la mauvaise image de l'Islam dans le monde ainsi que le manque de héros arabes dans la bande dessinée, il imagine The 99. Il va alors s'entourer d'artistes ayant fait leurs armes chez les éditeurs américains pour lancer la série et lui assurer l'apport d'un certain savoir-faire. Celle-ci sera co-écrite par Fabian Nicieza et dessinée par John McCrea.
Au niveau de la forme, le résultat est toutefois fort léger. Dessins parfois très simplistes, notamment au niveau des décors, et colorisation franchement criarde et manquant de subtilité. L'intrigue, quant à elle, fait étonnamment penser aux premiers pas des X-Men. Razem est un peu un professeur Xavier (en plus mobile) qui aurait remplacé son école par un institut de recherche, doté même du pendant de la célèbre "salle des dangers".
Les personnages manquent un peu de profondeur et d'aspérités, la plupart étant limités à une sorte d'archétype assez simpliste aux motivations basiques. Bref, rien de révolutionnaire ni d'innovant.

Ce qui a fait parler de la série dans le monde entier (un crossover avec la JLA de DC Comics a même eu lieu, ce qui est déjà un peu en soi une forme de reconnaissance), ce n'est pas sa qualité littéraire mais sa démarche inhabituelle. L'on pouvait craindre un certain prosélytisme, fort heureusement il n'en est rien. Car si The 99 et Al-Mutawa réussissent un pari, c'est bien celui de présenter des valeurs positives, certes, mais surtout universelles. Le discours ne concerne au final que très peu la religion, à part symboliquement, les "99" étant en fait tirés des 99 noms d'Allah, représentant chacun un attribut particulier (comme "le créateur", "le miséricordieux", "celui qui détient la Vérité", ou encore "celui dont la sagesse éblouit"). Les personnages proviennent de tous les pays du monde (l'un vient de Hongrie, un autre d'Arabie Saoudite, l'institut du professeur se situe à Paris, et cetera) et leurs actions sont dénuées de motivations purement religieuses ou politiques.
En cela, la démarche est aussi louable qu'habile, car elle évite la tentation de partager le monde de manière manichéenne. Même les fameuses pierres magiques, source des pouvoirs des protagonistes, ne sont pas réellement de nature divine mais contiennent en fait la somme de la culture arabo-islamique (ou son "esprit" en tout cas), recueillie dans des gemmes après la chute de Bagdad, mise à sac par l'armée mongole de Hulagu Khan (petit-fils du si sympathique Gengis), en 1258. La série oppose donc fondamentalement la civilisation, la lumière, la connaissance à la barbarie et à la violence, et non simplement, comme on aurait pu le craindre, le monde musulman à l'Occident ou les croyants aux athées. Ce croisement, plein de bonnes intentions, entre deux mondes qui, même après des siècles de cohabitation, continuent de se craindre et se méconnaitre, a beau être naïf, il n'en reste pas moins vibrant et douloureusement d'actualité.

Techniquement, il n'existe pour l'instant aucune version française de The 99, d'ailleurs, les versions papier du titre sont assez difficiles à trouver. Par contre, le site officiel de Teshkeel Comics propose des versions pdf, en anglais ou arabe, de la trentaine d'épisodes aujourd'hui disponibles (un "spécial origines" est même téléchargeable gratuitement).
Chaque opus numérique coûte 1,99 $ (l'on peut s'acquitter de la somme par paypal) et contient une quarantaine de pages, dont une bonne trentaine de planches "réelles" plus une bafouille finale du docteur (le vrai, pas le personnage).

Des comics à l'intérêt artistique discutable mais dont l'approche intelligente et mesurée permet d'offrir à tout lecteur, quelles que soient sa culture ou sa religion, des modèles d'identification positifs.

Walking Dead : perte/prise de contrôle

Le treizième tome de Walking Dead lève le voile sur les mystères qui entouraient la petite communauté d'Alexandria.

Rick et ses compagnons reviennent peu à peu à une vie en apparence normale. Ils emménagent dans de nouvelles maisons, tentent de se rendre utiles et Carl va même à l'école.
Pourtant, la confiance est encore loin d'être totale entre les nouveaux arrivants et la communauté. Rick, qui est devenu le shérif de cet havre de paix, soupçonne l'un des habitants de se montrer violent envers sa femme et son fils. Ce qui pourrait n'être qu'une enquête de routine dans des circonstances normales risque à tout moment de déraper, d'autant que Rick, prudent, a enfreint l'une des règles de la communauté en se constituant un petit stock de flingues prélevés discrètement dans l'armurerie.
Un nouveau shérif est en ville, mais ce shérif là est bien décidé à imposer sa propre loi. Coûte que coûte.

Nouveau recueil donc, regroupant cette fois les épisode #73 à #78 de la série. Sans aller jusqu'à porter un regard totalement négatif sur ce nouvel opus, il est juste de signaler que c'est sans doute le plus faible de ceux actuellement parus. Le scénario de Robert Kirkman se révèle ici un peu léger, l'auteur expédiant rapidement les diverses intrigues qu'il avait mises en place dans le volume précédent. Les cliffhangers sont moins nombreux, voire absents, et même le final, bien que laissant supposer de futurs rebondissements, s'avère bien gentillet en comparaison des chocs que l'on a connus jusqu'ici.
Même les dessins de Charlie Adlard sont en dessous de la norme habituelle, avec certains gros plans (notamment de visages) franchement ratés et une mise en scène un peu plate. L'on ne peut encore réellement parler de déception mais sans doute certainement d'une petite baisse de régime (bien excusable après plus de 1700 planches). Si le tome #12 était plus calme mais conservait une ambiance lourde et paranoïaque, celui-ci peine à maintenir la tension à laquelle Kirkman nous avait habitué. Reste à voir quelle direction la série va maintenant prendre. Difficile de refaire le coup du Gouverneur ou de laisser la routine s'installer, l'idéal serait donc d'explorer de nouvelles pistes, les possibilités en tout cas ne manquent pas (flashback sur les débuts de l'épidémie, explications sur son origine, excursion hors des Etats-Unis, intervention de l'armée ou d'un nouveau gouvernement...) et devraient permettre de relancer la machine.


Le Coin des Spoilers
C'est ici que l'on entre dans les détails.
La faiblesse de ce tome tient en grande partie à la façon dont sont résolues les incertitudes qui planaient sur la communauté. Le fameux oeil au beurre noir du gosse provient en fait simplement d'un père violent (on s'attendait à quelque chose de bien plus sulfureux), le cas Davidson, qui paraissait faire frémir tout le monde d'épouvante, s'avère également bien gentillet : il utilisait sa position de chef pour s'attirer des faveurs sexuelles, ce qui est certes condamnable mais presque rien en comparaison de la folie du Gouverneur ou des pratiques des Chasseurs.
Même le coup des armes se règle très (trop ?) facilement. Tout comme la prise de pouvoir de Rick et Abraham. Si l'on peut comprendre que les habitants d'Alexandria aient besoin, en ces temps incertains, de leaders forts et courageux, Monroe baisse les bras et abandonne son rôle un peu rapidement. Du coup, le dilemme qui semblait se dessiner dans le tome précédent ("faut-il employer la force contre des innocents afin de garantir notre propre sécurité ?") est esquivé. Le cas de Pete (le père violent) est assez mal exploité également, son élimination étant finalement approuvée et facilitée par ses agissements. La menace qu'il aurait pu faire peser est donc elle aussi écartée et sa neutralisation ne soulève même pas débat.
La seule petite subtilité qui surnage du récit est finalement la gestion de la perte de contrôle de Rick (lorsqu'il va mettre une raclée à Pete), qui lui permettra (par hasard, tout comme sa décision de poster un sniper au cas où) d'apparaître comme le leader idéal, poste qu'il déteste mais semble lui être destiné. La prise de contrôle de la communauté découlera donc d'un simple pétage de plomb.
Au final, c'est presque une promenade de santé pour Rick, Michonne et les autres, habitués à tomber d'horreurs en horreurs. Peut-être s'agit-il aussi d'une manière de nous endormir un peu en attendant le prochain coup de théâtre, après tout, Kirkman a prouvé qu'il savait mener sa barque, et si ce n'est pas le cas, on lui pardonnera facilement ce passage moins palpitant. Il en faudra plus de toute façon avant que le titre ne commence à perdre de son intérêt.



Chroniques précédentes sur la série :

16 mars 2011

Deadpool : Cinglé et Populaire !

Le mercenaire déjanté du marvelverse possède maintenant sa propre revue dont le numéro #1 est sorti hier. Premier coup d'oeil sur le bimestriel Deadpool.

Il fallait bien que cela arrive, face à la montée en puissance du sieur Wade Wilson et à la multiplication des publications lui étant consacrées aux Etats-Unis, Panini suit le mouvement en accordant une revue spécialement dédiée à ce héros si atypique qui rentre maintenant dans le cercle très fermé des personnages de la Maison des Idées qui se la joue solo dans nos kiosques (un exploit que seuls Spidey et Wolvie peuvent se vanter d'accomplir actuellement).
Techniquement, il s'agit d'un bimestriel de 2 x 22 planches qui est vendu au prix de 3,90 €. Panini a pris le soin de faire un petit topo de présentation du "jeune premier" et l'aspect décalé de la série a été conservé jusque dans les éditos où Christian Grasse "cède" la place à un Deadpool qui s'adresse directement à nous. Bon, ce n'est pas grand-chose, mais on n'est tellement pas habitué au moindre effort de la part des vendeurs d'autocollants que ça méritait d'être souligné.

Voyons plus précisément le contenu, c'est à dire les Deadpool (v. 4) #13 et #14. Tout d'abord, une petite explication pour les éventuels nouveaux venus. Malgré la numérotation française, il s'agit en fait de la quatrième on-going dédiée à Deadpool et l'on est loin de commencer par le début. Cela vient du fait que les premiers épisodes ont déjà été publiés, de manière très anarchique, dans différents ouvrages VF. Les trois premiers se trouvaient dans le Secret Invasion Hors Série #3, les épisodes #4 à #7 sont parus dans le Marvel Monster Dark Reign #1, ensuite l'on peut dénicher les épisodes #8 et #9 dans les mensuels kiosque Dark Reign #4 et #5, puis il faut revenir en librairie, où le Marvel Monster Dark Reign #2 accueille les épisode #10 à #12. Voilà pour ceux qui voudraient tenter cette improbable course d'orientation. Pas de panique toutefois, le début de la série n'est pas indispensable (bien que souvent savoureux) et pourrait même vous apporter plus d'interrogations que de réponses si vous n'avez pas suivi les grands évènements récents, Secret Invasion en tête.

Pour une première immersion dans la folie wilsonienne, coup de bol, nous avons droit à un arc complet (et rapidement expédié). Wade, particulièrement friqué ces temps-ci, décide de partir sur les mers jouer les pirates. Pour cela, il fait appel à Bob (l'agent de l'Hydra que l'on avait découvert dans le premier Monster évoqué ci-dessus) qu'il va transformer en... perroquet. Cela donne une bonne idée de la suite, orchestrée par Daniel Way au scénario et Shawn Crystal au dessin.
Ce joyeux n'importe quoi possède ses bons moments (Wilson en train de négocier l'achat d'un bateau), ses clins d'oeil (l'équipage version Star Trek) mais aussi ses faiblesses, l'absurde et le non-sens pouvant facilement donner une impression de facilité, voire de course à la surenchère.
La suite semble néanmoins prometteuse puisque Deadpool va tenter d'embrasser une carrière de X-Man, une nouvelle orientation motivée par le fait qu'il ait trouvé valorisant d'aider, pour une fois, gratuitement des gens. ;o)

Toujours difficile à aborder, mais amusant avec le recul nécessaire, l'on ne peut que souhaiter une belle aventure kiosque à ce frappadingue de Deadpool.

Le Frisson : crimes et légendes celtiques

La nouvelle collection de Delcourt, Dark Night, a été inaugurée voici quelques jours. Voyons si Le Frisson, première oeuvre à sortir sous ce label, est digne du polar bien noir que l'on nous promet.

La police de New York est sur les dents, un tueur en série particulièrement sadique vient en effet de frapper, rappelant à certains la psychose générée dans les années 70 par le célèbre Son of Sam. Une première victime est découverte décapitée, une autre est démembrée. Leur point commun ? Ces hommes ont été vus au bras d'une magnifique jeune femme. Malheureusement, tous les témoins en donnent une description différente. Pour certains, il s'agissait d'une très mignonne asiatique, d'autres ont cru voir une éblouissante blonde aux allures de top model ou même une motarde sexy pleine de tatouages.
Un seul homme semble savoir de quoi il retourne. Il s'agit de Martin Cleary, un ex flic qui est convaincu que les assassinats sont des sacrifices rituels issus de la tradition druidique irlandaise. Pire encore, il affirme avoir échappé de peu, lui-même, à cette fille qui glace ses amants avant de les livrer à son tueur de père.
Evidemment, personne ne peut le prendre au sérieux. Cleary va tenter d'en savoir plus pour mettre un terme au carnage, mais il se met ainsi en danger, d'autant que le FBI commence à le soupçonner d'être lui-même l'auteur des crimes...

Nouveau label, au nom assez explicite, pour Delcourt qui souhaite ainsi offrir une sélection des meilleurs polars américains. Le principe est alléchant. Cette première histoire, publiée aux Etats-Unis par DC sous son label Vertigo Crime, est écrite par Jason Starr, un romancier qui fait ici ses débuts dans la bande dessinée, et illustrée par Mick Bertilorenzi.
Graphiquement, un style pas dégueulasse du tout, en noir et blanc, permet de coller assez bien à l'ambiance attendue, c'est à dire quelque chose d'assez sombre et inquiétant. Par contre, c'est du côté de l'intrigue que l'on va avoir la plus grosse surprise. En effet, il s'agit ici tout simplement d'un récit fantastique plus que d'un polar. Bien sûr il y a des meurtres, du sexe, des flics (valorisés par des dialogues adéquats), mais l'irruption, dès les premières pages, d'un surnaturel de bazar conduit très vite à ne plus prendre les fameux tueurs en série au sérieux. Même si l'idée d'exploiter les légendes celtiques pouvait se révéler intéressante, il faudra se montrer bien complaisant pour éprouver de l'intérêt - ou pire de l'inquiétude - face à ce druide centenaire et invisible qui se balade avec sa lance et dont la fille congèle tout ce qui lui tombe sous la jupe. L'on ne peut même pas compter sur le suspens puisque tout est expliqué au lecteur dès le début. A la limite, l'utilisation de vieilles croyances, sans ajout d'un paranormal frisant le ridicule et très mal employé, aurait constitué un meilleur choix.
Bref, une réelle déception, d'autant que l'on sent que l'auteur semble loin d'être un manchot. Reste à espérer que les futurs titres colleront mieux au concept de départ.

Une dark night qui fait pschitt et tourne à la fantasy light.

14 mars 2011

Ultimate Spider-Man : Tainted Love

Retour sur les deux derniers numéros de Ultimate Spider-Man et petit point sur la saga Tainted Love.

Petit rappel des faits tout d'abord (si vous êtes en retard et que vous n'avez pas lu les USM #5 et #6, de décembre et février, attention aux spoilers). Après les dramatiques évènements contés dans Ultimatum, Johnny Storm (la Torche) et Bobby Drake (Iceberg) ont trouvé refuge chez Peter Parker. Sa tante May héberge d'ailleurs également Gwen Stacy, son actuelle petite amie. Tout ce petit monde se retrouve bien entendu dans le même lycée, fréquenté également par Mary Jane (ex de Peter) et Kitty Pride (mutante et accessoirement ex petite amie de Peter elle aussi).
Tout commence lorsque des agents fédéraux débarquent en plein cours afin d'appréhender la pauvre Kitty. Celle-ci n'a commis aucun délit mais, depuis les crimes massifs perpétrés par Magneto, les mutants sont considérés comme hors-la-loi et les enfants ne peuvent même pas fréquenter les écoles réservées aux humains. Les amis de Kitty sont scandalisés mais ne peuvent pas tenter grand-chose pour lui venir en aide (d'autant que cela les amènerait à dévoiler leurs pouvoirs). Seul Kong, une brute au grand coeur, s'interpose violemment. Kitty et lui parviennent finalement à s'échapper, mais la jeune fille est profondément meurtrie. Non seulement elle ne peut plus vivre normalement, mais elle a l'impression que ses amis les plus proches l'ont tous lâchée.
Alors que Mary Jane et Peter se rendent plus tard au Daily Bugle, Peter est intrigué par le comportement d'un Jameson qui déclenche même son sixième sens. Il le suit et découvre, un peu tard, qu'il s'agit d'un imposteur. Celui qui se cache sous les traits du directeur du journal n'est autre que le Caméléon. Celui-ci va d'ailleurs prendre la place du jeune Parker et, tout en essayant d'en apprendre plus sur lui, semer une jolie pagaille dans sa vie privée.

Le scénario est de Brian Michael Bendis, les dessins de David Lafuente. Première bonne surprise, Peter quitte enfin sa coupe de cheveux ridicule. En fait, les auteurs parviennent à rectifier le tir de manière assez drôle. Peter est "enlevé" par Kitty, MJ et Gwen qui ne supportent plus sa coiffure et le tondent dans les toilettes ! Même l'étrange aspect rondouillard de Spidey lorsqu'il portait son masque est alors expliqué, petit clin d'oeil habile destiné aux lecteurs américains qui s'étaient plaint (à juste titre d'ailleurs). Visuellement, quelques défauts (déjà soulignés ici ou ) demeurent pourtant (le fait de ne pas dessiner les visages en arrière-plan par exemple), mais l'on est sur la bonne voie.

Passons maintenant à l'écriture proprement dite. Grasse, dans un de ses éditos, loue le talent de Bendis et souligne la qualité de ses dialogues, qualifiés de "parfaits". Pour ceux qui connaîtraient mal l'auteur, celui-ci est effectivement réputé, en général, pour plaquer de fort bons dialogues dans ses histoires, on l'a notamment constaté dans Powers, Alias ou encore des polars tels que Torso ou Goldfish. En gros, il s'agit d'échanges vifs, longs, souvent drôles, permettant de donner un rythme et un ton très particulier aux scènes. Cependant, depuis quelque temps (sur New Avengers aussi, mais c'est surtout très perceptible sur USM) Bendis, par manque d'inspiration ou par volonté de modifier un peu son style, utilise un tic narratif vraiment horripilant qui consiste à faire répéter sans cesse la même chose aux personnages (trois fois de suite souvent, et dans la même case bien sûr). D'autres fois, un second personnage se contente de reprendre mot pour mot ce que dit le premier. Et, enfin, certains échanges n'ont strictement aucun intérêt et se bornent à reformuler la même chose sous une autre forme. Alors, évidemment, quand comme Grasse on ne comprend rien à rien, ça a l'air pareil. Il y a plein de bulles, c'est surchargé en dialogues, ben c'est du Bendis du coup. Sauf que le propre de Bendis, ce n'est pas de faire du remplissage (comme c'est un peu le cas ici) mais d'écrire de vrais bons dialogues. Ceux que l'on découvre dans ces épisodes ne sont pas du tout représentatifs de l'auteur (effectivement génial la plupart du temps) que l'on connaît, et il est bon de le souligner, parce qu'à force de prétendre tout le temps que tout est génial, l'on finit par ne plus faire la différence entre Dali et un peintre en bâtiment. Ou pour être encore plus clair, entre un tiramisu et du crottin de cheval.

Bon, ceci dit, l'intrigue vaut largement le coup tout de même. C'est même sans doute la première fois depuis Ultimatum que l'on retrouve un peu de la fraîcheur des premiers USM. L'accent est surtout mis sur la vie privée et les relations entre les personnages, mais l'action ne manque pas et le tout est enrobé de petits traits d'humour et d'un peu d'émotion, bref, l'on revient vers quelque chose de vraiment intéressant.
Un retour d'un Bendis en grande forme et un changement de dessinateur (j'avoue que Lafuente n'est vraiment pas ma tasse de thé) pourraient augurer - de nouveau - du meilleur pour la suite. Il faut l'espérer en tout cas.
Conclusion de la saga le mois prochain.

Une amélioration notable pour une série qui était en perte de vitesse et qui, bien que souffrant encore de petits défauts, semble regagner progressivement en intérêt.
Prudence tout de même, l'heure n'est pas encore à la surabondance de superlatifs.

13 mars 2011

Le Dôme de Stephen King, adapté par des Cônes

Pas de comics aujourd'hui mais un roman. Un long roman d'un auteur génial, adapté par des couillons. Et pour une fois, Panini n'y est pour rien.

Ceux qui connaissent le Girls des frères Luna pourront trouver une similitude, au moins au départ, dans ce long récit du Maître. Je l'appelle ainsi car il est mon "senseï" de plume. Non pas que je vénère l'horreur ou le fantastique, mais simplement que je considère que sa manière d'écrire ses personnages est phénoménale. Stephen King est capable, en trois lignes, de donner de l'épaisseur à un type, de nous intéresser au destin d'une inconnue, de rendre crédible des illusions de papier. Il me fascinait quand j'avais 12 ans, il m'impressionne toujours, à l'aube de mon 39ème anniversaire. Et si je noircis du papier à l'heure actuelle, c'est grâce à lui. A d'autres aussi, sans doute, mais fondamentalement, c'est lui qui m'a toujours poussé, c'est en lui que je me reconnais... et je lui dois non mes plus grandes frayeurs mais mes plus beaux moments de lecture.
Forcément, quand un nouveau récit signé King débarque en librairie, je me jette dessus. Voyons un peu l'intrigue.

Dale Barbara est un brave type. Un brave type qui s'est attiré, dans la petite ville de Chester's Mill, l'hostilité du deuxième conseiller, "Big Jim" Rennie. Et parce que Dale est aussi malin qu'intelligent, il décide de quitter la ville. Sauf que, malheureusement, plus personne ne peut quitter la petite bourgade. Parce qu'un champ de force, invisible mais bien réel, vient de changer la donne. Il y a maintenant l'extérieur, le vaste monde, et Chester's Mill, sous le dôme.
La situation est déjà désagréable en soi, mais elle va vite virer au tragique. Il suffit que le pacemaker du chef de la police explose pour que tout soit bouleversé. Un petit politicien, aussi néfaste qu'ambitieux, va trouver là l'occasion de resserrer son emprise sur la ville. Il va attiser la peur, embaucher des incapables pour assurer la sécurité et, au final, se révéler un apprenti-dictateur, intouchable car préservé par une bulle providentielle.

Que dire ? Sur le fond, c'est passionnant. Je dirais même que ça s'avale comme des céréales avec de vrais morceaux de fruits à l'intérieur. Rien de mauvais pour vous ! Sur la forme, ceux qui connaissent le King savent à quoi s'attendre. On est caressé, taquiné, puis malmené avant, enfin, de ressortir essoré, fatigué même d'être passé par tout le putain de spectre des émotions. Par contre... la traduction est infecte.
Je dois dire que j'ai rarement vu ça chez un "grand" éditeur adaptant un "grand" écrivain. Tout y passe. Coquilles, fautes "volontaires" (par ignorance), manque d'adaptation et même opinions personnelles du traducteur en note, l'on a droit à un festival. Et c'est vraiment pénible car, forcément, toutes ces aspérités irritent les mains qui tournent les pages et les yeux qui les lèchent. Tout cela contribue à faire sortir le lecteur de sa lecture, ce qui est probablement le pire effet que peut produire une "adaptation", qui est ici paninisée, sans même une relecture. Et, surtout, sans même un peu de bon sens. Des exemples ? Ok, c'est pas ça qui manque. Un steak "médium" ("à point" en gros), qui est évidemment une expression connue chez nos amis américains, ou anglais, mais qui, chez nous, n'a pas lieu d'être et qui est ici utilisée de manière appuyée. Attention, ce n'est rien, l'on va avoir des "ç'a" (au lieu de "ça a" ou "cela a") à foison, ainsi qu'un nombre assez ahurissant de coquilles (des adjectifs disparaissent ou des termes impropres surgissent au milieu d'une phrase), bref, on monte dans les tours. Le mieux, c'est encore une note de bas de page expliquant le crash-a-rama. Voilà la définition : "version moderne, en plus répugnant encore, des courses de stock-cars". Ah ben, ils sont rock n'roll chez Albin Michel de nos jours ! "En plus répugnant" ? Une course de stock-car, ça y'est, dans la France soviétique actuelle, c'est considéré comme "répugnant" ! Wow ! A quand les notes de bas de pages nous traitant de connards quand on chasse ou si on possède un 4x4 ? Ils sont bien barrés chez Albin Michel... (on fait du pognon parce que le King, ça fait du chiffre, mais on s'emmerde pas avec la qualité et on laisse les trados balancer leurs opinions à la con !)
Pfiouuuu...

Je ne peux pas décemment déconseiller cette lecture, parce que lire est une bonne démarche et parce que lire du Stephen King est une démarche encore meilleure. Mais, et ce putain de "mais" est important, cette traduction est une véritable Merde. Avec un M majuscule et pour de multiples raisons qui tiennent même parfois à une incompréhension crasse ("Apollo Creed" est employé comme s'il s'agissait d'un stade et non d'un homme, le "Food City", qui est un magasin, est désigné indifféremment comme une ville ou un supermarché ("à Food City", "au Food City")), bon, ok, c'est 1200 pages d'un texte dense et non une BD, mais, au nom du Ciel, POURQUOI ?! Pourquoi laisser des incompétents saccager ainsi les textes de bons auteurs ? C'est fini ? On se branle de tout, c'est ça ?
Pffff... c'est vraiment pénible comme sensation. Je ne suis pas désespéré, parce que j'écris moi-même, parce que je peux me passer des traductions françaises, parce que je connais un tas de gens aussi qui bossent sérieusement et qui sont à leur place dans le maniement des mots, mais, ce soir, j'en ai aussi un peu plein le cul. C'est pas "bien" dit, mais c'est dit.
Si même Le Roi s'écroule, asphyxié par les Jokers franchouilleux, à quoi bon ?

Les temps sont à l'apprentissage de l'anglais. Ou à l'arrivée, chez les éditeurs, de types capables de relire un texte et d'en déceler les défauts. En attendant, les francophones qui lisent encore devront se contenter de livres au rabais destinés à la plèbe*.


* Plèbe : ensemble des connards qui paient au prix fort des romans ou BD traduits à la va-vite par des incapables qui ne comprennent rien aux Mots et au Papier.

09 mars 2011

Marvel Icons : Prime Elements

Relaunch de New Avengers et double ration de Fantastic Four dans le Marvel Icons (v2) #2 de ce mois.

La revue commence par New Avengers, deuxième du nom. La série perdure car, malgré l'abrogation de la loi sur le recensement des surhumains et la fin de la clandestinité pour l'équipe rebelle, il y aura bien deux formations de Vengeurs distinctes (cf la première ici). Celle de Luke Cage hérite même du manoir, rénové et vendu pour un dollar symbolique par Tony Stark (pas certain que l'entretien soit aussi bon marché).
Niveau composition, la surprise vient du recrutement de Ben Grimm, alias la Chose, membre bien connu des Fantastic Four. Pour les autres, rien d'extraordinaire, si ce n'est tout de même l'ajout de Victoria Hand, qui après avoir bossé pour Osborn est maintenant rattachée aux New Avengers sur demande de Steve Rogers.
Le scénario est de Brian Michael Bendis, les dessins sont de Stuart Immonen. Une première menace, de nature magique, apparaît déjà. L'épisode est globalement agréable mais l'on peut regretter le double-emploi de certains personnages qui feront partie... des deux équipes de Vengeurs ! Wolverine en plaisante même, en énumérant les groupes dont il fait partie (et encore, il ne parle pas de X-Force). Spidey et Hawkeye se retrouvent également dans les deux formations si je ne me trompe pas, ce qui fait tout de même beaucoup. Ce ne sont pourtant pas les héros qui manquent... pour Logan et le Tisseur, éditorialement, on comprend la logique même si on peut la regretter, mais pourquoi diable mettre également Hawkeye partout ?

On poursuit avec Invincible Iron Man. Tony Stark va mieux et après avoir été rebooté comme une vulgaire bécane, il tente maintenant de rebâtir sa fortune. Ce qui devrait être faisable puisqu'il a dans l'idée de résoudre les problèmes énergétiques du monde grâce à ses fameux répulseurs. Evidemment, tout ne sera pas si simple et, de leur côté, Justine et Sasha Hammer profitent du retrait de Stark du domaine militaire pour commercialiser Detroit Steel, une machine conçue pour être déployée sur toutes les zones chaudes du globe. Pour ajouter un peu de fun à l'affaire, et accessoirement quelques dollars dans leurs poches, les Hammer vendent également d'anciennes armes Stark Industries au camp opposé, c'est à dire les terroristes.
Scénario de Matt Fraction et dessins de Salvador Larroca. Technologie et monde des affaires, du classique donc.

Retour également aux fondamentaux pour Fantastic Four dont les deux épisodes présents ici mettent clairement en avant le côté "explorateur de mondes fantastiques" de la bande. On commence par un voyage sous terre, alors que Subterranea, le monde de l'Homme-Taupe, est menacé par un petit souvenir laissé par le Maître de l'Evolution. L'on part ensuite pour l'Antarctique, et plus précisément un immense lac situé sous la surface. Là, les FF vont découvrir trois anciens peuples d'Atlantis dont l'habitat a été préservé : les Uhari (des ouvriers, ressemblant à des poissons), les Chordai (qui ont l'aspect d'anguilles et cultivent une tradition guerrière) et enfin les Mala (des légalistes à l'apparence de crabes). Les amateurs de plateaux de fruits de mer vont se régaler ! ;o)
L'histoire est écrite par Jonathan Hickman et dessinée par Dale Eaglesham. Je l'ai déjà avoué à maintes reprises, je ne suis pas un grand fan des FF mais ces épisodes se révèlent plutôt bien réalisés (sauf peut-être la partie sous-marine, sans dialogues, un peu confuse) et rythmés. Jane (Sue) y tient un rôle important qu'il est bien rare (mais ô combien jouissif) de la voir endosser, sa petite rébellion pendant la guerre civile n'ayant finalement pas permis au personnage de s'extraire de son rôle d'épouse soumise à son robot pensant de mari (tiens, il y a un peu de Sheldon Cooper en Reed, en moins drôle).

Un bilan global positif et marqué par une volonté généralisée de retour aux sources qui découle très logiquement de l'entrée dans cette nouvelle période "Heroic Age".

07 mars 2011

Tony Chu, Détective Cannibale

Retour ce mois du détective cibopathe dans le tome #2 de Tony Chu, intitulé Un Goût de Paradis.

L'agent Chu, membre de la Food and Drug Administration, est toujours aussi mal aimé par son supérieur qui, connaissant son étrange don (Tony est capable d'avoir des visions concernant ce qu'il ingurgite), l'envoie aider la police sur une enquête à propos de braqueurs qui n'ont laissé derrière eux comme seul indice qu'un... étron.
Heureusement, le co-équipier de Chu, remis de ses déboires précédents, lui évite d'avoir à goûter les déjections des malfaiteurs en se lançant dans une investigation "à l'ancienne". Celle-ci aboutit d'ailleurs à l'arrestation des auteurs du méfait mais aussi à la découverte d'un étrange fruit qui pourrait bien servir de substitution au poulet, toujours interdit depuis une terrible pandémie de grippe aviaire qui a causé la mort de plus d'une centaine de millions de personnes à travers le monde.
Tony Chu embarque alors pour l'île de Yamapalu, un endroit paradisiaque d'où le fameux fruit est originaire. Là-bas, entre la police locale corrompue, les malfrats du coin, une envoyée d'une agence concurrente et un vaste complot culinaire, le détective au palais sensible aura fort à faire.

Rappelez-vous, j'avais évoqué en janvier 2010 cette série, dont le titre VO est Chew et qui n'avait pas encore d'éditeur en France. Depuis, Delcourt en a obtenu les droits et c'est donc tout logiquement que nous raccrochons la VF pour ce deuxième tome fraîchement sorti.
L'équipe créative est la même, nous retrouvons John Layman au scénario et Rob Guillory au dessin. L'aspect graphique est toujours aussi agréable, avec des poses et silhouettes exagérées et cartoony qui renforcent l'aspect humoristique tout en rendant plus acceptables certaines scènes peu ragoûtantes. Au niveau de l'intrigue par contre, impossible de cacher une petite déception. Pourtant, tout commence on ne peut mieux avec le retour de l'équipier de Chu, ce qui donne lieu à quelques moments amusants, bien mis en valeur par une narration nerveuse et efficace. Malheureusement très vite (dès l'arrivée sur l'île en gros), le soufflé va retomber. Tout se complique sérieusement en partant un peu dans tous les sens : un poulet enlevé, des chefs du monde entier séquestrés par un gouverneur mégalo, l'intervention rapide de Lin Sae Woo, puis d'un vampire, bref, l'auteur fait dans le joyeusement embrouillé. Cela ne poserait sans doute pas de problème si le côté transgressif et drôle du premier opus n'était ici bien moins présent. L'on reste d'ailleurs un peu sur sa faim avec un tas de pistes, voire de personnages, qui demeurent embryonnaires. L'on ne sait pas grand-chose de plus sur le gallsaberry, la fille du Département de l'Agriculture fait un passage éclair, même la tendance de Colby à flirter avec les frontières de la légalité (ce qui est un euphémisme) n'est finalement que fort peu exploitée.

Attention, ne nous méprenons pas, la lecture de ce tome reste agréable et l'on y trouve de bonnes choses et même des moments sacrément étonnants (concernant le patron de Chu par exemple). Seulement voilà, après un début exceptionnel, cet arc apparaît finalement comme plus anecdotique, avec une baisse de régime qui, il faut le souhaiter, ne sera que temporaire. Le sujet reste toutefois suffisamment original et le personnage principal attachant pour que l'on ne se formalise pas de la présentation quelque peu décevante d'un plat qui reste largement au-dessus de certaines tambouilles malodorantes. C'est malheureusement injuste mais inévitable, le simplement "bon" paraît toujours un peu triste lorsqu'il succède à l'excellent.
L'ouvrage est complété par un petit carnet de croquis (commentés) de trois pages, ainsi qu'une bio humoristique des auteurs. L'on peut déplorer l'absence d'un bref résumé des évènements précédents.

Une légère perte de vitesse qui ne remet aucunement en question la qualité globale de la série et son immense potentiel.

05 mars 2011

X-Men : Second Coming

Nouveau crossover pour les mutants et relaunch des revues X. Les vieilles recettes parviendront-elles à sauver les X-Men d'une mort éditoriale annoncée ?

L'on sait que Marvel a récemment abandonné le principe des grands events généralisés pour revenir à des crossovers ciblés, concernant moins de séries. C'est le cas ici avec Second Coming, qui débute ce mois en VF.
Pour l'occasion, Panini redémarre le mensuel X-Men au numéro #1 et remplace Astonishing X-Men par X-Men Universe. Un X-Men Hors Série (réinitialisant également sa numérotation) complète le tableau et sert de prélude. Christian Grasse, dans son édito sur X-Men, parle de "nouveau départ" pour les mutants. Difficile de voir ici autre chose qu'un nouveau départ tout théorique tant il n'y a pas, au niveau de l'univers 616, un réel reboot, ni même un changement de statu quo. Second Coming s'inscrit dans la suite logique de Messiah Complex, voire de House of M. Il est fait référence aux 198 et Cyclope et ses troupes sont sur Utopia, autant d'éléments rattachés à la continuité récente. Sans parler de X-Force et de la nouvelle orientation imposée par Scott Summers. Bref, le nouveau départ réside dans le #1 de la cover. Les planches internes, elles, obéissent à une tout autre logique.
Nouveaux lecteurs, vous voilà prévenus, ce début n'est qu'artificiel.

Passons au contenu. L'on peut survoler rapidement le X-Men Hors Série qui accueille en fait les derniers épisodes de la série Cable. Si vous l'avez suivi depuis deux ans, pas de problème, c'est du genre "on prend les mêmes et on recommence", même pour le final. Cable et Hope sont poursuivis par Bishop, ils font des bonds dans le temps, l'autre revient, ils se sauvent de nouveau... on commence à saisir le principe.
C'est écrit par Duane Swierczynski et dessiné par une flopée d'artistes, dont Humberto Ramos, Lan Medina ou Paul Gulacy. Rien de spécial à retenir si ce n'est qu'enfin, Hope, devenue adolescente, revient dans le présent (on s'en serait douté vu le titre de l'arc, Homecoming, et celui du crossover qui suit).
Les choses sérieuses débutent dans X-Men #1. Les péripéties s'étalent dans X-Men : Second Coming, Uncanny X-Men, New Mutants et X-Men Legacy. En vrac, l'on retrouve au scénario Mike Carey, Matt Fraction, Craig Kyle, Chris Yost et Zeb Wells. Côté dessin, l'on peut signaler la présence de Stuart Immonen, David Finch, Terry Dodson, Ibraim Roberson et Greg Land.
Pour ce qui est de l'intrigue, là encore, on fait dans l'originalité puisqu'il s'agit presque exclusivement d'une... course-poursuite. Hope et Cable tentent de rejoindre les X-Men et sont poursuivis par les différentes factions anti-mutantes rassemblées par Bastion. Ça tabasse sévère, ça court dans tous les sens, mais l'on peut tout de même retenir quelques moments visuellement impressionnants (l'attaque des X-Men sur les vans, avec une double page assez spectaculaire) et une Hope attendrissante qui, en découvrant les futilités du monde moderne (qui sont d'ailleurs de son âge), va apparaître comme ce qu'elle est ; une fille qui n'a pas eu le droit à une véritable enfance.

La suite prend place dans X-Men Universe, avec les séries X-Force et X-Factor, écrites par Craig Kyle, Chris Yost et Peter David, et dessinées par Mike Choi et Valentine De Landro. Si le premier titre s'en sort bien, assumant son côté violent, c'est surtout David qui, là encore, va créer la surprise en confrontant l'équipe de Madrox à un complot destiné à l'éliminer. Le bougre termine sur un gros cliffhanger qui donne vraiment envie de se ruer sur la suite.
Maintenant, après tous ces épisodes, que dire du début de cet énième crossover ?
L'intrigue ne brille pas par son originalité, c'est certain. Les auteurs tentent tout de même d'en donner aux fans pour leur argent : méchants multiples et bien haïssables, déjà quelques morts (auxquelles l'on va faire semblant de croire), des tensions internes, de petits moments émouvants... encore une fois, ce n'est pas foncièrement désagréable, si ce n'est cette étrange impression de surplace narratif. Surtout, pour les nouveaux lecteurs (auxquels cette débauche de numéros #1 s'adresse, ce qui est confirmé dans un édito où, encore une fois, l'on s'adresse au public venu du cinéma, cf cette petite analyse sur cette dérive), l'arrivée dans l'univers mutant n'aura rien d'évident ! Le nombre de personnages est proprement hallucinant, celui des allusions au passé est conséquent et, à part de vagues résumés vite expédiés, rien n'est fait au niveau éditorial pour aider à la compréhension (quelques pages sur les personnages auraient permis aux novices de mieux les cerner, mais là encore, l'effort, pourtant minime, n'est pas fait).
Le danger qui guette les séries X (et qui était évoqué ici-même en 2010, cf cette chronique) semble loin d'être écarté.

Loin d'être une mise à plat ou un nouveau départ, ce crossover, parfaitement ancré dans la continuité, laisse pour l'instant un goût de déjà-vu et n'offre, pour les nouveaux lecteurs, qu'un point d'accès numérique au contenu peu évident.
A l'Ouest donc, et notamment sur Utopia, rien de nouveau.