31 août 2011

Grandville Mon Amour

Petit retour sur les aventures de l'inspecteur LeBrock avec Grandville mon amour, un polar steampunk anthropomorphique.

A Londres, juste avant qu'il ne soit exécuté, Mastock parvient à s'échapper. Le criminel s'est illustré en assassinant de nombreuses prostituées mais aussi par son sadisme et ses exactions pendant l'occupation française. 
Lorsque l'inspecteur LeBrock, qui se remet difficilement de la disparation de Sarah, apprend que celui qu'il avait naguère arrêté a franchi la Manche pour se réfugier à Grandville, il embarque pour la capitale française, accompagné de son ami Ratzi.
La traque officieuse peut commencer, car bien entendu, LeBrock n'a nullement l'aval des autorités de Scotland Yard et encore moins celui de la police française.
Après une longue enquête et de nouveaux meurtres, l'inspecteur va découvrir un secret d'état qui le mènera sur les traces des anciens résistants et même sur celles de son propre père. 
Pour LeBrock comme pour tous, la vérité a malheureusement un coût. Celui de l'innocence. 

Après un excellent premier tome (cf Grandville), Bryan Talbot livre ici une suite dont il signe encore scénario et dessins (ainsi qu'une partie de la colorisation si l'on excepte les aplats de départ). L'auteur de Luther Arkwright est passé maître dans la description d'univers uchroniques envoûtants et réalistes et il continue ici de dépeindre un monde où se mêlent complots et intrigues politiques.
A part les "pâtes à pain", les personnages sont tous des animaux, mais cela n'enlève rien à l'émotion qui peut se dégager de certains d'entre eux, ni à la force de l'histoire. Comme dans le premier opus, Talbot part d'une enquête banale pour ensuite dévoiler un peu le passé politique d'une Grande-Bretagne restée longtemps sous domination française avant de devenir une république socialiste qui a sa part de corruption et de secrets honteux. En partant ainsi de la vie (ou de la mort plutôt dans ce cas !) de quelques individus, LeBrock influe encore une fois sur l'avenir de son pays et des relations anglo-françaises. Sa vie privée n'est pas en reste puisque Talbot va également développer les failles et obsessions du héros, à travers la douloureuse disparition de Sarah ou la fin tragique du père de LeBrock. Une manière également de parler, presque avec pudeur, de l'épineux sujet des crimes de guerre et de distiller l'idée, difficilement admissible mais juste, que deux camps opposés peuvent abriter autant de gens respectables que de salauds. Et sans doute autant de noblesse que de mensonges.

Les dessins sont souvent d'une grande beauté et l'on regrette presque qu'il n'y ait pas plus de pleines pages tant Talbot fournit un travail d'une qualité extraordinaire. Les petits clins d'oeil, aux personnages de BD bien connus ou à la culture française, sont moins nombreux que dans le premier tome, même si l'on pourra par exemple constater la présence d'un illustre canard (revisité, tendance crados, par l'auteur) ou de l'icone, dans le décor, d'un célèbre... fromage à tartiner (mais franchement, croyez-moi, ça ne vaut pas la cancoillotte ! et je rappelle que l'on tartine la cancoillotte de gauche à droite, c'est évident).
Les inventions et l'aspect technique de l'univers sont également moins présents et l'on devra se contenter de quelques armes exotiques, des traditionnels dirigeables ou d'une étrange pelleteuse à vapeur découverte au détour d'un cimetière. 
Niveau bonus, moins de choses également. Simplement deux pages en fait, montrant les différentes étapes du travail, du crayonné à la colorisation, en passant par l'encrage. On est loin des 22 pages supplémentaires du premier livre.
La même chose donc, avec un peu moins d'idées et de contenu, ce qui ne nuit toutefois pas à la qualité de cette suite, au graphisme léché (signalons que les covers, peu flatteuses, ne rendent pas réellement justice au contenu) et au récit habilement construit.

Du polar à vapeur avec des bestioles finalement très humaines.
Du grand Talbot.

29 août 2011

Rocketeer

Loopings, espions nazis et jolies filles sont au menu de Rocketeer, sorti il y a quelques jours.

Cliff Secord est pilote au sein du cirque volant Bigelow. Le casse-cou est autant réputé pour ses voltiges que son caractère impulsif. Lorsqu'il découvre par hasard une sorte de mini-fusée, il imagine immédiatement quels numéros incroyables il pourrait ajouter à son show. Sa première sortie en public sera pourtant improvisée puisqu'il va devoir porter secours à un pilote qui n'a pas bu que du thé avant de décoller.
Cliff apprend peu à peu à manoeuvrer l'engin, son ami Peevy lui confectionne un casque, le Rocketeer est né !
Mais déjà les ennuis se profilent à l'horizon. Les nazis sont sur les traces de l'engin expérimental, tout comme d'ailleurs son légitime propriétaire. Et pour ne rien arranger, Cliff doit également gérer sa relation houleuse avec la sulfureuse Betty, une starlette qui rêve d'une grande carrière mais se limite surtout, pour le moment, à poser pour des photos de charme, ce qui n'est pas vraiment du goût de son pilote de fiancé.
De Los Angeles jusqu'à New York, l'homme-fusée va bâtir sa légende...

Rocketeer est une série qui date des années 80 et dont scénario et dessins sont signés Dave Stevens. Cette nouvelle édition a été complètement recolorisée par Laura Martin (The Stand, I am Legion, Astonishing X-Men...), un signe de qualité donc. Et en effet, les planches sont magnifiques. Le trait de Stevens est d'une grande modernité et les nouvelles couleurs en font ressortir l'élégance et la finesse, que ce soit au travers des visages, des appareils volants ou des quelques jolies demoiselles (dont Betty, inspirée par Bettie Page) qui parsèment l'oeuvre.
L'histoire rend hommage aux vieux pulps américains et aux BD d'aventures. Le personnage principal se sort de situations rocambolesques de manière assez spectaculaire, sans parfois trop de souci de réalisme. Les scènes de vols notamment sont plutôt parodiques : on s'accroche à une aile, on saute d'un avion à l'autre, on amorce une ressource au ras du sol tout en pétant le pare-brise du véhicule des bandits en fuite, le tout à bord d'un courtaud Gee Bee model R, dont la difficulté de pilotage est légendaire dans le milieu aéronautique. Fun et action prennent donc le pas sur la vraisemblance, ce qui se conçoit tout à fait dans ce genre de récit.

La narration est quelque peu vieillotte (en quelques pages seulement le héros est présenté, équipé et prêt à en découdre) mais, là encore, convient bien à l'aspect rétro de l'ensemble et au parfum si particulier des années 30. La psychologie des personnages est peu développée même si la seconde partie de l'ouvrage, avec la tragique histoire de Teena, s'avère un peu plus riche à ce niveau.
Reste que les lecteurs iront sans doute chercher dans Rocketeer un brin de nostalgie et de nombreuses péripéties, si tel est le cas, le cahier des charges est bien rempli.
Techniquement, cette édition s'avère plutôt luxueuse (hardcover, papier glacé) et contient des illustrations originales issues de Starslayer, Pacific Presents, The Rocketeer Special Edition, The Rocketeer, The Rocketeer Adventure Magazine, The Rocketeer : Cliff's New York Adventure, Amazing Heroes, ainsi qu'un dessin servant d'illustration aux cartes postales personnalisées dont se servait Stevens pour répondre aux fans.
Une quinzaine de dessins en tout.

De l'aventure old school, servie par de superbes planches.

26 août 2011

Bienvenue à Hoxford

Une histoire de monstres en milieu carcéral aujourd'hui, avec Bienvenue à Hoxford. Attention, comic servi saignant.

Raymond Delgado est un tueur psychopathe de la pire espèce. Ancien militaire traumatisé par les horreurs qu'il a vécues, ancien enfant battu également, sa psyché a eu à encaisser - non sans difficultés - ce que peu de gens auraient pu endurer.
Après une énième agression en prison, il est envoyé, avec quelques détenus "spéciaux", dans un centre carcéral privé, dirigé par une entreprise russe. Cannibales, pédophiles et serial-killers y bénéficient d'un traitement particulier qui n'a plus grand-chose à voir avec la justice ou la psychiatrie. En effet, l'institution est dirigée par des bêtes d'un autre temps, autrefois traquées, aujourd'hui cachées parmi les hommes.
Les monstres vont se nourrir des monstres.
Mais Ray n'a pas peur. Il se sent à sa place. Pour la première fois peut-être dans sa vie, il a trouvé... une famille.

Voilà un nouveau récit d'horreur signé Ben Templesmith (scénario & dessins). L'artiste s'était déjà illustré sur la série 30 jours de nuit ou encore sur Fell, excellente histoire dont il annonce d'ailleurs la suite prochaine. Son style particulier se révèle ici des plus efficaces puisqu'il parvient à créer une atmosphère étrange, moite et violente qui convient parfaitement au côté glauque, renforcé par une colorisation exceptionnelle, du lieu et des personnages.
A part une jeune médecin, il n'y a strictement aucun "héros" dans Bienvenue à Hoxford. Entre les meurtriers sadiques dévorant pendant des mois leurs victimes peu à peu démembrées, de cruels violeurs sans remords ou les fameux monstres poilus (puisqu'il s'agit bien en fait de loups-garous, même s'ils ressemblent parfois à des oryctéropes ayant chopé la rage), difficile de trouver un personnage auquel se raccrocher. Et pourtant - et c'est là où l'oeuvre de Templesmith devient dérangeante - le processus d'identification est en oeuvre et certains protagonistes en deviennent presque "sympathiques".
Faut-il y voir un simple pied de nez, sous forme de prouesse narrative, adressé au lecteur ou quelque chose de plus profond ? Difficile à dire. Tout être, quelle que soit la cruauté de ses actes, étant de toute façon plus complexe que l'image rapide que l'on peut se forger de lui, cette mise en abyme de la monstruosité s'avère aussi judicieuse que troublante. 

L'ensemble est un peu court et il aurait été possible de mieux développer la psychologie de certains personnages, peut-être en s'attardant un peu plus sur les causes de leurs perversions, néanmoins, l'ouvrage est efficace et se lit avec un mélange de fascination et de répulsion brillamment dosé. Surtout, alors que l'on sait que le genre horrifique en comics peut parfois aboutir à de bien fades planches (cf Vendredi 13 ou Les Griffes de la Nuit), Templesmith réussit à construire un univers aussi malsain qu'esthétiquement maîtrisé, impactant autant la rétine que l'esprit. 
Cette édition de Delcourt contient une importante galerie d'illustrations et croquis ainsi qu'une préface de l'auteur.

Petit séjour en prison, avec morsures et dépeçage en prime.
A ne pas administrer aux enfants. Ou alors juste quand ils refusent de se brosser les dents...

Geek s03e04 : spécial Fight !

Le nouveau Geek est disponible en kiosque et c'est un spécial baston !

Ah, arracher quelques dents de la mâchoire de son prochain ou lui perforer un poumon à l'aide d'une de ses propres côtes, voilà tout de même une activité qui reste essentielle chez l'Homme et qui, avouons-le, permet de se défouler un peu lorsque les mots n'ont plus assez d'impact.
Le 14ème Geek est donc musclé mais aborde en réalité de nombreux sujets.

Au sommaire : Olivier Schneider, chorégraphe de combat et cascadeur, qui nous dévoile son laboratoire à baston. Un dossier sur les grands maîtres du Wushu et leur histoire d'amour avec le cinéma de Hong Kong. Un sujet sur les fora et leurs violentes prises de bec virtuelles.  Une séance de shopping très spéciale. Du Catch. Du Catfight (ça n'a rien à voir avec les chats, vous verrez). Conan. Real Steel. Un match Jean-Claude Van Damme vs Stephen Hawking. Des combats de robots pour "ingénerds". Mais aussi un article - qui devrait vous réconcilier avec les maths - sur le hasard et son possible calcul, une longue chronique de Nos Années Strange, des BD, des DVD et des jeux vidéo en pagaille !
Sommaire plus détaillé ici.

Pour ma part, je vous parle dans ce numéro de Dead Run, New York 1947 et Dragon Age. Des nouveautés franchement alléchantes. 
Et, surtout, j'ai l'occasion de vous présenter un très grand monsieur, Roland Habersetzer, l'un des plus grands spécialistes français des Budo et Wushu, vulgarisateur de talent et homme de conviction (qui a rompu avec les dérives de la fédération depuis bien longtemps). Un Maître incontournable lorsque l'on évoque, sans hypocrisie, le complexe sujet de la violence et de son contrôle.

Si avec tout ça vous n'êtes pas KO de bonheur... ;o) 

24 août 2011

A God Somewhere

La nouveauté du jour, A God Somewhere, nous montre l'évolution tragique d'un homme dont la vie est bouleversée par les pouvoirs qu'il acquiert subitement.

Eric Forster a un projet : acheter, avec son meilleur ami Sam, un bateau afin de passer un peu de bon temps ensemble. Il propose également à son frère Hugh et son épouse Alma de faire partie de l'aventure. Ensemble, ils passent une soirée tranquille à discuter de leurs futures virées. Ce sera leur dernier moment d'insouciance...
Dans la nuit, l'immeuble d'Eric explose. Ce dernier est miraculeusement indemne. Mieux que ça, il se sent bien, serein, "complet". Rapidement, il se rend compte qu'il possède maintenant des dons extraordinaires. Il peut voler, est doté d'une force exceptionnelle et semble invulnérable.
La presse et le monde politique s'empressent autour du héros afin d'en savoir un peu plus sur ce bien réel Superman.
Mais quelque chose a changé dans l'esprit d'Eric. Son pouvoir a modifié sa vision des choses. Peu à peu, il s'éloigne de ses proches et s'enferme dans un délire mystique.

La gamme Wildstorm possède quelques jolies pépites, comme The Authority ou Sleeper, et ce graphic novel tient largement la comparaison. Le scénario est de John Arcudi, les dessins de Peter Snejbjerg.
La thématique en soi n'a rien de bien révolutionnaire. Moore, avec le Dr Manhattan, avait déjà en son temps livré une vision comparable d'un homme qui, peu à peu, en devenant l'égal d'un dieu, se détache de l'humanité. Plus récemment, Ellis, avec No Hero ou Black Summer, ou encore Waid, dans Irrécupérable, ont traité le genre super-héroïque avec une approche réaliste (pour peu que l'on accepte le postulat de départ), bien souvent en prenant en compte l'impact des surhumains sur la société mais également l'effet de leurs propres pouvoirs sur leur psyché, un angle psychologique que l'on retrouvera également chez Marvel avec le personnage de Sentry.
Nous sommes donc sur un terrain largement défriché mais Arcudi parvient néanmoins à rendre son récit original et prenant.

Les rapports entre les quatre personnages principaux sont notamment très bien décrits et évitent les clichés. Malgré le lien familial qui unit les deux frères, l'on sent un peu de jalousie chez Hugh, bien avant l'apparition des pouvoirs de son frère d'ailleurs. Sam, qui fantasme de manière assez malsaine sur Alma, est également un personnage aussi touchant que complexe. Il profite un peu de la célébrité de son ami, condamne par la suite ses actes, mais conserve pourtant un lien fort avec lui. 
Lorsque la situation dégénère vraiment (à ce niveau, le basculement total d'Eric semble un peu rapide), ce qui se produit est si impensable, si injuste, si choquant que cela entraîne essentiellement une question, qui deviendra obsédante pour Sam : pourquoi ?

Une interrogation qui n'a pas forcément de réponse claire mais entraine une réflexion sur l'absence totale d'empathie liée à un état de conscience particulier mais également sur la véritable nature des super-héros (souvent trop rapidement considérés comme "bons" et capables de gérer leur différence).
La dérive mystique d'Eric est également des plus intéressantes car, là encore, elle permet de s'interroger sur la véritable "psychologie" (si tant est que le terme convienne ici) de Dieu. Une entité qui est capable de créer la multitude de merveilles de l'univers, de contempler les galaxies en se disant "bon moi-même ! c'est moi qui ai fait ça !", peut-elle se soucier du destin de l'Homme ? 
Pour donner une idée d'échelle, la Terre est un point minuscule de 12 760 km de diamètre. Pluton, la planète la plus éloignée du Soleil, est située à un saut de puce ridicule de 5,9 milliards de km. Il faudrait voyager pendant plus de quatre ans à la vitesse de la lumière pour atteindre l'étoile la plus proche, Alpha du Centaure. Et pour parcourir notre galaxie, la Voie Lactée, toujours à la même vitesse, il faudrait 100 000 ans. On estime qu'elle contient environ 200 milliards d'étoiles. Et toute cette immensité inconcevable n'est rien, juste une minuscule poussière en comparaison de l'univers et des amas et superamas de galaxies. A cette échelle, que vaut la destruction du milliardième de grain de sable qu'est la Terre ? Et donc, pire encore, de quelques-uns de ses habitants ? Le Mal existe-t-il encore lorsqu'il est dilué dans l'indicible terreur mathématique qui se cache derrière l'infinité de zéro qui sert à mesurer d'infimes parties de l'univers ?

Cet aspect (la relativité des actes et de leurs conséquences) aurait pu être davantage creusé, mais il a tout de même le mérite d'être présent.
L'ouvrage contient trois pages de petits croquis en bonus et bénéficie d'une traduction correcte.

Une oeuvre de qualité mélangeant de subtils rapports humains et d'inquiétantes interrogations métaphysiques.



ps : l'illustration astronomique (qui n'a rien à voir avec l'oeuvre dont il est question ici) représente la nébuleuse de la Tête de Cheval (ou Barnard 33). L'extraordinaire couleur rose caractéristique provient de la présence d'Hydrogène ionisé. Comme toutes les nébuleuses, Barnard 33 est à la fois une pouponnière d'étoiles et... leur cimetière. Elle a été découverte en 1888 et se situe à 1500 années-lumière du Soleil, autant dire notre voisinage (très) proche. 
       

22 août 2011

Saint Seiya Deluxe Edition

La sortie ce mois du quatrième tome nous permet de revenir sur la nouvelle édition du manga culte Saint Seiya.

Doit-on encore présenter les fameux Chevaliers du Zodiaque ? La série de Masami Kurumada a connu un énorme succès grâce à des combats épiques, de l'émotion et quelques concepts astucieux (les armures liées aux constellations, le cosmos et les 7ème, 8ème et 9ème sens, etc).
Si des suites explorant la mythologie de l'oeuvre ont vu le jour (Episode G, The Lost Canvas...), la série principale, avec sa terrible bataille du Sanctuaire, l'affrontement contre Poséidon et ses Marinas, puis le grand final avec Hadès et ses Spectres, reste la plus mythique et bénéficie maintenant d'une réédition apportant diverses améliorations.

Tout d'abord, précisons que Kana a opté pour le sens de lecture japonais, ce qui est très bien lorsqu'on lit du japonais mais devient une idée absurde quand on lit une adaptation française. Il aura fallu Seiya et ses potes pour que finalement je cède à cette mode snobinarde idiote... arf.
Mais voyons cette nouvelle édition dans le détail. Tout d'abord, elle bénéficie d'une nouvelle traduction et d'un nouveau lettrage, permettant notamment de corriger certaines erreurs de sens (mais qui n'est pas exempte de coquilles, heureusement pas en très grand nombre pour le moment). Les différents volumes, qui sont plus épais que ceux de la collection antérieure (22 volumes permettront de couvrir la saga, contre 28 auparavant), proposent également de petits bonus : mini-posters reprenant des scènes clé ou covers de Weekly Shonen Jump
Le premier tome contenait même des parties colorisées, de manière plus ou moins habile. Si le début, en monochrome, est plutôt agréable à l'oeil, certaines planches, avec leurs couleurs vives et sans nuances qui rappellent le pire de la colorisation des années 60, sont proprement hideuses. Voilà qui apportera de l'eau au moulin des adeptes du noir & blanc qui en sont encore à croire que l'absence de couleurs est liée à une volonté artistique alors qu'il s'agit de contraintes (de temps et d'argent) qui n'existent plus pour des manga tels que Saint Seiya ou Dragon Ball, pour ne parler que des plus connus.
Notons que les schémas des armures qui terminent chaque ouvrage bénéficient également d'une touche de couleur, fort élégante cette fois.

Les deux principales qualités de cette édition tiennent cependant à deux autres éléments : le format, considérablement agrandi (14,5 x 21) et le papier glacé. Le confort de lecture en est vraiment amélioré, tout comme la sensation au toucher. Exit donc le côté cheap de l'ancienne version. 
Au niveau des couvertures cependant, toujours le même système peu pratique de jaquettes. Les couvertures souples situées en dessous sont un peu dépouillées et criardes (il est rare de réussir à produire les deux effets en même temps). Il y a bien un dessin qui permet de former une illustration plus grande lorsque l'on associe les livres par deux, mais on n'en voit pas bien l'utilité. Une fresque formée par le regroupement des tranches aurait été plus astucieuse.
Reste que pour que cette édition soit clairement définitive et propose un plus incontournable, il manque un vrai gros bonus comme le Taizen par exemple. Pour ceux qui l'ignoreraient, il s'agit d'un ouvrage encyclopédique,  qui, aussi incroyable que cela puisse paraître, reste inédit en français (voici tout de même 10 ans que ce livre est sorti !). Il contient de nombreuses illustrations colorisées, un rappel des notions de base sur Athéna et ses Saints, des fiches de personnages, regroupées par classe, avec caractéristiques techniques, et même de magnifiques plans du sanctuaire, du sanctuaire sous-marin de Poséidon et des Enfers. Voilà de quoi largement faire un 23ème volume qui conclurait de belle manière l'épopée. Kana a 3 ans pour en acquérir les droits (étant donné que les tomes sortent tous les deux mois), ça doit pouvoir se faire... à moins que cela pose un problème technique dont je n'ai pas connaissance.

Une édition avec une colorisation partielle un peu gadget mais également de réels plus esthétiques liés au format et au papier.
Cultissime.





ps : je profite de ce sujet pour vous parler d'une collection de mini-figures Saint Seiya (environ 6 cm, socle compris) sortie il y a quelques années en deux sets (cf photos ci-dessous). Je sais qu'il existe un Grand Pope dans le même style mais je n'ai jamais réussi à mettre la main dessus. Si quelqu'un avait une piste, je serais très heureux de pouvoir en acquérir un. ;o)











18 août 2011

Les absurdités de la BD (partie 1 : franco-belge et manga)

C'est l'été, l'ambiance est à la détente, nous allons donc en profiter pour nous moquer (très) gentiment de certaines oeuvres bien connues, qu'elles appartiennent au genre roi (dit franco-belge) ou qu'elles proviennent du pays du soleil levant.

On commence par le "king", Tintin, gentil reporter à la houppette mondialement connue. Enfin, quand je dis "reporter"... vous avez remarqué que le mec travaille tout de même très rarement. Il fait bien quelques reportages à ses débuts (en URSS, au Congo...) mais, très rapidement, on sent que son rédac-chef lui a lâché la bride. Il a le temps de partir au Pérou pour sauver son ami Tournesol, quand il apprend l'accident de Tchang (dans Tintin au Tibet), il est déjà en vacances en train de se la couler douce, on l'embarque dans une expédition sur la Lune (ce qui prend un peu de temps quand même) sans que cela pose le moindre problème, bref, le personnage a inventé les RTT avant l'heure. S'il écrit peu, il lit tout de même la presse (pour voir les papiers des potes ?). C'est notamment en lisant un article qu'il décide, sans rien demander à personne, de retrouver une statuette volée (dans L'Oreille Cassée). Il ne sait vraiment pas quoi foutre en fait...
Certains ont spéculé sur son homosexualité, sans doute à cause d'une méconnaissance totale du principe de personnage asexué. Il est donc temps de rétablir la vérité. D'ailleurs, un jeune homme qui se désintéresse des femmes, vit sous le même toit qu'un marin barbu et participe à des aventures intitulées Les 7 Boules de Cristal, ne peut être soupçonné d'une quelconque tendance homosexuelle. 

Laissons ce pauvre Tintin respirer un peu et intéressons-nous à Buck Danny, célèbre pilote de l'US Navy. Voilà au moins un mec qui bosse ! Si tout le monde faisait comme lui, plus de problèmes liés aux retraites. Pensez un peu, il commence sa carrière après l'attaque sur Pearl Harbor, sur de vieux coucous, et, à l'heure actuelle, il est encore en activité, pilotant les avions les plus furtifs et modernes. Ah ben, il a bon pied bon oeil le gars. C'est plus ou moins le top de la formation continue.
Il monte également très vite en grade au fil des albums mais stagne depuis longtemps au grade de colonel. Savez-vous pourquoi ? Parce que les généraux ne pilotent pas. Imaginez un album Buck Danny dans lequel il serait général : arrivée au bureau à 9h00, paperasse, un petit café, quelques coups de fil, pause déjeuner, petite réunion de travail dans l'après-midi, un dîner mondain en soirée... ça limite tout de même les péripéties.

Tiens, en parlant de péripéties, vous connaissez le Club des Cinq ? Bon, à l'origine, il s'agit de romans, mais ils ont donné lieu à des adaptations en BD et même à des machins hybrides, mi-roman mi-BD, avec une page écrite, la suivante dessinée, et ainsi de suite (l'une des grandes idées à la con du monde de l'édition). Voilà quand même des jeunes qui n'ont pas de bol. Il suffit qu'ils mettent un pied dehors pour tomber sur des voleurs, des faussaires ou des trafiquants en tout genre. De vrais aimants à emmerdes ! Mais le pire dans tout ça, c'est les parents.
Ils sont totalement inconscients !
Leurs rejetons, ça fait quand même je-ne-sais-combien d'années qu'ils se coltinent malandrins et mecs louches en pagaille dès qu'ils font mine d'aller prendre l'air cinq minutes dans le jardin, mais c'est pas grave, ils leur autorisent tout.
Vous voulez partir seuls en camping dans une région isolée dont on ne sait rien ? Bien sûr, allez-y !
Quoi ? Vous voulez traverser seuls la France en stop ? Chacun de votre côté en plus, histoire de faire une course ? Ben, ouais, pourquoi pas ? Je pense que c'est une bonne idée. Allez-y !
Attendez, y'a jamais une assistante sociale qui s'est inquiétée là ? La plus jeune, Annie, n'a même pas 10 ans !
Bon, c'est vrai, c'était une autre époque. Dans le temps, t'avais le droit de t'écorcher les genoux, de te perdre en forêt, de manger des insectes ou de te faire enlever par un pédophile, c'était considéré comme plus ou moins formateur.

Dans le genre "autre époque", l'on peut aussi citer Les Tuniques Bleues, avec ces bons vieux Blutch et Chesterfield. La série se déroule pendant la guerre de sécession et oppose un petit caporal flemmard et antimilitariste à un sergent maladroit et bourré de principes. Elle a un côté très réaliste puisque les deux s'engagent en fait dans l'armée suite à une mémorable cuite (cf l'album Blue Retro). Oui, si vous avez déjà pris une bonne murge, vous avez dû vous rendre compte que l'alcool, outre un puissant effet désinhibant, possède la particularité de vous faire passer la pire débilité proférée comme l'idée du siècle. 
Du genre "tiens, si on s'engageait dans l'armée" (en pleine guerre en plus) ou "tiens, si j'allais faire le tour de la gendarmerie tout nu en chantant Etoile des Neiges" ou encore "je vais écrire un texto à mon enculé de patron histoire de lui sortir ses quatre vérités".
En général, le lendemain matin, la pertinence de l'idée apparaît tout de suite beaucoup moins évidente. C'est un coup à se réveiller dans une tranchée, une cellule ou à l'ANPE.

Mais, parfois, certains mecs n'ont pas besoin d'être bourrés pour devenir un peu... "lents" d'esprit. Dans Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque) par exemple, c'est un festival. Alors, en gros, pour ceux qui ne connaissent pas, Seiya, Shiryu, Hyoga et toute la bande sont des guerriers au service d'Athéna. Ils disposent notamment d'une force incommensurable provenant en fait de leur "cosmos" (un peu le Ki des arts martiaux, en plus cool). Suivant la spécialité de chacun, ils sont capables de porter des coups à une vitesse phénoménale (dépassant celle du son ou de la lumière même !), d'atteindre le zéro absolu (-273,15 °C, pratique en cas de canicule) ou d'inverser le sens d'écoulement d'une cascade !
Bon, a priori, quand vous baignez dans ce genre d'univers et que vous êtes au service d'une déesse, vous devriez être un poil blasé. Ben eux, non. Les mecs passent leur vie à s'étonner de tout. La réplique qu'ils utilisent le plus souvent, c'est "c'est impossible !".
Deathmask envoie l'âme de l'un d'eux dans une autre dimension : c'est impossible !
Saga est en fait le Grand Pope : c'est impossible !
Shaka n'a même pas besoin d'ouvrir les yeux pour nous botter le cul : c'est impossible !
Le P'tit Wrap est maintenant disponible en trois versions : c'est impossible !
Oui, Aphrodite, chevalier d'or des Poissons, est bien un mec : c'est impossible ! (heu, j'avoue, là j'étais étonné aussi)
C'est simple, dès qu'ils entendent un chat miauler, ils choppent la chiasse. D'étonnement hein.

Finalement, on finit par se dire que c'est Dragon Ball qui présente l'univers le plus réaliste. Un petit vieux (Tortue Géniale) avec un bouc, qui s'habille mal, se la pète un peu et lorgne sur des jeunes filles qui ont quarante ans de moins que lui, là je dis ok, on est raccord. On a d'ailleurs le même en France. Et il utilise aussi un pseudo : Johnny Hallyday.
Bon, j'arrête les frais. La deuxième partie - c'est de bonne guerre - sera consacrée aux comics.

Oh, et au cas où ce ne serait pas très clair, j'ai lu toutes les BD dont je parle, je les apprécie et j'en garde un excellent souvenir. ;o)

Best Comics - Green Lantern : Origine Secrète

La nouvelle collection lancée par Panini nous permet de nous pencher sur l'excellente saga Green Lantern : Secret Origin.

Le jeune Hal Jordan est fasciné par le vol et les exploits de son pilote de père. Quand malheureusement ce dernier perd la vie dans un crash, sa mère lui fait promettre de se tenir à l'écart des terrains d'aviation. Une promesse que l'enfant ne réussira pas à tenir.
A sa majorité, il s'engage dans l'armée de l'air.
Très vite, il s'avère être un excellent pilote mais sa témérité et son côté tête brûlée lui valent des ennuis avec sa hiérarchie. Hal ne connait pas la peur mais manque encore de sagesse...
Sa vie bascule après qu'un vaisseau extraterrestre se soit écrasé non loin de la base où il travaille. Il devient l'héritier d'un anneau à la puissance phénoménale. Ce bien lui est légué par Abin Sur, officier du Corps des Green Lantern. C'est sur Oa, planète d'origine des Gardiens et du Corps, que Hal va s'entraîner et découvrir ce que l'on attend de lui.
Plus tard, sur Terre, il fait la rencontre de Sinestro, le plus grand des Green Lantern. Ensemble, ils combattront une menace ancienne mais feront aussi de sulfureuses découvertes sur l'origine du Corps. Surtout, avant de trouver la sérénité, Hal devra également faire face à ses vieux démons et à un lourd conflit familial.

Panini a lancé hier une nouvelle collection, intitulée Best Comics, qui reprend des sagas complètes de différents personnages, issus de DC Comics ou Marvel. Pratiquement, l'on a donc six ou sept épisodes à petit prix (9,95 euros), dans un format un peu plus grand que celui du label 100%. Les ouvrages sont dotés d'une couverture souple et d'un papier identique à celui des Monster récents (il n'est donc pas glacé mais se révèle d'une qualité tout à fait honnête).
Outre Spider-Man (version Ultimate) et Captain America, c'est donc Green Lantern qui ouvre le bal. C'est à cette dernière série que nous nous intéressons aujourd'hui. Le comic est bien épais puisqu'il regroupe les épisodes #29 à #35 de Green Lantern (v. 4). Le scénario est de Geoff Johns, les dessins de Ivan Reis.

Comme son titre l'indique, l'arc dont il est question revisite les origines du célèbre Hal Jordan, ce qui constitue un point d'entrée idéal dans l'univers des Green Lantern, d'autant que nombre d'éléments ou concepts importants sont présentés (les Gardiens, le fonctionnement des anneaux, celui du Corps, il est même déjà fait allusion à la prophétie qui donnera lieu plus tard à l'event Blackest Night).
Graphiquement, Reis fait du très bon boulot et s'en sort aussi bien avec les épiques scènes cosmiques que lors des moments plus intimistes. Au niveau de l'intrigue, Johns montre également sa parfaite maîtrise du sujet. Les sept chapitres se lisent avec un plaisir égal et permettent de facilement comprendre la mythologie de l'univers dépeint tout en bâtissant une histoire humaine et profonde, qui est loin de n'être qu'une succession de combats.
La phase d'entraînement sur Oa, la rencontre avec Sinestro ou le combat contre Atrocitus sont autant de moments d'anthologie mais l'auteur parvient tout de même à laisser une place non négligeable à l'émotion et à des aspects plus humains, comme la force du lien qui unit Hal à son père, même par delà la mort (la scène où il le fait apparaître grâce à l'anneau est simplement magnifique), ou encore le passif douloureux entre lui et ses frères. Un bel et idéal équilibre en quelque sorte.

Pour peu que l'on aime l'espace et le vert, il n'y a aucune raison de se priver de ce très bon récit. 
Signalons tout de même que les covers originales sont absentes, mais bon, pas de quoi en chier une lanterne...

Une belle histoire, accessible et aussi bien écrite que dessinée.



WEBellipses : Extraits

Un petit mot pour vous signaler le numéro #0 de WEBellipses, un webzine qui accompagnera régulièrement les différentes séries publiées par cet éditeur numérique.

Je ne vais pas revenir sur l'idée et ma modeste participation au projet (cf cet article), il est temps maintenant de vous parler du contenu, donc des séries qui seront disponibles dès septembre.
Comme vous allez le voir, il y en aura pour tous les goûts, que ce soit au niveau des genres (SF, steampunk, fantasy...) ou au niveau des styles graphiques.
Il y aura de l'aventure, de l'humour, de l'émotion...
Du classique qui rappelle avec bonheur certaines références mais aussi des oeuvres plus originales...
Et, essentiellement, un "esprit" comics qui se retrouvera dans le côté feuilletonnant, dans la liberté de ton et dans l'accompagnement qui sera proposé au lecteur, afin d'enrichir sa lecture et de créer un lien fort.

Je ne vais pas dès maintenant détailler chaque série, ni dévoiler les qualités de leurs auteurs (ce sera fait un peu ici, un peu ailleurs), mais je puis vous assurer qu'il y aura de jolies surprises et un paquet de personnages, épouvantables ou sympathiques. C'est peut-être d'ailleurs cet aspect précis (le fait de proposer des oeuvres fort différentes et complémentaires) qui vous donnera envie, à force, de vous abonner à une publication hebdomadaire qui, par sa qualité et sa diversité, permet de conserver intact le souffle du lecteur et son envie de découverte. En cela, il s'agit de renouer avec une tradition éditoriale pourtant ancienne mais aujourd'hui difficilement viable en kiosque.

Le mieux est encore de vous donner rendez-vous ici et de vous dévoiler quelques planches ainsi que le thème de chaque série.








16 août 2011

Bite Club : Mafieux et Vampires font-ils bon ménage ?

Demain sort A Crocs et à Sang, un ouvrage qui sent la poudre, l'hémoglobine et... le cul.

La famille Del Toro est à la tête du plus puissant clan mafieux de Miami. Particularité intéressante : les Del Toro sont également des vampires. Un aspect tout de même non négligeable bien que le monde connaisse parfaitement l'existence de cette minorité.
Lorsque leur patriarche est assassiné, ce ne sont pas les successeurs potentiels qui manquent. Risa, aussi belle que cruelle, ou encore Eddie junior peuvent prétendre relever le défi sans problème. Pourtant, c'est à leur frère, Leto, que le vieil Eduardo a laissé, dans son testament, les rênes de l'organisation qu'il dirigeait.
Cela n'est pas sans créer dissensions et jalousies, d'autant que Leto s'était éloigné du clan depuis deux ans pour devenir... prêtre. 
Que ce soit l'inspecteur Fortine, qui s'est juré de démanteler le cartel de vampires, Victor, qui s'est déjà glissé dans le lit d'Arabella, veuve pas si éplorée que ça, ou la troublante Risa, tous ont un énorme appétit. Pour le sang. Pour l'argent.
Pour le pouvoir.

Le recueil qui nous intéresse ici compile en fait deux mini-séries Vertigo : Bite Club (6 épisodes) et Bite Club : Vampire Crime Unit (5 épisodes). Le scénario est de Howard Chaykin & David Tischman, les dessins de David Hahn et la colorisation de Brian Miller.
Des histoires de vampires, l'on en a eu quelques-unes récemment, que ce soit American Vampire, la version BD du Dracula de Stoker, la déclinaison en comics de la série True Blood ou même une confrontation avec les X-Men. Lorsque l'on manipule un thème aussi souvent employé, il faut donc se montrer particulièrement inventif et bâtir une intrigue solide, ce qui est le cas ici. Ouf !

Tout d'abord, les vampires sont traités de manière réaliste. Le terme peut surprendre mais rappelons que la plupart des clichés de la littérature sont en fait parfaitement explicables. Le fait d'être extrêmement sensible à une exposition au soleil se retrouve ainsi dans l'épouvantable maladie connue sous le nom de Xeroderma Pigmentosum, et le fait de ne pas pouvoir apercevoir son reflet dans un miroir, contre toute attente, est également possible par un trouble psychologique et un phénomène d'hallucination négative. Mais inutile de tenter ici de donner un peu de crédit à la légende car les vampires de A Crocs et à Sang ne craignent pas la lumière, pas plus qu'ils ne volent ou ne se transforment en chauves-souris.
Cette minorité ethnique, au système immunitaire renforcé et à la force améliorée, est en fait le résultat d'une saloperie véhiculée par les chauves-souris vampires originaires d'Amérique du Sud (la Transylvanie est bien loin !). De là découlent trois catégories de dentus : l'Alpha, transformé directement par l'animal, le Bêta, qui n'a jamais été humain et est issu de l'union de deux vampires, et enfin l'Oméga, transformé par la morsure d'un vampire. Si leur espérance de vie, tout comme leurs sens, sont considérablement renforcés, ils restent mortels et totalement dépouillés du folklore gothique habituel.

Les auteurs utilisent en fait ces prédateurs pour renforcer l'aspect violent et hors des conventions du milieu mafieux tout en conservant néanmoins une ambiance troublante et explicitement érotique. Car attention, si la violence n'atteint pas des sommets, le sexe - et les perversions sexuelles encore plus - est très présent. Tout comme d'ailleurs un langage très cru qui peut éventuellement choquer.
Pour contrebalancer cette dureté, Hahn et Miller livrent un graphisme doux, très esthétisant et lissé par une colorisation monochrome qui alterne les teintes et permet de jouer sur des détails ou sur la froideur (ou la chaleur) d'une scène. Le contraste entre l'innocence du dessin et les propos tenus est des plus réussis et exploite parfaitement le potentiel, énorme, de la BD en tant que medium développant des particularités propres.

Violent, réaliste, beau, Bite Club s'avère également parfois plus subtil qu'il n'y paraît, notamment dans la première partie. Les relations père-fils ou la souffrance adolescente y sont notamment abordées avec une simplicité non dénuée d'émotion, ce qui permet s'insuffler un peu d'humanité dans un univers qui en est souvent dépouillé et incite également à relativiser la perception que l'on peut avoir du "monstre" qui, quel que soit ses actes, leur immoralité et l'envie légitime d'y mettre un terme, est souvent plus complexe que la réduction stéréotypée dans laquelle l'on va rapidement le cloisonner. Une approche intelligente tant qu'elle n'engendre pas certaines dérives et absurdités qui mènent à l'angélisme et l'hypocrisie, deux tares dont souffre notre société mais qui n'ont pas encore atteint la fiction. Enfin, pas entièrement.

Au final, nous voici devant une oeuvre à la Garth Ennis, dont l'outrance et le côté trash ne doivent pas masquer la pertinence de la forme et la richesse du fond.
Un mot sur la traduction. Elle n'est pas désastreuse mais pas exempte non plus de boulettes. Certaines sont d'ailleurs plus gênantes que d'autres. Si un "s" à "sympas" (cette apocope est invariable) peut encore passer car ça part d'un "bon" réflexe, un "mon coeur bat à la chamade" ou un "ce flic est belle et bien..." seront plus irritants. Autre remarque, plus technique : un "grâce à rico" dans le texte peut également dérouter certains lecteurs et aurait pu faire l'objet d'une note explicative ou même d'une meilleure formulation ("grâce à la loi RICO")* pour éviter que l'on puisse penser qu'il s'agit d'un individu. Mais bon, avec Panini, l'on n'en est plus à finasser depuis longtemps...

Un bon polar, sulfureux, musclé et bénéficiant de fort belles planches.
De quoi vous donner le goût du sang.


* L'acronyme RICO désigne le Racketeer Influenced and Corrupt Organizations act, soit une loi fédérale qui a permis, entre autres, de s'attaquer au crime organisé aux Etats-Unis en autorisant l'inculpation du capo (chef) d'une "famille", même quand celui-ci n'est pas directement impliqué dans les crimes qui sont perpétrés sous son autorité.