29 septembre 2011

Raise the Dead

La sortie du tome #2 nous permet d'aborder la série Raise the Dead.

Les zombies sont en passe de devenir, pour les comics, ce que Paris Hilton est à la presse people : un incontournable.
Et si vous voulez vraiment être à la mode, en ce moment, mieux vaut inviter un zombie à dîner. En plus, contrairement à la dinde évaporée précitée, il y a de grandes chances pour qu'il ait une conversation plus intéressante. Après c'est sûr, esthétiquement, le zombie n'est pas connu pour prendre énormément soin de lui... c'est pas le genre à se foutre un soin réparateur et régénérant quand il rentre d'une chasse à l'humain par exemple. Et on le sait, il n'utilise que très peu le dentifrice ou le gel douche. M'enfin, il reste quand même très tendance et être accompagné par un zombie peut vous ouvrir bien des portes.
Pourquoi je vous raconte ces conneries en lieu et place du résumé habituel ? Parce que le résumé, vous le connaissez déjà : les morts marchent, on est dans la merde, il faut survivre !

C'est donc un très gros mois pour les amateurs de chair pas trop fraîche puisqu'après Crossed, Walking Dead et la suite du Zombies de Peru, c'est maintenant Raise the Dead qui débarque en rayon. Ce final, édité par Soleil, est scénarisé par Leah Moore & John Reppion, les dessins du premier tome étaient assurés par Hugo Petrus & Marc Rueda, remplacés ici par Guiu Vilanova
Graphiquement, sans être extraordinaire, l'ensemble tient la route et reste plutôt agréable. Signalons l'originalité des covers reprenant en fait des thèmes fort connus (les célèbres Marilyn Monroe d'Andy Warhol, The Runaway de Norman Rockwell ou encore la cover de l'album Nevermind de Nirvana).
Pour ce qui est du récit, après le décevant Dracula, le tandem Moore/Reppion avait de quoi inquiéter. Heureusement, les deux compères s'en sortent bien mieux lorsqu'ils ne tentent pas d'adapter un classique de la littérature.

L'écriture est nerveuse, rythmée, et l'on est tout de suite plongé au coeur du sujet. Les différents protagonistes sont présentés petit à petit grâce à de courts flashbacks. Ces analepses servent également à dévoiler les débuts de l'épidémie et les premières scènes de carnage. Rien de profondément original, mais cela fonctionne tout de même très bien.
Si la première partie était essentiellement consacrée à de la survie de type "fuite improvisée", le second tome élargit un peu le propos en se basant sur l'organisation des survivants et sur le traditionnel conflit entre militaires et scientifiques. Il est difficile pour cette série de se faire réellement une place à part parmi la multitude de titres consacrés au sujet (cf cette chronique), mais sa lecture demeure agréable et réserve tout de même quelques surprises et moments forts. Pour ce qui est de l'habileté des transitions et de l'impact de certaines scènes, le deuxième opus est d'un bien meilleur niveau, cependant, l'ensemble tire surtout sa force du traitement particulier réservé aux personnages. Il est en effet très difficile pour le lecteur de savoir qui va s'en tirer et prendre de l'importance. Bien souvent, alors que l'on imagine qu'untel ira au bout de l'aventure, il connaît une fin aussi violente que rapide, même (et c'est là une très bonne manière de procéder) lorsque les auteurs prennent le temps d'épaissir le perso et de le rendre sympathique.

Si l'on peut légitimement reprocher une absence de vision particulière qui, sans forcément le révolutionner, enrichirait le genre, il faut reconnaître que Raise the Dead est un comic qui est loin d'être ennuyeux et qui parvient à désarçonner de temps en temps. 
Notons que la préface de Max Brooks (auteur du Guide de Survie en Territoire Zombie), qui était annoncée par erreur en quatrième de couverture du tome #1, est en fait présente dans le #2. Le très surestimé fils de Mel y balance les compliments habituels, sans parvenir à rendre son intervention réellement captivante (à sa décharge, il faut avouer que les préfaces offrant un contenu intéressant, comme celle de Willingham dans The Unwritten, sont rarissimes, les auteurs oubliant souvent qu'en plus du cirage pour les pompes de leurs potes, un peu de réflexion, ou d'humour, ou de n'importe quoi serait le bienvenu).

Une invasion de plus, sympathique, mais qui est loin de pouvoir prétendre s'imposer comme une référence réelle du genre.
Le second tome apporte toutefois un regain d'intérêt qui, sans cela, aurait condamné le premier aux oubliettes.

27 septembre 2011

Die Hard : Year One

On découvre les débuts de l'inspecteur John McClane dans une préquelle sobrement et logiquement intitulée Die Hard.

L'agent McClane débute sa carrière dans la foule, le bruit et la saleté du New York des années 70. Il arpente les rues, avec un instructeur qui se révèle être un abruti totalement antipathique, sans pour autant se départir de son petit sourire en coin et de ses répliques sarcastiques.
Déjà à l'époque, John attirait les ennuis. Il va ainsi se retrouver sur la route d'une bande de terroristes qui prennent d'assaut un navire abritant les pontes de la ville, puis il devra faire face à une coupure de courant généralisée qui n'a rien d'un hasard.
C'est l'époque du disco. Du "fils de Sam". De la mutinerie d'Attica. 
Et McClane assurait déjà.

Inutile de présenter la franchise Die Hard et ses quatre films (un cinquième est en projet) tant Bruce Willis a su rendre charismatique son personnage de flic cool habitué aux emmerdes. Cette adaptation en comics permet de s'intéresser aux premiers pas du personnage, d'abord en uniforme puis comme inspecteur.
Le scénario est de Howard Chaykin (Bite Club), les dessins de Stephen Thompson et Gabriel Andrade Jr. Ce dernier s'en sort plutôt mieux en ce qui concerne la ressemblance physique avec Willis (avec toutefois une coupe d'époque, évidemment) mais globalement le style graphique est assez quelconque.

L'ouvrage est divisé en deux parties égales, l'une s'intéressant à un McClane encore simple agent, la seconde le montrant alors qu'il vient d'être fraîchement promu. L'ambiance des années 70 est assez bien rendue et Chaykin s'attache à conserver les codes des films sans pour autant retrouver leur côté spectaculaire. L'on a droit au presque traditionnel passage par les exigus conduits d'aération, à un saut au-dessus du vide et à quelques fusillades mais l'ensemble ne brille guère par son originalité.
Même les moments qui auraient pu être intéressants ou drôles, comme la première rencontre de McClane avec Holly Gennaro, s'avèrent poussifs et convenus. Quelques scènes, fort courtes, montrant John enfant ou en pleine guerre du Viêtnam peinent également à enrichir réellement le background du personnage. 
Au final, l'on se dit que Chaykin est plutôt passé à côté du sujet, peut-être à cause d'une paralysie liée à la trop grande popularité d'un McClane qu'il ne parvient pas à s'approprier réellement. Il manque trop de choses au récit (de l'humour, une véritable tension, de l'inattendu...) pour ne pas en sortir déçu.

Pour ce qui est de la VF, l'on est loin de l'adaptation catastrophique d'un Morning Glory Academy par exemple, mais on a droit tout de même aux traditionnelles bourdes paniniennes, du genre "Elle ne sait jamais si aller tout droit ou prendre un raccourci.", "Russ Ciardello voit l'occasion de fuir son mariage s'envoler" ou encore "l'habituelle rengaine du policier qui ne se fie pas des bourgeois". 
Le prix (29 euros) ne joue pas non plus en faveur de ce Die Hard peu inspiré.

Un piège de papier qu'il faudra plus de 58 minutes pour lire mais qui risque bien de vous faire passer une journée en enfer.
Dispensable. 

25 septembre 2011

Walking Dead : Piégés !

Le quatorzième tome de Walking Dead est désormais disponible, voyons quels en sont les principaux évènements.

Rick a pris le contrôle de la communauté d'Alexandria dont l'ancien chef s'est retiré volontairement. L'ex flic, habitué à faire face aux pires situations, s'est rapidement imposé comme leader naturel.
Malheureusement, après l'attaque d'un groupe extérieur, les coups de feu ont attiré une horde de zombies aux portes du petit village, forçant les habitants à stopper leurs sorties en quête de nourriture ou matériel.
Pire, alors que le nombre des morts-vivants ne cesse de croître, l'un des panneaux du mur d'enceinte cède. 
Une nouvelle lutte s'engage pour la survie. Il va falloir nettoyer les rues à coups de batte ou de sabre. Dans la mêlée, Rick va de nouveau faire des choix. Fuir ou défendre Alexandria. Ouvrir son coeur ou le fermer à jamais. Tenir ou abandonner...

Suite de la série fleuve écrite par Robert Kirkman et dessinée par Charlie Adlard (cf cette chronique et la liste, à la fin de l'article, renvoyant vers les résumés précédents). Ce tome contient les épisodes #79 à #84.
Après une petite accalmie, l'action et le déferlement de violence reviennent en force. Il se passe énormément de choses (que l'on détaillera un peu plus bas, dans le "coin des spoilers") et l'on a droit à de nouvelles morsures et à un gros coup de théâtre.
L'envahissement est cette fois cependant bien moins spectaculaire - et moins riche en émotion - que lorsque la prison était tombée. L'on a d'ailleurs un peu l'impression d'une sorte de bégaiement narratif dont il faut espérer qu'il débouchera sur des situations nouvelles.

Il faudra attendre six longs mois pour se plonger dans la suite mais quelques ouvrages devraient nous permettre de patienter un peu : un artbook sort le mois prochain (et contient les covers originales, en couleur, ainsi que des croquis inédits), et le Survivors' Guide devrait être publié l'année prochaine. Il s'agit d'une sorte d'encyclopédie reprenant tous les personnages de la série et indiquant leur première apparition, leur ancienne profession, leurs liens de parenté ou encore leurs actions les plus notables, tome par tome (le tout étant abondamment illustré et plutôt bien mis en page, cf l'illustration ci-contre). Et pour ceux qui s'intéresseraient à la série TV, un making of sortira également le mois prochain. 
Voilà tout de même de quoi faire en attendant le mois de mars ! J'avoue être impatient d'avoir le guide entre les mains, d'autant qu'il a l'air bien conçu (ce qui n'est pas le cas de toutes les encyclopédies, cf notamment ce guide Marvel).
Mais tout de suite, nous rentrons dans le vif du sujet en détaillant un peu les évènements récents.

Le Coin des Spoilers
Première constatation, Kirkman continue d'exposer la lente déshumanisation de Rick et son fils. Carl se montre en effet d'une dureté assez exceptionnelle et semble avoir naturellement développé des mécanismes de défense aussi efficaces qu'effrayants. Rick lui aussi, en nouant une relation avec Jessie (dont il a tout de même tué le mari) et en faisant une croix sur elle avec une apparente et déconcertante facilité, affiche une vraie carapace. Bien entendu, il faut replacer son attitude dans le contexte exceptionnel qu'il subit, sans parler de la peur constante, la tension permanente...
L'on peut finalement résumer son comportement à un "tant que je peux sauver tout le monde, je le fais, si ça chie trop, je choisis en priorité mon fils". Quelque chose de finalement assez logique et compréhensible mais qui contribue habilement à dévoiler la véritable nature de l'Homme, animal qui redevient rapidement violent et égoïste lorsque la société et ses lois n'arrive plus à réguler ses instincts.
La victoire de Rick et son groupe, ainsi que son choix de rebâtir une enceinte plus solide, laissent à penser qu'ils s'installent durablement dans leur nouveau camp. Comment Kirkman va-t-il bien pouvoir les en déloger afin de relancer la machine et de les amener à explorer d'autres voies (rappelons que l'auteur est loin d'avoir encore exploré toutes les possibilités dont recèle le vaste monde que peuvent parcourir les survivants) ?

Le plus gros évènement de cet arc est bien sûr la terrible blessure de Carl. La double page où l'on découvre ce qui lui est arrivé est tout de même assez impressionnante ! D'ailleurs, il n'a pas seulement un oeil en moins mais toute une partie du visage... une telle blessure, soignée en plus avec les moyens du bord, peut-elle réellement ne pas s'avérer létale ? Ce serait intéressant d'avoir le point de vue d'un médecin, parce que là tout de même, ce n'est pas un truc que l'on résout avec un peu de désinfectant et trois points de suture. Les paris sont ouverts en ce qui concerne le sort du petit Carl. Il serait dommage de se priver de ce personnage car son évolution est franchement intéressante (l'on est loin du gamin traditionnel qu'il faut secourir régulièrement, Adlard le représente d'ailleurs très bien lors de la scène où il discute avec Morgan : chapeau vissé sur le crâne, regard terrifiant de maturité et de désillusion, une sorte de mini-Eastwood, assez charismatique pour un marmot).

Le titre est un peu moins percutant et novateur depuis deux tomes, mais les "bas" de The Walking Dead valent bien les "hauts" de la plupart des séries.

23 septembre 2011

Crossed : suite et fin

Les contaminés reviennent pour terminer le carnage dans le deuxième tome de Crossed.

Stan, Cindy et leur petit groupe continuent leur route vers l'Alaska et son supposé havre de paix. Après les Rocheuses, c'est maintenant le désert du Nevada qu'il va leur falloir traverser. Le voyage risque de ne pas être vraiment une partie de plaisir, d'autant qu'un groupe de contaminés les suit avec une étrange régularité. Ces derniers semblent en effet plus intelligents, mieux organisés que leurs collègues dégénérés.
Dans un monde ravagé, où les pires cauchemars sont devenus réalité, le Nord et ses étendues sauvages demeurent le seul espoir. Un espoir mince, fragile, mais auquel il faut s'accrocher pour trouver la force de fuir. Encore et encore.

Après un premier tome violent et tendu, Crossed se termine déjà, le massacre étant toujours orchestré par Garth Ennis (au scénario) et Jacen Burrows (aux dessins).
L'auteur nous dévoile un peu plus le passé des personnages, souvent au travers de scènes atroces. Malgré le fait que ces dernières soient légion, ce bougre d'Ennis parvient tout de même à être surprenant et à ménager certaines surprises (un coming out totalement inattendu par exemple). La violence est bien sûr omniprésente mais, au contraire de ce qu'a pu faire un Millar sur le récent Nemesis, elle est ici contrebalancée par de petites touches d'humour noir et une véritable réflexion sur la nature de l'Homme. Autrement dit, elle est au centre d'un vrai projet, pensé et bien écrit. 

Burrows, quant à lui, livre ici des planches de bonne qualité, avec des contaminés toujours aussi impressionnants et certains moments (certes rares) de pure poésie, comme cette rencontre, de nuit, avec une meute de loups. Une rencontre loin d'être innocente lorsque l'on connaît l'organisation sociale d'une meute. Bien que hiérarchisée, une rare solidarité, une véritable liberté et une incroyable compassion s'y développent. Les louveteaux sont élevés et protégés par l'ensemble de la meute, les membres d'un clan jouent et chassent ensemble mais demeurent libre de partir fonder une autre meute si l'envie leur en prend, quant aux dominants, il n'est pas rare qu'ils laissent leurs privilèges de côté lors de la dégustation d'une proie*. Presque l'exact inverse finalement de l'organisation sociale humaine, dont le mince vernis de bonnes manières et de fausses bonnes intentions se fissure à la moindre occasion.

Et en prime, Ennis nous offre un joli final, ni totalement amer, ni complètement joyeux. On en vient à regretter que ce soit déjà la conclusion de cette saga dérangeante, menée à 100 à l'heure.
Pour l'anecdote, l'équipe de Milady a préparé des kits presse assez originaux pour faire la promotion de Crossed. Les ouvrages ont été emballés dans des barquettes de viande, badigeonnées de faux sang, dans lesquelles l'on pouvait trouver un couteau (faux également, bien sûr) à lame rétractable. Je peux vous dire que ça fait son petit effet lorsque vous déballez ça devant une employée de la poste qui ne comprend pas immédiatement la blague (oui parce qu'en fait, j'attendais un autre truc, assez fragile, et comme le colis était un peu ouvert, je l'ai immédiatement déballé pour vérifier que rien n'était cassé... j'ai dû faire une drôle de tête pendant une ou deux secondes avant d'apercevoir le "Crossed"). ;o)

Une série coup de poing, sans compromis, dont l'outrance sert un propos certes loin d'être novateur mais qui a l'immense avantage d'être intelligible et plus subtil qu'il n'y paraît.



*ps : loin de la mauvaise réputation dont l'affublent les ignorants (et les conteurs parfois, il faut bien l'avouer), le loup ne s'attaque jamais à l'homme, qu'il craint (à juste titre). Il ne prend dans la nature que ce dont il a besoin pour vivre et s'attaque en priorité aux proies faciles (bêtes malades ou vieilles). De plus, étant omnivore, il se nourrit bien entendu de gibier mais aussi de poissons, d'oiseaux, de serpents, de rongeurs, de grenouilles et même de fruits. La meute étant dirigée par un couple dominant (et non un seul mâle), l'espèce a donc instauré la parité bien avant nous. Plus étonnant encore, le loup est fidèle jusqu'à la mort et n'aura donc souvent qu'une compagne, dont il recherche constamment la proximité. Les marques de tendresse sont quotidiennes et nombreuses.
Autrefois l'un des mammifères les plus répandus de l'hémisphère nord, sa population s'est dramatiquement restreinte suite aux persécutions dont il a fait l'objet. 
En France, l'on estime que les loups étaient au nombre de 50 000 au 17ème siècle. Ils ont été totalement exterminés et ont disparu peu avant 1940. Quelques individus venant d'Italie sont réapparus dans les années 90 (on estime leur nombre à 180 en 2010). Bien qu'ils figurent aujourd'hui sur la liste des espèces protégées, des "prélèvements" de loups sont encore régulièrement autorisés afin de satisfaire des éleveurs pourtant largement indemnisés. Une meute compte en moyenne une dizaine d'individus et sa taille s'adapte en fonction du milieu (taille du territoire et proies disponibles).
Noble, digne, fascinant, père de toutes les races canines, le loup continue d'être maltraité (et mal aimé) par une espèce meurtrière qui peut s'enorgueillir de marcher sur deux pattes mais qui n'a guère élevé sa vision des choses pour autant... 

21 septembre 2011

Nemesis : bête et méchant

Sortie aujourd'hui de Nemesis, la nouvelle série de Mark Millar.

Un criminel richissime s'amuse à buter des flics de la pire manière qui soit. Sa nouvelle cible, Blake Morrow, pressenti pour être le futur boss de la sécurité intérieure des Etats-Unis, va devoir tout mettre en oeuvre pour tenter de l'arrêter.
Un résumé fort court mais il faut dire que le scénario de Mark Millar tient en quelques lignes. L'auteur est ici secondé par Steve McNiven qui se charge de la partie graphique. Ce n'est pas le meilleur travail de l'artiste mais les dessins restent tout de même plutôt sympathiques dans l'ensemble.
Voyons maintenant ces quatre épisodes dans le détail.

Millar s'était fendu à l'époque d'une promo tapageuse, d'un goût discutable, qui affirmait qu'en comparaison de Nemesis, Kick-Ass était de la... merde. Il avait également intrigué nombre de lecteurs avec un teaser qui posait une question simple mais intéressante : que se serait-il passé si Batman était devenu le Joker ?
L'on sait malheureusement que Millar ne se tient pas forcément toujours au pitch de départ qu'il annonce, et Kick-Ass par exemple, après un début passionnant et réaliste, avait vite versé dans l'invraisemblance la plus totale. Et pourtant, Kick-Ass était loin d'être mauvais, surtout en comparaison de Nemesis !

Non seulement le récit ne brille pas par son originalité, mais il est s'avère vide de sens, creux et repose sur une violence gratuite assez malsaine. Car effectivement, c'est assez sanglant et quelque peu pervers. Ce n'est bien entendu pas un problème en soi, certains auteurs, comme Ennis, nous ont déjà habitué à un niveau de transgression très élevé. Seulement, pour que cela fonctionne, il faut que cette transgression soit au service de quelque chose. Ennis, dans Preacher, The Boys ou La Pro, pour ne citer que ces exemples, sait être drôle ou émouvant et, surtout, son propos est très souvent bien plus intelligent que la forme brutale ne pourrait le laisser penser.
Ici, Millar se contente de surfer sur la provocation et les effets d'annonce (l'on en vient à penser qu'il est meilleur en construction de teasers qu'en scénariste, même si certaines de ses oeuvres, comme Old Man Logan ou Wanted, valent largement le détour). De manière étonnante, Panini évoque, dans la petite introduction qui accompagne l'ouvrage, un humour noir qui est au contraire totalement absent. Et si ce côté (trop) sérieux est sans doute pour beaucoup dans l'impression générale, ce n'est qu'une partie du problème.

Là où le choix de Millar apparaît comme incompréhensible, c'est dans le peu de développement qu'il accorde à ses deux personnages principaux. A son niveau d'expérience (et étant donné ses travaux passés), il ne peut s'agir que d'une volonté délibérée et non d'une maladresse de débutant, ce qui est encore plus déroutant.
L'on se retrouve en effet devant un méchant très méchant et un gentil assez fadasse. Difficile de faire plus minimaliste. Et sans un background un peu travaillé, sans un minimum de personnalité, les personnages deviennent transparents et, par contraste, font encore plus ressortir une ultra-violence qui tourne au voyeurisme de bas étage et à l'absurde. Une absurdité encore appuyée par la plupart des rares rebondissements, qui manquent totalement de crédibilité, et par une navrante vacuité.

Au final, voilà un comic bien mauvais mais qui, en surface, donne l'impression d'être "moderne" et dans l'air du temps. Vite lu, mal digéré, immédiatement oublié, Nemesis est à la BD ce que McDonald est à la gastronomie : un ersatz gras et lourd misant tout sur l'emballage, la rapidité et de fausses promesses.
A côté, Kick-Ass était un chef-d'oeuvre. Quant à savoir ce que Batman serait devenu s'il avait été le Joker, personne n'en a la moindre idée. En tout cas, pas Millar.
Bien sûr, cette histoire sera adaptée au cinéma, ce serait dommage de passer à côté. Décidemment, tout se recycle.

Un faux évènement, porté par un auteur qui, visiblement, mise plus sur la communication que l'écriture.

19 septembre 2011

Ultimate Spider-Man HS : Fatalité Ultime

La mini-série Ultimate Doom est au sommaire du Ultimate Spider-Man Hors Série #3. Gros casting et coup de théâtre.

Conclusion de la trilogie écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Rafa Sandoval avec cet ultime arc de quatre épisodes.
Susan Storm, à son grand désarroi, a découvert que c'était Reed Richards, son génie d'ex petit ami, qui était à l'origine des attaques dont différents héros et institutions ont été récemment victimes. Ce dernier s'est rendu compte qu'il n'aimait pas beaucoup ce monde et a décidé de prendre des mesures radicales pour le changer, allant jusqu'à détruire le Triskelion, les laboratoires de Roxxon Industries, le Baxter Building et même... la maison de Peter Parker (qui n'en est pas à sa première destruction, même dans l'univers 1610, cf La Grande Alliance).
Ce qui reste du SHIELD, sous la direction de Carol Danvers, les Ultimates mais aussi le Tisseur et Spider-Woman, son clone, vont tout tenter pour stopper le successeur de Fatalis. Ils vont même recevoir une aide inattendue de la part d'un certain Dr Octopus.

[Attention, ce qui suit contient des spoilers]
Même si Spidey est présent, ce hors série concerne plus spécialement les Fantastic Four (et regroupe un grand nombre de personnages supplémentaires). L'histoire est loin de figurer parmi les meilleures de Bendis : les explications sur les raisons du changement radical de Reed sont vite expédiées et la contre-attaque des héros s'avère brouillonne et finalement peu palpitante. Malgré tout, le récit contient une révélation importante, qui permet de s'écarter radicalement de l'univers 616 classique, puisque Sue (Jane en VF) est amoureuse de Ben Grimm et va l'épouser !
Rassurez-vous, elle n'est pas devenue fétichiste des cailloux, l'ami Ben ayant retrouvé son apparence normale en plus de quelques nouveaux pouvoirs. Ce changement (si rapide !) de partenaire peut sembler ahurissant mais devrait permettre de booster l'intérêt d'un univers dont le principal avantage est justement de pouvoir expérimenter et tenter des rebondissements peu évidents à placer - surtout sur le long terme - dans le frileux 616. Après Ultimatum et son coup de balai, certains titres avaient tout bonnement disparus et d'autres, comme Ultimate Spider-Man, avaient eu du mal à relancer la machine (le relaunch fut même assez mauvais avant de s'améliorer récemment, avec Tainted Love et sa suite). Cette fois, même si l'on n'atteint pas des sommets au niveau narratif, le changement de cap laisse espérer une certaine audace pour la suite (d'autant que l'on attend beaucoup de La Mort de Spider-Man, déjà annoncée en fin de revue par un Christian Grasse que l'on sent impatient).

En plus des scènes d'action peu convaincantes, l'on peut également noter le peu d'émotion qui se dégage de la saga (à part peut-être dans les dernières planches, et encore), et ce malgré un contexte qui s'y prêtait totalement. Tout le monde semble faire si facilement une croix sur Reed que l'on se surprend à penser qu'il n'a peut-être pas eu tout à fait tort de leur rentrer "un peu" dans le lard. ;o)

Du Bendis en petite forme mais qui prend des risques en s'éloignant du schéma habituellement réservé aux FF.

X-Men Hors Série : Empire

Débuts de la série Daken : Dark Wolverine dans le X-Men Hors Série #3 de ce mois.

Le rejeton de notre bon Wolvie est de retour dans une saga intitulée Empire. Le scénario est de Daniel Way & Marjorie Liu, les dessins sont réalisés par Giuseppe Camuncoli, Grazia Lobaccaro et Christian Cornia. Au menu, Wolverine : The Road to Hell en guise de petite introduction, puis les épisodes #1 à #6 de Daken : Dark Wolverine.
Depuis que Daken n'officie plus au sein des Dark Avengers d'Osborn (cf Siege), il a pas mal de temps libre et apparemment pas mal d'idées derrière la tête pour le combler. Le fiston a de l'ambition et il en veut toujours à son pôpa. Après s'être fait confectionner un nouveau costume (au design discutable, on a déjà vu mieux), il va, entre autres, draguer la jolie Mystique, se procurer une nouvelle arme chez ses potes les Fantastic Four (qu'il a déjà rencontrés pour leur proposer un pacte à l'époque de Dark Reign, cf Astonishing X-Men #58) et aller faire un tour à Madripoor, aujourd'hui dirigée par Tyger Tiger (Iron Man en ayant chassé Madame Hydra il y a quelques temps, cf Marvel Saga #3).

Tout d'abord, précisons que malgré la pastille "Saga Complète" apposée sur la couverture, l'on est loin d'un récit avec un début et une fin. Il est fait allusion à de très nombreux personnages et évènements passés  (Romulus par exemple, ou ceux déjà évoqués plus haut) et l'épisode final est très loin d'apporter une véritable conclusion (ce qui est normal, mais attention donc pour ceux qui s'attendraient à trouver quelque chose d'un peu indépendant de la continuité).
Daken, après des débuts un peu faiblards dans Wolverine : Origins, avait pris une vraie ampleur dans Dark Wolverine. Il conserve ici son charisme, sa bestialité et même une certaine classe. Sans parler de l'humour, rare mais souvent efficace (ses répliques à l'intention de Ben Grimm sont assez drôles). L'ensemble s'avère plutôt agréable et Daken confirme donc son rôle de premier plan au sein de la famille des Griffus (tout comme d'ailleurs avant lui X-23, qu'il s'apprête à affronter dans le prochain Hors Série, prévu pour décembre).

Si vous pensiez tomber sur les X-Men et Wolvie, mieux vaut passer votre chemin. Pour ceux qui connaissent déjà Daken, les retrouvailles devraient par contre bien se passer.

"Craignez la fureur d'un homme patient."
Daken

16 septembre 2011

Trois Ombres : superbe et poignant !

Pas de comic pour aujourd'hui mais l'on ne perd rien au change puisque l'on aborde tout simplement l'un des chefs-d'oeuvre de la bande dessinée : Trois Ombres.

Louis et Lise ont un enfant, Joachim. Ils vivent heureux, à l'écart du monde, profitant de la nature et de leur petite maison douillette. Rien ne semble pouvoir briser ce bonheur fait de choses simples et de moments essentiels, comme les soirées au coin du feu ou les balades dans les bois.
Mais un jour, trois ombres apparaissent en haut d'une colline.
Ce sont des cavaliers.
Ils sont encore là le lendemain, et le jour d'après. Ils se rapprochent de plus en plus, scrutent la maison abritant la petite famille mais demeurent silencieux et insaisissables. Lise, effrayée, va tenter d'en savoir plus auprès de la vieille madame Pique. Celle-ci lui annonce une terrible nouvelle... les ombres viennent pour Joachim. Leur enfant va leur être bientôt arraché.
Louis ne peut se résoudre à accepter un tel destin. Bien décidé à sauver son fils, il part avec lui dans un long voyage destiné à semer ces ombres criminelles. Mais contre le destin, l'amour d'un père ne peut rien.

Delcourt, pour fêter ses 25 ans, a récemment réédités quelques ouvrages dont From Hell (du lourd donc) et, celui qui nous préoccupe aujourd'hui, Trois Ombres, publié dans la collection Shampooing (dirigée par Lewis Trondheim). Et ça, c'est une putain de bonne façon de fêter un anniversaire ! Parce que la claque que nous administre l'auteur, Cyril Pedrosa, est magistrale.
Les dessins, dont le style varie selon les scènes, possèdent un charme indéniable et renforcent le côté onirique du récit. Quant à l'écriture, c'est un modèle du genre.
Le pari était pourtant loin d'être gagné d'avance tant le sujet abordé, la perte d'un enfant, est grave et sérieux. L'auteur s'interroge sur l'absurdité de la mort, son inéluctabilité, mais également sur son refus ou encore le moyen de surmonter la perte d'un être cher. Rien de bien gai me direz-vous, et pourtant, grâce à un style aussi subtil que touchant, Pedrosa parvient à développer sa dramatique thématique avec tendresse, poésie et retenue. La touche fantastique, qui imprègne fortement l'histoire, est pour beaucoup dans la pudeur et la pourtant immense richesse du propos.

En effet, c'est à un long voyage initiatique et à une réflexion douce-amère que Pedrosa nous invite, en jouant sur l'atmosphère et l'expressivité de ses dessins. Les ombres par exemple, tout d'abord mystérieuses et inquiétantes, puis agressives, finissent par se révéler douces et innocentes, comme pour suivre en parallèle l'émotion des protagonistes, d'abord terrorisés, puis en colère et trouvant, enfin, la sérénité dans l'acceptation.
Même les margoulins, toujours prompts à se repaître de la douleur et du désespoir des autres, sont fort bien symbolisés ici.
Les personnages sont eux aussi parfaitement réussis, que ce soit la mère, d'une dignité et d'un courage ahurissants, le petit Joachim, attendrissant, ou le père, véritable vedette de l'ouvrage, qui malgré sa carrure imposante sera terrassé de chagrin.

C'est bien simple, ce roman graphique, de 268 planches, est une pure merveille. Et s'avère très bon marché (moins de 20 euros). Le sujet est sérieux mais son traitement (qui s'inscrit un peu dans les pas d'un Blankets) permet de le conseiller à tous les publics (et peut-être à certains journalistes qui pensent encore que le 9ème art est réservé aux gamins et aux attardés).
Bien sûr, c'est triste. Mais c'est d'une tristesse de papier qu'il s'agit. Et c'est bien là le but véritable des livres : dissoudre dans l'encre les pires saloperies de la vie pour tenter, sinon de les rendre belles, au moins de leur trouver un début de sens. Vous serez sans doute longtemps hantés par Trois Ombres une fois la dernière page tournée. Et je ne garantis pas qu'une petite poussière dans l'oeil ne vous obligera pas à faire une pause de temps en temps dans votre lecture. Mais au final, comme tous les bons auteurs, Pedrosa ne vous veut pas de mal et vous offrira un petit soupçon d'espoir en guise d'au-revoir. Une petite lumière, vacillante parfois, mais qui permet de dissiper les ombres. Au moins pour un temps.

Une oeuvre intelligente, belle et profondément émouvante.
Un auteur exceptionnel à découvrir d'urgence si ce n'est déjà fait.

15 septembre 2011

Scarface

Ascension et chute de Tony Guarino, gangster plus connu sous le nom de Scarface.

Les Guarino sont une famille d'immigrés italiens, comme tant d'autres. Alors que son frère s'engage dans la police, Tony, lui, commence à se faire un nom dans le milieu. Culotté, malin, il parvient à mettre en place une vaste entreprise de racket. Rapidement, il monte les échelons et devient le bras droit de son boss.
Jusqu'au jour où un meurtre l'oblige à se faire oublier quelques temps. Il part pour l'Europe et la guerre. Lorsqu'il revient, une cicatrice lui barrant le visage en guise de souvenir, il reprend tout naturellement ses anciennes activités, entraînant une guerre des gangs qui met Chicago à feu et à sang.
Guarino, devenu Tony Camonte, va devoir affronter le gang du northside mais aussi un flic intègre qui a décidé de déclarer la guerre à la mafia. Un italien, comme lui. Un certain Ben Guarino.

Scarface est l'adaptation, publiée dans la collection Rivages/Casterman/Noir, du roman éponyme d'Armitage Trail. Le scénario et les dessins sont signés Christian de Metter, qui avait déjà réalisé Shutter Island. L'on ne sera donc pas étonné de retrouver un style graphique identique.
L'auteur suit les pas d'un gangster (inspiré par Capone) qui progresse rapidement dans la hiérarchie et sait profiter de toutes les opportunités (dont l'interdiction de la commercialisation de l'alcool, véritable aubaine pour les gangs). L'ambiance de l'époque est plutôt bien rendue mais la bande dessinée se lit rapidement, trop rapidement peut-être. Certains éléments, pourtant intéressants, sont très peu développés, comme le passage sous les drapeaux de Guarino ou encore la confrontation avec son propre frère. La centaine de planches semble finalement bien peu tant les évènements finissent par être compressés, enlevant au récit une partie de sa force dramatique.
Pour le reste, l'on retrouvera bien entendu les traditionnels règlements de compte et autres séances de mitraillage en règle. Rien que du très soft cependant, l'auteur ne s'attardant pas sur le côté sanglant des scènes. Notons que l'aspect social des gangs, dans le contexte si particulier de l'époque, est également évoqué. 

Une histoire intéressante, des dessins sympathiques mais malgré tout une légère déception tant l'oeuvre paraît trop condensée pour pleinement livrer son pourtant réel potentiel.

14 septembre 2011

Best Comics - Spider-Man : La Grande Alliance

Nouveau détour par la collection à "petit prix" lancée par Panini avec Spider-Man : La Grande Alliance.

Peter Parker a bien des ennuis. Sa tante est à l'hôpital, sa maison a été détruite, il doit annoncer à sa petite amie qu'il la quitte et, en plus, Daredevil vient de le contacter pour lui demander de faire partie d'un groupe destiné à liquider le Caïd.
Le Tisseur ne peut évidemment pas se résoudre à cautionner un meurtre, aussi, il va tout tenter pour raisonner ses collègues masqués. Une tâche d'autant plus complexe que parmi eux se trouve Moon Knight, dont on connaît la schizophrénie galopante...
Mais comment Peter réagira-t-il lorsqu'il apprendra que le Caïd possède maintenant les droits des produits dérivés estampillés "Spider-Man" ? Ou, pire encore, quand le chef de la pègre de New York s'en prendra à son école ?
Car maintenant pour Spidey, il ne s'agit plus d'affronter quelques cinglés costumés mais la mafia.

L'on avait déjà jeté un oeil sur la collection Best Comics avec l'ouvrage, fort bon d'ailleurs, consacré à Green Lantern. Cette fois, c'est de notre bon vieux Tisseur qu'il s'agit. Attention toutefois, bien que cela ne soit pas précisé sur la couverture, les six épisodes présents ici sont issus de Ultimate Spider-Man, et non d'une série se déroulant dans l'univers principal (616) du marvelverse. Après les publications kiosque, le format poche et les Deluxe, USM est donc de nouveau décliné sous une autre forme (ne ratez surtout pas la réédition du premier épisode, sous forme de strips autocollants à collectionner dans les boîtes de Vache qui Rit).
Tic habituel chez Panini, dès le petit speech d'intro, l'on s'adresse plus aux cinéphiles qu'aux lecteurs (en supposant que l'achat de ce comic a été précipité par le cinéma et en avouant à la fin que le choix de cet arc a été dicté par... l'orientation des futurs films de la licence !). Par contre, pas un mot pour expliquer ce qui différencie l'univers Ultimate du 616 ou essayer d'expliquer en quoi cette histoire ne peut se rattacher aux évènements contés dans Amazing Spider-Man. La routine quoi.

Cet arc est scénarisé par Brian Michael Bendis et dessiné par Mark Bagley. Le récit se déroule bien avant Ultimatum mais après la Saga du Clone par exemple. Comme tout arc, il s'agit d'une histoire plus ou moins complète, mais dont certains détails échapperont aux lecteurs novices, tout comme certaines références appuyées aux évènements passés (concernant la relation Peter/MJ/Kitty, la destruction de la maison des Parker ou encore l'intervention du SHIELD et de Nick Fury). Du coup, l'on se demande si c'est là un si bon choix lorsque l'on s'adresse au (très éventuel) public issu du cinéma. Car non seulement le cadre est différent, mais en plus, pour se procurer les épisodes précédents, cela n'aura rien d'évident pour quelqu'un qui découvre à peine la nébuleuse Panini.
Mis à part cet aspect, nous sommes en présence d'une bonne histoire, bien dessinée et relativement importante puisqu'il s'agit du moment crucial où May Parker découvre que son gentil neveu est Spider-Man (enfin, elle ne le découvre pas réellement dans ces épisodes, mais c'est dans ceux-ci qu'elle réalise vraiment et qu'elle a une discussion - très bien fichue - sur le sujet avec Peter).
L'on peut également signaler la présence de nombreux guests, dont Daredevil, Moon Knight, Iron Fist, le Dr Strange et même les Fantastic Four. 

Un très bon contenu, à bas prix en plus, mais qui pourra quelque peu dérouter le public auquel Panini semble le destiner en priorité.

DLACDP : J'ai jamais su dire non !

Toujours dans le cadre de la nouvelle rubrique, De l'autre côté des planches, l'on évoque aujourd'hui une excellente web-série : J'ai jamais su dire non.

Alors, c'est quoi les histoires là ? Ben, en fait, il s'agit d'une série qui met en scène Tom, un type plutôt sympa mais qui a un grave défaut : il n'a jamais su dire non.
Et à cause de trois non qui se transforment en oui, il va créer une situation embarrassante à son travail, perdre sa petite amie et récolter un colocataire lourdingue. Le fameux tiercé gagnant.
Mitch, le colocataire en question, a cependant une idée pour tout remettre d'aplomb : faire pousser des "balls" à son déballonné de pote.
Ah, attention, pas n'importe quelles balls, des balls même utilisables par des filles. Des psycho-balls.
Tout cela pour éviter d'être licencié, reprendre le contrôle de son appart, squatté même par un clodo, et reconquérir la femme de sa vie.
Sans déconner, qu'est-ce qui faut pas faire pour avoir droit au bonheur !

Cette série en 14 épisodes est réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun (qui signe également le scénario et  interprète le personnage principal, une sorte d'Alexandre Astier-like donc (heu... je ne suis pas sûr que l'expression puisse s'utiliser pour un être humain... bon, tant pis (c'est un compliment de toute façon))). J'ai jamais su dire non est visible sur le site Frenchnerd, qui héberge également Le Visiteur du Futur, autre oeuvre dans laquelle on peut retrouver à peu près la même bande.
Il s'agit évidemment d'une comédie, et même d'une comédie... drôle, ce qui n'est pas toujours le cas de ce que l'on peut voir à la télévision (visiblement, aucune chaîne ne s'est encore intéressée à cette fiction qui ferait pourtant un très bon programme court). La réalisation est nerveuse et soignée, l'écriture originale et l'on rentre très vite dans l'univers décalé de Tom. Quant aux acteurs, ils campent leurs rôles avec talent (même Chris, apparemment le moins "pro" de la bande, mais dont le personnage de gentil demeuré est à mourir de rire !). Signalons également, dans l'épisode final, un guest totalement inattendu et qui fait preuve d'une rare autodérision.
Bref, de quoi passer un bon moment, d'autant que des épisodes spéciaux ont été parfois intercalés pour nous montrer un peu l'envers du décor. Cela ressemble à un mélange entre bêtisier et making-of, mais avec une mise en scène particulière qui conserve le ton de la série (et qui est à des années-lumière des sketchs pathétiques dont certaines émissions se servent parfois pour habiller leurs bêtisiers).

Si ces gens, sans prétention mais bourrés de talent, restent méconnus trop longtemps, c'est à désespérer du PAF !
Un vrai bon moment de détente et une pure bouffée d'air frais.

12 septembre 2011

Morning Glory Academy : pire adaptation de l'année ?

Morning Glory Academy nous permet de faire connaissance avec un nouvel éditeur s'intéressant aux comics : Atlantic. Nom prédestiné puisque l'adaptation s'avère être un naufrage catastrophique.

Six jeunes étudiants font leur rentrée dans une prestigieuse académie. Cette dernière emploie des méthodes "modernes", voire même carrément étranges, pour optimiser les capacités de ses élèves. Ils sont coupés de leur famille et doivent laisser leur "ancienne vie" derrière eux.
Très vite, les nouveaux venus s'aperçoivent que ce qui se trame dans cette école à l'apparence si parfaite n'a pas grand-chose à voir avec l'éducation.
Une sorte de secte se réunit la nuit venue dans les sous-sols, la directrice emploie un taser pour faire entrer les leçons dans le crâne des élèves et une tentative de meurtre a même lieu !
Décidemment, cette rentrée n'a rien de réjouissant...

Voici donc la (quasi) version française de Morning Glories, une série publiée aux Etats-Unis par Image et qui est écrite par Nick Spencer et dessinée par Joe Eisma.
Graphiquement, rien de bien folichon, l'on a même quelques cases dont la finition fait très "amateur" (postures bizarres, problèmes de perspective...). Service minimum également pour les visages (les personnages se ressemblent beaucoup et il est parfois impossible de leur donner un âge) ainsi que le découpage, peu inspiré.
Niveau intrigue, le pitch semblait à première vue intéressant, mais la mise en place des premiers éléments est si ratée qu'il faudra beaucoup d'indulgence au lecteur pour se farcir la suite. Tout sonne faux, les protagonistes sont très mal présentés, certaines réactions ou péripéties paraissent complètement absurdes, bref, on est loin du chef-d'oeuvre. Et pourtant, l'on n'a pas encore abordé le pire...

C'est un studio (Full FX Studio) qui est crédité pour la traduction de cette oeuvre inaugurant le catalogue Atlantic. Et attention, parce que c'est du lourd : déjà, même quand les phrases sont plus ou moins correctes, on sent que ça "accroche" pas mal, que ça manque de fluidité, d'habileté littéraire... mais les phrases correctes sont de toute façon assez rares ; coquilles, fautes d'accord, mots manquants ou en trop, élisions hasardeuses ou expérimentations orthographiques, tout y passe ! Un festival.
C'est bien simple, à part dans les traductions de notre bien-aimée Geneviève (cf quelques articles, ici ou ), je n'avais jamais vu un tel niveau d'incompétence.
J'ai "prélevé" quelques preuves coupables sur le... cadavre (à ce niveau-là, le livre peut être considéré comme décédé je pense). Pour commencer, les classiques : "je ferai mieux de" (futur employé à la place du conditionnel), "ç'aurait" (habituel également), "tu devrait" (un "s", un "t", bof, quelle importance ?). On poursuit avec le fameux dilemme du trait d'union. Où en mettre, quand l'éviter ? Eh bien, ici, l'on nous en fout un dans "New-York" et on l'oublie dans "là bas". Pas de bol, c'est l'inverse.   Même chose pour un "votre" (à la place de "vôtre"). Dans les coquilles, notons les jolies "ces changements peuvent d'avérer", "classés préparatoires" (à la place de "classes") ou encore "c'est la mec qui". Bon, là on s'échauffait juste. Passons maintenant à la vitesse supérieure.

La construction de certaines phrases est ahurissante. Prenons "Je me demande juste pourquoi est-elle si excitée ?". Ce n'est pas une interrogation ! La forme correcte, affirmative, serait "Je me demande juste pourquoi elle est si excitée." (au pire, dans un dialogue, l'on pourrait éventuellement utiliser la forme : "je me demande juste... [longue pause] pourquoi est-elle si excitée ?", et encore, mais certainement pas la première forme qui ne veut rien dire). 
Encore mieux : (en parlant du dernier cahier d'une fille) "Le deuxième m'a fichu une telle trouille que je n'ai même pas osé le regarder le dernier." Oh, mais quel style magnifique ! On sent l'amour de l'article défini ! Evidemment on dit soit "que je n'ai même pas osé le regarder" soit "que je n'ai même pas osé regarder le dernier", mais pas "le regarder le dernier" !
On apprend ça au primaire. 
Autre exemple édifiant : "le dernier voyages". Bon, a priori, rien d'extraordinaire, c'est juste un "s" en trop, ça peut arriver. Sauf qu'ici, il y a une petite particularité. Dans la scène concernée, l'on voit en fait un chauffeur faire le même discours à cinq personnes différentes. La faute est donc présente cinq fois de suite sur cinq cases qui se suivent ! Preuve indubitable qu'il n'y a même pas eu une seule relecture ! (parce que bon, le rater une fois, ok, deux, c'est pas de bol, mais cinq fois, c'est un petit exploit)
Même dans les crédits il y a des trucs bizarres. Spencer est ainsi censé avoir signé les... "paroles". Les paroles ? Mais c'est quoi en fait ? un putain de single ? On dit "dialogues" pour un récit. Et un scénario, c'est un peu plus que ces seuls dialogues. 
Et enfin, le meilleur pour la fin, le finish en free style : "dans ce dongeon". Mais bien sûr ! Comme dans "augeourd'hui" ou "je me promenais dans le geardin" (ces deux là sont de moi hein). 
Wow...

Que puis-je dire que je n'ai pas déjà radoté cent fois (dans cette chronique par exemple) ?
Bien entendu, la perfection n'existe pas. L'on ne peut donc l'exiger de personne. Mais, enfin, entre un texte "parfait" et... ça, il y a quand même une marge. Un caniveau. Que dis-je, un gouffre !
Se prétendre éditeur et publier un tel texte, truffé d'erreurs, c'est tout simplement honteux. C'est n'avoir aucun respect pour l'oeuvre, les auteurs, les lecteurs, et même sans doute fort peu pour soi-même. Parce que là, on parle d'hygiène élémentaire. Le travail véritable commence ensuite. Un peu comme dans un restaurant (oui, je l'aime bien cette métaphore, mais elle convient parfaitement) où il est normal de trouver des couverts propres. Sans cela, peu importe la cuisine, l'on n'y goûtera même pas.
Le texte est tellement cradingue qu'il est impossible de s'intéresser véritablement à la cuisine de Spencer. Ou alors, cela demande un effort véritable qui n'a pas lieu d'être. Et si, en fin de chaîne, le lecteur doit rectifier mentalement certaines choses, c'est que l'un des acteurs du processus éditorial n'a pas fait correctement son boulot. Une tendance certes très actuelle mais qui n'a rien d'agréable.

Une série à l'intérêt peu évident, handicapée par une adaptation d'une légèreté stupéfiante.
Un gros "plouf" pour cette première plongée dans Atlantic.

+ heu... c'est un nouvel "éditeur"
- rien de bien folichon au niveau du scénario
- les dessins font parfois très "amateur" (et encore, ça dépend de l'amateur) 
- adaptation merdique au-delà de tout ce qui a pu être fait jusqu'à présent : illisible et même insultant envers les lecteurs et les auteurs
- n'importe quoi...