26 octobre 2011

Battle Pope : la série qui donne envie de devenir Pape

Gros plan aujourd'hui sur Battle Pape, l'adaptation française de la série déjantée de Kirkman.

Le jour du jugement est enfin arrivé et le verdict de Dieu est implacable : l'humanité est recalée ! Sans religion, le monde est voué à sa perte, d'autant que les hordes infernales ont débarqué et que les démons côtoient maintenant les humains...
Lucifer, autrefois banni du paradis pour rébellion, est bien décidé à prendre sa revanche en volant le halo de saint Michel.
Heureusement, les forces du bien ont encore un champion : Oswald Léopold II, souverain pontife musclé et rock n'roll. Ce pape là fume, picole, se tape des tonnes de gonzesses, mais c'est le seul héros qui peut encore prétendre mettre au pas les armées de Lucifer.
Bientôt, le pape va être rejoint par Jésus en personne et même le Père Noël. Et la cohabitation n'est pas toujours facile...

Le titre était précédé d'une réputation plutôt sympathique, le voilà maintenant disponible en VF depuis quelques mois. Au scénario l'on retrouve Robert Kirkman (Walking Dead, Brit, Invincible, Haunt, Marvel Zombies, The Astounding Wolf-Man), alors que les dessins sont réalisés par son vieux compère, Tony Moore.
Abordons tout de suite le sujet qui fâche : la réalisation technique des éditions Stara. Pour une fois, ce n'est pas la traduction qui est en cause mais la qualité d'impression. Cette série a en fait été publiée une première fois aux Etats-Unis en noir & blanc, puis une version colorisée est parue chez Image. On aurait pu penser que l'on allait bénéficier de cette dernière mouture, et d'une certaine façon c'est le cas, mais l'éditeur a opté pour un choix des plus étranges en nous livrant une version noir & blanc... à partir des planches colorisées ! Evidemment, ce n'est pas du tout prévu pour et, tout aussi évidemment, le rendu est exécrable. L'ensemble est si sombre que certaines cases sont à la limite de la lisibilité. 
Le seul moment où l'on peut se reposer les yeux, c'est lors d'une courte scène parodique dans laquelle le pape fait un cauchemar "en manga" (et donc en vrai noir & blanc) après avoir bouffé des sushi. Etant donné le prix tout de même très élevé de l'ouvrage (près de 30 euros), cette dégradation du matériel original est franchement regrettable.

Heureusement, ce Battle Pape présente également de nombreux points positifs. Son épaisseur tout d'abord. Avec plus de 360 pages, l'on a largement de quoi passer un bon moment. Contrairement à ce que l'on pourrait croire (ou craindre), il ne s'agit pas d'une charge contre l'Eglise mais bien d'une comédie, certes délirante mais presque bon enfant sur le fond. Et surtout, c'est souvent réellement drôle. 
Bien sûr, certains passages peuvent être parfois un peu plus faibles, mais l'ensemble tient largement la route. Le tandem Pape/Jésus est d'ailleurs particulièrement bien trouvé. Si le premier est obsédé sexuel et à moitié alcoolo, le second est d'une naïveté incroyable (certains pourront même aller jusqu'à dire qu'il est con comme un balai), ce qui engendre les scènes ou répliques les plus réussies. Le coup du "je vais avoir un petit frère" ou la découverte du café sont par exemple franchement savoureux. Certains gags sont très visuels (l'expressivité des visages de Moore est excellente) et les meilleurs moments résident finalement dans la cohabitation improvisée entre Oswald et Jésus, surtout lorsqu'il faut faire la vaisselle ou ranger les fringues.
Les démons et autres saloperies ne sont pas en reste, les frères Zombies notamment, qui, s'ils sont stupides comme la plupart de leurs congénères, sont doués de la parole.

A qui est destiné ce comic ? Certainement pas aux enfants. Même si l'on est très loin du trash d'un Ennis, ça cause gras, ça nique dans tous les sens (et avec n'importe qui, beurk), bref, mieux vaut éviter de glisser ça entre deux Astérix pour l'anniversaire de votre petit neveu de huit ans. Pour ceux qui ne connaissent Kirkman que par le biais de sa série culte, Walking Dead, c'est l'occasion de découvrir une autre facette de l'auteur, déjà toutefois entrevue lors de la parodie, courte mais bien barrée, qui avait été publiée dans Les Chroniques de Spawn #35
Et si vous avez un ami curé, vous savez maintenant quoi lui offrir pour Noël (si vous n'en avez pas, il vous reste deux mois pour aller traîner dans les églises). ;o)

Une série sans prétention, à la fois drôle et originale, qui souffre d'un traitement technique déconcertant mais demeure néanmoins un investissement conseillé, même si vous avez raté les dernières JMJ.

24 octobre 2011

Astonishing X-Men : Xenogenesis

Les mutants font une virée en Afrique dans Astonishing X-Men : Xénogenèse, une mini-série publiée en 100% Marvel.

D'étranges évènements se produisent depuis quelques temps à Karere, un petit village du Mbangawi. En effet, des bébés viennent au monde avec d'étranges pouvoirs, causant parfois des dégâts considérables, car si certains se contentent de flotter dans les airs ou d'être transparents, d'autres peuvent carrément exploser.
Une fois l'information parvenue aux X-Men, ceux-ci décident de partir enquêter sur place. Cyclope est à la tête du groupe et emmène avec lui Emma Frost, Tornade, Wolverine, Armor et Beast. Ce dernier est particulièrement intrigué en tant que scientifique car le gène X ne s'active normalement qu'à la puberté et non à la naissance. Mais l'équipe, devant faire face à l'hostilité des autorités locales, va vite découvrir que ces phénomènes cachent non pas un nouvel espoir pour l'Homo Superior mais bien une menace pour l'humanité entière...

Ces cinq épisodes sont scénarisés par Warren Ellis (No Hero, Black Summer, Océan, Ministry of Space, Freakangels, Transmetropolitan, Nextwave, Fell, New Universal) et dessinés par Kaare Andrews (Matrix, Spider-Man : Reign). Les couleurs, superbes, sont l'oeuvre de Frank D'Armata. Visuellement, Andrews mise sur une certaine irrévérence, notamment à propos de la pauvre Emma Frost, dont les formes exagérées lui donnent un aspect plus inquiétant que séduisant (Scott doit pouvoir faire le tour de sa taille avec le pouce et l'index !). La malchanceuse télépathe a même droit, sur une cover, à une sorte de bébé lézard qui lui gerbe directement dans le décolleté. Son image de femme fatale, glaciale et hautaine, en prend un coup. Les autres sont mieux lotis et particulièrement musculeux. Le style graphique est en tout cas vraiment séduisant.

Le récit a l'avantage d'être très accessible, sans grosses références à la continuité si l'on excepte un ou deux éléments comme la Ghost Box (invention du même Ellis, cf cette chronique) ou le fait que le groupe soit établi à San Francisco au moment des faits. Bien que le Mbangawi soit imaginaire, l'auteur parvient tout de même, par l'intermédiaire de Logan, à dresser un portrait sans concession des états bien réels qui l'entourent : le génocide rwandais, les enfants soldats du Burundi, l'Ouganda et ses réfugiés, la Tanzanie et sa population aux prises avec une terrible épidémie de sida... tous les pays de la région sont égratignés, le Mbangawi étant d'ailleurs désigné comme le "carrefour de la merde". Dans un autre registre, les scènes de combat se révèlent impressionnantes (mais néanmoins très lisibles, ce qui n'est pas toujours le cas) et la conclusion se teinte d'une certaine amertume.
Tout n'est cependant pas totalement noir et désespéré, Ellis parvenant à insérer quelques touches d'humour grâce à de savoureuses répliques. Il demeure également quelques petites incohérences, mais rien de dramatique. Par exemple, alors que Joshua N'Dingi dispose de moyens considérables et qu'il est déjà bien rafistolé, pourquoi diable conserve-t-il une tronche avec "dents apparentes" ? Au point où il en est, son toubib aurait pu lui faire un prix pour une petite chirurgie faciale réparatrice... et comment fait-il pour boire ou manger ? tout doit se barrer... enfin, bref, c'est plus amusant que véritablement gênant.

Des X-Men en grande forme et joliment mis en images.

19 octobre 2011

La Mort de Spider-Man

Le prologue de Death of Spider-Man figure au sommaire de l'Ultimate Spider-Man #10, paru hier.

Black Cat a dérobé la puissante Clé du Zodiaque, un artefact d'origine extraterrestre ayant autrefois appartenu au Caïd. Mysterio, connaissant la puissance de l'objet, va tout tenter pour l'acheter ou... le voler à son tour.
Pendant ce temps, Peter Parker doit, sur décision de Carol Danvers (cf cette chronique), patronne du SHIELD, suivre une formation auprès de super-héros confirmés. C'est Tony Stark, alias Iron Man, qui a été choisi pour donner ses premiers cours au Tisseur. Malheureusement, il n'a pas la moindre idée de ce qu'il est censé lui enseigner. Il se contente donc de lui faire visiter sa salle des armures, tout en lui apprenant que la plupart des surhumains estime qu'il est un danger potentiel.
Très vite cependant, le professeur improvisé et l'élève sont interrompus par une alerte signalant un flux d'énergie inconnu provenant de Soho.
Arrivés sur place, ils vont découvrir un quartier totalement ravagé...

L'on approche tout doucement de la grande saga Death of Spider-Man qui bouleversera totalement l'univers du Monte-en-l'air (difficile de ne pas en connaître les conséquences tant elle a donné lieu à un véritable tapage médiatique, et ce même au sein de journaux "généralistes", peu enclins d'habitude à parler de comics).
C'est bien entendu Brian Michael Bendis qui reste, au scénario, le maître d'oeuvre. Il est cette fois accompagné, au dessin, par Sara Pichelli et David Lafuente. Et graphiquement, il est peu de dire que le style de Pichelli s'avère bien plus agréable.
Les deux préludes dont il est question ici sont plutôt bien fichus et conservent un brin d'humour malgré la situation assez dramatique. Bizarrement, l'on peut faire un parallèle avec Fear Itself puisqu'il est également question d'une arme de nature surnaturelle et provenant d'Egypte (apparemment, c'est là-bas que tous les criminels vont cacher les saloperies qu'ils récoltent).

Il ne se passe pas énormément de choses finalement dans ces épisodes (l'aspect "instruction" aurait notamment pu être plus poussé) mais ils donnent envie de se jeter sur la suite, ce qui est bien l'essentiel. Et puis il y a évidemment cette tension particulière, liée au titre même de l'arc. Il faut souhaiter que, contrairement à la plupart des morts dans Ultimatum, celle du Tisseur soit lyrique, à défaut d'être durable.

Une entrée en matière qui prend un poids supplémentaire de par le fait de cette mort annoncée qui plane maintenant sur les planches.

Lancement de Fear Itself

La sortie hier de Marvel Stars Hors Série #1 marque le début du nouvel évènement Marvel : Fear Itself.

Après la mort de Crâne Rouge, sa fille, Sin, aussi horriblement défigurée que lui, tente de récupérer une puissante arme, autrefois tombée entre les mains de son géniteur après quelques invocations et sacrifices.
Pour cela, elle est aidée par le Baron Zémo qui lui est quelque peu redevable depuis qu'elle lui a révélé des éléments compromettants sur le passé de Bucky Barnes, alias le Soldat de l'Hiver.
Ensemble, ils pénètrent dans une ancienne base de Crâne Rouge, située en plein milieu du désert égyptien...

Le premier hors série de Marvel Stars fait donc office de prologue à Fear Itself, le nouvel event de la Maison des Idées, qui débutera réellement le mois prochain.
L'essentiel de la revue est occupé par Fear Itself : Book of the Skull, un épisode scénarisé par Ed Brubaker et dessiné par Scot Eaton. Les auteurs s'attachent surtout à montrer comment, pendant la guerre, Crâne Rouge est entré en possession de l'arme évoquée plus haut. 
Une intro plutôt sympathique et de fort belles planches.

Figurent également au sommaire deux courtes histoires ; Fear Itself : Sin's Past et A Little Help, tiré de I am an Avenger #5. Certains éléments du premier récit pourront surprendre car ils font références à des évènements encore non publiés en VF (et qui le seront seulement en décembre).
Enfin, l'on bénéficie également d'une petite interview de Matt Fraction, le grand architecte de Fear Itself. Celui-ci dévoile quelques informations sur la nature de la menace qui pèsera sur les héros. L'on apprend également que, bien qu'impactant tout le marvelverse, Fear Itself concernera en premier lieu Captain America et Thor, un choix logique puisque les thèmes choisis (Hitler, les divinités nordiques...) sont très liés à ces deux personnages.
Fraction promet également une série principale qui pourra se lire sans l'apport des tie-ins (comme c'est souvent le cas avec les events modernes) et des chapitres denses et riches en rebondissements. C'est en tout cas tout ce qu'il faut espérer.

Un hors série un peu mince mais plutôt alléchant.

17 octobre 2011

Batman, manhua et snuff movies

Petit retour sur Batman : Hong Kong qui entraîne le Dark Knight aux portes de la Chine.

Quand un hacker vient raconter au commissaire Gordon qu'il a été témoin d'un meurtre en direct sur internet, ce dernier a du mal à croire  en la véracité des faits. Pourtant, rapidement, le témoin va subir le même sort que la première victime. Batman s'empare alors de l'affaire et va suivre une piste qui le mène tout droit à Hong Kong.
Sur place, Batman va trouver un étrange allié en la personne de Night-Dragon et, surtout, découvrir une guerre entre deux frères, l'un à la tête de la police locale, l'autre chef d'une triade. Les deux hommes partagent un lourd et noir secret qui les hante et les a séparés depuis longtemps.
Dans une ville qu'il ne connaît pas, au milieu de coutumes qui ne sont pas les siennes, Batman parviendra-t-il à retrouver l'auteur des atroces crimes filmés ? 

Il n'y a pas que Marvel qui, avec sa collection Transatlantique, a souhaité laisser à des auteurs étrangers le privilège de donner "leurs" versions de ses plus illustres personnages. Il y a quelques années, DC Comics s'est également tourné, non pas vers l'Europe comme la Maison des Idées, mais vers le continent asiatique. Cela a donné quelques aventures assez particulières, publiées par Semic (et que l'on peut encore trouver facilement sur le marché de l'occasion).
Si Batman : L'Enfant des Rêves avait été entièrement laissé aux bons soins du japonais Kia Asamiya, un étrange tandem a été formé pour le Batman : Hong Kong qui nous intéresse ici. Le scénario a été confié à Doug Moench, un auteur bien américain, ayant oeuvré sur diverses séries Marvel et DC (Batman, Green Lantern, Thor, Moon Knight...), alors que c'est Tony Wong, star du manhua (BD chinoise), qui est chargé de l'aspect graphique. L'artiste a fondé sa propre maison d'édition, plusieurs de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma, et il est connu pour des séries d'action, parfois très violentes, puisant logiquement dans les Wushu et la culture martiale chinoise. Pourquoi adjoindre un scénariste maison à un créateur déjà expérimenté si l'on veut obtenir un Batman qui sorte des sentiers battus ? Mystère.

Graphiquement tout d'abord, il est indéniable que le résultat est plutôt joli. Un Batman musculeux, à la cape qui n'en finit pas, enchaîne les poses dans des décors parfois magnifiques.
Le thème de départ est plutôt intéressant et l'on retrouve quelque peu l'âme de la subtile philosophie asiatique ("être moins qu'un homme pour devenir plus" par exemple). Malheureusement, les points positifs s'arrêtent là.
L'affaire de snuff movies, qui aurait pu être très sombre et bien convenir à l'univers du Dark Knight, s'avère vite secondaire et est remplacée par de la baston avec les classiques triades et par une histoire de vengeance familiale aussi caricaturale qu'inutilement ampoulée. Pire, Batman se comporte comme le plus crétin des touristes et "glisse" sur la culture chinoise sans jamais tenter de l'aborder, se contentant de reproduire le schéma qui était le sien à Gotham ("je collabore avec le patron de la police, je cogne, je cherche un interprète pour beugler des ordres aux civils..."). 
Au final, le dépaysement n'est qu'apparent et le récit aurait pu aussi bien se situer en Allemagne ou à Tombouctou (un comble lorsque l'on s'assure les services d'un artiste local).
Quel dommage que la démarche, pourtant louable, n'ait pas abouti à un meilleur résultat...

De jolies planches qui, là où l'on attendait une certaine profondeur, ne servent malheureusement qu'un exotisme de façade.

16 octobre 2011

Marvel Icons : Iron Man #500 & New Avengers

Double ration de New Avengers et un numéro anniversaire pour Iron Man dans le Marvel Icons #9 de ce mois.

Le mensuel commence par deux épisodes de New Avengers. Le scénario est de Brian Michael Bendis, les dessins sont de Daniel Acuña pour la première partie, puis de Mike Deodato et Howard Chaykin pour la seconde. Si Acuña et Deodato sont excellents, il est toujours aussi difficile de se faire au style de Chaykin (j'en ai déjà parlé ici ou , je ne reviens donc pas là-dessus).
Niveau histoire, l'on a droit à une excellente scène d'ouverture entre Luke Cage et Jessica Jones. Les jeunes mariés parlent notamment de l'avenir de Jessica en tant que super-héroïne (en effet, les premiers pas de la jeune femme, en tant que Jewel, avaient été plutôt compliqués, cf l'excellente série Alias). Dans un registre plus léger, il est également question de son éventuel futur pseudo, un sujet qui semble beaucoup préoccuper l'ami Luke. ;o)

Après une petite confrontation avec l'un des doombots de Fatalis, l'on attaque le début d'un nouvel arc dans lequel l'équipe s'en prend à une milice formée, à partir d'anciens membres du HAMMER, par la très sexy Deirdre Wentworth, alias Superia (même les Vengeurs trouvent ce nom naze). L'intervention ne se passe d'ailleurs pas très bien et se termine sur une scène assez inquiétante...
Un mélange d'action et de dialogues sympathiques pour des épisodes plutôt agréables à lire.

On enchaîne ensuite avec Invincible Iron Man et notamment le numéro spécial fêtant le 500ème épisode de la série (qui retrouve donc sa numérotation originelle pour l'occasion).
Le scénario est écrit par Matt Fraction, les planches sont l'oeuvre de Salvador Larroca, Kano, Nathan Fox et Carmine Di Giandomenico. Dans son édito, Christian Grasse nous dit que l'aventure navigue entre passé et présent, eh bien c'est presque ça, puisqu'en réalité, le récit se déroule de nos jours et en 2052, donc dans... le futur. Mais bon, ce n'était pas facile, et puis il en a au moins un de bon (bien sûr je me risque ici à supposer que Grasse est issu de la même ligne temporelle que moi, dans le cas contraire, sa description pourrait être juste).
Le futur en question se révèle assez apocalyptique, le monde étant sous la coupe du Mandarin. Dans le présent, Tony Stark, aidé par Spider-Man, s'attaque aux "Bâtards de Wilbur Day", un groupe de fanatiques luttant contre la technologie "fasciste". L'on découvre peu à peu le rapport entre ces évènements se déroulant à des époques pourtant différentes. Rien de bien folichon à part une ou deux vannes et quelques scènes "calmes" parfois assez poignantes (les combats étant, eux, franchement brouillons).
A part l'exceptionnelle longueur de l'épisode, ce numéro #500 ne se démarque pas vraiment par ses qualités.

Signalons que la revue est plus chère que d'habitude (5,60 euros) car, selon le principe de l'anniversaire paninien, il faut payer les "cadeaux" que l'on reçoit. Oui, c'est mesquin, mais pas plus que de faire payer des épisodes qui, à la base, sont distribués gratuitement. 

Un anniversaire un peu terne pour notre boîte de conserve mais les Vengeurs permettent de tirer ce Marvel Icons vers le haut.

14 octobre 2011

PunisherMAX : Bullseye

Le deuxième opus de la nouvelle série du Punisher vient de sortir et s'intéresse de près à Bullseye.

Le Caïd règne maintenant en maître sur les familles mafieuses de New York. Il est ainsi devenu une cible prioritaire pour Frank Castle. Pour liquider ce dernier, le gangster engage un tueur réputé : Bullseye.
Avant de s'attaquer au Punisher, l'assassin tente de comprendre sa manière de fonctionner, sa façon de penser. Petit à petit, il va se glisser dans sa peau et n'hésite pas, pour cela, à organiser le massacre de familles qu'il "emprunte" afin de reconstituer la mort des proches de Castle.
Peu à peu, Bullseye glisse vers la folie et en vient à admirer la machine à tuer qu'est le Punisher.
Castle, de son côté, va franchir une limite essentielle. Pour la première fois, il va s'en prendre à des flics. Et peut-être même devenir... un terroriste.

Après un très bon premier tome, les mêmes auteurs reviennent pour une suite tout aussi musclée et palpitante. Jason Aaron (Scalped) s'occupe du scénario et Steve Dillon est aux crayons. Avec Dillon, on sait que l'on ne va pas acheter ce comic pour la qualité des dessins. Ceux-ci sont en effet franchement médiocres, surtout (comme toujours) les visages, tous si semblables que l'on a l'impression de voir tout le temps une seule et même personne (le visage du Punisher, en plus gros, sert à faire celui du Caïd ou du chef de la police, sans les cheveux, il devient Bullseye, etc.).
Heureusement, malgré cet aspect graphique agaçant, l'essentiel se situe dans la plume d'Aaron.

Nous l'avions vu lors du premier opus, il s'agit ici de prendre des figures connues du marvelverse tout en gommant leur aspect super-héroïque (costumes, super-pouvoirs) afin de renforcer le côté polar "réaliste". Le portrait de Bullseye est à ce titre non seulement réussi mais également assez horrible. Le tueur à gages trimballe pourtant déjà une jolie réputation, et l'on a pu souvent constater sa noirceur, que ce soit dans la série Daredevil ou plus récemment lors de la période Dark Reign. Malgré cela, il semble ici plus dangereux et cinglé que jamais ! Au point presque de faire passer un Barracuda pour du menu fretin.
Evidemment, pour se hisser à la hauteur de son ennemi, Castle monte également dans les tours, franchissant ainsi des limites qui étaient pourtant jusqu'ici essentielles à ses yeux.
Une révélation importante (mais que l'on sentait venir) vient également clôturer cet arc et modifier radicalement la nature même du Punisher.

L'ouvrage est évidemment destiné aux lecteurs avertis. Non seulement les auteurs vont très loin dans la violence (avec des scènes de torture assez dures) mais ils n'hésitent pas non plus à faire dans le scatologique (même si c'est, heureusement, plus suggéré que montré).
Du lourd donc, mais au service d'un récit parfaitement mené et d'un affrontement démesuré entre deux personnages qui n'incarnent plus le bien et le mal mais seulement une violence sans contrôle et non tempérée par la morale.
Si Aaron voulait condamner les moyens employés par le Punisher, il s'y prend là d'une manière très habile, en évitant les niaiseries politiquement correctes et les vérités présentées comme absolues.

Bourrin dans la forme, plutôt subtil sur le fond, et globalement très addictif. 


Le Coin des Spoilers
Il est intéressant de revenir ici sur l'un des aspects essentiels du mythe fondateur du Punisher : sa souffrance. C'est le massacre de sa famille qui fait de lui un être voué à l'éradication des criminels. Mais évidemment, si le raisonnement de Bullseye se révèle exact (et il semble avoir des arguments en sa faveur), alors cette souffrance est voulue et n'a plus le même impact, elle devient même quelque peu superficielle et fait de Castle un psychopathe du niveau de Bullseye. Et comment pardonner à Castle ce qu'il est censé, de manière cynique et volontaire, ne pas avoir empêché ?
L'approche est radicale mais a le mérite d'être nouvelle. Si elle fait du Punisher un type bien moins sympathique (et c'est un euphémisme !), elle contribue à le rendre effrayant et presque plus monstrueux que les criminels qu'il combat.
Pour ce qui est des mots que Bullseye chuchote à l'oreille du Punisher à la fin, je les ai agrandi et ça ne donne rien de précis (il est écrit, en tout petit : "-ce pas, mon v"). Est-ce n'importe quoi ou une vraie portion de phrase qui aurait un sens ? Mystère. Si quelqu'un a une hypothèse ou un début de réponse, qu'il ou elle n'hésite pas à se manifester. ;o)
(attention dans les commentaires, si vous émettez simplement des hypothèses, pas de souci, mais si vous apportez une information tirée de la VO, pensez à bien le préciser au début de votre message afin que ceux qui souhaitent éviter le spoiler puissent savoir à quoi s'en tenir, merci)

13 octobre 2011

Justice League of America : Mesures Extrêmes

Nouveau tome de la collection Anthologie DC avec la JLA de Morrison.

L'ouvrage comprend les épisodes Justice League of America #22 à #26, #28 à #31, et le numéro spécial JLA #1 000 000.
Le tout est scénarisé par Grant Morrison et dessiné par Howard Porter & Mark Pajarillo.
Graphiquement, pas de quoi sauter au plafond mais on a déjà vu beaucoup plus moche. C'est surtout la colorisation qui manque de nuances. Le récit, lui, est par contre assez typique de certaines productions des années 90. En gros, l'on va trouver surtout de l'action, de l'action et, entre les deux, pour souffler un peu, de l'action. 

C'est donc essentiellement une foire aux ennemis, avec des créatures extraterrestres, des ultramarines, une menace venue de la cinquième dimension, bref, Morrison met en scène des gros bras et il doit les occuper. Niveau personnages, l'on retrouve les têtes d'affiche (Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash...) mais aussi des seconds couteaux moins connus (Zauriel, Steel, Plastic Man...). La JSA fait également une apparition.
Etrangement, ces épisodes ont connu un certain succès à l'époque (expliqué en partie par le retour des poids lourds de DC au sein de la JLA). Pourtant, c'est assez pénible à lire. Il faut vraiment s'accrocher pour comprendre les motivations des protagonistes ou le déroulement de certains évènements, et l'auteur privilégie tellement l'action qu'elle en devient terne et lourdement répétitive.
Il n'y a rien de compliqué au niveau du contexte et du rapport entre les personnages, il n'y a simplement quasiment aucun échange en dehors du "comment on va latter ces mecs ?". Finalement presque l'inverse d'un Identity Crisis qui, bien que profond et subtil, permettait de rentrer dans l'univers DC avec facilité et enthousiasme.

Difficile également de retrouver la "patte" propre à Morrison. Le scénariste a fait du bon (Batman : Arkham Asylum, X-Men), du très mauvais (Kill your boyfriend), de l'excellent (We3), de l'insolite (The Mystery Play) mais il a rarement, comme ici, fait aussi plat et fade. Et même si quelques lignes de dialogues viennent parfois rappeler qu'un auteur est à la manoeuvre et apporter une touche d'humour, l'essentiel est bien trop rempli de vent et de combats insipides pour que l'on soit réellement embarqué, voire même simplement intéressé, par cette accumulation de péripéties douteuses. Même en prenant en compte le contexte et les impératifs de l'époque, cette JLA bruyante, brouillonne et conventionnelle au possible ressemble à une caricature du genre super-héroïque.
Difficile en tout cas de trouver en son sein le moindre début de plaisir de lecture.

Une sorte de son & lumière sur papier, sans aucun fond.
Soporifique. 

12 octobre 2011

Des Livres coupés à la Hachette

D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours été fasciné par les livres. Pas seulement les BD d'ailleurs. Non, ce qui m'intriguait vraiment, c'était cette bibliothèque aux rayons bien garnis par des ouvrages que je n'avais pas le droit de toucher. Parce qu'un livre, m'avait-on expliqué, ce n'est pas un jouet. Si tu ne sais pas lire, tu n'as pas à le tripoter !
Ma foi, ça se tient.
J'ai donc appris à lire très vite. Oh, pas que pour l'aura de mystère qu'exhalait la bibliothèque familiale, non, aussi pour Tintin ou Astérix. Parce qu'à l'époque, aux temps obscurs de mes premiers pas dans l'univers du papier, ma maman ne me lisait "que" deux pages par jour de mes BD favorites. Juste avant de me balancer dans un lieu bruyant dont, déjà, j'avais horreur. 
L'école.
Maternelle.

Heureusement, j'ai pu me débrouiller rapidement pour ne plus être dépendant d'un adulte lorsque j'avais envie de me plonger dans l'Aventure et j'ai donc lu mes premiers romans (pour enfants) très tôt. J'avais enfin accès aux livres de la bibliothèque ! Elle n'était pas encore rose ou verte à l'époque puisque les ouvrages du Club des Cinq, par Enid Blyton, que je découvrais étaient anciens (et possédaient une couverture blanche). Ils avaient déjà été lus mais étaient en bon état. Normal, c'est ma maman qui les avait achetés, ou gagnés dans sa jeunesse (oui, à l'époque, les professeurs avaient parfois l'idée folle de récompenser les bons élèves par des livres !). Et, comme je le ferais par la suite, elle leur avait accordé une importance suffisante pour ne point les écorner ou leur faire l'offense d'une tache quelconque.
Aujourd'hui, je n'ai pas loin de 40 ans, j'ai dû tourner des centaines de milliers de pages et si je devais faire un top 10 de mes plus beaux et intenses moments de lecture, romans et BD confondus, je pense que deux ou trois, au moins, seraient issus de cette époque incroyable où je lisais non pas sous la couette mais sous de lourds édredons, au contenu douteux (pas possible que ce soit des plumes pour être aussi lourds !).
Par contre, il ne faut pas se laisser aller à croire que mon cas était exceptionnel. J'ai eu accès à la lecture parce que mes parents (pourtant pas issus d'un milieu favorisé et n'exerçant pas de professions intellectuelles) m'y ont donné goût, parce que des éditeurs proposaient des oeuvres magnifiques, traduites de manière magistrale (Buckeridge traduit par Olivier Séchan ne perdait rien de son aura !) et parce que la société dans son ensemble valorisait encore l'écrit. Et puisque le contexte est important, pourquoi ne pas évoquer les usages actuels ?

J'en ai déjà un peu parlé, ici ou là, à l'occasion de sujets sur certaines dérives éditoriales, mais je n'avais jamais vraiment consacré un article aux romans destinés à la jeunesse (qui sont, à certains égards, pour l'adulte ignorant, fort proches de la bande dessinée de toute façon, autrement dit peu dignes d'intérêt).
Lire est important (je ne reviens pas sur l'importance des mots, déjà évoquée ici). Parce que cela permet de se forger l'esprit, de s'instruire, de découvrir des tonnes de choses, de s'évader, de se construire un imaginaire...
Mais lire est aussi, et avant tout, un plaisir. C'est, à mon sens, ce qui a été écarté (par bêtise, par nonchalance, puis par appât du gain) du domaine du Livre : le plaisir.
Il existe de mauvais jeux vidéo, de mauvais films, mais en général, aucun gamin n'est rebuté, à la base, par une antique cartouche ou un DVD. A l'inverse le livre, parfois, fait peur. La lecture apparaît comme une corvée là où elle devrait faire s'agrandir les regards. Non de stupéfaction mais d'envie !
- Tiens, aujourd'hui tu vas aller bêcher le jardin, tu feras la vaisselle et tu liras un livre.
- Oh non, papa ! Pourquoi un livre ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

Ne pas lire, ou ne plus avoir envie de lire, n'est pas une conséquence réelle de la "modernité" ou de l'évolution technologique des supports. Tout comme nos passions anciennes pour les romans n'étaient en rien liées à une nature innée et fondamentale ou à l'absence de media concurrents. Derrière une adhésion, puis un accès au plaisir, il y avait une initiation, une approche intelligente permettant de fournir aux jeunes lecteurs des romans soignés, correspondant à leurs envies et à leur âge, mais ne saccageant pas la langue pour autant.
Ce travail, aujourd'hui, est souvent ignoré. Pire : l'on piétine les oeuvres anciennes (et plus spécifiquement une collection bien connue) qui, elles, avaient encore un pouvoir de séduction. Et au lieu de ravaler les façades, de mettre un peu de vernis sur la forme, l'on s'attaque au fond, en le dénaturant et en le rendant fade et sec.
J'en veux pour preuve le Club des Cinq évoqué plus haut. Les ravages actuels sur les textes originaux sont proprement ahurissants : on supprime certains temps (pour tout mettre au présent), on coupe des phrases, on remplace des mots, on élague des pages, on rajoute des illustrations... en somme, l'on fait tout pour que cela soit court (cf la différence d'épaisseur, ci-contre, entre des éditions séparées de quelques dizaines d'années), simple, purement descriptif, sans style, sans âme, bref, pour que cela n'ait pas l'air de romans. Ce qui entretient l'idée absurde que le roman est par nature rébarbatif.
Une démarche difficile à croire de la part d'un éditeur... et pourtant !

Autre exemple, plus récent cette fois, donc non charcuté mais "bénéficiant" du même traitement : Spider-Man dans la Bibliothèque Verte actuelle (qui n'est que l'ombre de ce qu'elle fut, évidemment).
L'on nous dit, en quatrième de couverture, que le public visé est les 8-10 ans. Bon, ok.
Déjà, le livre est d'une minceur extrême. En gros un demi-centimètre en comptant la couverture. Un peu bizarre non ? Si c'est bien, on n'a pas envie que ce soit torché en 10 minutes. Enfin, bon, admettons.
Première surprise, la taille de la police choisie est assez... étonnante. En même temps, c'est bien, papy n'aura pas besoin de ses lunettes s'il lui prend l'envie de lire également les aventures du Tisseur.
Autre astuce pour rendre le livre moins "livre" en apparence : les illustrations sont systématiques, à toutes les pages. Elles prennent d'ailleurs parfois jusqu'à la moitié de la page. Et quand l'on n'a pas de cases ou de vraies illustrations à ajouter, hop, on fourgue un logo, une toile d'araignée, un brin d'ADN, n'importe quelle connerie qui fera office de remplissage du moment qu'il ne s'agit pas de mots.
Pour ce qui est du texte (écrit par Nicolas Jaillet dans ce cas), il n'est pas spécialement mauvais (pas de fautes, de coquilles, d'approximations). Non, il est simplement d'une pauvreté aussi violente que voulue. Signe des temps, toute la narration est au présent (ah ben l'imparfait ou le passé simple, c'est trop dur pour les gamins ! à quand la suppression de ces temps dans le programme scolaire ?) et des onomatopées subsistent dans le texte (du style "blam", qui évoque une porte qui claque, autant de mots d'économisés).

Le bilan fait forcément un peu peur. Je comprends les besoins mercantiles, mais je réfute les moyens employés, d'autant que sur le long terme, ils aboutiront au naufrage des éditeurs.
Il faut quand même revenir un instant sur la stupidité incroyable de la démarche.
Des mecs constatent que les enfants ne lisent plus autant et, pour relancer la machine, ils essaient de faire en sorte qu'un livre soit... le moins possible un livre.
Un peu comme un suppo (ah, j'espère qu'il n'est pas trop gros !).
Imaginons le même principe transféré dans le monde du football. Bon, je n'aime pas trop le foot moi par exemple, mais si demain la FFF nous pond des matchs de 20 minutes, avec six joueurs, sur des terrains de cinq mètres sur trois, ben... je n'irai tout de même pas les voir. Je m'en fous que ce soit court. On peut même remplacer les joueurs par des nains, c'est le principe que je n'aime pas.
Donc, très logiquement, aucun ponte du foot n'a l'idée d'adapter les règles pour ceux qui ne vont jamais au stade et ne regardent pas le championnat à la télé.
Ben, dans le monde de l'édition, les mecs ont eu l'idée inverse.
C'est à dire qu'un jour, quelqu'un s'est pointé, je sais pas, une sorte de prix Nobel en puissance, il a sorti un truc du genre "mais... y'a qu'à faire croire que les livres c'est pas des livres", et un type a répondu "banco, ouais, c'est ça qu'il faut faire !"
Evidemment, ce genre de "roman" ne peut absolument pas convaincre un gamin de l'intérêt de la lecture. Parce que tout ce qui fait l'intérêt du roman est absent de ce livre oppressé, censuré, violenté, dépouillé de ses littéraires attributs !
Non seulement ceux qui ne voulaient pas lire ne liront pas, mais, pire, ceux qui auraient pu aimer ça ne seront pas tentés non plus (étant donné que le roman n'exploite pas les qualités inhérentes à ses particularités d'écriture).

Hachette n'est pas la seule maison (et de loin !) à flirter avec cette apparente facilité. Etrangement, un grand nombre d'éditeurs sont occupés, à l'heure actuelle, à détruire ce qui fait leur intérêt, leur particularité, leur éternité. Et certaines microstructures, sans auteurs visionnaires, sans cadres expérimentés, sans tâcherons (le mot semble péjoratif mais ils sont essentiels) occupés à mettre de l'huile dans des rouages oubliés (voire inconnus), renforcent encore le sentiment de décrépitude.
Il n'est pas possible toutefois de condamner ou d'éructer dans une seule direction.
Nous sommes tous coupables, à des degrés divers. 
En tant qu'auteurs, lecteurs, parents, professeurs, éditeurs, traducteurs, imprimeurs, journalistes, directeurs de collection, correcteurs, consommateurs, citoyens, passionnés, nous avons laissé le livre pour enfant se plier à des contraintes qui ne devraient pas être les siennes. Et nous avons laissé le sublime domaine du Papier dépérir.
Nous avons laissé à des ignorants le pouvoir de nous dire que nous avions fait notre temps, sous prétexte que nos pages jaunissaient. Là où nous aurions dû nous enorgueillir des coups de langue des horloges et des baisers du soleil, nous nous sommes recroquevillés, comme honteux.
Et maintenant que les adeptes de l'apparence sont - presque partout - aux commandes, que reste-t-il de ces trésors anciens qui forgeaient carrières et passions ?
Les livres pour enfant méritent-ils vraiment d'être réduits, simplifiés, aseptisés ? Expurgés du rêve qui les animait naguère ? Vidés de leur essence véritable ? Les enfants ne sont pas des demeurés ! Ils peuvent lire des verbes conjugués au passé (lire est d'ailleurs le meilleur moyen d'apprendre à manier un verbe) et n'ont pas besoin d'images grotesques qui viennent rogner les pages, comme pour les soulager d'une corvée.

Un Livre est une fenêtre sur autre chose. Une porte pour s'enfuir. C'est surtout une brique essentielle permettant à un enfant de pouvoir bâtir à son tour, que ce soit un raisonnement, une rédaction ou une simple lettre. Lézarder ce qu'il offre, ce n'est pas seulement fragiliser les fondations de la culture, c'est priver toute une génération de lecteurs de la plus essentielle des architectures : celle qui permet d'élever son esprit et de prendre, en plus, un plaisir immense lors de cette ascension.
Les enfants restent un public particulier qu'il faut soigner, tout simplement parce que c'est de leurs premières expériences de lecture que dépendront la taille des bataillons de futurs lecteurs adultes. A moins qu'un jour, quelqu'un ait l'idée d'adapter la même méthode aux parents. En arrachant des pages, en supprimant des lignes, en ne conservant qu'un seul temps...
Peut-être que finalement, la seule erreur dans les prévisions d'Orwell, c'est la date.




10 octobre 2011

Marvel Heroes : Vengeance et Ethique

Joyaux de l'Infini, Dévoreurs de Monde et leçons d'éthique sont au menu du Marvel Heroes #9 de ce mois.

Le revue commence par deux épisodes de la série Avengers (notons que Panini s'est trompé dans les covers en publiant en fait les bons numéros, #10 et #11, mais de la mauvaise série, en l'occurrence The New Avengers). 
Le scénario est de Brian Michael Bendis, les dessins de John Romita Jr. Ce dernier a toujours autant de mal avec les visages des personnages, surtout féminins. Le deuxième épisode a la particularité d'être presque entièrement dessiné en pleines pages. Certaines sont d'ailleurs plutôt pas mal (à moins d'être vraiment allergique à son style assez particulier), mais s'il lui faut une case par page pour faire un boulot correct, on n'est pas rendu...

Niveau récit, l'on retrouve Hood qui tente de réunir les Joyaux de l'Infini, de jolies pierres de toutes les couleurs - et à la puissance phénoménale - qui ont été dissimulées par les Illuminati (cf la mini-série New Avengers : Illuminati).
Evidemment, ce n'est pas tellement du goût de Steve Rogers qui reproche à Tony Stark d'avoir de nouveau magouillé dans son dos. Une attitude qui nous vaut une remarque assez drôle de Spidey, faisant toujours office de petit rigolo au sein du groupe.
Tout cela n'avance pas énormément et propose essentiellement de la baston. Même le cliffhanger final, avec l'arrivée d'un personnage important, semble un peu prévisible.

On poursuit avec Thor, écrit par Matt Fraction et dessiné par Pasqual Ferry. Thor a réveillé son petit (c'est le cas de le dire !) frère Loki afin de lutter contre une lourde menace qui déferle sur les Neuf Mondes. Pour protéger Asgard, il a même tiré des limbes son si sympathique pôpa, Odin en personne.
Le titre est très axé heroic fantasy en ce moment, le seul élément moderne de l'épisode étant une petite virée en bagnole.
Rien de vraiment bien palpitant.

On passe ensuite à Avengers Academy, probablement le meilleur titre Avengers actuel. Le scénario est de Christos Gage, les dessins de Mike McKone. Dès le départ (cf cette chronique), Gage a su rendre la nouvelle équipe attractive grâce à un savant dosage de drame, d'humour et d'action mais aussi en creusant la psychologie de ses personnages, que ce soit les élèves ou leurs professeurs.
L'épisode du mois revient sur l'agression dont avait été victime Tigra (cf Marvel Icons v. I #40). A l'époque, Hood (encore lui !), s'en était pris à elle afin de faire passer un "message" et de s'imposer comme le boss des criminels masqués. Et malheureusement, la vidéo de ce moment douloureux aboutit sur youtube, ravivant chez Tigra de bien pénibles souvenirs.
L'auteur réalise ici une petite prouesse en mettant en avant un sujet grave tout en conservant rythme et qualité des dialogues. A travers la réaction des élèves et celle de Tigra, Gage aborde le sentiment de culpabilité des victimes de viol ou d'agression, mais aussi l'incompréhension, voire le rejet souvent inconscient, que peuvent manifester parfois leurs proches. Tigra, personnage plutôt fade et méconnu, prend ici une dimension particulière et s'avère même touchante à plusieurs reprises. On sent également une véritable dissension au sein des apprentis Vengeurs, même parmi ceux décidés à mettre sur pied une expédition punitive, chacun ayant sa propre approche ou un ressenti particulier.
L'on a également droit au traditionnel laïus sur les valeurs super-héroïques ("si tu fais ça, tu deviendras comme eux", "on vaut mieux que ça", etc) mais il est cette fois asséné avec tant de conviction qu'il en devient crédible (et surtout, cette position idéologique a ici une conséquence imprévue et très importante).
Bref, une excellente série, toujours aussi passionnante. On attend avec impatience le Hors Série, prévu pour le début de l'année prochaine, qui réunira les six épisodes de Avengers Academy liés au futur event Fear Itself.

Une fournée automnale très largement dominée par les jeunes recrues de l'académie. La série de Gage, alliant fraîcheur et intelligence, justifie à elle seule l'achat du mensuel.

07 octobre 2011

Fantastic Four : Three

Retour sur le Marvel Icons Hors Série #22 de septembre et sur la fin tragique de l'un des Fantastic Four.

Un évènement de taille a eu lieu le mois dernier dans la série Fantastic Four. Il était difficile d'en parler sans dévoiler l'essentiel du récit, aussi il m'a semblé nécessaire de temporiser un peu afin de laisser aux lecteurs le temps de terminer la saga Three, scénarisée par Jonathan Hickman et dessinée par Steve Epting et Nick Dragotta.
Le nom de cet arc est plus que symbolique puisque, évidemment, il évoque la perte de l'un des membres mais il permet également de rendre compte de la dispersion de l'action, les FF étant occupés à gérer  trois menaces différentes, sans pouvoir faire front commun.

Alors que Reed tente de sauver les habitants du Nu-Monde, menacés par Galactus, la jolie madame Richards, de son côté, joue les médiatrices entre Namor et les anciennes tribus d'Atlantis.
Ben, qui a retrouvé une apparence humaine pour une semaine, reste, lui, en compagnie de Johnny Storm. Les deux amis profitent de l'aspect plus discret de Ben pour faire la fête et s'adonner à des activités "normales". Malheureusement, le calme ne va pas durer et ils vont bientôt devoir lutter contre les armées d'Annihilus, menaçant de nouveau d'envahir le monde.

Ces épisodes sont assez classiques au niveau de la thématique : mondes lointains, races étranges, exploration et science, autant de domaines fondateurs pour les FF. En guest, l'on retrouve d'ailleurs nombre de personnages importants pour le groupe : Galactus, le Silver Surfer, Fatalis ou encore Namor. Un retour aux sources presque pour cette conclusion qui signe la fin de la série (qui va en fait connaître un relaunch sous les simples initiales FF, signifiant Future Fondation).
Mais venons-en à l'essentiel, c'est à dire l'identité du personnage qui quitte le groupe. Il s'agit de Johnny Storm, alias la Torche ! Si sa fin manque un peu de panache (on aurait pu penser qu'il allait griller un maximum d'insectes avant de passer l'arme à gauche), le dernier épisode, sans dialogue, installe une véritable émotion et renforce l'impact de cette disparition violente. Ben Grimm est des plus émouvants, et l'auteur parvient également à inverser les rôles entre Reed et Sue. Cette dernière, pour faire face à sa peine, s'enferme dans un champ de force et semble inaccessible alors que c'est d'habitude Reed qui est si souvent dans sa "bulle", coupé de sa famille par des préoccupations d'ordre supérieur.

Le drame est donc plutôt bien mis en scène et parvient à toucher le lecteur, tout cela serait parfait si l'on n'était pas déjà certain du futur retour de Johnny. Comment en effet penser que Marvel, spécialiste des retours en tout genre, pourrait se priver durablement de la Torche ?
La dernière fois que l'éditeur a mis en scène la mort de l'un de ses personnages de premier plan, c'était Captain America, peu après Civil War. Là encore cela avait donné lieu à des réactions touchantes (cf Fallen Son). Mais depuis, Steve Rogers va beaucoup mieux (son retour a eu lieu dans Captain America : Reborn) et il officie même de nouveau au sein des Vengeurs, ce qui contribue forcément à donner un aspect bien factice aux larmes versées à l'époque.
Marvel a fait le choix (discutable et très regrettable tant il était pourtant envisageable de donner à un héros phare plusieurs identités civiles lors de sa carrière éditoriale) de ne jamais tuer ses personnages, malgré tout, l'éditeur continue à théâtraliser des morts qui se "soignent" comme de simples rhumes, misant tout sur la bonne volonté de lecteurs qui se plieront à ce jeu de dupes. Reste à savoir jusqu'à quel point.
Toujours est-il que Hickman, en un an (cf le début de son run dans Marvel Icons #64), aura su mener sa barque avec habileté et redonner de l'intérêt à une série qui en a parfois manqué.  

Si l'absence de Johnny Storm ne devrait qu'être temporaire, elle aura tout de même des conséquences immédiates sur la future série et, notamment, la composition de l'équipe. Un nouveau membre va en effet faire son apparition. Ceux qui ne connaissent pas encore son identité peuvent aller fouiner dans cette section (attention, le simple fait de cliquer sur le lien vous donnera l'identité du nouveau membre)  et découvrir également la nouvelle tenue de l'équipe, à retrouver dans Marvel Icons (v II) #12 en 2012.

Une saga qui restera dans les mémoires jusqu'au moment où une résurrection providentielle en anéantira l'intérêt.

05 octobre 2011

Les plus grands dessinateurs dévoilent leurs secrets #1

Toi aussi tu veux faire carrière comme dessinateur chez les plus grands éditeurs américains ? Tu veux, comme Stan Lee, devenir un gentil papy à moustache qui apparaît dans plein de films ? Eh bien réjouis-toi, jeune fripon, car Univers Marvel & autres Comics te dévoile, à partir d'aujourd'hui, les secrets des artistes en vogue !

Nous commençons avec la Azaceta Marvel's Method, volume #1, qui va te permettre de réaliser des bébés à tête de toast.
Attention, si tu veux faire du dessin ton métier (ton gagne-pain dirons-nous !), il te faut suivre scrupuleusement la méthode de Paul, en quatre points.

1. Munis-toi d'un toast et fais-le griller. Si le langage américain ne t'es pas familier, prends simplement le dessus d'un croque-monsieur et mets-le au four jusqu'à ce qu'il soit idéalement doré. Prends-le en photo, sur fond blanc. Ton dessin est terminé. Mais, pour réellement le rendre attractif et l'élever au niveau des professionnels, il reste encore quelques étapes !

2. Tu as placé ton jpeg sur ton PC (ou tu as scanné ton toast). Tu vas maintenant passer à l'encrage, sous photoshop. Il te faut en effet délimiter le visage du personnage, mais aussi lui donner toute sa personnalité grâce à des traits (4 dans l'idéal).
Découpe bien ta tranche de croque-monsieur en suivant ses imperfections (petite astuce pour plus de réalisme !). Ensuite, place les yeux, le nez et la bouche. Pour les yeux, dessine deux petits traits horizontaux. Pour le nez, dessine un petit trait horizontal. Pour la bouche, attention, c'est plus difficile... non, je blague, dessine un petit trait horizontal.
Tu viens de créer ton personnage et de lui donner sa personnalité.

3. Ce n'est pas tout, tu dois maintenant réaliser des effets spéciaux, en post-production, ce qui permettra à ton travail d'atteindre une qualité publiable. Grâce à divers logiciels, tu vas modifier la taille de ton bébé, incliner sa tête (pour ensuite la placer idéalement dans ton dessin), puis, lui rajouter des éléments qui augmenteront le niveau de réalisme ; une oreille par exemple.
NB  : petite difficulté, l'oreille ne peut pas vraiment se dessiner comme les yeux, le nez et la bouche. En effet, elle demande une sorte de courbe qui n'est pas évidente à réaliser du premier coup. Utilise autant de ctrl-Z qu'il le faudra ou, sinon, ne t'embarrasse pas d'une oreille que seuls les aficionados du détail remarqueront.

4. Bravo, comme Paul Azaceta dans Amazing Spider-Man, tu as réalisé ton premier bébé à tête de toast ! Tu as maintenant le niveau d'un dessinateur Marvel en ce qui concerne les bébés.

Entraine-toi, encore et encore, et ne rate surtout pas les futurs numéros, avec notamment :
- Comment dessiner un Harry Osborn étonné, en 7 étapes
- Comment dessiner un Peter Parker à grandes oreilles, en 5 étapes
et surtout, notre grand numéro hors série spécial "je gagne ma vie sur un malentendu" :
- Comment dessiner comme Romita Jr en trois minutes

ps : les plus pointus auront remarqué que le bébé et l'armure d'Iron Man, Mark I, peuvent se dessiner en partant de la même base.  

Spider-Man : Origin of the Species

Un contenu un peu particulier pour le Spider-Man Hors Série #35 de ce mois.

En règle générale, les Spider-Man Hors Série accueillent des sagas un peu à part, permettant de revenir sur l'un des aspects ou des personnages de l'univers classique (Jackpot, dans le HS #34, American Son, dans le HS #33, ou Venom, dans le HS #28), de revisiter un récit bien connu (la Saga du Clone, dans le HS #32), ou de faire se télescoper des univers différents (rencontre avec Red Sonja, dans le HS #26, ou entre l'univers classique et celui de Spider-Man 2099, dans le HS #29). 
Ici, pour appuyer son opération Flash-Forward (consistant à réduire l'écart entre les publications américaines et la VF), Panini a décidé de publier un arc entier issu de la série phare du Tisseur, Amazing Spider-Man. Pour les lecteurs qui d'habitude ne suivent que ce titre, publié dans la revue Spider-Man, il faudra donc d'abord lire la fin de One Moment  in Time (et surtout s'arrêter à ce récit) dans le Spider-Man #141, puis suivre les évènements de ce hors série (qui comprend les ASM #642 à #646), avant de revenir au Spider-Man #141 pour y découvrir la suite, c'est à dire l'épisode #647 de Amazing Spider-Man.
Pour les fans de la série historique du Monte-en-l'air, voilà un mois bien rempli !

L'arc qui nous intéresse aujourd'hui est scénarisé par Mark Waid et dessiné par Paul Azaceta et Matthew Southworth. En ce qui concerne l'aspect visuel des pages intérieures, contrairement aux fort belles covers, ce n'est pas vraiment la joie. Les visages surtout sont d'une rare laideur, mais certains effets sont également complètement ratés (si les pouvoirs d'Electro sont plutôt mis en valeur, les frappes de l'Homme Sable ne ressemblent pas à grand-chose). L'encrage, souvent grossier, n'arrange rien à l'affaire. Je vous laisse découvrir quelques cases en exemple, à la fin de l'article.
Le récit, heureusement, est lui plutôt bien fichu. 
Menace, l'ex petite amie d'Harry Osborn, enceinte de son père (Norman donc, cf Spider-Man #124), accouche en plein Coffee Bean, alors que Peter tente de draguer Carlie Cooper. Du coup, Spidey entre en scène et devra se coltiner le bébé, cible d'un tas de super-vilains (le Shocker, Octopus, Tombstone, le nouveau Vautour, Spot et bien d'autres) qui souhaitent mettre la main dessus.

Du Spider-Man classique, avec énormément d'ennemis, une grosse révélation finale et un brin d'humour. Le début est notamment assez drôle. Peter, sans emploi depuis que Jameson l'a viré, n'arrive pas à payer sa part du loyer (oui, à son âge, et vu ses pouvoirs et son QI, c'est lamentable, mais bon, il paraît que ça fait partie des "fondamentaux" du personnage), du coup, sa colocataire, à bout de patience, a vendu ses fringues. Il se retrouve donc en pull (et encore, un gag gift) par une chaleur épouvantable. 
Ceci dit, c'est en voyant ce pull, censé être ringard, que je me suis rendu compte que ceux que m'achetaient ma grand-mère (en étant très sérieuse), lorsque j'étais petit, étaient bien pires encore. Oui, j'ai connu pas mal de souffrances vestimentaires étant jeune. Dont les fameux pantalons qui grattent ou les sous-pulls qui électrisent les cheveux (tiens, ils n'en parlent pas de ça dans Nos Années Strange, ça m'a marqué moi pourtant).

Du bon Waid, avec de la vanne et de la castagne, mais qui aurait mérité un dessin d'un autre niveau.


Quelques exemples issus de ces épisodes

Peter Parker et Betty Brant. Même Tobey McGuire a une bonne tête en comparaison...

Un Spidey difforme.

Oui, à première vue, c'est l'Homme Sable dessiné par un enfant de 5 ans... mais où est donc passée l'impression de puissance qui se dégage normalement des coups du personnage ? Les trucs qui lui sortent des bras ressemblent à... des jets de pisse !

Une petite compilation de trois Harry Osborn. Toi aussi, amuse-toi avec tes amis en tentant de déterminer lequel est le plus laid et gagne un bébé à tête de toast, comme dans la première case !