28 novembre 2011

The Boys : Croire

Le douzième tome de The Boys contient l'arc Believe et comporte un grand nombre de révélations et d'évènements importants.

Un énorme évènement héroïco-religieux se prépare avec le festival "Croire". Pour le citoyen lambda, c'est l'occasion de rencontrer les Masques qu'il adule et de faire acte de dévotion. Le Protecteur en profite pour rencontrer Oh Père, un autre super-héros à la moralité douteuse. Le Protecteur cherche en effet à savoir quel pourcentage de la communauté surhumaine le suivrait en cas de crise grave qui l'opposerait aux autorités.
De son côté, Hughie file le parfait amour avec Annie. Malheureusement, leur relation va vite tourner au cauchemar lorsque la jeune femme décide d'avouer qui elle est exactement...

Après un tome #10 qui revenait sur les origines des personnages et faisait office de petite pause dans l'histoire, le tome #11 relançait la machine et celui-ci passe à la vitesse supérieure.
Garth Ennis reste bien entendu au scénario alors que c'est Russ Braun que l'on retrouve au dessin.
Dans l'univers profondément cynique décrit par les auteurs, seul l'amour liant Annie et Hughie permettait de contrebalancer la noirceur des Masques et les méthodes de la CIA. C'était la goutte de pureté dans un océan de merde. La romance vire pourtant ici au tragique, non seulement à cause des mensonges qui la sous-tendaient mais surtout parce que Hughie découvre, grâce à "l'aide" de Butcher, comment Stella a pu rejoindre les Sept (rappelons que ces derniers l'ont à l'époque obligée à avoir des rapports sexuels avec eux).

Tout dans ce tome, l'un des plus réussis, n'est que violence. Pourtant, elle n'est pas forcément apparente. C'est la folie contenue du Protecteur, les traces de sang sur un siège qui en disent long sur les pratiques pédophiles d'un personnage, c'est Butcher et la vidéo qu'il dévoile à Hughie... pas d'orgies cette fois, pas de dépeçages, mais une perfidie constante, totale, et le sentiment que rien ne peut échapper à la corruption et à la saleté.
La réaction de Hughie est représentée de manière magistrale. Après la stupéfaction et la peine, celui-ci souffre tellement qu'il n'a qu'une idée en tête ; s'engager dans une fuite en avant, faire souffrir Annie également, quitte à tout détruire, à aller jusqu'au point de non-retour. Il sait pourtant qu'il fait fausse route, que ce n'est pas là une réaction sensée, mais la douleur est telle qu'au lieu de chercher à l'atténuer par la discussion, il ne peut que se résoudre à l'augmenter, encore et encore, en insultant, en humiliant, en essayant de faire mal à son tour.
Rarement la psychologie humaine aura été aussi bien décrite dans un comic.

Tout n'est cependant pas centré sur les déboires sentimentaux et l'on apprend pas mal de choses, notamment l'identité de la taupe que Butcher utilise chez les Sept. Les projets du Protecteur prennent également un tour plus concret alors que son détachement et l'ignominie de ses actes montent d'un cran. Et au milieu de tout cela, il y a même encore de la place pour un brin d'humour, avec le duo formé par le Français et la Fille.
Dommage que, contrairement aux TPB américains, Panini ait choisi de nous livrer des volumes ultra-minces.

Pas de combats, de flingues ou de déferlement de super-pouvoirs et, pourtant, on s'en prend plein la gueule !
Brillant.

24 novembre 2011

Absolute DC : Wednesday Comics

Une publication très spéciale aujourd'hui avec Wednesday Comics, une compilation grand format de récits centrés sur les plus grands héros de DC Comics.

Dans les années 30, 40 et 50, les comic books ne régnaient pas encore sur le marché et les strips d'aventure, publiés quotidiennement dans les journaux, faisaient la joie des plus jeunes. Le dimanche, c'était carrément à une pleine page, en couleurs, que les lecteurs avaient droit.
C'est en se basant sur cet ancien concept que DC a lancé le projet Wednesday Comics ; douze publications hebdomadaires consacrées à une quinzaine de héros différents. Par la suite, un TPB a regroupé ces histoires, en conservant le format et en remplaçant le papier journal par un plus élégant papier glacé. C'est cet ouvrage qui est sorti hier, en français, chez Panini.

Voyons déjà le sommaire, fort riche :

- Batman, par Brian Azzarello et Eduardo Risso
- Kamandi, par Dave Gibbons et Ryan Sook
- Superman, par John Arcudi et Lee Bermejo 
- Deadman, par Dave Bullock et Vinton Heuck
- Green Lantern, par Kurt Busiek et Joe Quiñones
- Metamorpho, par Neil Gaiman et Michael Allred
- Teen Titans, par Eddie Berganza et Sean Galloway
- Adam Strange, par Paul Pope
- Supergirl, par Jimmy Palmiotti et Amanda Conner
- Metal Men, par Dan Didio, José Luis Garcia-Lopez et Kevin Nowlan
- Wonder Woman, par Ben Caldwell
- Sgt. Rock, par Adam Kubert et Joe Kubert 
- Flash, par Kark Kerschl et Brenden Fletcher
- The Demon & Catwoman, par Walter Simonson et Brian Stelfreeze
- Hawkman, par Kyle Baker

Outre ces quinze épisodes (de 12 planches chacun), l'on retrouve encore deux histoires courtes d'une planche (Plastic Man et Gare au Creeper !) ainsi que dix pages de bonus (contenant croquis, recherches graphiques et commentaires) et deux autres pages présentant de petits topos sur les auteurs. Et étant donné la taille des pages, il y a évidemment de quoi faire. 
Le tout pour 50 euros. Le prix est élevé mais justifié, d'autant que Panini a eu le bon goût de conserver les bonus de la VO.
C'est évidemment la taille inhabituelle (45 x 28,5 cm !) qui constitue le principal attrait de ce recueil. L'objet est certes imposant (et peu pratique à lire) mais il est également magnifique et franchement collector. L'intérêt intrinsèque des récits est assez inégal. Certains sont plutôt quelconques, renouant surtout avec un ton rétro et une ambiance naïve, d'autres sont plus intéressants et exploitent avec habileté l'immensité des planches.

Le Superman de Bermejo en met plein la vue, le Supergirl de Palmiotti et Conner s'avère plutôt drôle et fort bien dessiné, Le Flash de Kerschl propose une histoire intéressante et exploite au mieux la brièveté imposée, l'on peut également signaler le très bon Metamorpho, avec une narration explorant là aussi parfaitement les possibilités du format.
Si le Wonder Woman est sans doute l'épisode le plus difficile à lire en raison de la multiplication des petites cases (la souplesse du journal originel était ici sans doute mieux adaptée), c'est probablement Sgt. Rock qui est le moins réussi, avec un graphisme peu enthousiasmant et, surtout, un scénario d'une fadeur extrême. Pour ce qui est de Batman, l'ambiance visuelle est excellente mais le récit peu intéressant. D'autres titres, comme Deadman ou Kamandi, sont assez sympathiques et permettront aux nouveaux lecteurs de faire aisément connaissance avec ces personnages moins connus.
Notons d'ailleurs que l'ensemble est très accessible puisque totalement hors continuité.

Un très beau clin d'oeil aux strips anciens et à leurs supports d'origine.


        Ci-dessus, une comparaison de la taille de l'ouvrage avec celle d'un comic standard.

22 novembre 2011

Walking Dead : Making Of

Une nouvelle publication autour de Walking Dead avec ce Making Of consacré à l'adaptation TV.

Après la sortie du 14ème tome VF en septembre, puis celle d'un artbook il y a quelques jours, voici maintenant un ouvrage s'intéressant à l'immense chantier que fut la transposition de l'univers de Robert Kirkman du papier aux écrans.
Après une préface de Frank Darabont (producteur, réalisateur et scénariste de la série) et une petite introduction de Kirkman, l'auteur, Paul Ruditis, commence par une présentation de la BD. Il revient notamment sur les petits "arrangements" avec la réalité qui ont permis à Kirkman de faire passer l'idée auprès des éditeurs en leur disant un peu ce qu'ils voulaient entendre (une anecdote qui a d'ailleurs donné lieu ensuite à un petit supplément parodique publié dans l'épisode #75 et, en VF, dans Les Chroniques de Spawn #35). Les synopsis des premiers épisodes et de nombreuses illustrations entrecoupent ce premier chapitre.

On passe ensuite à des sujets plus techniques, concernant le repérage, la construction des décors, les effets spéciaux et même l'entraînement des figurants dans une... "école" de zombies. En effet, il n'est pas forcément évident de se déplacer comme un mort-vivant et, si quelqu'un fait une démonstration, le danger réside alors dans le fait que tout le monde finisse par se comporter de manière identique. Pour obtenir un résultat naturel et varié, il a donc fallu mettre en place une sélection rigoureuse (pour éliminer tout ce qui était trop exubérant et risquait de parasiter les scènes) et permettre aux figurants de rentrer dans la peau, ou plutôt la carcasse pourrissante, de leurs personnages.
Le travail est immense et mélange en fait système D (un bricolage tout simple permettant, par exemple, de faire gicler du sang sans avoir à utiliser les petits explosifs, genre pétards, qui ne peuvent plus être employés que par des cascadeurs professionnels et non de simples acteurs) et technologie de pointe (lorsqu'il faut par exemple numériquement multiplier le nombre de zombies ou recréer des bâtiments).

L'auteur s'attarde également sur d'autres aspects, comme le casting ou encore la campagne promotionnelle. Un chapitre est également consacré à la musique, ou plutôt à son absence. Si vous avez regardé la première saison de Walking Dead, vous avez peut-être remarqué l'étrange bande son, très dépouillée. A première vue, l'on pouvait penser que tout le budget était passé dans le maquillage et que les producteurs avaient rogné sur la musique, mais en fait non, il y a bien un compositeur qui a bossé sur la série. Sa théorie a le mérite d'exister mais n'est guère convaincante. D'une part, il affirme que l'absence de bruit est plus réaliste. Là il n'a pas tort, un monde post-apocalyptique est forcément plus silencieux, mais ça n'a rien à voir a priori avec la musique d'accompagnement, d'autant qu'il ne faut pas confondre la nécessaire vraisemblance et un réalisme parfois nuisible. D'autre part, et là il se plante carrément, il prétend que le silence rend les scènes plus inquiétantes. Malheureusement, le silence n'a jamais contribué à renforcer l'aspect terrifiant d'un film ou d'une série, en réalité, le silence à l'écran semble distordre le temps et génère, sinon un réel ennui, du moins un sentiment de lenteur plutôt désagréable.

C'est toutefois le seul point négatif qu'il faudra retenir de la série, le reste étant à la hauteur des comics, notamment grâce à la priorité donnée aux personnages et à leurs relations. De plus, l'adaptation TV, tout en gardant les grands axes développés par Kirkman, s'éloigne parfois du strict scénario de la BD, ce qui permet d'explorer des situations nouvelles et de conserver quelques éléments de surprises.
Là encore ce livre aborde la question, expliquant notamment ce que peut apporter le "sursis" accordé à Shane, un personnage qui disparaissait très rapidement dans les comics. Loin de s'offusquer de ces changements, Kirkman (également scénariste sur la série TV) s'en réjouit et évoque, avec raison, une sorte de Walking Dead bis, réinventé dans un monde parallèle. Pareil mais... différent.

Voilà donc un ouvrage sympathique, très complet, qui vous permettra de savoir comment préparer une mise en place de décor grâce à Google ou comment salir très rapidement une rue et la rendre en bon état sans passer des heures à tout nettoyer.
Grand format, couverture souple, environ 200 pages pour 19,90 euros. Il reste quelques coquilles au niveau du texte, un peu dommage mais rien de bien méchant.

Un bel objet collector pour les fans de la série.


17 novembre 2011

100% Marvel : Spider-Man & Fantastic Four

On s'intéresse aujourd'hui à un 100% Marvel Spider-Man & Fantastic Four intitulé Réunion de Famille.

Si Spidey fait de nos jours partie des Vengeurs, il a également naguère proposé ses services aux Fantastic Four dans le but... de toucher un salaire de super-héros. Bien évidemment, les FF sont une famille, pas une entreprise, donc pas de RTT ou de 13ème mois à la clé, ce qui n'a pas empêché le Tisseur de faire souvent équipe avec Reed, Sue, Ben et surtout Johnny, qui lui confectionnera même un véhicule assez spécial (cf scène #8 du Bêtisier).
Ainsi, lorsque Fatalis débarque sur le campus d'un jeune Peter Parker, qui ne sort pas encore avec Gwen, il est normal que Spidey s'allie aux FF. Et quand le même Parker lutte contre un symbiote envahissant dont il n'arrive pas à se défaire, vers qui se tourne-t-il ? Richards, évidemment.
Et quand une nouvelle menace, plutôt inattendue, fera son apparition, Spidey sera encore aux côtés de ses amis. Au sein de sa famille.

Seulement quatre épisodes pour ce 100% Marvel fraîchement débarqué en librairie. Le scénario est de Christos Gage (auteur de l'excellente série Avengers Academy), les dessins sont signés Mario Alberti. Ce dernier livre des planches plutôt agréables même si certains visages sont franchement perfectibles (la pauvre Susan n'est pas vraiment à son avantage).
La mini-série revisite quelques rencontres, à des époques différentes, en mettant en scène Fatalis, Namor ou encore l'Homme-Taupe. Bien qu'il soit fait référence à de nombreux évènements anciens (cela va de Onslaught à Dark Reign, en passant par la prise de pouvoir des FF en Latvérie, cf ce Deluxe), l'ensemble reste relativement abordable et clair. Le final se veut touchant mais s'avère trop gentillet et "sucré" pour susciter une réelle émotion. Gage s'en sort en fait beaucoup mieux ici avec les vannes et les situations décalées (voir la Chose chanter du Lady Gaga dans un bain moussant, ça vaut quand même le détour, d'autant que la chanson n'est pas choisie au hasard !).

Tout cela reste assez classique, avec un thème tournant autour de la fascination de Peter pour les FF. Le terme est peut-être un peu fort mais il est évident qu'il nourrit plus qu'une sympathie pour le groupe : il admire Reed et son génie scientifique, il envie le couple Reed/Sue (qui ne fonctionne pourtant pas si bien qu'il l'imagine), il trouve en Johnny un ami de son âge, décomplexé, qui s'amuse et aligne les conquêtes féminines, et même Ben fait office de grand frère bienveillant. Cette équipe représente pour lui un cocon familial (certes très idéalisé) mais aussi une sorte de "pépinière amicale" (particulièrement attractive dans ses plus jeunes années, alors qu'il était rejeté et faisait la cible de moqueries continuelles).
Malgré tout, le fil rouge du récit semble un peu artificiel et Gage ne parvient pas à être aussi habile que lorsqu'il met en scène ses jeunes apprentis Vengeurs.

Un comic sympathique mais dont l'utilité n'est pas évidente.
Il manque un petit quelque chose pour faire de cette histoire plus qu'une anecdote vite oubliée.

15 novembre 2011

Artbook Walking Dead

Demain sort un artbook consacré à la célèbre série Walking Dead. Tout de suite, le détail du contenu.

Pour patienter en attendant le tome #15 de la série, prévu pour mars 2012, les fans de Walking Dead ont droit ce mois-ci à deux ouvrages un peu particuliers. Un Making Of de l'adaptation en série TV, sur lequel j'aurai l'occasion de revenir, et l'artbook qui nous intéresse aujourd'hui.
Il s'agit en fait d'un recueil contenant toutes les covers des cinquante premiers épisodes, plus celles des TPB et des éditions Deluxe cartonnées.

En gros, chaque épisode est décomposé en deux pages, l'une consacrée à la couverture, colorisée, en grand format, et l'autre accueillant les commentaires des auteurs et divers petits croquis préparatoires.
Le texte est une sorte de conversation informelle entre Robert Kirkman et Tony Moore (ce dernier ayant continué à dessiner les covers jusqu'au 24ème épisode), puis, dans un second temps, Moore est remplacé par Charlie Adlard, le dessinateur actuel de la série.

Les artistes ont un regard souvent critique à l'égard de leur travail mais malheureusement, même si l'on découvre quelques petites anecdotes sur la manière de procéder ou les différences de points de vue, l'aspect technique n'est que survolé et parfois même un peu répétitif. On découvre surtout un Kirkman ayant une idée étonnamment précise de la composition des covers, éléments qu'il considère apparemment comme très importants et dont il se sert pour "jouer" avec le lecteur, l'entraînant parfois volontairement sur des fausses pistes.
Ceci dit, l'essentiel de l'intérêt réside tout de même dans les illustrations qui permettent de se remémorer certaines scènes clé et de prendre la mesure de tout le chemin parcouru par Rick et ses compagnons. La qualité de ces mêmes covers est, elle, assez inégale (TWD n'est pas spécialement réputé pour ça). L'on trouve aussi bien de l'excellent (épisodes #9, #15, #17, #21...) et du très quelconque (épisodes #10, #34, #43...). 

Techniquement, l'ouvrage se présente avec une couverture en dur (qui est illustrée malgré la présence d'une jaquette, un plus toujours appréciable) et évidemment un papier glacé du plus bel effet. Le tout pour 17,50 euros.

Un livre d'illustrations plutôt agréable, en forme de petit bilan sur les premiers temps d'une des meilleures séries actuelles. 


Galerie





13 novembre 2011

The Unwritten : Les Infiltrés

La suite de The Unwritten - Entre les Lignes est sortie ce mois, ce deuxième opus tient-il la route ?

Après le massacre perpétré à la Villa Diodati, Tom Taylor est accusé de meurtre et extradé dans une prison française, dirigée par Claude-Louis Chadron. Ce dernier a deux enfants, totalement fans des aventures de Tommy Taylor, le célèbre magicien.
Alors qu'une mystérieuse organisation tente de supprimer Tom, celui-ci est aidé par un journaliste, infiltré dans la prison, et par Lizzie Hexam, la jeune femme à l'origine des premiers ennuis médiatiques du fils de Wilson Taylor.
Tom doit faire face à la brutalité de l'univers carcéral tout en cherchant à en savoir plus sur ses origines, toujours aussi incertaines.
Alors que la frontière entre fiction et réalité s'amenuise, les enfants de Chadron, persuadés de l'innocence de Tommy, pénètrent dans la prison alors qu'un commando arrive sur les lieux, avec la complicité de leur père, pour liquider Taylor...

Après un excellent premier tome, paru en début d'année, cette suite était vraiment attendue, d'autant qu'elle contient cette fois sept épisodes (si on était mauvaise langue, on pourrait penser que Panini charge la mule avant de perdre les droits Vertigo). Eh bien la série tient toutes ses promesses et s'avère toujours aussi passionnante.
Aux commandes, l'on retrouve Mike Carey (Faker, X-Men : Origins, Neverwhere, God Save the Queen) au scénario et Peter Gross au dessin, ce dernier étant aidé, pour les "finitions", par Jimmy Broxton, Kurt Huggins et Zelda Devon
Les références littéraires sont toujours aussi nombreuses et servent parfaitement un récit complexe mais que l'on suit aisément. L'on retrouve, entre autres, la Chanson de Roland (et un intéressant parallèle avec le "marketing viral médiéval" et ses effets), les contes pour enfants (qui peuvent servir de prison redoutable !) et même le Jud Süß de l'inquiétant reichsminister Goebbels (qui montre de manière assez poétique qu'une histoire peut être corrompue et empoisonnée).

Comme le remarque avec pertinence Paul Cornell (Wisdom, Young Avengers) dans son introduction, Carey fait de la littérature tout en parlant de littérature, un peu comme "s'il s'élevait dans les airs en se tirant par ses propres cheveux". La thématique centrale reste donc identique, à savoir l'importance des mots et de leurs effets, comparables à une forme de magie (j'évoque plus en détail cette même magie dans le Webzine #2 de WEBellipses, cf l'article It's a kind of Magic), mais aborde parfois des éléments plus spécifiques, comme l'inéluctable transformation de l'oeuvre une fois que le lecteur se l'approprie (une idée finement symbolisée par l'emploi de la créature de Frankenstein et par une audacieuse comparaison entre cette appropriation et un meurtre suivi d'une imposture). 
Pour le moment, l'on ne sait encore pas grand-chose des manigances de Wilson Taylor ou de ceux qui veulent supprimer Tom, mais ce voyage, quasi initiatique, au sein des méandres de l'écriture demeure fascinant. Mélange de fantasy, de drame, d'aventures et de réflexion, The Unwritten s'affirme comme une série profonde et subtile, liant monuments de la littérature, oeuvres plus populaires et même immondes objets de propagande.

Une lecture hautement recommandée.
Du grand Vertigo qui peut se lire et se comprendre à de multiples niveaux, sans jamais ennuyer ou forcer la main.

09 novembre 2011

Halo : Uprising

De la science-fiction aujourd'hui avec Halo : Uprising, un comic tiré de l'univers du célèbre jeu vidéo.

Les Covenants (une sorte de coalition extraterrestre) lancent un assaut contre Cleveland, décimant de nombreux civils. Ruwan Ackerson, un simple concierge d'hôtel, tente de survivre aux combats en compagnie d'une chanteuse en vogue.
Le jeune homme ne tarde pas à apprendre que les envahisseurs sont à la recherche d'une mystérieuse relique qu'il connaît bien. Entrainé malgré lui dans le conflit, Ruwan va devoir faire preuve d'un courage exceptionnel... car de lui va dépendre la réussite d'une opération de la dernière chance, lancée par les forces de l'UNSC (United Nations Space Command).

Le duo aux commandes de cette mini-série laissait présager du meilleur ; Brian Michael Bendis au scénario, Alex Maleev au dessin, le tandem qui avait fait des merveilles sur Daredevil était donc reconstitué.
Malheureusement, les deux compères ne connaissent pas ici la même réussite.
Non seulement le style de Maleev convient assez mal aux scènes de combat qui sont parfois fort peu lisibles et très statiques mais Bendis, au moins pendant la première partie de l'ouvrage, s'avère en mal d'inspiration et livre des dialogues déroutants et répétitifs, un peu dans le style de ce qu'il nous avait fait pendant un temps après le relaunch d'Ultimate Spider-Man (cf cette chronique).
L'univers de Halo est très peu développé et les lecteurs qui ont fait l'impasse sur les jeux vidéos (ce récit se situe entre Halo 2 et Halo 3) devront procéder par tâtonnement et déductions pour le découvrir. Il y a bien cette histoire de clé qui est plutôt une bonne idée et le final qui parvient à installer un peu d'émotion, mais l'ensemble est bien en dessous de ce que l'on pouvait attendre de ces auteurs.

En ce qui concerne le flou dans lequel on est plongé, Panini se fend d'un petit speech en guise d'introduction, mais encore une fois l'éditeur fait dans l'inutile. L'essentiel du texte vante le succès commercial de la franchise et les trois pauvres lignes concernant l'histoire n'expliquent rien et se contentent de dévoiler le début de l'intrigue.
Pas une seule explication sur les Covenants, l'UNSC ou John-117. Le strict minimum aurait pourtant consisté à planter le décor, même succinctement, mais apparemment, ce n'est venu à l'idée de personne. Ou alors les vendeurs d'autocollants estiment que tout le monde possède une Xbox.

Une histoire qui peine à décoller, un cadre dont on ne sait rien, un Bendis en petite forme... bref, une déclinaison papier qui n'intéressera que les inconditionnels du jeu, et encore.

WEBellipses disponible sur iPad

L'application gratuite de WEBellipses est enfin disponible sur l'App Store.

Après un gros retard dû à divers problèmes techniques, le lancement de WEBellipses est maintenant effectif. Il concerne pour le moment les possesseurs d'iPad puisque l'application, téléchargeable gratuitement, est disponible sur l'App Store (elle sera plus tard adaptée pour tablette Android, smartphone et PC).
Les webzines vous permettront notamment de tester la liseuse (intuitive et proposant divers modes de lecture et options) et d'avoir un aperçu des séries proposées.

Rappelons que pour 2,99 euros par mois, les lecteurs pourront bénéficier d'un comic par semaine, et ce sans engagement de durée. Par contre, pour se faire pardonner cette sortie un peu tardive, WEBellipses propose pour ce mois une offre exceptionnelle puisque, pour la même somme (2,99 euros), les abonnés recevront non pas 4 épisodes mais 9.
Une bonne occasion de découvrir un univers riche et varié basé sur le meilleur de la BD indépendante française.

Ces quelques liens vous permettront d'en savoir plus :

- le Webzine #0, qui présente des extraits et un petit résumé de chaque oeuvre
- la page facebook de WEBellipses


07 novembre 2011

Fear Itself : premier chapitre du nouvel évènement Marvel

Le premier volume de Fear Itself est maintenant disponible en kiosque. Premières impressions.

Après une émeute dans le sud de Manhattan, les Vengeurs se trouvent un peu démunis. Tony Stark suggère alors une idée afin de venir en aide aux gens, frappés par la crise. Il propose en effet, par le biais de sa nouvelle entreprise, Stark Resistance, de rebâtir une nouvelle Asgard (la précédente ayant été détruite lors de l'assaut final contre Osborn et ses forces, cf Siege).
Iron Man, Captain America et Thor rendent le projet public lors d'une annonce à Broxton mais Odin, lui, ne l'entend pas ainsi. Ne souhaitant pas demander l'aide des hommes, il ordonne aux siens de quitter la Terre et de se rassembler au pied de l'Arbre-Monde.
De son côté, Sin a pris possession du marteau divin de Skadi, une arme très puissante découverte pendant la guerre par son père (cf ce prologue).

Cette fois on rentre dans le vif du sujet avec ce premier chapitre de Fear Itself. Le scénario est de Matt Fraction, les dessins sont de Stuart Immonen. Graphiquement, ce dernier propose des planches d'une grande qualité (très différentes, forcément, d'un Nextwave par exemple). Le tout est magnifiquement colorisé par Laura Martin (qui avait déjà officié sur Astonishing X-Men, Rocketeer, The Stand ou I am Legion).
La revue est vendue au prix de 4 euros et propose un gros épisode de 44 planches (plus quelques variant covers). La traduction, elle, est assurée par Jérémy Manesse.

Evidemment, c'est un peu à une sorte de mise en place que nous assistons ici. Le ton est franchement apocalyptique (les hommes abandonnés par les dieux) et la thématique, comme prévue, puise dans la mythologie nordique. De la même manière, la populace, sur fond de crise financière, d'émeutes et d'expropriation, n'est guère mieux traitée que les héros. Quant à Sin, elle fait un adversaire tout à fait convenable, d'autant qu'elle est maintenant l'instrument de la vengeance d'une terrible entité (en plus d'être l'héritière d'un nazi, ce qui fait beaucoup tout de même pour une seule personne).
Fraction parvient pour le moment à faire cohabiter dieux nordiques et monde moderne sans que cela ne soit trop choquant et, surtout, il incite à découvrir la suite en évoquant les Dignes, des vilains du marvelverse reconvertis en guerriers divins. Un concept plutôt bien trouvé et qui, dans le contexte, a un peu des relents "kurumadiens". Si Fear Itself devenait le Saint Seiya de Marvel, voilà qui ne serait pas pour me déplaire, mais il est encore un peu tôt pour savoir si la comparaison tiendra la route.

Un coup d'envoi réussi qui donne envie de se plonger dans la saga.

04 novembre 2011

Urban Comics : Politique Editoriale & Traduction

Les news commencent à tomber en ce qui concerne Urban Comics, la structure mise en place par Dargaud pour accueillir les titres DC Comics et Vertigo (cf notamment la page facebook de l'éditeur).
Pour ma part, j'ai tenu à aborder essentiellement le domaine de l'adaptation par le biais de quelques questions auxquelles François Hercouet, directeur éditorial, a eu la gentillesse de répondre.


Neault : Les traducteurs des oeuvres Urban Comics seront-ils tous "maison" ou existera-t-il une certaine continuité à ce niveau ?
François Hercouet : Pour l'ensemble des titres DC et Vertigo, il nous est apparu important de conserver le même traducteur lorsque c'était dans l'intérêt de la série. Le casting ne changera pas vraiment sur les séries Vertigo, chaque traducteur s'étant bien approprié l'univers qui lui avait été confié. Concernant les titres plus "super-héroïques" du DC Universe, la question ne s'est pas vraiment posée puisque nous publierons dans un premier temps des albums inédits (le Wonder Woman de Straczynski, le Superman de Casey, le Batman de Snyder). Pour les rééditions, nous ne reprendrons pas systématiquement les anciennes traductions lorsque nous pensons que les choses peuvent être améliorées.

- L'on a vu souvent des comics sortir en VF avec une piètre qualité au niveau de la langue, voire même parfois des erreurs de traduction flagrantes. Une vigilance particulière va-t-elle être mise en place pour pallier ce genre de problèmes ?
>>> Traduire est un exercice délicat car il demande une très bonne culture et une curiosité au moins égale. Là, je parle de traduction en général, mais lorsque l'on en vient à parler de traduction pour le comics, l'exercice est encore différent, et il devient encore plus particulier lorsqu'il s'agit d'univers partagés par une multitude de super-héros. Le traducteur de comics se doit quasiment d'avoir à défaut de la double-nationalité, une double-culture. Être au fait des us et coutumes, des expressions idiomatiques anglo-saxonnes courantes et passées (en insistant sur la spécificité des expressions américaines, anglaises, irlandaises, écossaises et j'en passe), de l'Histoire politique et sociale, etc. Bref, de la culture du pays d'origine du comics. Mais revenons sur le cas de ces univers partagés. En plus de ce bagage minimum et conséquent, le traducteur de comics de super-héros se doit d'avoir en tête les liens entre chaque personnage, leurs rencontres passées, savoir si celles-ci sont toujours "canons" dans la chronologie DC, en plus des événements à grande échelle, comme les Crises, qui ont concerné plus d'une centaine de personnages à la fois. Je ne parle pas de posséder un Master en Chronologie DC... mais presque. Ce qui compte le plus à nos yeux d'éditeurs, en plus de la qualité littéraire de la traduction, c'est de maintenir le plus possible la cohérence de l'univers DC. Le minimum étant qu'un personnage ne change pas de nom d'un traducteur à l'autre. Là-dessus, je ne me fais pas trop de soucis. Les personnes avec qui nous travaillons, en plus d'être des lecteurs de longue date, ont créé de leur propre initiative un lexique de noms propres (certaines appellations seront rationalisées par rapport au passé. Par exemple, "Pile-ou-face" redeviendra le "Double-Face" qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être) et de normes de langage (aaah, les niveaux de tutoiement/vouvoiement entre Alfred et les différents Wayne !). L'idée est que chaque traducteur en charge d'un titre du DCu possède un document auquel il pourra se référer en cas de doute. Bien entendu, cette "bible du traducteur" est soumise à validation et sera amenée à être régulièrement mise à jour.

Pour un éditeur, préparer une bonne traduction (ou du moins, la meilleure possible) se fait en amont. C'est là que le contact humain a toute son importance. Connaître non seulement le traducteur à qui l'on va confier un titre, mais aussi connaître ses goûts, ses genres préférés, sa "voix", c'est en général 70% du travail de fait. Concernant les titres du DCu, suivant la même volonté de cohérence, nous ferons notre possible pour conserver un traducteur par personnage et/ou par auteur ; le cas de Batman et de ses multiples séries étant évidemment particulier. C'est à la fois un confort pour le traducteur et un confort pour l'éditeur en terme de corrections à la relecture. Ensuite, dès la réception de la traduction, nous endossons notre rôle de premiers (re)lecteurs. Une sorte de premier "tamis" : nous corrigeons les éventuelles fautes d'orthographe et de syntaxe, mais surtout nous veillons à ce que l'adaptation soit fluide et ne vienne jamais sortir le lecteur de son histoire. Si l'expression d'origine est trop "visible" sous la traduction, trop littérale, nous la corrigeons et l'adaptons en quelque chose de plus logique pour un lecteur français. Cette étape de relecture "édito" est primordiale dans le processus. Il serait impensable qu'un éditeur laisse partir un livre en impression sans l'avoir relu personnellement. Et parce que la relecture est un métier à part entière, nous faisons appel à une équipe de relecteurs extérieurs. L'idée est qu'à chaque fois la traduction passe à travers un tamis aux mailles de plus en plus petites. Au final, sans compter les reports de corrections, une traduction est relue au minimum quatre fois.

- Peut-on déjà avoir une idée du délai moyen qui existera entre les publications américaines et leur parution dans les kiosques français ?
>>> Avec les titres du "New 52", nous nous plaçons automatiquement dans un délai minimum de 6 à 9 mois (je précise 6 mois car dans notre Anthologie DC Comics de février, vous aurez la possibilité de découvrir en avant-première la VF du Justice League #1). Cela s'explique par des nécessités liées à la qualité de la traduction, détaillées plus haut, aux délais de récupération du matériel US, à la chaîne du livre et aux processus techniques propres à chaque éditeur. C'est vrai qu'avec la culture du "tout immédiat", Internet et ses spoilers ne nous facilitent pas la tâche. Quand on pense qu'un événement en VO est annoncé sur le net alors que le précédent n'a pas encore terminé sa publication en France, c'est assez compliqué pour un éditeur de conserver une certaine fraîcheur lors de ses annonces. À l'éditeur français d'apporter le petit supplément qui donnera aux lecteurs l'envie d'attendre son édition. De la contrainte naît la créativité. ;)

- L'univers DC existe depuis fort longtemps et est donc naturellement assez complexe. Est-il prévu, pour faciliter l'arrivée de nouveaux lecteurs, d'ajouter quelques suppléments (expliquant le contexte, revenant sur le parcours de certains personnages...) aux différentes publications ?
>>> Oh que oui ! Comme je l'ai expliqué dans l'interview croisée entre Superpouvoir, Comicsblog, MDCU et ComicBox, ce genre de compléments éditoriaux m'a toujours manqué en tant que lecteur, particulièrement pour les publications DC. Bien entendu, à force de lire, on finit par comprendre les liens entre les événements et les personnages, mais c'est un travail laborieux qui constitue à raison un vrai repoussoir pour les nouveaux lecteurs. Le premier outil éditorial sera donc la distinction de trois grandes périodes durant les 75 ans du DC Universe. La période "Archives" s'étend de la création du premier super-héros à 1985, et englobe la période du Golden et du Silver Age. La période suivante, baptisée "Classique", débute donc en 1985 avec la première Crise de l'Univers DC - Crisis on Infinite Earths - et prend fin avec la dernière Crise de 2011, à savoir Flashpoint. En résumé, la période Classique regroupe tous les récits qui ont façonné le DCu tel que nous l'avons connu jusqu'à aujourd'hui. La troisième période est celle qui s'écrit actuellement depuis le Relaunch de septembre aux USA et que nous avons baptisée "Renaissance". Suivant ce classement chronologique, nous avons constitué trois collections principales (DC Archives, DC Classiques et DC Renaissance), auxquelles viendront s'ajouter des collections plus thématiques, comme la collection DC Signatures. Elle permettra au lecteur de suivre le run complet et dans l'ordre d'un auteur comme Grant Morrison sur un personnage comme Batman par exemple, ou encore Ed Brubaker sur Catwoman. Nous avons vraiment voulu faire de ces grands auteurs des points d'entrées dans l'univers DC au même titre que les héros qu'ils ont passé des années à animer. Nous aurons également une collection DC Anthologie qui, selon un thème ou personnage donné, sera transversale aux trois périodes, à l'image du titre DC Comics Anthologie. Nous avons d'autres idées de collections thématiques, mais tenons nous-en pour le moment à ces cinq premières. La chronologie, les collections et le rappel de leurs titres respectifs seront présents à l'intérieur de chaque livre. Le tout sera accompagné le plus possible de résumés, de fiches de personnages et de biographies. Les albums auront également une tomaison visible en couverture ainsi que sur leur dos (ou "tranche"). L'objectif est que chaque livre, même lu par un nouveau lecteur, offre suffisamment d'informations pour permettre une lecture autonome, ainsi qu'une parfaite compréhension des événements et de leur chronologie.

L'autre "supplément" adressé aux nouveaux lecteurs que l'on peut évoquer, et qui fait d'ores et déjà débat, est le format cartonné comics de nos ouvrages (type "Contrebande", pas de format cartonné franco-belge). C'est une façon pour nous d'installer durablement DC Comics en France, de faire passer le message que ces éditions sont là pour durer et qu'elles seront toujours disponibles. Si le format souple correspond bien à certains types de récits (je n'imagine pas, par exemple, Walking Dead autrement qu'en souple à rabats), il était important pour nous d'inscrire le comics, qu'il soit issu de Vertigo ou du DCu, comme une lecture de qualité, ce à quoi le format cartonné renvoie naturellement pour un lecteur français. Je précise tout de même que nos ouvrages ne seront pas tous cartonnés. Tout en suivant notre volonté d'inscrire nos albums dans la durée, nous serons néanmoins toujours amenés à réfléchir au format le plus adapté pour chaque type de récit.

- François, pour terminer, pourrais-tu nous citer un évènement DC ainsi qu'une série Vertigo qui t'ont particulièrement marqué en tant que lecteur ?
>>> La mort de Captain Marvel, sans hésiter !... Bon, plus sérieusement, je ne sais pas si c'est un "événement DC", mais un récit qui m'a marqué en tant que (jeune) lecteur, ça a été le Batman #251 de Dennis O'Neil et Neil Adams, où l'on voit le Joker comparer son sourire à celui, carnassier, d'un requin dans son aquarium géant.  Ça devait être dans un recueil Aredit, je crois. Je me demande même s'il n'y avait pas du Tarzan en noir et blanc dans le même volume. Ah ça, et le récit de la Ligue de Justice dans lequel j'ai découvert l'existence de Starro, L'Étoile conquérante (au secours !). Plus récemment, les événements d'Identity Crisis m'ont pas mal marqué, parce qu'ils justifient et renforcent l'attitude paranoïaque de Batman, mais aussi parce qu'ils symbolisent à mon sens le premier dérapage consenti des super-héros. À partir de cette "petite" Crise, un cap a été franchi. Sur un plan édito, j'ai également compris que DC pouvait apporter une lecture aussi mature sur son univers et ses personnages que ce qu'avait fait Millar dans Ultimates. Sinon, le Arkham Asylum de Morrison et McKean m'impressionne toujours autant. Et puis, bien entendu, Batman Year One reste pour moi ce qui s'est écrit et dessiné de mieux pour un super-héros... enfin, pour le plus humain d'entre eux. Il n'est rien arrivé de mieux à Batman depuis... qu'Alex Toth l'a dessiné en couverture du Batman - Black and White #4, en 1996.
Côté Vertigo, si The Losers de Diggle et Jock a été ma première claque, c'est Scalped qui m'a achevé d'un bon coup dans les parties. L'écriture d'Aaron, son intelligence à utiliser les flash-backs, le travail sur les personnage secondaires, la noirceur de l'âme de Dashiell, la puissance du trait de RM Guéra, tout y est ! J'aimais beaucoup The Winter Men, pour le trait de John Paul Leon (mais c'était du Wildstorm, je crois). J'ai découvert sur le tard Sandman en VO, dans ses monumentales éditions Absolute (après avoir subi les éditions françaises dont je garde tout de même l'excellent souvenir de cet effroyable épisode où le Doctor Destiny passe quelques heures en compagnie des clients d'un diner). Je ne peux pas oublier Fables, que j'ai dévoré jusqu'au #70 et quelques et que je redécouvre dans les éditions Deluxe. L'idée de départ de Willingham était intelligente, mais son talent consiste à conserver cette étincelle après autant de numéros. Il réactive mine de rien tout un folklore international de croyances. C'est vivifiant ! Ah, et j'oublie le plus évident : Daytripper, de Gabriel Bà et Fabio Moon. En 2009, il y a eu Asterios Polyp de Mazzucchelli, en 2010, la mini-série Hellboy : The Storm de Mignola & Fegredo, et en 2011, Daytripper. Pour être honnête, à la moitié du TPB, je n'étais pas certain de ce que j'étais en train de lire. Et puis, passé le 7e numéro, ce bouquin m'a explosé à la gueule. Je parlais de claque plus haut, là, il s'agit plus d'une prise de conscience à la fois très personnelle et en même temps la sensation de saisir un message à la portée universelle. On sent qu'il y a eu du chemin parcouru depuis De: Tales. Comme Portugal de Cyril Pedrosa, Daytripper est un livre qui parle de mort, de générations, d'amour, d'amitié et de chemins de vie. Bon, dit comme ça, ce n'est vraiment pas faire justice au travail de ces auteurs remarquables. Ce livre est brillant. Peu de titres vous permettent de terminer votre lecture avec ce sentiment d'avoir découvert quelque chose en vous dont vous ne faisiez que soupçonner l'existence. Hum, ça sonne un peu mystique dit comme ça, mais j'ai réellement été emporté par ce livre. Vous aurez d'ailleurs l'occasion de juger par vous-même dès le mois de mars 2012.

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Merci encore à François Hercouet pour toutes ces précisions et sa disponibilité.
Voilà qui devrait rassurer les plus craintifs quant au sérieux avec lequel ce nouveau label va aborder l'univers DC et les séries Vertigo. Les nombreuses relectures mises en place semblent notamment aller dans le bon sens (à ce sujet, je précise que je ferai partie des correcteurs indépendants évoqués plus haut, ce qui me permettra de tenter, même de manière très modeste, de mettre en pratique des principes que je défends depuis maintenant plusieurs années).
Dans un autre registre, les différentes collections paraissent claires et leurs contenus logiques, ce qui n'est pas un mal tant leur multiplication peut parfois facilement perdre ou décourager certains lecteurs (cf l'usine à gaz du Guide de Lecture pour ce qui concerne le marvelverse en librairie).
Reste à attendre la sortie des premiers titres et donc à se donner rendez-vous en 2012 !

02 novembre 2011

Charlie Hebdo : Non aux Allumettes !

Bien souvent, lors de mes chroniques, il m'est arrivé de "prendre position". Pour ou contre un éditeur, un auteur, un genre même. J'essaie d'expliquer pourquoi, la plupart du temps, sans savoir si je parviens vraiment à démontrer quoi que ce soit.
Aujourd'hui, et bien qu'il m'en coûte, il ne s'agit pas d'une démonstration mais d'une nécessaire solidarité, inconditionnelle, avec des gens de lettres.

Je ne suis pas, ou plutôt ne suis plus, depuis très longtemps, un lecteur de Charlie Hebdo. Je pourrais tenter de vous expliquer pourquoi, mais là n'est pas la question. Je vais acheter le prochain. Et le suivant.
Pourquoi ?
Parce que faire taire un journal en brûlant ses locaux, ce sont des méthodes de voyous.
Parce que s'opposer à une idée en tentant de terroriser ceux qui la portent, ce sont des méthodes de salauds.
Même si parfois je rêve de mettre quelques coups de pied au cul, je pense n'être ni l'un ni l'autre et jamais il ne me viendrait à l'idée d'incendier un local pour imposer un point de vue.
Moi qui ai été "élevé" à la transgression, en me nourrissant chaque semaine d'un Hebdogiciel qui critiquait, dans le sens noble du terme, les jeux vidéo, les films, la musique et les BD, je ne peux qu'être choqué par la violence imbécile qui frappe la rédaction de ce journal.   

Peu importe si ce titre, "Charia Hebdo", vous a fait rire ou grincer des dents.
Peu importe si vous pensez que la rédaction de Charlie exagère ou a raison.
Là n'est pas la question.
Là ne sera jamais, dans un supposé état de droit, la question.

La liberté de la presse, et des auteurs, est un bien précieux et fondamental.
C'est la liberté de parole, de pensée, celle qui ne coûte rien et qui pourtant fait si peur.

Il n'y aura jamais trop de transgressions. 
Elles peuvent se contenir. Par le bon sens (il ne faut pas rêver), la déontologie (si seulement), la loi (plus souvent)...
Ce n'est pas parfait. Aucun système ne l'est. Parfois, des conneries sont dites, imprimées, balancées rapidement dans la masse, mais c'est le prix à payer. Mieux vaut beugler des énormités plutôt que de les taire par peur. Et mieux vaut des convictions plutôt que du vent et de la soupe tiédasse.

En gros, peu importe les idées, il n'est pas acceptable de recevoir une "baffe" (ou une balle) lorsque l'on ne rentre pas dans le moule étroit brandi par des abrutis, quel que soit leur bord.

Achetez Charlie Hebdo ! 
Il ne s'agit pas d'un message politique (au sens politicien) mais d'un défi, d'une manière de relever la tête, d'une façon de dire "ici, on imprime encore ce que l'on veut !"

Après, "ce que l'on veut", cela dépend, mais les limites, ce sont les tribunaux qui les fixent. Donc le parlement et ses lois.
Pas les connards qui jouent avec des allumettes.


Périclès a dit en son temps qu'il n'existait point de bonheur sans liberté, et point de liberté sans courage.
Je ne sais si les journalistes et auteurs de Charlie Hebdo avaient pour but notre bonheur, mais je sais que notre liberté passe maintenant par la leur. Aussi, ce modeste soutien n'est pas un acte de courage, c'est un réflexe vital, une tentative désespérée de vaincre les flammes et l'obscurantisme. 
S'il faut voir dans la démocratie et ses tares un progrès et un seul, c'est bien celui d'avoir remplacé le silence du sang versé par le vacarme de l'encre.

Le papier n'a jamais évité les guerres, mais il rend la réflexion possible.
C'est cette possibilité qu'il nous appartient de protéger. Un peu. A notre niveau.

Best Comics - Avengers : Où va le monde ?

Sortie aujourd'hui de Avengers : World Trust dans la collection Best Comics.

Une à une, les capitales du monde disparaissent, plongeant les pays, laissés sans dirigeants, dans le chaos. Pour faire face à cette situation, le secrétaire général des Nations Unies fait appel aux Vengeurs et leur demande rien de moins que de se substituer aux gouvernements.
Avec Captain America à leur tête, les plus puissants héros de la terre vont tenter de retrouver les villes volatilisées et leurs habitants, quitte pour cela à accepter de bien pénibles alliances.
Bientôt, ils découvrent que leurs ennuis proviennent d'une entité cosmique, l'Intermédiaire, qui incarne l'équilibre entre l'ordre et le chaos. Cet être s'est scindé en deux et est à l'origine des failles qui ont englouti les grandes cités du globe.
Reste aux Vengeurs à recoller les morceaux métaphysiques...

Grosse fournée ce mois dans la collection à petit prix de Panini. Celle-ci avait commencé avec des arcs plutôt récents et de bonne qualité (Spider-Man : La Grande Alliance, Green Lantern : Origine Secrète) et se poursuit avec cette histoire, plus ancienne et largement moins enthousiasmante.
Aux commandes, Geoff Johns (Blackest Night, Flash : Rebirth, Green Lantern : The Sinestro Corps War, Superman : New Krypton, Olympus, Green Lantern Corps : Recharge, Superman : Secret Origin) au scénario et Kieron Dwyer & Gary Frank au dessin. La saga comprend les épisodes #57 à #62 de la série Avengers (v. 3), ceux-ci datent de fin 2002/début 2003 et, pour donner un repère chronologique, se situent un peu avant le Règne de Thor.

Première constatation, Johns passe complètement à côté de son sujet. L'aspect politique, qui semblait pourtant au coeur de la saga, est complètement édulcoré. A aucun moment les Vengeurs ne gouvernent vraiment le monde, ni même ne semblent en avoir vaguement l'idée (on est loin de The Authority par exemple). Tout se limite à un vague effet d'annonce et se termine (aussi vite que ça a commencé) par la reconnaissance d'une extraterritorialité, le manoir des Vengeurs devenant une ambassade et sa souveraineté étant reconnue par l'ONU. Cette péripétie est d'ailleurs on ne peut plus improbable et mal fichue. L'on voit clairement dans le récit que le gouvernement américain ne se réjouit guère de cette décision et n'a aucune envie de voir les Vengeurs dépendre d'une autre autorité que la sienne. Du coup, comment l'ONU (organisation dans laquelle les Etats-Unis disposent d'un droit de veto) peut-elle déclarer indépendante une partie du territoire d'un état membre, et ce contre sa volonté ? Mystère.

La partie vilains & combats est franchement convenue et ennuyeuse, les scènes se révélant poussives et les dialogues d'une platitude incroyable (la VF ne doit rien arranger à l'affaire sur ce plan). Même si les thèmes oscillent vers ceux des comics modernes, la narration ne s'est pas débarrassée de tics d'un autre temps. Tics que Johns a d'ailleurs conservés, même s'il parvient maintenant (et encore, pas toujours) à les masquer un peu (on compare souvent le rôle de Johns chez DC à celui de Bendis chez Marvel, mais c'est un gouffre qui sépare les deux hommes au niveau du savoir-faire). 
L'aspect relationnel parvient cependant à sauver les meubles de justesse. Les rapports entre la Vision et Wanda Maximoff, bien que peu creusés, préfigurent déjà les désastres futurs (cf House of M) et, surtout, les problèmes qui touchent le Valet de Coeur et l'Homme-Fourmi sont suffisamment bien amenés pour permettre de donner de l'épaisseur à ces personnages secondaires.
Le final, instaurant un parallèle entre ces deux protagonistes, est à ce titre exemplaire et émouvant. Mais deux planches sur six épisodes, c'est évidemment un peu court...

Les Avengers menés par Johns, surtout à ce prix, devraient trouver un nombre suffisant de curieux.
Malheureusement, cette sélection est bien loin de représenter la richesse de l'univers des Vengeurs ou le ton actuel des séries qui leur sont consacrées.



ps : pour une fois, je vais faire un peu de pub pour une excellente librairie : Hisler BD Bis, située à Thionville en Moselle (centre commercial Géric, zone du Linkling). L'accueil y est fort sympathique, le choix énorme et les vendeurs sont de vrais connaisseurs, aimables et efficaces. ;o)