29 décembre 2011

Star Wars - La Saga en BD

Le numéro de janvier de Star Wars - La Saga en BD est déjà disponible en kiosque et bénéficie d'une nouvelle formule que l'on détaille tout de suite.

Pour débuter l'année 2012, le numéro #35 du magazine de Delcourt consacré à l'univers Star Wars s'offre un petit lifting. Voyons déjà un peu le contenu en matière de séries.
Le premier titre proposé est Jedi Quest #1, écrit par Ryder Windham et dessiné par Pop Mhan. L'on retrouve Obi-Wan Kenobi et le jeune Anakin chargés d'escorter un vaisseau et de le protéger des pirates.
C'est Star Wars : The Death of Captain Tarpals qui prend la suite, un court récit complet écrit par Ryder Windham et dessiné par Tom Fowler. Jar Jar Binks en est la vedette et l'ensemble est donc très marqué par sa façon de parler, qui devient vite agaçante (et à lire, c'est encore pire qu'à entendre).

L'on poursuit avec Star Wars - The Old Republic : Threat of Peace. Il s'agit du troisième chapitre d'un arc qui en compte quatre. Le scénario est de Rob Chestney, les dessins de Alex Sanchez. C'est sans doute l'épisode le plus faible graphiquement, les personnages se révélant souvent raides et les décors étant pratiquement inexistants.
Enfin, l'on termine par Star Wars : Blood Ties - A Tale of Jango and Boba Fett #1. Le scénario est de Tom Taylor et les dessins, cette fois superbes, sont l'oeuvre de Chris Scalf.
L'ensemble est plutôt sympathique à lire et, surtout, avec un récit complet et deux débuts d'arcs, la revue fait office de point d'accès relativement aisé.

Au niveau éditorial, l'on retrouve le savoir-faire et le sérieux de Delcourt. On commence par l'édito, un sommaire détaillé et une présentation des artistes ayant réalisé les covers. Un dossier conséquent est consacré à la sortie de Star Wars - épisode #1, en 1999. Une bonne occasion de faire le point sur ce qui fut tout de même un petit évènement à l'époque. Des fiches de personnages sont également présentes (l'une consacrée à Anakin Skywalker, l'autre à Dark Maul). Enfin, deux pages font le point sur l'actualité liée à Star Wars ainsi que sur les futures sorties.
Ajoutons à cela une petite intro explicative avant chaque épisode, plus une frise chronologique permettant de situer toutes les (nombreuses) collections par rapport aux différentes grandes époques de la saga, et l'on a tout de même quelque chose de très complet.

Une petite parenthèse toutefois sur une graphie étrange que l'on retrouve à plusieurs reprises. Il s'agit du fameux "il y a", qui pose toujours problème lorsque l'on veut rendre l'élision (en réalité, il s'agit plus d'une haplologie) du langage parlé. Officiellement, une seule forme est correcte : "y a". Malheureusement, le lecteur peut être tenté de prononcer [ia] (comme dans "y a-t-il un pilote dans l'avion ?") alors que l'on souhaite qu'il prononce [ja] (comme dans "y'a d'la joie"). Du coup, il est courant d'employer alors la forme "y'a", qui est fautive mais a l'avantage de renseigner sur la prononciation.
Or, ici, c'est l'étrange graphie 'y a qui est employée. Avec donc une apostrophe avant le y. Outre le fait que cette forme n'ait rien d'officielle (le dernier Grevisse aborde le sujet en citant en exemple un extrait de Voyage au bout de la nuit, de Céline : "Y a bien des gens qui sont débarqués de cette façon là."), elle s'avère totalement inutile au niveau de l'information véhiculée puisqu'elle marque une disparition que l'on peut constater mais ne permet plus de lier, phonétiquement, le y et le a.
Tant qu'à faire une faute, la forme "y'a" me semble donc plus logique. Et, si l'on s'en tient à la règle stricte, il ne faut mettre d'apostrophe nulle part.
Voilà, c'est un point de détail mais il est suffisamment étrange pour que je prenne le temps de l'évoquer. Bien entendu, cela ne diminue en rien la qualité globale des traductions, assurées par Anne Capuron et Jérôme Wicky.

Une nouvelle formule de qualité, présentant l'avantage de se révéler relativement accessible pour les curieux qui souhaiteraient faire leurs premiers pas dans le fameux univers étendu de Star Wars.

27 décembre 2011

Avant-Première 2012 : Big Crunch

Première bonne surprise concernant les sorties prévues pour le début de l'année 2012 avec Big Crunch.

Un soir, alors qu'ils rentrent chez eux, trois frères, Oscar, Virgile et Elias, accompagnés de leur amie Bria, font une découverte stupéfiante : leur père est le célèbre Cosmos. Malheureusement, il est gravement blessé et dans le coma. Les enfants vont devoir imaginer un moyen de le soigner sans pour autant révéler son identité. Et la première solution qu'ils mettent en application s'avère plutôt désastreuse...
Pire encore, ils mettent bientôt la main sur du matériel appartenant à leur père et dévoilant la date et le lieu des futurs émergences, ces phénomènes étranges qui, jusqu'ici, ont toujours été contrôlés par Cosmos. En effet, depuis quelques temps, des individus se transforment en monstres déchaînés saccageant tout sur leur passage.
Qui sait ce qui pourrait se passer maintenant que Cosmos est hors d'état d'agir et que la vie de dizaines d'innocents est dorénavant entre les mains d'une bande de gamins ? D'autant que certaines personnes n'acceptent pas que le gouvernement puisse ainsi s'en remettre à un vague super-héros costumé pour contrer ces émergences dont on ne sait rien...

Un esprit très comics et une french touch originale, voilà comment l'on pourrait rapidement résumer Big Crunch, écrit et dessiné par Rémi Gourrierec. Ce premier tome, d'environ 190 planches, est prévu chez Delcourt pour le 15 février prochain, et c'est peu de dire que l'éditeur a mis la main sur une petite merveille.
Le style graphique, presque naïf parfois, se révèle d'une richesse émotionnelle rare, chaque personnage possédant une personnalité bien à lui. Les décors, grâce à des effets déformants, un jeu de contraste ou quelques plans inventifs, servent également parfaitement l'histoire. Au point que certaines scènes, sans texte, n'en demeurent pas moins lourdes de sens.
Les dialogues sont néanmoins très présents dans le récit, ce qui est une bonne chose puisqu'ils sont parfaitement réussis. En effet, suffisamment bien écrits pour être agréables, suffisamment naturels pour ne pas "crisper" les personnages ou paraître artificiels, et, en plus, saupoudrés de temps en temps d'un peu d'humour, ils permettent de donner rapidement de l'épaisseur aux protagonistes, adultes comme adolescents.

Et l'on n'en reste pas là. Car si l'histoire flirte avec le super-héroïsme "light", elle revêt également les aspects d'une enquête traditionnelle, avec des éléments qui, patiemment, logiquement, finissent par s'emboîter les uns avec les autres. Le tout rehaussé par des tranches de vie d'une grande justesse et même de purs petits plaisirs d'auteurs, comme ce comic strip très acide, issu d'un fanzine imaginaire, tapant sur un Cosmos perçu comme égocentrique et plus intéressé par les contrats hollywoodiens que le sort de ses concitoyens.
Le rythme et l'intérêt sont maintenus jusqu'au cliffhanger final et l'on ressort de cette lecture avec la satisfaction d'avoir passé un bon moment et la certitude de vouloir se ruer sur la suite. 

Fraîche, intelligente, bien réalisée, voilà une BD qui pourrait même faire aimer 2012 à un Maya.
Très vivement recommandée.
Sortie : 15 février 2012 

18 décembre 2011

Death of Spider-Man

L'Ultimate Spider-Man #11 de ce mois est consacré à la première partie de la saga censée aboutir au pire pour le Tisseur.

La vie privée de Peter Parker semble enfin prendre un tour plus heureux. Non seulement il sort de nouveau avec Mary Jane mais il vient de retrouver son emploi au Bugle. Jameson, maintenant au courant de la double vie de Peter, souhaite ainsi lui montrer sa reconnaissance et propose même de lui payer ses études.
En parallèle, le Tisseur est maintenant encadré par des Masques confirmés qui doivent le former et lui éviter d'intervenir dans l'improvisation totale.
Malheureusement, un évènement particulièrement inquiétant vient perturber l'accalmie. Osborn, et avec lui un grand nombre de super-vilains, viennent de s'évader du centre de détention du Triskelion dans lequel le SHIELD les retenait.
Osborn connaissant également l'identité du Monte-en-l'air et étant toujours aussi obsédé par lui, Spidey va devoir mettre ses proches à l'abri...

Après un prélude plutôt sympathique, les choses sérieuses commencent dans ce numéro contenant exceptionnellement trois épisodes au lieu de deux. Brian Michael Bendis reste au scénario, Chris Samnee dessine la fin du prologue et c'est avec un plaisir immense que l'on retrouve Mark Bagley aux crayons pour l'arc final (en cinq parties, les deux premières étant publiées dans cette revue).
Bagley aura grandement contribué au succès du titre, ce n'est pas pour rien qu'il a battu, avec Bendis, le record de longévité sur une même série. Son retour pour le grand final n'est que justice, d'autant que Lafuente ne sera jamais parvenu à le faire oublier ou à imposer son style.

Pour ce qui est du récit, Bendis nous a concocté une grande évasion, avec un spectaculaire lâcher de criminels. L'Homme Sable, le Docteur Octopus, Electro, Kraven et le Vautour se retrouvent ainsi dans la nature. Sans oublier Osborn, plus menaçant que jamais.
Niveau guest, l'on peut signaler la présence de Captain America, toujours aussi hostile à l'intégration de Spidey dans un programme de formation. Rogers estime que l'adolescent n'a rien à faire sur le terrain, et il ne se gène pas pour le lui dire de manière très directe.
Le dernier épisode se termine sur une scène choc qui arrive un peu tôt et se révèle du coup assez déroutante.
La suite est prévue pour février et risque d'être chargée en émotion.
Un petit problème technique sur ce comic : certaines planches sont décalées vers le bas (heureusement sans couper une partie des cases) et n'ont donc pas été massicotées. Une belle innovation de la part de Panini qui nous permet de participer à la grande aventure de l'édition en apportant nous-mêmes la touche finale à l'aide d'un cutter. ;o)   

Au niveau éditorial, Grasse annonce un assez grand changement pour l'année prochaine. En effet, les nouveaux titres de l'univers Ultimate seront regroupés dans un même bimestriel de six épisodes comprenant Ultimate Comics : Spider-Man, Ultimate Comics : Ultimates (en gros les Vengeurs) et Ultimate Comics : X-Men. A première vue, l'on pourrait penser que cela peut nuire aux lecteurs qui ne veulent suivre que l'une ou l'autre de ces séries, mais si l'on s'intéresse au rapport quantité/prix, il est bien sûr plus avantageux d'avoir six épisodes pour 5 ou 6 euros plutôt que deux pour 4 euros.
Reste à voir si cette troisième ère de l'univers ultimate saura convaincre par sa qualité et (on peut rêver !) son innovation.

Une saga qui, avec le retour de Bagley et un Bendis en forme, risque de marquer les esprits.

15 décembre 2011

Liberty Meadows

Humour, bestioles déjantées et psychologue sexy sont au menu du premier tome de Liberty Meadows.

Liberty Meadows est une série de strips, écrite et dessinée par Frank Cho (Hulk, New Avengers, Shanna), qui avait déjà été adaptée en France (sous le nom Psycho Park) par Vent d'Ouest dans une version colorisée et à la traduction parfois contestée.
Ici, Canto Editions revient au noir & blanc et, surtout, a apporté un grand soin à l'adaptation des gags. Il faut dire que l'humour de Cho repose sur des références souvent typiquement américaines et peu connues du lectorat français. Il y a donc deux choix possibles au niveau du texte : trouver des équivalents français pour favoriser l'immersion (ce que Vent d'Ouest avait apparemment fait) ou tenter de rester le plus fidèle possible à l'oeuvre originale en renvoyant, lorsque cela s'avère nécessaire, à des notes pouvant éclairer le lecteur sur un point qui pourrait lui échapper.

Les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients mais j'avoue préférer celle que Canto développe ici. Non seulement parce que des références trop françaises peuvent sembler, dans certains cas,  inappropriées mais aussi parce qu'après tout, lire une BD américaine (ou japonaise, ou italienne...) c'est aussi se plonger dans la culture d'un pays dont on apprend, peu à peu, à connaître les codes et maîtriser les particularités. Et avouons-le, avec la grande influence exercée par les séries et les films US, nous sommes plutôt bien armés pour nous confronter à l'humour d'outre-Atlantique. 
Précisons également que l'éditeur se montre particulièrement didactique puisqu'il explique clairement ses choix et ce qui les a motivés.

Passons maintenant au contenu. Liberty Meadows est en fait le nom d'un refuge pour animaux dans lequel travaillent Frank, un vétérinaire un peu timide, et la magnifique Brandy, psychologue pour animaux. Oui, heu... entre autres particularités, les animaux présents suivent une thérapie. Et ils parlent, entre eux mais aussi avec les humains. Parmi eux, l'on trouve par exemple Ralph, un ours nain, ou Leslie, une grenouille en mal d'habitat.
Les gags sont en gros de deux types : du slapstick, très visuel, ou des vannes plus recherchées, basées sur les dialogues. Tout ne fonctionne pas toujours à 100% mais l'ensemble est tout de même plutôt drôle et agréable à lire (les fans de Peanuts ne devraient pas être trop déstabilisés).
Cho se montre très à l'aise et emploie souvent des effets basiques tout en s'autorisant parfois à jouer avec la structure même des strips (les cases ou le "gutter" devenant alors des éléments à part entière du gag). L'on passe du truc le plus simple (une chute par exemple) à une situation plus complexe, basée sur les relations sociales, le tout servi par un style fluide et particulièrement efficace, surtout au niveau des expressions des personnages.

Si la traduction de Benjamin Rivière est irréprochable (car exempte de coquille, intelligente et assumée), l'aspect global du comic est moins enthousiasmant. La cover et le grand format font un peu penser à... un cahier de coloriage. En fait, si je n'avais pas vu "Frank Cho" sur la couverture, je n'aurais probablement même pas pris le livre en main. L'on peut également regretter l'élégant format à l'italienne, particulièrement adapté aux strips, choisi à l'époque par l'ancien éditeur et remplacé ici par un standard européen.
Malgré tout, le plus important n'est pas l'emballage et l'ouvrage reste donc hautement recommandable, d'autant plus que les séries humoristiques américaines ne sont finalement pas très nombreuses en VF.

Si la tristesse ou l'effroi sont provoqués presque universellement par les mêmes causes, l'on est loin d'avoir tous le même sens de l'humour. Pour peu que vous accrochiez à celui de Cho, vous passerez un excellent moment dont le sel et le sens sont préservés par une adaptation sérieuse.


13 décembre 2011

Viral : Club des Cinq pour adultes ?

Gros plan aujourd'hui sur un roman très particulier : Viral.

Vous l'aurez remarqué, les sorties comics en librairie ne sont pas très nombreuses ce mois. Du coup, voilà qui nous laisse le temps de nous intéresser à un roman qui, d'une certaine manière, peut tout de même se rapprocher de certaines BD américaines. Mais intéressons-nous tout d'abord à l'auteur : Kathy Reichs. Cette dernière est anthropologue judiciaire à Montréal, elle enseigne en Caroline du Nord et collabore fréquemment avec le FBI ou même le Pentagone. Elle n'en est pas à son premier essai en matière de roman puisqu'elle est surtout connue pour sa série à succès mettant en scène Temperance Brennan, un personnage fortement inspiré de sa propre vie et qui a donné naissance à la série TV Bones (série qui, au passage, n'a rien d'extraordinaire).
Ici, Reichs met en scène de nouveaux personnages récurrents, plus jeunes et toujours en rapport avec la science et la justice. Temp fait donc place à Victoria "Tory" Brennan, sa nièce de quatorze ans.

Tory vit à Charleston en Caroline du Sud, en compagnie d'un père qu'elle découvre à peine. Elle a en effet dû déménager suite à la disparition accidentelle de sa mère. Elle se remet lentement du choc et doit en plus subir la pression de certaines pestes friquées qui règnent sur l'école qu'elle fréquente. Heureusement, sur son île isolée, Tory a trouvé des amis : Ben, Hi et Shelton. Ensemble, ils forment un groupe un peu à part, unis par quelques passions communes et une curiosité qui va rapidement les mettre en danger.
Tout commence par la découverte d'une plaque militaire, à peine lisible. Une plaque liée à une disparition et peut-être même un meurtre. Et puis il y a aussi ce chien-loup, délivré d'une mort certaine par la petite équipe alors que le professeur Karsten se livrait à d'étranges expériences...
Les adolescents vont maintenant devoir se battre contre des tueurs. Et une saleté de virus.

Ceux qui, comme moi, appréciaient naguère les récits de Blyton savent qu'ils ont maintenant un côté gentiment désuet qui rend leur lecture difficile. De plus, ils visaient exclusivement les enfants. Avec Viral, l'on découvre avec bonheur un Club des Cinq moderne, sans doute plus sombre, et convenant aussi bien aux adolescents qu'aux adultes. Les points communs sont relativement évidents  (précisons que les personnages sont sensiblement plus vieux que ceux du Club et ont de 14 à 16 ans) : un groupe de quatre jeunes, intelligents et débrouillards, un 5ème élément canin, de l'aventure, un monde adulte souvent hostile... Reichs parvient néanmoins à apporter de vraies particularités à son univers : certains éléments scientifiques, liés évidemment à la profession de l'auteur, qui sont habilement distillés sans jamais être rébarbatifs, un "volet" social, parfois presque plus inquiétant que les menaces criminelles, et, surtout, un aspect fantastique "light" qui donne une certaine originalité à l'ensemble.
L'on peut reprocher, pour une poignée de chapitres, un passage brutal de la première à la troisième personne en ce qui concerne la narration. Si le personnage principal est le narrateur, comment peut-il avoir connaissance de scènes dont il n'est pas témoin ? Visiblement, Reichs ne s'embarrasse pas de ce genre de détails et insère, quand le besoin s'en fait sentir, des passages destinés à combler certains trous. Rien de dramatique toutefois, d'autant que le style est d'une grande fluidité, les personnages attachants et les rebondissements fort bien amenés.

Que dire si ce n'est que c'est avec un plaisir de gamin que l'on dévore cette petite pépite ? On rentre très vite dans cette histoire qui prend un tour inattendu et est portée par un vrai suspens, un discours sous-jacent assez dur sur les "castes" du monde de l'enfance, et un humour fin et délicat.
Il y a bien parfois quelques petites entorses à la vraisemblance, mais doit-on vraiment s'en soucier à partir du moment où le charme opère ? Et dans le cas présent, il opère, vite et bien, d'autant que les lieux décrits se révèlent d'une grande richesse, tant sur le plan historique que naturel, et fournissent la toile de fond idéale.
Viral est paru l'année dernière chez Oh ! Editions, il est sorti ce mois en format poche chez Pocket. La suite des aventures de Tory et de ses amis est déjà disponible en VF et a pour titre Crise. Attention, ne lisez pas la quatrième de couverture de ce dernier roman, elle contient de gros spoilers concernant l'issue du premier.

Une pure bouffée d'air frais, un véritable exploit de conteur, convenant à tous les âges et permettant de frissonner gentiment tout en abordant, avec l'élégance de la candeur, des thèmes pas si innocents que l'on aimerait le croire.

07 décembre 2011

Le procès de Captain America

Le Marvel Icons hors série #23 sort aujourd'hui et s'intéresse aux ennuis judiciaires de Captain America.

Tout d'abord, un petit récapitulatif pour ceux qui n'auraient pas suivi les péripéties de Cap depuis un moment. Après la mort de Steve Rogers suite aux évènements de Civil War (cf Marvel Icons #30), c'est James Buchanan "Bucky" Barnes qui prend la relève et hérite du bouclier et du costume aux couleurs américaines. En effet, contrairement à ce que tout le monde croyait, Bucky n'était pas mort mais était employé, depuis des années, par les russes. Grâce à des techniques de manipulation mentale, ces derniers s'en servaient comme tueur. Un tueur d'ailleurs fort habile qui s'est rapidement fait connaître sous le nom de Soldat de l'Hiver.
Après son retour, Steve Rogers (qui lui aussi va subitement beaucoup mieux, cf Captain America : Reborn), décide de laisser le rôle de Captain America à son remplaçant. Il faut dire que, après le combat final contre Osborn (cf Siege), Rogers est nommé responsable de la sécurité des Etats-Unis, un poste de super-flic qui l'occupe déjà pas mal.

C'est donc bien encore Bucky qui tient le rôle de Cap actuellement. Malheureusement, après quelques informations divulguées publiquement par le baron Helmut Zemo, le passé de Barnes le rattrape. Sous la pression des media qui s'interrogent sur les crimes qu'il a pu commettre, Bucky doit se préparer à affronter un procès qui déterminera s'il est ou non pénalement responsable.
Tout cela ne va cependant pas être si simple car, après son évasion, Sin (fille et héritière de Crâne Rouge) compte bien perturber le procès par tous les moyens...

Ces cinq épisodes (Captain America #611 à #615) sont écrits par Ed Brubaker et dessinés par Butch Guice et Daniel Acuña. Ils se situent chronologiquement avant le début de Fear Itself et permettent de combler certains trous narratifs qui apparaissaient à la lecture du Marvel Stars hors série #1
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le procès en lui-même prend relativement peu de place dans cet arc qui revient brièvement sur le passé du Soldat de l'Hiver avant de nous montrer son incarcération, les réactions de certains Vengeurs (qui n'étaient pas tous au courant des activités "soviétiques" de Bucky), et la rencontre entre Sin et Master Man.
Nous voilà en gros devant du Captain America classique, avec la présence de méchants nazis et de ses habituels comparses, notamment le Faucon et la Veuve Noire. L'ensemble se laisse lire, sans être franchement indispensable, et le style graphique est des plus agréables.

La présentation de Panini, qui proclame toujours dès que possible qu'une saga est "complète", laisse entendre que le récit se suffit à lui-même alors qu'il est tout de même très ancré dans la continuité et qu'il ne possède pas de véritable fin (il se termine même sur un énorme cliffhanger). Que les lecteurs occasionnels ne s'attendent donc pas à autre chose qu'une petite portion d'on-going, indissociable du reste de la série et même du marvelverse.
Revenons également un instant sur la justification de l'éditeur qui, pour expliquer la parution tardive de cet arc, s'appuie sur le fait que même Marvel a eu du mal à faire coïncider chronologiquement certaines publications. L'argument est tout de même spécieux, car si Marvel peut évidemment parfois connaître quelques cafouillages, il faut, pour l'éditeur américain, jongler avec les retards éventuels et les très nombreuses séries dont il encadre la production. Panini n'a évidemment pas ce genre de problèmes et, avec plusieurs mois de temporisation entre la sortie de la VO et celle de la VF, pourrait même profiter de ce délai pour justement essayer de corriger le tir. Bon, ça demanderait quelques efforts... c'est sûr qu'il est largement plus facile de se retrancher derrière l'imparable "regardez, les autres aussi sont nuls". 
Allez, je suis sympa, je file quelques idées du même genre à Grasse pour ses prochaines explications : "on n'a pas fait exprès", "on n'était pas au courant", "heu... c'est quelqu'un qui nous a dit d'le faire", "c'est mon chat qui a mangé le planning" et "putain, je sais pas pourquoi ça a merdé, pourtant là, on était bien parti". ;o)

Du Brubaker sympathique mais sans réelle surprise.
Pour Panini c'est pareil, pas de surprise, la sympathie en moins.

05 décembre 2011

Spider-Man : Big Time

Le Tisseur change de look dans le Spider-Man #143 de ce mois.

Depuis le mois dernier nous sommes entrés dans une nouvelle période (appelée Big Time) de la vie de Spidey. En effet, après One Moment in Time, le "cas" Mary Jane semble définitivement réglé et Peter entame cette nouvelle ère avec une certaine réussite : non seulement il décroche un job comme chercheur dans les labos Horizon (les horaires sont libres et il dispose d'un espace privé où planquer son costume, on peut difficilement faire plus pratique pour un super-héros !) mais en plus, sentimentalement, tout se passe bien aussi puisqu'il sort avec la jolie Carlie Cooper.
Evidemment, diverses menaces vont venir tout de même noircir le tableau. Non seulement le Super-Bouffon, alias Phil Urich, va causer quelques dégâts sur le lieu de travail de Parker mais, surtout, l'Anti-Araignée et sa petite armée d'insectes personnelle vont s'en prendre à la famille Jameson (rappelons que le père de Jonah est maintenant marié avec la tante May).

Ces épisodes sont signés Dan Slott pour ce qui est du scénario, les dessins sont de Humberto Ramos, Neil Edwards, Stefano Caselli, Paulo Siquiera et Ronan Cliquet de Oliveira.
Slott se débrouille plutôt bien en mélangeant le traditionnel cocktail action/humour/vie privée. Spider-Man se voit doté d'une tenue supplémentaire (une sorte de black costume que l'on aurait décoré pour Noël, cf la section Costumes de Spidey pour en savoir plus), il fait équipe avec la délicieuse Black Cat et va même jusqu'à s'acheter un... appartement. Une première pour ce grand spécialiste de la colocation foireuse. Ajoutons à cela un Gargan qui obtient une nouvelle armure de Scorpion, plus un surprenant nouvel hôte pour Venom, et l'on obtient tout de même une revue assez riche en rebondissements et nouveautés. Seul petit bémol : on ne comprend pas bien comment Spider-Man, accroché au bout de sa toile juste derrière une navette spatiale qui décolle, peut ne pas être complètement carbonisé. Il porte pourtant son costume traditionnel qui, me semble-t-il, n'est de toute façon même pas ignifugé...
Plus anecdotique, l'on a de nouveau droit à du Lady Gaga (cf Spider-Man & Fantastic Four) mais cette fois comme... arme sonique défensive. Oui, si vous vous faites attaquer par un Bouffon, chanter Bad Romance peut vous sauver la mise. ;o) 

Bref, ce Big Time, sous la direction de Slott, se présente plutôt bien. Peter avance enfin un peu dans sa vie privée et professionnelle et ses adversaires du moment sont des personnages classiques revisités qui proposent un peu de neuf tout en gardant un ancrage dans la continuité.
D'un point de vue technique, Panini se distingue encore avec une impression dégueulasse, l'encre ayant bavé sur toute la hauteur de certaines planches. Enfin, bon, un accident peut arriver. Par contre, l'idée lumineuse d'imprimer l'édito de Grasse en noir sur fond bleu foncé n'est pas accidentelle, elle. Une excellente manière de saigner de la rétine au bout de trois phrases. Bah, ça pourrait être plus bête, du genre noir sur fond gris foncé. Peut-être pour l'année prochaine ? 

Une bonne fournée qui termine l'année arachnéenne sur une note positive.

01 décembre 2011

Fables : War and Pieces

Le quatorzième tome de Fables est disponible depuis hier et met un terme à la guerre contre l'Adversaire.

Le moment est enfin arrivé, pour Fableville, de lancer un large assaut contre l'Empire et ses armées. La libération des Royaumes dépend de plans audacieux menés simultanément.
Alors que le vaisseau "Gloire de Bagdad", avec à sa tête le Prince Charmant et Sinbad, est chargé de bombarder les portails reliant l'Empire à la Terre, Bigby, lui, doit tenir une position stratégique, essentielle en cas de repli, autour d'un haricot magique. Pendant ce temps, la Belle au bois dormant, au coeur même de la capitale impériale, doit profiter d'une réunion des sorciers de combat pour les mettre hors d'état de nuire.
Enfin, les Fables peuvent compter, en plus de leur propre magie, sur les armes à feu des communs. Un élément que l'Empire n'a jamais souhaité intégrer à ses propres troupes.
Pour tous, c'est maintenant le moment de vérité.

Ce tome sonne comme une fin, non de la série mais au moins d'un cycle. Aux commandes, toujours Bill Willingham au scénario, accompagné cette fois, pour les dessins, de Mark Buckingham, Steve Leialoha, Niko Henrichon et Andrew Pepoy.
Ces six épisodes commencent plutôt sur le ton de l'humour, avec un Boy Blue quelque peu déconcerté par la psychologie féminine (également complexe chez les Fables !). L'on passe ensuite à une mission de sauvetage impliquant Cendrillon, une charmante espionne ayant eu des siècles pour peaufiner ses techniques d'infiltration et de combat. Enfin, l'on en arrive au conflit proprement dit. Depuis le temps que cela couvait, on s'attendait à une bataille monstrueuse, mais l'auteur parvient encore à nous surprendre. Et pas forcément de la meilleure des façons.

La surprise vient tout d'abord de jolies trouvailles, comme le vaisseau arabe à base de tapis volants, ou les bombes artisanales guidées avec l'aide de ces mêmes tapis. Malheureusement, le reste tombe un peu à plat. Si l'on parvient à s'expliquer l'écrasante supériorité des Fables grâce aux armes à feu et à l'approvisionnement continu assuré par des moyens magiques, les forces de l'Empire, que l'on nous avait pourtant montrées comme terrifiantes (à juste titre puisque responsables de l'écrasement de centaines de royaumes), paraissent ici bien dérisoires.
Même le duel final est (trop) vite expédié, enlevant à l'ensemble le côté épique que l'on espérait pourtant. Pire encore, les pertes, bien que minimes, sont très mal gérées et les personnages qui tombent au champ d'honneur le font dans l'indifférence générale. C'est, à n'en pas douter, une petite déception, et donc une première pour cette série qui nous a habitué à du haut de gamme depuis si longtemps.

Il serait exagéré de parler de ratage complet, mais après nous avoir préparé, pendant plus de 70 épisodes (sans compter les spin-offs ou les romans), à un affrontement titanesque, cette conclusion a de quoi désappointer. Où sont les épouvantables hordes de l'Empire ? La perfidie de ses chefs ? Les morts déchirantes ? Les sacrifices héroïques ? L'aspect dramatique ? Le suspense ? Nulle part. Willingham a fait le choix, difficilement compréhensible, de ne pas donner aux lecteurs ce qu'il les avait pourtant préparés à recevoir.
Bien entendu, décontenancer le lectorat peut être une bonne idée, mais pas au détriment de l'histoire. Or, ici, l'on a l'impression que le scénariste, après avoir réussi à nous envoûter grâce à l'humour, l'émotion, la force de son récit (cf cette chronique), rate totalement son grand final, en en faisant une bataille aseptisée et fade. Une fadeur d'autant plus évidente qu'elle peut être comparée avec la maestria de Willingham quand celui-ci parvenait à nous émouvoir du sort d'un simple soldat de bois (cf tome #9)... au lieu de cela, il faut se contenter d'une reine des Neiges qui s'endort paisiblement, de centaines de dragons qui périssent sans faire aucune victime (et sans que l'on s'intéresse à leur sort), etc.
Heureusement, ce n'est pas la fin de la série, cela n'aurait pas été lui rendre justice que de l'arrêter sur cet arc.

Notons également que, contrairement à ce que fait Panini d'habitude sur cette série, l'on ne trouve dans ce tome ni le petit résumé de la situation, ni la traditionnelle présentation des personnages principaux. 

On s'attendait au Jour le plus long, on a Martine à la plage.
Difficilement compréhensible de la part d'un écrivain aussi talentueux. D'un autre côté, comme les creux de Willingham correspondent aux sommets de pas mal d'autres auteurs, il lui sera beaucoup pardonné.