01 mars 2012

D'Artagnan - Journal d'un Cadet

Pas de comics aujourd'hui mais une excellente BD tout de même, intitulée D'Artagnan, journal d'un cadet.
Attention, chef-d'oeuvre.

France, 1625. Le roi Louis XIII règne sur le pays, gouverné en réalité par son premier ministre, le cardinal de Richelieu.
Un jeune gascon, plein d'audace et de fougue, débarque à Paris dans l'espoir de pouvoir intégrer le corps d'élite des mousquetaires. Malheureusement, sa maladresse et son emportement lui valent, dès son arrivée, trois duels, pratique interdite mais pourtant courante chez les gentilshommes. Par un heureux concours de circonstances, les adversaires du jeune d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, vont devenir ses meilleurs amis.
Ensemble, ils vont déjouer un complot, partir à la guerre, venger un amour perdu... ces hommes sont turbulents, gouailleurs, profiteurs, un peu menteurs, mais ils possèdent une qualité précieuse : ils se battent les uns pour les autres et n'abandonnent jamais un frère d'armes à son sort.

L'adaptation d'une oeuvre, d'un medium à un autre, est un art difficile que peu d'auteurs maîtrisent. Et concernant Les Trois Mousquetaires, les tentatives sont légion. Pourtant, l'auteur, Nicolas Juncker, livre ici une version d'une maitrise et d'une force exceptionnelles en parvenant à s'approprier et revisiter le classique d'Alexandre Dumas.
C'est bien simple, la BD vous "explose à la gueule" dès les premières pages. Le style graphique tout d'abord, faussement simpliste, est à la fois beau, efficace et chargé d'émotion. Le récit suit évidemment la trame du roman originel, mais toute la trame, c'est à dire jusqu'à la mort de Milady, en passant par le siège de La Rochelle, alors que, dans d'autres adaptations - et dans l'inconscient populaire - c'est surtout l'affaire des ferrets de la reine que l'on a retenu. Ce choix judicieux permet de commencer de manière légère (les extraits du journal de d'Artagnan, qui contrastent très fortement avec la réalité dessinée des planches, sont fort drôles) et de terminer sur un véritable drame (le siège de La Rochelle n'a rien d'une partie de plaisir et la fin de Milady laisse un goût amer et désespéré).

Il ne s'agit donc pas seulement d'un récit historique, ou d'aventure, mais du destin de quatre amis, au parcours parfois tragique, ayant une haute vision de l'honneur et du devoir. L'époque est évidemment en plus propice aux intrigues en tout genre, domaine dans lequel excelle un cardinal aussi glaçant qu'effrayant. 
Et puis, au-delà des péripéties, des bons mots et de la politique, il y a ce petit côté vain et absurde, mais étrangement admirable, de deux personnes qui se haïssent, se battent régulièrement en duel, et finissent par nourrir l'une pour l'autre une forme de respect, voire des sentiments amicaux. Allez savoir ce qui se cache dans l'esprit d'un homme...
L'ouvrage, paru initialement en 2008 aux éditions Milan, a été réédité l'année dernière, chez [treize étrange], devenu un label des éditions Glénat, au prix de 25 euros. Pour les 265 pages et la qualité de l'ensemble, notamment du texte, c'est tout à fait convenable. Un petit carnet d'esquisses complète l'ensemble.

Une adaptation magistrale d'un très grand classique qui n'a rien perdu de sa force et de sa profondeur.
Le genre de BD qui rappelle, si besoin est, que le neuvième art n'a pas à rougir devant ses cousins, parfois quelque peu condescendants, que sont le roman et le cinéma.

"Ne craignez pas les occasions et cherchez les aventures. Battez-vous à tout propos. D'autant plus que les duels sont défendus et que, par conséquent... il y a deux fois du courage à se battre."
D'Artagnan père, sous la plume de Nicolas Juncker, d'après une oeuvre d'Alexandre Dumas.