05 avril 2012

The Walking Dead : L'Ascension du Gouverneur

Gros plan aujourd'hui sur le premier roman tiré de l'univers de Walking Dead : L'Ascension du Gouverneur.

A une époque, Philip Blake n'était pas un assassin. Pas plus qu'un tyran. C'était un brave type, parmi tant d'autres. C'était un bon père également. C'est grâce à lui que son petit groupe, composé de ses meilleurs amis, de son frère et de Penny, sa petite fille, va réussir à survivre dans un monde qui s'écroule.
Parce que Philip est fort. Courageux.
Parce qu'il fait ce qui doit être fait.
Et puis un jour, alors que le mirage de la normalité semble presque être redevenu palpable, il fait ce qui n'aurait pas dû être fait.
C'est alors le début de la fin.
Pas la fin d'une vie, mais de toute vie.
Pas la fin d'un homme, mais la fin de l'humanité...

L'on avait eu droit, l'année dernière, à un fort bon roman, Peter & Max, tiré de l'univers de Fables. C'est cette fois The Walking Dead qui donne naissance à un livre qui, comme son titre (Rise of the Governor) l'indique clairement, revient sur le passé du Gouverneur, un être totalement haïssable dans le comic.
Pour l'aider à conter ses origines, Robert Kirkman a fait appel à Jay Bonansinga, un romancier expérimenté ayant à son actif quelques thrillers mâtinés de fantastique. L'association se révèle en tout cas fructueuse puisque le résultat est franchement bon, si l'on excepte le choix (de l'éditeur ?) de mettre tout le récit au présent. L'on finit par s'y faire mais outre le style un peu rebutant au début, l'on peut se demander si cette décision n'est pas liée au fait que le public visé est composé de "braves demeurés amateurs de BD". Simple paranoïa, peut-être, mais on a déjà vu tout aussi absurde en matière de décision éditoriale (cf le charcutage des livres destinés à la jeunesse). Mis à part ça, le texte se révèle sans défaut.

Le récit en lui-même (qui fait environ 340 pages) commence peu après le début de l'épidémie. L'on fait connaissance avec le petit groupe qui n'est d'ailleurs pas très différent à la base de celui de Rick : des êtres plongés dans l'enfer post-apocalyptique, qui doivent survivre au jour le jour, en recherchant des vivres, un abri sûr, en composant également avec l'absence d'autorité et de règles sociales.
Bien entendu, il existe des éléments, présents dans les comics, dont on avait déjà connaissance, ce qui pourrait faire redouter un petit manque d'intérêt ou de suspens. Pourtant, il n'en est rien. Tout d'abord, la lente transformation de Blake est parfaitement décrite, au point même que l'on en vienne à oublier à quel point il a pu agir en monstre pour finalement en venir à trembler pour lui et ses proches. Ensuite, ce diable de Kirkman nous réserve une grosse surprise finale qui humanise encore plus celui qui deviendra le sinistre et redouté Gouverneur.
Là encore, l'on voit à quel point un environnement monstrueux parvient, de manière presque tragiquement naturelle, à transformer radicalement un homme. Ou peut-être, ce qui n'a rien de bien réjouissant, à le révéler tel qu'il est réellement.

Si les toutes dernières pages sont un peu prévisibles, l'on passe un "terrible" (donc excellent) moment en suivant cette plongée dans l'horreur, cette fuite sans fin où les protagonistes tentent d'échapper presque plus à eux-mêmes qu'aux zombies. Cerise sur le carnage, si vous n'avez pas lu les comics, ce roman se suffit amplement à lui-même. Mieux encore, il peut constituer une excellente introduction à la série. Nul doute qu'alors, lorsque vous rencontrerez le Gouverneur au même moment que Rick, vous ne pourrez pas vous empêcher de pester contre le dramatique gâchis qui a fait de ces deux survivants des adversaires plutôt que des alliés...
Kirkman réalise ici un tour de force, habile, vicieux presque, mais bien connu des conteurs. Il nous enlève l'objet de notre haine, il remet en perspective toute une série d'évènements, pour nous laisser, seuls, démunis, avec nos doutes et une lancinante tristesse.

Un très bon roman issu d'une série légendaire.
A dévorer sans aucune pitié.