21 août 2012

Batwoman : Elégie

Le mois d'août est placé sous le signe de Batwoman avec Elégie, disponible depuis peu, et sa suite, Hydrologie, qui sortira dans quelques jours.

Kate Kane aurait pu servir dans l'armée, comme son père. C'était pour elle plus qu'une vocation ; une évidence. Malheureusement, le jour où son homosexualité est révélée, son supérieur lui demande de nier. C'est là, au regard de la loi, la seule manière de la maintenir au sein des forces armées. Il suffit d'un mensonge et tout continuera comme avant.
Mais Kate ne sait pas mentir. Pire encore, l'armée lui a enseigné à ne pas le faire. Car "un cadet ne doit ni mentir, ni tricher, ni voler, ni le tolérer d'un autre". Par droiture, elle brise alors elle-même son rêve et quitte l'armée.
Il va falloir maintenant combler le vide qu'est devenue sa vie. Ainsi que son désir de justice. Et puisque le gouvernement ne veut pas d'elle, elle rejoindra les Masques...

Voici donc le tome #0 de Batwoman, publié par Urban Comics. Pourquoi #0 ? Tout simplement parce qu'il ne s'agit pas encore de l'époque définie comme DC Renaissance (il s'agit ici en fait de DC Classiques) mais aussi parce que l'ouvrage constitue néanmoins un excellent point d'entrée pour ceux qui ne connaitraient pas encore la jolie rousse. Tout est en effet parfaitement expliqué et amené, que ce soit l'enfance de Kate, ses rapports avec son père, sa vie privée tumultueuse ou encore sa relation, pas toujours évidente, avec Batman. Et en plus, l'histoire est bonne et les dessins de haute tenue.
Le scénario est signé Greg Rucka (WhiteOut, Queen & Country), les planches sont l'oeuvre de J.H. Williams III et Jock. Les auteurs alternent découpage classique et compositions plus originales, permettant de rendre le récit plus dynamique ou encore de changer radicalement l'ambiance en basculant vers un graphisme plus onirique.

Le récit, très riche, fait s'entremêler péripéties, flashbacks et scènes plus intimistes. Si l'homosexualité de Kate tient un grand rôle dans la construction du personnage (et même la naissance de Batwoman), Rucka ne verse nullement dans le voyeurisme et la facilité (encore que, certains, même en France, peuvent rapidement voir un scandale dès qu'un rapport amoureux sort des standards rigides de la soi-disant bienséance, cf. Catwoman), au contraire, il s'attache à dépeindre une jeune femme tour à tour émouvante, révoltée, fragile, implacable ou simplement amoureuse.
Si la dimension sociale, tout du moins en ce qui concerne la loi "don't ask, don't tell", n'est plus d'actualité, cette dernière ayant été abrogée, l'idée consistant à faire cohabiter valeurs traditionnelles et choix de vie atypiques s'avère intelligente et infiniment plus subtile que le discours "politiquement correct" habituel, visant à défendre des droits sans jamais évoquer les devoirs qui, pourtant, leur sont naturellement associés.

L'éditeur a complété cet imposant tome par une introduction expliquant un peu le contexte, une préface, plutôt bien écrite d'ailleurs, de Rachel Maddow, ainsi que divers bonus dont une galerie de covers alternatives, des recherches de personnage (annotées), et des extraits de script.
La suite directe, Hydrologie, reste dans la même lignée, malgré l'absence de Rucka, et sera bientôt disponible.
Après Selina Kyle, Kate Kane confirme la grande qualité des personnages féminins de DC en imposant un charisme et une modernité que Marvel n'a guère réussi à susciter qu'à travers Jessica Jones, et encore, pour un temps seulement (cf. Alias).

Une série qui prouve qu'une super-héroïne peut servir à autre chose qu'à mouler des nibards dans du latex.
Vivement recommandée.