03 octobre 2012

Gone : le vrai cauchemar pour les ados ? Un monde sans adultes !

Un monde sans adultes, d'étranges pouvoirs et une guerre qui se profile à l'horizon, tout cela est au menu de Gone, une série de romans sur laquelle nous nous penchons aujourd'hui.

Dans la petite ville californienne de Perdido, les enfants sont tranquillement à l'école lorsque, tout à coup, les adultes disparaissent. Parents, professeurs, flics et médecins, tous se sont volatilisés.
Il ne reste dans la ville que les moins de quinze ans, livrés à eux-mêmes.
La situation a déjà de quoi dérouter, mais lorsque Sam, Quinn et Astrid découvrent qu'ils sont coupés du monde par une sorte d'immense mur sans fin, la panique n'est pas loin. Sam se demande même s'il n'est pas responsable de la situation, car depuis quelque temps, il a commencé à changer, à pouvoir faire des choses théoriquement impossibles.
Bientôt, les enfants s'organisent sous la direction des plus grands. Les bébés ont besoin de soins, les maisons doivent être visitées, sécurisées. Une sorte de gouvernement ne va pas tarder à se mettre en place. Celui-ci est malheureusement essentiellement composé de brutes qui n'étaient déjà pas facilement gérables lorsque les adultes étaient là, alors maintenant qu'ils sont partis...
Et puis, qu'arrivera-t-il après ? Une fois l'anniversaire fatidique arrivé ? Peut-on survivre au-delà de sa quinzième année ?

Je ne parle ici que du premier tome, mais Gone est une série qui compte déjà quatre romans (le cinquième et avant-dernier sort le mois prochain). L'auteur en est Michael Grant. La saga est publiée par Pocket Jeunesse et est donc a priori destinée aux adolescents (je l'ai dénichée dans un étrange rayon baptisé "jeunes adultes", je me demande encore ce que ça désigne exactement). En réalité, l'intrigue est suffisamment prenante et le style suffisamment mature pour que l'on puisse plonger avec plaisir dans le récit.
Signalons en plus la très haute qualité de la traduction de Julie Lafon, qu'aucune coquille ne vient entacher (c'est vrai pour le premier volume, en tout cas la réédition de 2012, ça l'est beaucoup moins pour les suivants malheureusement). Le style est fluide, agréable, et la jeune femme se permet même de respecter la concordance des temps en employant l'imparfait du subjonctif (une pratique qui a tendance à disparaître, surtout dans les oeuvres estampillées "jeunesse"). L'on est donc loin de l'adaptation nullissime de Dôme. Ouf !

Mais voyons un peu de quoi il retourne. Pour caricaturer, l'on pourrait dire que Gone est une sorte de mélange entre Heroes, le Dôme de Stephen King, cité plus haut, et Sa Majesté des Mouches. On a vu pire comme références (imaginez si je vous avais annoncé qu'il s'agissait d'une fusion entre le dernier Christine Angot, Plus Belle la Vie et Germinal... ça donne tout de suite moins envie) !
D'une certaine manière, Gone se rapproche un peu du genre post-apocalyptique, puisque l'on se trouve clairement ici dans la survie, suite à un évènement traumatisant de grande envergure. Outre la disparition des adultes et le fait d'être coupé du monde par une sorte de dôme, les personnages doivent faire face à d'étranges mutations qui frappent la faune mais aussi au manque de nourriture qui finira forcément par arriver. Sans parler de la dictature des "brutes" et du temps qui passe, les rapprochant de leur si effrayante quinzième année.

Le premier roman commence d'une manière très directe, pas franchement très réaliste, mais tout se met bien en place et la tension monte rapidement. Les personnages sont d'autant plus attachants que l'auteur - et la traductrice - ont renoncé à les faire s'exprimer comme des demeurés (un procédé simpliste malheureusement trop courant lorsqu'il s'agit de faire parler de jeunes personnages).
Si les "méchants" sont parfaitement détestables (des gros cons comme on les aime), les héros ne versent pas dans la mièvrerie. Ils ont leurs failles, leurs limites et n'en sont que plus sympathiques. Et, point important, malgré le lectorat ciblé, l'auteur ne s'interdit pas des scènes un peu musclées. Les premières morts arrivent d'ailleurs rapidement et ne laissent pas indifférent.
Bon, les covers font un peu "nunucheries" à la Twilight ("Ouais, je suis trop mystérieux, j'ai des mèches de cheveux qui m'arrivent dans l'oeil et je fais la gueule sur les photos, trop classe !"), mais il ne faut pas s'y fier, c'est juste un emballage pourri. Une idée d'éditeur quoi.  

Mais alors... une bonne histoire, bien traduite, avec ce qu'il faut de suspense et d'émotion... est-ce que l'on n'aurait pas là un bon petit roman de derrière les fagots ? Ben si (Christine ! Au lieu d'écrire des conneries, tu me ranges les fagots s'il te plait ? Tu vois bien que ça gêne ! (Tain, en plus on a trouvé un vrai boulot pour Angot !)). 
Et nul besoin de réserver ce(s) livre(s) aux moins de quinze ans. Quand c'est bien, c'est bien, ça ne devient pas à chier par magie, en soufflant quelques bougies.

+ ça se lit très bien... en fait, on n'arrive plus à lâcher ces bouquins quand on a mis le nez dedans
+ les personnages évoluent et sont très loin d'être monolithiques
+ l'aspect fantastique est parfaitement contrebalancé par des relations très "humaines" et réalistes, ou du moins vraisemblables
+ la traduction est de haute tenue
- les coquilles sont nombreuses dans les tomes #2, #3 et #4 (signes de ponctuation qui disparaissent et petites conneries dans le genre, rien de trop méchant, mais bon...)