02 novembre 2012

The Web(b) of Spider-Man

D'ici quelques jours, The Amazing Spider-Man, version Marc Webb, sera disponible en DVD. Petit retour sur  le premier véritable Spidey sur grand écran.

Impossible de parler du Tisseur au cinéma sans évoquer les mer... heu, les navrantes tentatives d'adaptation de Sam Raimi. Je n'ai rien contre Raimi, je pense même qu'il est un excellent réalisateur, son meilleur film, Un Plan Simple, étant un petit chef-d'oeuvre d'intelligence et de sensibilité. Et le plus horrifique Jusqu'en Enfer n'était pas mal non plus dans le genre efficace. Malheureusement, et malgré l'apparent succès auprès des "fans", sa trilogie Spider-Man fut navrante au plus haut point.
Il ne s'agit même pas de "respect" de la continuité, l'on n'en est plus là, mais de vision du personnage, d'honnêteté envers ce qui est transmis, depuis des décennies, par les séries de comics qui mettent en scène Peter Parker.

Comment en effet convaincre lorsque l'on présente une bien mièvre Mary Jane, des combats soporifiques, entrecoupés de vannes qui tombent à plat, et ce avec dans le rôle titre... Tobey Maguire ? Il n'y est pour rien ce brave Tobey, mais, bordel à queue, il m'a chié cette trilogie comme Elijah Wood m'a pourri le Seigneur des Anneaux ! C'est pas possible des têtes à claques pareilles ! Tobey serait Peter ? Notre Peter ? Mais, par quelle magie, par quel coup du sort abject, par quel vil enchantement Peter pourrait avoir la tronche d'un Tobey ?
Peter, certes, c'est un type timide, maladroit, malchanceux, mais sympathique. Et Tobey, avec sa gueule de premier de la classe et son sourire niais, il est au mieux fadasse, au pire horripilant.
Mais voyons plutôt la nouvelle version.

Le film de Marc Webb est, selon certains, plus proche de la version Ultimate que de la version "classique" du personnage. Cela se discute. En effet, en ce qui concerne la modernité, l'humour, l'approche dynamique, Webb lorgne probablement du côté d'un Bendis, ce qui semble normal. Pour le fond, l'on a là, pour la première fois, un vrai Peter Parker.
Il ne s'agit plus d'un idiot bien coiffé, dont le sourire figé est à peine malmené par les brutes de l'école, mais bien d'un gars à part, subissant franchement la violence de son milieu (il se prend carrément des coups de pied dans le ventre, alors qu'il est à terre, impuissant). Sa coupe n'est pas calculée au cheveu près, il n'est pas le petit "fiston" idéal, il va même réussir à se mettre à dos rapidement le père de sa fiancée lors de leur premier dîner.
Quant à sa fiancée, parlons-en. Bien que dans les comics, je sois plus attaché à Mary Jane (cf cette petite vidéo hommage, sur une musique de Scorpions), j'avoue que là, Gwen est aussi charmante que "solide". Entendons par là qu'elle n'est pas qu'un simple faire-valoir, elle est intelligente (bien plus à l'aise dans les relations sociales que l'emprunté Peter) et gentille sans être nunuche. 
Wow, Gwen quoi ! La vraie, celle qui est regrettée ici

Au niveau de l'histoire proprement dite, il faut comprendre qu'elle ne reprend ni les premiers épisodes de Ultimate Spider-Man, ni ceux de Amazing Spider-Man (cf cet ouvrage pour vous donner une idée des décennies et de l'évolution que cela implique). Ce serait tout bonnement impossible. Il s'agit plutôt d'un mélange entre les deux. Et, de toute façon, comme toutes les adaptations Marvel, il s'agit ici d'un univers parallèle à ceux qui sont décrits dans les comics. C'est autre chose, mais Webb nous prouve que cet "autre chose" peut parfois être bien fichu.
Tout d'abord, Andrew Garfield est extraordinaire (un mec qui a un nom de chat ne peut pas être fondamentalement mauvais de toute façon). Tout comme Robert Downey Jr est physiquement proche de Tony Stark, Garfield incarne à merveille Peter Parker. Son jeu s'avère excellent, sérieux ce qu'il faut, avec une touche de folie et un côté psychorigide indispensable. Mais le tout adapté à un jeune de son âge.
La découverte des pouvoirs est à la fois bien plus drôle et plus impressionnante que ce que l'on avait pu voir dans la trilogie. Et Garfield, tout petit fiston à sa tantine qu'il puisse être, parvient à montrer que Peter est bien plus complexe que ce que Raimi le pensait ou, tout du moins, l'avait montré.

Pour prendre quelques exemples, la scène ou Peter remet en place Flash, sur un terrain de basket, est plus que jouissive. Juste assez pour ne pas rendre Peter antipathique et permettre de rétablir la balance. Lorsque Peter ne va pas à l'enterrement du capitaine Stacy, là encore, c'est justifié et maladroit, comme sorti tout droit du cerveau du Parker de la grande époque, coincé entre ses principes et la réalité, violente et cruelle. 
Certaines scènes, fort bien construites, permettent de suivre la transformation de Peter, son apprentissage des nouvelles capacités qu'il découvre (en faire un skateur est une idée géniale, typique d'une "bonne" adaptation). Le seul bémol viendrait des scènes de combat contre le Lézard, qui sont une simple débauche d'effets, sans aucun intérêt (on s'ennuie ferme !). Par contre, les moment où le Tisseur s'en prend à de petits voyous, avec ses fameuses vannes (justifiées en plus, ici, par un cynisme inattendu), sont un vrai régal.
Si seulement Webb pouvait baser toutes les scènes "d'action" sur ce modèle : des coups (ou des FX), oui, mais avec du sens...

A gauche, le vrai, à droite, la figurine articulée...

J'ai rarement dit du bien des adaptations ciné (Watchmen restant une exception). J'ai même parfois conseillé des films ne s'inspirant pas de comics (Defendor reste pour moi la plus belle histoire, filmée, de "super-héros"). Je me suis endormi en voyant le pitoyable Avengers (mais bon, Joss Whedon quoi... fallait pas s'attendre à quelque chose d'extraordinaire). Et, globalement, j'ai tenté de dénoncer l'effet, aussi réel que pervers, que les adaptations bâclées peuvent avoir en retour sur nos comics. 
Cet Amazing Spider-Man, et ce Webb au nom prédestiné, me font cependant aujourd'hui vous conseiller d'accorder une chance à cette adaptation. Elle n'est pas parfaite, elle manque d'envergure et de sens au niveau des combats "importants", mais elle a l'avantage d'être plus qu'honnête envers Peter (tout en le modernisant à bon escient), de mettre en scène une Gwen sublime, et de trouver, l'espace d'un instant, le bon équilibre entre gnons et vannes, ce qui reste tout de même typiquement lié à l'Araignée.

Raimi et Tobey ont quitté la toile du Tisseur, tant mieux pour nous et que vive le Webb !