08 décembre 2012

Batman : Noël

Le Dark Knight s'apprête à passer les fêtes de fin d'année d'une bien belle manière grâce au sublime Batman : Noël, sorti hier.

Bob est un peu paumé. Il n'a pas d'argent, vit dans un appartement minable, son fils est souffrant et... Noël approche.
Alors Bob fait une grosse connerie. Il accepte un job on ne peut plus louche, pour le compte d'un type dangereux.
Et comme Bob n'a vraiment pas de chance, il tombe sur Batman, qui ne voit en lui qu'un malfrat comme tant d'autres.
Le protecteur de Gotham a cependant tort cette fois. Mais pour s'en rendre compte, il devra recevoir l'aide de trois visiteurs, trois personnages bien connus qui lui montreront des bribes de son passé, des morceaux du présent et une fraction, atroce, de son avenir.
Et si tout le monde pouvait changer ?

Voici une petite variation sur A Christmas Carol, le célèbre conte de Charles Dickens, écrite et dessinée par Lee Bermejo. Et attention les yeux, c'est d'artillerie lourde qu'il s'agit !
Les planches de Bermejo sont simplement superbes. L'artiste nous livre ici un Batman inquiétant, une Catwoman sensuelle, un Joker sinistre mais aussi des décors d'une beauté et d'une richesse stupéfiantes. Gotham devient ainsi à la fois réaliste, glauque et... belle. Le niveau de détail est parfois assez hallucinant, notamment en ce qui concerne les immeubles. Les fenêtres par exemple ne sont pas de simples rectangles, dessinés à la hâte, mais ont toutes des particularités propres. L'une est fissurée, une autre dispose d'une climatisation... et surtout, elles donnent sur de "vrais" appartements, dans lesquels on peut distinguer un tableau, un meuble. Bref, la plus infime portion de case est soignée et renferme une petite touche de vie, de vérité presque.
Il serait injuste de ne pas citer également Barbara Ciardo, une (jolie) coloriste italienne, qui avait déjà bossé avec Bermejo sur le Superman des Wednesday Comics. Le résultat était déjà excellent à l'époque, il l'est ici tout autant, avec de fort beaux contrastes et jeux de lumière.

Le récit est également assez bien fichu. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, reprendre un tel classique est un exercice périlleux : non seulement la plupart des effets sont connus des lecteurs, mais en plus il faut pouvoir s'approprier l'oeuvre et poser un regard neuf, ou au moins différent, sur des scènes passées presque dans l'inconscient collectif.
Et Bermejo s'en sort haut la main, en adoptant une narration respectant l'esprit du conte mais permettant également de transposer la problématique dans Gotham, avec un Batman faisant un surprenant mais excellent Scrooge. L'auteur parvient à intégrer dans son récit des éléments faisant référence à l'évolution de Batman (celui-ci étant bien plus sombre de nos jours que par le passé) et, par ce biais, à lui faire poser un pathétique regard sur son passé et ce qu'il est devenu.
La réflexion sur le "vigilantisme" (plus que réellement le super-héroïsme au sens large) est également plutôt subtile et bien amenée. Surtout, Batman aura rarement semblé aussi effrayant que lorsqu'on le voit apparaître à travers les yeux de ce pauvre Bob, aussi paumé que terrorisé.

C'est bien simple, tout est réussi et respire le talent et le travail.
L'adaptation d'Urban Comics est bonne, sauf deux petits accrocs qui m'ont un peu gêné. D'une part un "raconteur", au lieu de "conteur", qui ne me semble pas très heureux, et d'autre part (en parlant d'un rêve) ; "Mais si c'en était un, d'où venait alors que la chaleur émanant de ce personnage bariolé avait l'air si réelle ?", qui est quand même une phrase assez mal fichue (ce que j'appelle parfois un manque "d'huile dans les rouages").
Niveau bonus, l'on retrouvera une intro de Jim Lee et un carnet de croquis, avec commentaires de Bermejo.

Un très beau conte "batmanisé".

++ les dessins : une énorme claque visuelle !
+ la colorisation
+ l'habileté de la relecture du conte de Dickens
+ intelligence du propos et de la conclusion
+ idéalement publié à cette période de l'année
- pour les perfectionnistes, un ou deux "déraillements" dans le texte, qui font "sortir" de l'histoire pendant un bref instant