12 décembre 2012

Fear Agent

Le premier tome de l'intégrale de Fear Agent vient de sortir chez Akileos, une bonne occasion de faire un petit point sur cette série.

Heath Huston est un exterminateur d'extraterrestres, plutôt porté sur la bouteille et un brin malchanceux. Alors qu'il est engagé pour liquider quelques Zlasfons, une espèce à l'intellect peu développé, il cause involontairement la mise à sac de la cité du maire qui l'avait engagé.
Après un départ précipité et une bonne cuite, le voilà cette fois chargé d'inspecter une station de commerce et de ravitaillement qui a coupé toutes ses communications.
Une fois sur place, il constate la présence de Mangeurs, une espèce aussi vorace que nocive. De rencontres imprévues en mésaventures, Heath va découvrir l'existence d'un énorme complot visant la Terre. 
Cela va l'amener à se fourrer dans de nouveaux ennuis mais aussi à se remémorer l'époque où il avait encore une famille, où la Terre a été envahie et où il est devenu un Fear Agent...

Fear Agent est écrit par Rick Remender (Punisher, Venom) et dessiné par Tony Moore et Jerome Opeña. La série est en fait un exercice de style assez singulier, s'attachant à ressusciter l'esprit des récits d'aventure, de guerre et de SF de EC Comics. Tout commence avec de l'action bien bourrine, très second degré, et évolue peu à peu vers quelque chose de plus profond et moins cliché.
Les choix, même graphiques, faits par les auteurs sont toutefois particuliers. Les extraterrestres sont par exemple fort peu crédibles et très caricaturaux. L'une des espèces fait d'ailleurs penser à Kang et Kodos, des Simpsons, ce qui est tout à fait normal puisque eux aussi sont inspirés des comics EC. C'est donc volontaire, mais très enfantin comme représentation, ce qui ne poserait pas de problème si la série était basée sur l'humour uniquement, alors que là, il s'agit de tout autre chose, avec un aspect dramatique prononcé.
En réalité, l'on retrouve dans ces épisodes une manière de procéder un peu bancale qui fait penser à The End League, du même Remender. Dans ce titre également le scénariste nageait entre deux eaux en n'étant ni complètement sérieux ni totalement parodique.
Attention, dans l'absolu, il est tout à fait possible de mélanger humour et drame, mais il faut pour cela que le cadre construit par l'auteur permette une telle cohabitation, sans que le comique vienne parasiter ou déconstruire la tragédie, et inversement.

Il est également légitime de s'interroger sur l'intérêt de reprendre le ton de comics passés de mode et à la narration désuète. Tout comme en musique, une reprise est toujours possible, mais l'on s'arrange alors pour moderniser l'orchestration, ce qui est loin d'être le cas ici.
Il y a bien des gros mots et quelques scènes gore, mais qui n'augurent en rien d'un réel renouvellement de l'écriture. A ce sujet, la quatrième de couverture contient une affirmation assez stupéfiante qui prétend que les lecteurs qui ont apprécié Preacher ou The Walking Dead devraient se délecter avec Fear Agent. Très honnêtement, je ne vois pas du tout le rapport.
En réalité, si, il y a une scène (sur Terre, dans les toilettes d'un bar, avec le père de Huston) qui se rapproche du ton de Preacher. C'est quasiment la seule scène bien écrite de ce gros pavé. Un peu court pour trouver un cousinage...
Quant à l'aspect Walking Dead, j'imagine qu'il est supposé prendre racine dans la partie "survivaliste" du récit. Seulement l'on est à des lieues de la narration de Kirkman. Remender survole tout, dans un déferlement d'action et d'explosions, sans prendre la peine de construire ses personnages, sans s'intéresser à une quelconque problématique plus de quelques cases.
Le résultat est évident : on se fout de ce qui peut bien arriver aux protagonistes, totalement artificiels. Il n'y a donc rien de plus à l'opposé d'un Walking Dead qui, justement, repose sur les relations entre les personnages bien avant d'être un récit de zombies. Et ce n'est pas tant des éléments de l'intrigue qui peuvent rapprocher deux séries que la manière de les mettre en scène.

Ce premier tome contient une longue intro bien déjantée de Remender ainsi qu'un carnet de croquis et covers, assez fourni.
Signalons quelques coquilles (présentes dès l'introduction), heureusement relativement rares au vu du nombre de planches.

Un truc pas très vieux mais vieillot quand même. Et mal fichu.

+ l'humour
+ le côté old school pour ceux qui aiment
- de l'action ennuyeuse au possible
- des personnages insipides, à l'exception du héros, et encore...
- un amateurisme étonnant en ce qui concerne la narration (énorme décalage entre l'effet voulu et le résultat obtenu)