05 décembre 2012

Red Wing : comic paradoxal

SF et voyages temporels sont au menu du jour avec Red Wing, paru récemment chez Delcourt.

Dominic et Valin sont de futurs pilotes de IT-2, ou Intercepteur Temporel de deuxième génération. Comme les autres cadets, ils vont devoir maîtriser l'art du pilotage et du voyage dans le temps, notamment pour faire face aux Moissonneurs, un ennemi mystérieux, venant d'une époque et d'un lieu inconnus, qui tente de s'emparer des ressources du présent.

Voilà en gros le pitch de cette histoire, courte (seulement quatre épisodes) mais complète. Le scénario est de Jonathan Hickman, les dessins de Nick Pitarra. Ce dernier s'en sort plutôt bien si l'on excepte quelques cases où les postures des personnages sont un peu raides et manquent de réalisme. Le reste est franchement réussi, que ce soit les vaisseaux ou les représentations de crashs temporels, hommes et machines se désagrégeant à la fois de manière instantanée et "découpée" dans le temps. Un concept difficile à décrire mais visuellement très efficace.

Penchons-nous maintenant sur l'intrigue. Hickman, que l'on avait vu à l'oeuvre sur Fantastic Four ou Ultimates, avait déjà eu l'occasion de travailler sur des sagas flirtant avec la métaphysique et notamment les univers alternatifs (cf. Marvel Icons #66), un sujet très proche de celui abordé dans Red Wing. L'auteur semble donc fasciné par ce thème (qui ne le serait pas ?) et livre ici un récit étrange, qui s'avère captivant  mais qui laisse toutefois le lecteur sur sa faim.
Le format tout d'abord est très court, d'autant que les quatre chapitres sont parsemés d'effets qui laissent parfois trois ou quatre pages d'affilée totalement vides. Ou presque. Les personnages sont volontairement laissés de côté et peu creusés, pour privilégier l'ambiance, froide et mélancolique.
Et certaines ellipses n'arrangent rien pour faciliter la compréhension des évènements.

Au niveau des concepts, là encore rien d'extraordinaire. Celui du voyage dans le temps, tel que décrit ici, est plus que simpliste et déjà vu. Dommage car il était sans doute possible de faire mieux avec un sujet aussi passionnant. La morale mise en avant ("nous n'héritons pas la Terre de nos Pères mais l'empruntons à nos Fils"), sans être condamnable, est elle aussi éculée et très naïvement illustrée.
Il n'y a guère finalement que la fin, assez bizarre tout de même, qui parvient à faire naître un petit moment d'émotion et de poésie.
Entre ce qui est incompréhensible et ce que l'on comprend et qui apparait comme clairement pas terrible, l'on pourrait donc penser que l'on est devant un truc complètement nul, et pourtant... non.
La lecture n'est pas désagréable, on se laisse doucement bercer par les coups de théâtre prévisibles et les dialogues, censés nous éclairer alors qu'ils font "pschitt" ou nous plongent encore plus dans le noir. L'on finit, la dernière page tournée, par se demander si l'on s'est fait arnaquer ou si l'on est passé à côté de quelque chose de génial et plus profond qu'il n'y paraît.

C'est rare mais voilà un comic qui, si l'on prend isolément tout ce qui le compose, devrait être nul et soporifique alors qu'il est en réalité plutôt pas mal.
Mais l'art de l'écriture n'est pas basé sur des équations exactes, il fait même appel à la magie, ce qui permet d'obtenir parfois ce drôle de résultat.
Si l'on cherche à avoir des réponses précises, un récit solidement construit et des prouesses narratives, Red Wing sera probablement décevant. Si l'on accepte de lâcher prise, de ne pas pousser trop loin l'analyse, il se pourrait que la magie opère et que l'on soit lentement entraîné vers cet univers onirique qui, par nature presque, peut se permettre de ne pas suivre les règles les plus évidentes.

Déroutant.

+ la thématique
+ l'univers graphique
+ l'ambiance
- les personnages, sans âme
- la narration, décousue
- le côté superficiel