28 février 2012

Top 10 : Bienvenue à Neopolis

Un coup d'oeil aujourd'hui sur la réédition de Top 10, chez Urban Comics.

Neopolis est une ville étrange, conçue par d'anciens savants nazis et habitée par des surhumains. Comme toutes les mégalopoles, elle a généré ses trafics, ses excès et ses crimes. Le tout amplifié par les capacités très spéciales de ses citoyens.
Pour contrôler cette population explosive, il y a le 10ème District, affectueusement surnommé Top 10. Les agents qui y sont affectés mettent leurs pouvoirs au service de la loi. Smax, le taciturne, Robyn, la nouvelle recrue, ou encore le lieutenant Colby, alias Peregrine, partagent leur temps entre enquêtes et une vie privée parfois chaotique.
Au 10ème District comme ailleurs, les pouvoirs ne changent pas fondamentalement la nature humaine. Il y a les prédateurs, les innocents, et entre les deux, des flics imparfaits qui tentent d'agir au mieux...

Après Watchmen, Urban mise sur une autre série, certes moins connue, mais toujours signée Alan Moore (From Hell, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires). Les dessins sont, eux, de Gene Ha. Soulignons tout de suite l'efficacité de ce dernier, qui, contrairement à ce que l'on pouvait reprocher à l'univers de Spider-Man 2099, parvient à donner un vrai caractère "techno-cradingue" au lieu et à certaines créatures.
L'originalité de cette série, qui a vu le jour fin 1999, réside dans le fait qu'elle transpose des intrigues policières classiques dans un cadre tout à fait inhabituel. Neopolis tient en effet une large place dans l'histoire et sa faune exotique permet d'enchaîner des situations fort diverses allant du burlesque au drame. L'on va ainsi découvrir des robots, des géants, des aliens, un chien qui parle... et ce ne sont pas forcément les créatures les plus originales. Pour donner un exemple, l'une d'entre-elles est une sorte de grosse méduse extraterrestre ayant fait carrière dans le porno.

Les personnages, aussi déroutants qu'ils soient, sont tous crédibles et possèdent une vraie épaisseur. Moore explore à travers eux des thématiques qui n'ont rien perdu de leur force, notamment l'extrême difficulté de vivre ensemble et d'apaiser les tensions sociales. Les races les plus diverses se côtoient, tout comme d'ailleurs des croyances et sexualités variées.
Au final, si l'aspect extérieur des protagonistes est souvent au moins original, si ce n'est absurde (encore que, le requin avocat est un clin d'oeil assez drôle), ils sont intérieurement totalement humains, dans leurs doutes et leurs souffrances. Ils s'engueulent ou s'entraident, ont des problèmes familiaux, se balancent des vannes, se draguent ou commettent des erreurs. C'est ce mélange habile et bien dosé qui donne toute sa saveur à cette Neopolis qui mérite largement que l'on arpente ses rues.
D'un point de vue pratique, cette édition est au format Urban, donc avec hardcover. Elle dispose d'un petit topo sur les personnages et d'un long texte d'Alan Moore. La traduction est très bonne mais contient tout de même une ou deux coquilles (une inversion de mots et un "s" manquant si j'ai bien tout noté). Un peu dommage mais rien de dramatique, surtout pour la densité de texte. 

A la fois réaliste d'un point de vue psychologique et déjanté en ce qui concerne le cadre et les personnages, voilà un titre à découvrir pour ceux qui ne posséderaient pas les précédentes éditions Semic, difficilement trouvables à un prix raisonnable pour certains tomes.
Encore du lourd pour cette reprise en main des titres DC Comics.

26 février 2012

Batman Showcase

Arrivée de Urban Comics en kiosque avec une nouvelle revue consacrée au Dark Knight : Batman Showcase.

Après avoir débarqués en librairie (cf Watchmen), ce sont maintenant les premiers titres Urban qui arrivent en kiosque. Il s'agit ici de la suite de Batman Incorporated, série dont le début a été précédemment publié par Panini.
Bruce Wayne, laissant Gotham aux bons soins de Dick Grayson, a décidé de lancer une opération visant à réunir différents Batmen à travers le monde, tout en subvenant financièrement à leurs besoins. Au Japon, en Argentine ou encore en France, de nombreux héros rejoignent Batman Inc. (l'on peut citer par exemple Batwing, El Gaucho ou le Parkoureur).
Tous ces justiciers vont devoir faire face à une nouvelle menace, particulièrement active et connue sous le nom de Leviathan...

Le scénario est écrit par Grant Morrison (Batman & Robin, Batman : Arkham Asylum, We3, JLA, The Mistery Play, Kill your boyfriend), les dessins sont de Yannick Paquette, Chris Burnham et Scott Clark. Le récit nous entraîne des Malouines à une réalité virtuelle, en passant par une réserve indienne. Le tout donne l'impression d'être un peu décousu et n'est pas forcément des plus passionnants. Beaucoup de personnages et d'évènements apparemment sans rapport entre eux dans cette histoire, heureusement, de nombreuses explications ont été ajoutées par l'éditeur.
Cela nous amène directement aux petits plus mis en place par l'équipe d'Urban Comics. Tout d'abord, un petit texte fait le point sur la situation et les derniers évènements, histoire de planter le décor. Ensuite, chaque épisode s'ouvre sur une page de rédactionnel contenant des informations sur les personnages (première apparition, créateurs, origines...), les crédits et une cover, ce qui permet de mieux situer les intervenants (notons que le même traitement a été appliqué à la revue Flashpoint). Un organigramme, simple mais utile, de Batman Inc. vient s'ajouter à l'ensemble.

Le bilan s'avère globalement très positif, malgré une ou deux coquilles qui subsistent. La volonté d'enrichir le contenu et de le rendre le plus accessible possible est bien présente et fort louable.
Cette volonté se retrouve également dans les ouvrages librairie (Batman : Sombre Reflet ou Superman : Superfiction par exemple), qui disposent également d'une présentation des personnages, d'un texte d'intro et d'une frise chronologique permettant de situer chaque récit par rapport aux grands évènements du DC Universe. Un outil qui se révèle rapidement indispensable pour le lecteur.

Les personnages DC viennent enfin de trouver un éditeur à la hauteur de leur potentiel.
Un sérieux et une bonne volonté qui font plaisir à voir.

22 février 2012

Scarlet : talking about a revolution

Gros plan aujourd'hui sur une nouvelle série signée Bendis et intitulée Scarlet.

Scarlet est une jeune fille banale, ayant vécu une enfance et une adolescence heureuses, sans heurts. Un jour pourtant, sa vie bascule. Un simple contrôle de police qui tourne mal et la tragédie se noue. Le petit ami de Scarlet est tué, elle-même est gravement blessée...
Lorsqu'elle se réveille, elle se rend compte que les flics corrompus qui les ont agressés sont considérés comme des héros, que les media ont déformé les faits et que tout le monde semble s'en accommoder.
Une question, lancinante, commence alors à travailler Scarlet : pourquoi ? Comment le monde en est-il arrivé là ? Comment peut-on accepter une telle injustice ? 
Mais bientôt, la jeune fille se rendra compte que l'important n'est pas de savoir pourquoi le monde est tel qu'il est, mais ce qu'elle compte faire, elle, pour ne plus être une simple spectatrice. La réponse s'impose d'elle-même... plus de compromis. A la place, une révolution !

Le fameux tandem Brian Michael Bendis, au scénario, et Alex Maleev, au dessin, est de nouveau réuni. Ils avaient fait des merveilles sur Daredevil, avaient ensuite signé un décevant Halo, mais avec Scarlet, pas de souci, les deux compères sont en pleine forme.
Commençons tout de suite par les panineries habituelles, que l'on retrouve dès le petit texte d'introduction. Tout d'abord, un parallèle est fait avec la chanson Revolution des Beatles, ce qui est plutôt bien vu, sauf que celle-ci est mal traduite. Avec les paroles originales, l'on comprend sans peine que le chanteur souhaite changer le monde, mais sans violence. Malheureusement, dans la transposition française qui en est faite, revolution est bien traduit par "révolution" mais destruction est traduit par... "révolution" également. Du coup, ça n'a plus aucun sens, le type a l'air d'être pour la révolution, mais quand il entend le mot "révolution" (au lieu de "destruction"), il dit qu'il ne faut pas compter sur lui et ressemble du coup à une girouette. Et pour bien faire, il manque ensuite un mot dans une phrase ("la série que vous apprêtez à lire").
Y a pas à dire, ça commence fort.

Tournons-nous maintenant vers le récit proprement dit (correctement traduit d'ailleurs). Pas de super-héros bien entendu ici, mais une ambiance se rapprochant des polars de Bendis (cf cette chronique sur son parcours), avec un petit côté politique, voire sulfureux, en plus.
D'une certaine manière, l'on peut faire un parallèle avec Kill your boyfriend pour le côté rébellion et lutte armée, mais là où Morrison n'offrait que du vide, des personnages aussi stupides qu'agaçants et des meurtres gratuits, Bendis parvient à construire une histoire sensée, reposant essentiellement sur le personnage principal, parfaitement mis en scène dès les premières planches.
Le procédé utilisé par Bendis est d'ailleurs à souligner. Scarlet s'adresse en effet directement au lecteur, un peu comme dans un reportage. Cela peut décontenancer au début, mais s'avère très efficace sur le long terme, la voix de Scarlet devenant une sorte de guide dénonçant l'illusion et la facilité. L'on a un exemple concret dès les premières pages où les images, très violentes, donnent immédiatement une mauvaise impression sur le personnage, impression qui va vite s'amoindrir puis disparaître grâce à un discours posé et non dénué d'humour.

Autre technique habilement employée par les auteurs ; une série de cases, avec simplement une petite légende, permettant de résumer rapidement les grandes étapes de la vie de Scarlet. Un peu comme si elle-même faisait le point à l'aide de moments  émotionnellement chargés. C'est parfaitement réussi d'un point de vue narratif. Non seulement l'on évite ainsi une laborieuse exposition classique, mais cela renforce encore l'empathie ressentie, le lecteur ayant vraiment l'impression d'avoir un accès direct aux souvenirs de Scarlet.
Sur le fond, ces cinq premiers épisodes se révèlent fort intéressants également. Bendis se garde bien de balancer des généralités trop absurdes et il parvient, mine de rien, à nous amener avec délicatesse sur le terrain, glissant, du recours à la lutte armée. D'un autre côté (je ne sais si c'est volontaire de sa part, mais connaissant l'intelligence de Bendis, je pense que oui), l'auteur parvient également à montrer à quel point il est facile de manipuler une opinion avec un peu de talent et de technique. Et là je ne parle pas des media dans le récit, mais bien de Bendis lui-même, parvenant sans aucun problème à faire ranger le lecteur du côté d'une Scarlet qui devient vite le symbole d'un espoir, d'un changement, d'un idéal que l'on voudrait noble.

La suite est totalement ouverte et peut déboucher sur des tas de situations différentes. Changement de société réel, cavale merdique, délire utopiste ou tout à fait autre chose. Ce premier tome est en tout cas enthousiasmant, tant sur la forme que sur le fond. Le style de Maleev apporte le charme nécessaire à l'ensemble.
Reste à savoir vers quoi ce vieux renard de Bendis souhaite nous emmener. Peut-être vers la première révolution qui ne se contentera pas de changer les noms des oppresseurs et la catégorie des opprimés, allez savoir, sur le papier, tout est possible.

Un sujet passionnant et une rare maîtrise dans la mise en place.
Un comic intelligent et esthétique, à mettre entre toutes les mains.

20 février 2012

Mort de Peter Parker (+ Spider-Man Classic)

Le douzième numéro de Ultimate Spider-Man (v. 2) signe la fin de la deuxième époque de l'univers Ultimate. Et de Peter Parker.

Vous ne pouvez pas le manquer ce mois, dans son élégant blister noir et rouge, annonçant sans détour le drame qui se noue dans ses pages. Je veux bien sûr parler de USM et plus précisément de la seconde partie de Death of Spider-Man qui arrive maintenant en France (cf le prologue et la première partie pour ceux qui prendraient le train en marche).
Ce dernier chapitre est signé Brian Michael Bendis qui retrouve, pour l'occasion, son compère Mark Bagley au dessin.
La revue, contenant trois épisodes, est plus épaisse que d'habitude mais aussi plus chère (4,60 euros).
A part l'épisode supplémentaire et le blister, rien de particulier à signaler pour marquer le coup. 

Venons-en au récit en lui-même. Pas grand-chose à en dire en réalité puisqu'il s'agit d'un long combat mettant en scène le Tisseur, ses ennemis (Bouffon Vert, Homme Sable, Electro...) mais aussi Iceberg, la Torche et même... la tante May.
L'agonie est donc assez longue mais se lit finalement assez rapidement. Beaucoup d'action en réalité jusqu'au moment d'émotion final, pour un dénouement connu depuis longtemps. En même temps, il est de nos jours quasiment obligatoire, pour une série mainstream, d'annoncer en titre la mort de son protagoniste principal si l'on veut que les lecteurs y croient un minimum et ne prennent pas le dernier souffle supposé du héros pour un cliffhanger un peu plus musclé que d'habitude.

L'on sait également que Spider-Man poursuivra sa carrière sans Peter Parker, un autre jeune homme (ayant fait les gros titres des journaux, même non spécialisés comics) endossant le costume.
Peter tire donc sa révérence après 160 épisodes. Le bilan global de la série est plutôt positif, Bendis ayant su revisiter avec talent de nombreux personnages voire même certaines sagas, le tout en mariant humour, action et émotion. Surtout, il a su donner à ce Spidey version Ultimate une fraîcheur et une épaisseur qui en ont fait non pas un simple ersatz mais bien un héros à part entière. Aujourd'hui, le héros est tombé. Il est donc temps, en se retournant sur le chemin parcouru, de lui rendre un dernier hommage à l'aide de quelques morceaux choisis.

La Saga du Clone, version ultimate
USM en format poche
Relaunch de Ultimate Spider-Man
USM en Deluxe

Ultimate Spider-Man dans le Bêtisier : voir scènes #5, #19, #27, #41, #42, #43 et #61



Pour terminer, un mot sur le Spider-Man Classic #1, disponible en kiosque et reprenant d'anciens épisodes du Monte-en-l'air de la terre 616. 
Ce premier numéro est axé sur Harry Osborn et la relation, complexe, qui l'unit à Parker. Les épisodes sélectionnés sont Amazing Spider-Man #136, Amazing Spider-Man #137, Amazing Spider-Man #312, Spectacular Spider-Man #189 et Spectacular Spider-Man #200. Quelques covers commentées sont également présentes (avec des fautes même dans les punchlines des couvertures... il faut le faire !).
L'ensemble est évidemment un peu décousu étant donné les bonds dans le temps qu'il faut effectuer mais c'est surtout une jolie paninerie, sur la tranche du trimestriel, qui fera de ce numéro un collector également (cf photo ci-dessous).
En tout cas, si les comics étaient cotés comme les timbres, par rapport à leurs défauts d'impression, avec Panini, nous serions tous millionnaires.


Deux numéros à collectionner donc ce mois. Pas pour les mêmes raisons...

15 février 2012

Spider-Man 2099 : Retour vers le Futur

Aujourd'hui sort en librairie un album reprenant les 10 premiers épisodes de la célèbre série Spider-Man 2099. Tout de suite, le point sur cette vision futuriste qui date maintenant de vingt ans.

New York, 2099. De puissantes corporations dirigent la ville haute alors que les plus pauvres vivent dans les bas-fonds, livrés aux gangs. Miguel O'Hara, un scientifique employé par Alchemax, l'une de ces sociétés possédant même sa propre police privée, travaille sur le programme O.P.A. (Opérateur à Potentiel Augmenté), destiné à décupler les capacités d'un être humain lambda. En désaccord avec la politique de ses patrons, Miguel, à son insu, est rendu accro au nirvana, une drogue agissant au niveau moléculaire. Alchemax étant le seul producteur autorisé du produit, la société détient maintenant un énorme moyen de pression sur O'Hara.
Pour échapper à cette emprise, Miguel tente une expérience qui tourne mal. Le voilà maintenant affublé de griffes et de crocs !
Pour dissimuler son identité, il endosse un costume acheté au Mexique lors de la fête des morts. Un nouveau Spider-Man est né.
Peu à peu, il va prendre conscience de la nocivité des corporations et se dresser contre elles.

Panini avait annoncé que les 50 ans du Tisseur seraient fêtés cette année à l'aide de divers albums spéciaux (dont un très attendu Omnibus couvrant la période McFarlane d'Amazing Spider-Man). La collection Marvel Best Of de l'éditeur inaugure les festivités avec Spider-Man 2099, une série dont l'anniversaire est également important puisqu'elle date de 1992. 
Le scénario est écrit par Peter David (X-Factor), les dessins sont l'oeuvre de Rick Leonardi
Graphiquement, le plus gros point noir provient des décors, minimalistes voire quasiment absents de certaines planches. Cela n'aide pas vraiment à donner de l'épaisseur au pourtant intéressant univers futuriste décrit ici. Heureusement, l'artiste s'en sort mieux avec les personnages, notamment Spider-Man.
La papier glacé ne pardonne pas grand-chose aux couleurs très flashy, mais l'ensemble possède malgré tout un certain charme.

C'est au niveau du récit que l'on trouve les éléments les plus intéressants. Tout d'abord, Peter Parker est remplacé par Miguel O'Hara, un scientifique lui-aussi, mais très différent de son prédécesseur. Il est d'origine irlandaise par son père, mexicaine par sa mère, mais c'est sur le plan de la personnalité que O'Hara s'écarte le plus de Parker. Il est sûr de lui, un brin vantard, et n'attend pas d'être déguisé pour faire preuve d'un humour d'ailleurs assez percutant.
Le monde de 2099 est également fort bien élaboré et fourmille de bonnes idées. Les peines judiciaires consistent par exemple parfois en un vieillissement artificiel (efficace pour combattre la surpopulation carcérale, mais quelle pratique délicieusement horrible !). Les interfaces des programmes qui assistent les habitants des luxueuses habitations de la ville haute prennent la forme d'hologrammes variés (dont l'une permet même de se moquer gentiment de la tante May, absente ici de l'histoire, rassurez-vous). L'ancien âge des héros est également exploité puisque Thor a donné naissance à un culte dont les adeptes attendent impatiemment le retour.

L'ambiance générale fait penser à 1984 par certains côtés, ou encore à Judge Dredd (cité d'ailleurs dans l'oeuvre). La disproportion des moyens de contrôle, la privatisation poussée à son extrême le plus stupide (il est même possible de racheter des casiers judiciaires), l'abandon des plus faibles dans des zones ultra-violentes, tout cela donne un cadre inhabituel et un arrière-plan paranoïaque pour un Spider-Man plus sombre, plus violent, plus radical aussi que son homologue contemporain.
Au niveau traduction, pas de grosses bourdes si ce n'est un malheureux "hypochondriaque". Certaines expressions, comme "calancher" ou "drôle de chambard", semblent toutefois maladroites dans le contexte. La série ne datant que des années 90, et étant en plus censée se dérouler dans le futur, des termes plus modernes, ou neutres donc intemporels, auraient été plus adéquats. Mais ce ne sont que de petits points de détail et l'ensemble reste tout à fait lisible.
Une galerie de covers conclut l'ouvrage, vendu 25,40 euros.

Probablement l'univers alternatif Marvel le plus intéressant avec Ultimate.
Une belle manière de revisiter le mythe de l'Araignée.

13 février 2012

PunisherMAX : récits annexes

Le troisième tome de la série PunisherMAX contient quatre brèves histoires indépendantes rassemblées sous le titre Cible : Castle.

La nouvelle série consacrée au Punisher et menée par Aaron (cf tomes  #1 et #2) s'offre ici une petite pause narrative avec cette compilation de one-shots parus en 2009 et 2010.
On commence par le PunisherMAX : X-Mas Special qui, comme son nom l'indique, se déroule pendant la période de Noël. Scénario de Jason Aaron, dessin de Roland Boschi.
L'ensemble constitue une entrée en matière sympathique et vaut surtout le coup d'oeil pour l'ami Frank, déguisé en père Noël, et le même Castle obligé de s'improviser médecin accoucheur. Final amer et sans concession, à l'image du personnage.

L'épisode suivant s'intitule Butterfly et se penche sur le destin d'une tueuse à gages écrivant un livre autobiographique qui dérange évidemment ses anciens employeurs.
Le scénario est de Valerie d'Orazio, les dessins de Laurence Campbell. Castle est absent de la majorité des planches et vient uniquement apporter une conclusion aussi violente que discutable. Les auteurs mettent ici habilement la morale, extrémiste, du Punisher à rude épreuve en mettant en scène une criminelle qui inspire, sinon la sympathie, du moins une certaine compassion. Le parcours de la jeune femme, bien que n'excusant pas ses actes, la rend à la fois humaine et complexe et contraste fortement avec la froideur de Castle dont on ne peut qu'admettre ici les limites de la logique.
Une manière intelligente de prendre ses distances avec le jusqu'au-boutisme lié à la série.

L'on poursuit avec Get Castle, écrit par Rob Williams et dessiné par Laurence Campbell.
Le justicier se rend au Pays de Galles afin de régler leur compte à une bande d'ex SAS, ayant oeuvré en Afghanistan, et ayant, depuis leur retour, fait main basse sur le trafic de drogue. Un récit plus classique, articulé autour d'une banale vengeance. La dernière planche apporte néanmoins, comme pour les deux épisodes précédents, une forte dimension dramatique.

Enfin, Happy End vient conclure l'album. Le tandem créatif est cette fois composé de Peter Milligan au scénario et de Juan José Ryp au dessin.
Un comptable plutôt timide se retrouve impliqué dans une dangereuse course-poursuite alors qu'il se rendait dans un "salon de massage" pour tromper sa femme pour la première fois. Pas de bol. 
Peut-être l'histoire la moins aboutie. Au niveau graphique, le style de Ryp, sur-détaillé et plein de fioritures inutiles, convient assez mal à certaines scènes. Les flammes, générées par les tirs, à la gueule des canons, font par exemple penser à des sortes de flaques de matière molle. Même remarque pour la fumée ou encore la poussière soulevée par les véhicules, la densité leur donne un aspect étrange. 

Le bilan est plutôt positif, avec l'ambiance sombre et violente habituelle qui est au rendez-vous mais aussi un second degré amusant (pour le premier épisode) et une condamnation intelligente (pour le deuxième) de la rigidité du Punisher.
L'on s'éloigne néanmoins de la ligne directrice tracée par Aaron et qui consistait, avec réussite pour l'instant, à intégrer, en les modifiant quelque peu, les personnages Marvel classiques à l'univers, plus axé polar, de Castle.

Une lecture sympathique donc, mais pas indispensable pour la suite.

11 février 2012

Before Watchmen : réenchanter la légende ?

L'information du mois, peut-être de l'année, provient d'un communiqué de DC Comics qui annonce la suite, ou plutôt les préquelles, de Watchmen. Profanation ou bonne idée ?

Décidemment, Watchmen, en tant que référence quasi ultime du comic super-héroïque, n'en finira sans doute jamais de faire couler de l'encre et même de créer la surprise. L'oeuvre culte n'a jamais jusqu'ici connu de suite, une idée presque sacrilège pour nombre de fans et, surtout, pour le scénariste lui-même, le si jovial Alan Moore. DC a pourtant annoncé récemment la mise en chantier d'un ensemble de mini-séries : Before Watchmen.
Moore avait déjà refusé que son nom apparaisse au générique de l'adaptation cinématographique (pourtant de bonne facture), il a réagi, à l'annonce de Before Watchmen, en déclarant, dans le New York Times : "I don't want money, what I want is for this not to happen". En gros, "je me fous bien du pognon, ce que je veux, c'est que ça ne se fasse pas".
Malheureusement pour Moore, dont on peut comprendre la réaction, les droits (et la décision) appartiennent à DC.

Voyons déjà, concrètement, de quoi il s'agit. L'éditeur américain a annoncé en fait sept mini-séries :
- Rorschach (4 épisodes), par Brian Azzarello et Lee Bermejo
- Minutemen (6 épisodes), par Darwyn Cooke
- Comedian (6 épisodes), par Azzarello et J.G. Jones
- Dr Manhattan (4 épisodes), par J.M. Straczynski et Adam Hughes
- Nite Owl (4 épisodes), par Straczynski et Andy & Joe Kubert
- Ozymandias (6 épisodes), par Len Wein et Jae Lee
- Silk Spectre (4 épisodes), par Cooke et Amanda Conner

Le tout se conclura par un épilogue d'un épisode.
A première vue, il y a effectivement du potentiel. On peut d'ores et déjà baver sur un Dr Manhattan ou un Hibou vu par le grand Strazcynski par exemple. Le choix de raconter un avant-Watchmen est également judicieux, l'on ne voit de toute façon pas trop comment une "stricte" suite aurait été possible, sans les ô combien charismatiques Rorschach et Dr Manhattan (l'un étant mort, l'autre exilé).
Le passé des personnages est suffisamment méconnu pour pouvoir offrir de nombreuses pistes et les auteurs sélectionnés ont suffisamment d'expérience pour savoir qu'ils manipulent un mythe aussi fascinant qu'explosif. Aucun écart ne sera toléré, surtout alors que le projet se fait contre la volonté de Moore.

Cela rejoint quelque peu un billet d'humeur récent dans lequel étaient évoqués Lucas et Star Wars. Là encore, même si je n'ai pas toujours été tendre avec Moore, j'aurais tendance à pencher de son côté. L'exemple est cependant différent, car pour Lucas, il avait à la fois la légitimité morale (en tant qu'auteur) et le droit avec lui. Ici, Moore n'a que sa légitimité d'homme de lettres, bougon et passionné (ce sont les plus agaçants mais souvent les meilleurs), le droit étant, lui, du côté de DC.
A la décharge de l'éditeur, il faut néanmoins préciser que les scénaristes savent, dès le départ, qu'un personnage sur lequel ils travaillent, dans le cadre des géants américains que sont Marvel et DC, ne leur appartient pas, même s'ils l'inventent (et, dans ce cas précis, en partant en plus de personnages préexistants, rachetés par DC). Cela peut sembler injuste, mais il ne faut pas oublier les avantages, réels et nombreux, procurés par l'exposition générée par ces grands éditeurs. Rien n'interdit d'oeuvrer en tant qu'auteur indépendant, mais la charge de travail sera tout autre. Tout comme les galères, certes plus nombreuses mais pas insurmontables, comme ont pu le prouver des gens tels que Jeff Smith (Bone), Gary Spencer Millidge (Strangehaven) ou encore Dave Sim (Cerebus).

L'on peut faire ici, à un certain niveau, un parallèle avec la différence, cruciale, qui existe en France entre les contrats à compte d'éditeur (où un auteur cède ses droits à un éditeur en échange d'un réel travail éditorial et d'un pourcentage sur les ventes) et les contrats à compte d'auteur (où l'auteur conserve 100% de ses droits mais se doit d'accomplir des tâches techniques dont il ignore souvent tout).
Difficile d'opter pour l'une des possibilités et de se plaindre ensuite de ne pas avoir les avantages de l'autre.
Le jusqu'au-boutisme de Moore doit également probablement lui nuire. Puisqu'il ne peut pas empêcher une suite, ou disons une extrapolation de son oeuvre, il aurait pu, en s'y associant, limiter la casse en supervisant l'ensemble, DC n'ayant probablement pas craché sur la bénédiction de l'auteur. 
Il préfère ronchonner et se figer dans une posture extrême, ce que je comprends tout à fait mais semble, à froid, un peu contre-productif.

Qui n'a pas rêvé de voir de nouveau Rorschach faire équipe avec le Hibou ? Qui n'a pas eu envie d'en savoir plus sur la vie, chaotique, du Comédien ? L'annonce de DC suscite évidemment de l'intérêt, mais attention. L'on exhume ici des corps qui avaient été dignement enterrés. Si c'est pour en tirer de nouvelles choses, de nouvelles émotions, pourquoi pas. L'on aura alors tôt fait d'oublier l'orgueil malmené de Moore.
S'il s'agit par contre simplement de nous fourguer des récits insipides, manquant de fond et d'audace, alors la colère sera aussi grande que légitime.
L'on peut blesser un auteur, se passer de son avis, mais il faut alors le faire pour de bonnes raisons.
Plus que n'importe quelle oeuvre, Before Watchmen va être scrutée avec attention. Avec espoir mais sans clémence. Car ouvrir un tombeau de papier n'est nullement synonyme de réussite. Il faut, lorsque l'on se permet cela, être certain d'avoir le pouvoir de réanimer les corps, de réenchanter la légende. Sans cela, ce ne sera qu'un acharnement, immonde et de mauvais goût, aussi néfaste pour les personnages que pour leur famille. C'est à dire nous. Et Alan.

Loin de tout régler, ce nouveau cas d'espèce apporte, au rapport lecteurs/éditeurs/auteurs, une complexité supplémentaire. Entre l'envie du public, les nécessités économiques et pratiques, et l'exigence artistique, il n'est pas évident de trouver un chemin, agréable, noble, à l'abri des tempêtes mais néanmoins satisfaisant...

"Un bon compromis laisse toujours tout le monde en colère."
Bill Watterson (Calvin & Hobbes)



The Boys : Highland Laddie

Le treizième tome de The Boys est disponible et contient un nouvel arc exceptionnel. Du grand Ennis.

Après avoir vécu de bien pénibles évènements, tant sur le plan sentimental que professionnel, Hughie décide de prendre le temps de faire le point et va se ressourcer chez lui, en Ecosse.
Dans le petit village de Auchterladle, il retrouve ses parents et ses amis. Mais le fait de déplacer les problèmes ne les résout pas. Hughie ressasse ses échecs, s'interroge sur ses choix... même son enfance lui revient rapidement en mémoire, apportant avec elle son lot de regrets et de moments difficiles.
Pendant que le jeune homme traîne son spleen le long des côtes, des trafiquants, eux, préparent une livraison importante. Une drogue très prisée, et infiniment dangereuse. Trois quarts coke, un quart composé V.
Même dans les Highlands, la dure réalité va rattraper Hughie.

Le tome précédent était déjà d'excellente facture, celui-ci s'inscrit dans la même lignée. Le scénario est toujours signé Garth Ennis, les dessins sont de John McCrea.
Quasiment pas de super-slips dans ces six épisodes, mais une introspection fort bien menée couplée à une intrigue policière non dénuée d'humour. L'on en apprend tout d'abord plus sur le passé de Hughie, à l'aide d'anecdotes variées, parfois émouvantes, souvent drôles. L'on découvre également ses deux meilleurs potes, et là, on se dit que Ennis exagère un tantinet, qu'il se caricature presque. Et puis l'on poursuit la lecture et l'on est encore une fois scotché par son génie et sa maîtrise.

L'auteur nous parle ici d'un thème au coeur du concept super-héroïque mais également au centre des préoccupations de bien des gamins (et des adultes) : la déception de ne pas être à la hauteur, la frustration de ne pas être un dur, un type cool, à la Eastwood, qui botte des culs tout en balançant une bonne réplique. Bien des gens vous diront, avec maladresse, que la violence ne résout rien, qu'il vaut mieux faire preuve d'intelligence, que l'on se sent meilleur lorsque l'on a des principes... un discours qui, malheureusement, trouve vite ses limites dans la froide réalité de notre monde, gouverné par le plus fort, que ce soit au sein du concert des nations ou au milieu d'une cour d'école.
Ennis, ici, en défendant une thèse moraliste peu évidente, réussit l'exploit de nous y faire croire. Il creuse profondément dans l'esprit et le coeur d'Hughie, en sort toute l'amertume, l'aigreur, les non-dits, et finit par mettre à jour sa véritable personnalité. On le savait déjà, c'est Hughie le héros de l'histoire, pas les Masques. C'est lui le brave type. Celui qui a une conscience. Ce que l'on découvre ici c'est pourquoi il est comme ça. Non pas plus faible mais meilleur. Non pas fragile mais sensible. Quant à la référence au Club des Cinq, renforçant encore l'innocence et la pureté du personnage confronté à la laideur du monde des adultes, elle est aussi amusante que pertinente.

Il est comme ça Ennis. Il vous fout dans son récit un travelo improbable, un type obligé de porter un masque tellement il pue de la gueule, il vous lâche quelques bonnes vannes avec un personnage de gangster désabusé remarquable, et, alors que vous pensez être au milieu d'un cirque absurde, il vous montre, gentiment, lentement, ce que cachent réellement ses gesticulations et son exubérance.
Dans la vie, ça s'appelle de la pudeur. Dans la fiction, c'est aussi une forme de talent.

Divertissant, intelligent, détonnant. 
Une valeur sûre.

09 février 2012

Spider-Man : Fear Itself

Le Tisseur affronte le mouvement de panique qui parcourt le monde entier dans le Spider-Man #145 de ce mois.

Le mensuel débute par la deuxième partie de Spider-Man : Fear Itself, un arc évidemment lié aux évènements qui secouent actuellement le marvelverse. Le scénario est de Chris Yost, les dessins de Mike McKone.
La peur qui frappe les habitants de New York entraîne des scènes de violence qui vont de la tentative de suicide à l'émeute. Peter, lui, pour changer, s'en veut pour tout et rien et s'inquiète pour sa tantine.
A noter, l'intervention de Vermine, un vilain assez touchant déjà vu notamment dans La dernière chasse de Kraven. Rien de bien neuf tout de même. L'ambiance visuelle est certes assez sombre mais le récit peine à réellement retranscrire la peur censée dominer la ville.
Un tie-in pas très excitant pour l'instant.

L'on passe ensuite à Amazing Spider-Man avec les épisodes #655 et #656. C'est Dan Slott que l'on retrouve au scénario alors que Marcos Martin se charge de la partie graphique.
Une scène silencieuse, assez longue, est consacrée à l'enterrement de Marla, l'épouse de Jameson, tuée le mois dernier en cherchant à protéger son mari. Slott nous ressort ensuite la thématique, usée jusqu'à la corde, du "tuera/tuera pas". En gros, toujours le même cheminement dans la réflexion : si je laisse les criminels en vie, ils pourront tuer de nouveau... mais si je les tue, je deviendrai comme eux, je trahirai l'héritage de l'oncle Ben, bouh, que faire ? 
Ben comme avant. Se lamenter pendant des heures.
La plus grosse nouveauté du mois réside en fait dans la découverte des conséquences de la perte (toujours le mois dernier) du sixième sens de Spider-Man. Sans lui, ce dernier a beaucoup de mal à éviter les balles ou même se déplacer en toute sécurité. L'affrontement contre Massacre Ambulant (arf, en voilà un nom pourri) n'en reste pas moins relativement plat et décevant. On a toutefois droit à un nouveau costume pour l'occasion (ajouté dans la rubrique dédiée aux tenues du Tisseur). 

Tout cela fait assez penser à une panne d'imagination, mal comblée par l'emploi de vieilles recettes. Les scénaristes ajoutent un pouvoir, en enlèvent un, changent les fringues du Monte-en-l'air, le font pleurnicher sur une morale inadaptée à la réalité qu'il côtoie, bref, rien de nouveau sous les buildings.  
Et pour continuer dans le déjà-vu, la revue se termine par un court résumé des origines du Docteur Octopus, par Roger Stern et Philippe Briones.

Des épisodes qui se veulent sombres mais qui sont en réalité ennuyeux et manquent cruellement de renouvellement.

07 février 2012

douBleDaube ?

J'achète rarement, je l'avoue, le magazine dBD. J'ai toujours un peu l'impression de n'y voir que des bandes dessinées destinées à mon grand-père ou à une sorte de pseudo élite qui, de toute façon, en lit fort peu.
Je le feuillète cependant souvent. Et quand quelque chose me plait bien ou m'énerve, je l'achète. Aujourd'hui, je l'ai acheté.

Evidemment, si je vous en parle, c'est pour ronchonner. Je voudrais cependant préciser que, malgré mon introduction un peu spécieuse, je pense que ce magazine possède de vraies qualités et a surtout le mérite, dans un monde médiatique où l'art séquentiel fait figure de parent pauvre, de parler, avec sérieux, avec prétention même (et c'est une prétention ô combien respectable !), de la bande dessinée.
De la bande dessinée européenne en tout cas.

On voit en effet relativement peu de comics dans les pages de dBD. Et, lorsque comic il y a, c'est évidemment un comic qui n'a pas la vulgarité d'être mainstream. Dans le numéro #60 de ce mois, l'on évoque par exemple Akileos et Jason Little, avec le deuxième (premier en réalité) tome de la série consacrée à la jeune et sympathique Bee (cf cette chronique).
C'est bien. Manque plus que Spiegelman et on se branle tous, un sourire aux lèvres et un balai dans le cul.
Néanmoins, malgré le respect que je porte aux ustensiles ménagers (et même, d'une certaine manière, à Spiegelman, qui n'a rien fait ici, je le rappelle, et il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il ne fait rien), il me semble que l'approche manque, sinon de pertinence, au moins de diversité.

Voyons tout de suite un propos qui illustre cruellement l'absence des deux qualités susnommées mais qui peine également, ce qui est plus grave, à se montrer sensé voire simplement impartial.
Le petit encart de dBD, consacré à Urban Comics, est reproduit dans cet article. Il suffit de cliquer dessus pour en savourer toute la... profondeur.
Prenons les choses dans l'ordre.
Tout d'abord, non, Urban Comics n'est pas un label de Glénat mais de Dargaud.
Bon, on pardonnera le lapsus calami à l'auteur, Henri Filippini, proche de Jacques Glénat et ayant travaillé dans la maison d'édition portant le même nom.
La suite, elle, est néanmoins à prendre en compte car elle ne relève pas d'une vague erreur mais bien d'une méconnaissance, au mieux, ou, au pire, d'une volonté de nuire.

Apparemment, selon le journaliste, le "potentiel de lecteurs intéressés par les comics" serait limité en France. Pour quelles raisons ? Un comic étant une bande dessinée, il est difficile de décréter que certaines, pour des raisons géographiques, seraient globalement peu attractives alors que d'autres, pas toujours innovantes ou simplement bien conçues (il existe des exceptions, cf l'article d'aujourd'hui), possèderaient, par nature, un potentiel de séduction supérieur.
Le pire reste à venir puisque là, il ne s'agit plus d'une prise de position, même stupide, mais d'un travestissement de la réalité.
La conclusion, faussement dramatique, interroge en effet sur la possibilité, pour le marché (ah, c'est beau une analyse économique !), d'absorber de nouveaux titres...

Eh bien, oui, il est possible de proposer des comics, nouveaux, de qualité, et de survivre économiquement (Milady en est la preuve). Mais, surtout, le transfert des titres DC (et Vertigo) de Panini (un éditeur lamentable) à Dargaud (un éditeur bien plus sérieux) n'amène en rien de nouveaux titres sur le marché. Bien qu'en retard sur Marvel, les séries DC Comics existaient déjà en France, et le fait de changer un logo sur une revue kiosque ou un livre en librairie ne changera en rien le volume de l'offre.
Seulement la qualité de celle-ci.

Je suis un peu étonné d'une telle légèreté dans l'analyse. D'autant que, portées par une signature "prestigieuse", les pires imbécilités finissent par s'auréoler d'une certaine légitimité.
Ben non. C'est pas Glénat, c'est Dargaud. C'est pas parce que c'est américain que c'est moins intéressant. Et, cerise sur le déambulateur, un transfert de droits n'augure pas d'une multiplicité des titres. 

Le pire pour un homme de lettres, ce n'est pas de ne plus écrire, c'est de donner aux mots un goût rance qui traduit son renoncement. Ou son incapacité à encore les dompter.

Les Affreux : bourre-pifs, flingues et petites causeries

Avec Les Affreux, paru chez 12bis, l'on quitte provisoirement les comics pour s'offrir une parenthèse typiquement française.

Lyon. 1963. Après un braquage ayant mal tourné, Dumont fils est en cavale et cherche à échapper autant à la police qu'aux porte-flingues d'un caïd ayant peu apprécié qu'il envoie son frère en prison.
Dumont père, lui, coule des jours... agités en Bourgogne. Le vieil homme irascible se remémore les grandes heures de la résistance et son épouse disparue en noyant sa peine dans l'alcool.
Mais attention, Jean Dumont n'est pas un ivrogne. C'est un virtuose du canon et du verbe, un artisan de la réplique cinglante, qui a décidé d'allier vin et éloquence afin de taquiner le nuisible. Les patrons de bar, les facteurs, les curés, les grosses bourgeoises et les trous du cul en général, Dumont les remet fissa à leur place, en une ou deux phrases, appuyées parfois par une petite baffe si cela ne suffit pas.
A l'ancienne.

Si vous ne pouvez pas vous empêcher de regarder Les Tontons Flingueurs ou Les Grandes Gueules à chaque rediffusion, voilà un album qui est fait pour vous. Le scénario est de Philippe Chanoinat et Frédéric Marniquet, les dessins sont réalisés par Denis Grand et Jean-Christophe Vergne.
Première particularité, tous les personnages sont des acteurs, malheureusement aujourd'hui pour la plupart disparus : Gabin, Ventura, Blier, Constantin, Bourvil, De Funès... un sacré casting de "tronches". Deuxième élément crucial, les dialogues. Ceux-ci lorgnent sans ambages vers le style, si fleuri et poétique, d'un Audiard. Il n'est pas toujours aisé de s'inscrire dans la lignée d'un aussi auguste maître, mais c'est pourtant ici pleinement réussi. Entendre (car, mince, on l'entend presque !) Gabin faire presque un art de la misanthropie est un pur bonheur, et la plupart des personnages, qui emploient des expressions imagées mais adéquates, s'en sortent tout aussi bien.
Il n'y a pas à dire, "qu'on me foute la paix quand je suis en conversation avec le sang de ma terre !", ça en jette un peu plus que "laissez-moi picoler tranquille !". ;o)

Au niveau du récit, une intrigue policière, relativement banale pour le moment, vient se superposer à de douloureux évènements et de vieilles rancunes datant de la guerre. Contrairement à ce que l'on pourrait penser au vu de la couverture, les personnages possèdent une certaine profondeur et ont même, pour certains, une véritable dimension tragique (aidée, il est vrai, par le fort potentiel émotionnel véhiculé par tous ces visages si familiers).
Il s'agit d'un format européen classique, donc un 46 planches. Dommage car l'on aurait bien continué à s'enfoncer dans ces années 50/60, époque bénie où les voyous de fiction avaient autant de panache que de vocabulaire.
Vivement le tome #2 !

Excellent pour peu que l'on soit sensible au genre.

02 février 2012

Tony Chu, 3ème service

Le troisième tome de Tony Chu - Détective Cannibale vient de sortir chez Delcourt. Jetons un oeil sur le plat du jour.

Tony continue de traquer la volaille de contrebande, les poulets et autres dindes ayant été interdits depuis une épouvantable pandémie. Son équipier a même réussi, en payant de sa personne, à ce que leur chef ne s'en prenne plus aussi ouvertement à lui. Et comme en plus tout va pour le mieux du côté sentimental grâce à la jolie Amelia Mintz, l'on pourrait croire que les ennuis ne sont qu'un lointain souvenir pour le cibopathe.
Pourtant, la vie de Tony n'a rien de simple. Entre le retour de Savoy, une ex hystérique qui sème ses orteils partout, un dîner à base de mammouth et une réunion de famille houleuse, les repas sont loin de se dérouler dans le calme absolu...

Après un excellent premier tome puis une suite en légère baisse de régime, Tony Chu revient en grande forme dans ce troisième opus.
Le scénario est de John Layman, les dessins de Rob Guillory.
Le fameux agent de la Food and Drug Administration se partage ici entre ses enquêtes et une vie privée, fort riche, dont on découvre des pans entiers (qui se révèlent plutôt surprenants). L'humour est toujours présent, dans les situations, les répliques, mais même parfois au sein d'une simple affiche dans un recoin du décor. Certaines affaires sont rapidement résolues alors que l'intrigue de fond, développée depuis le début de la série, continue de progresser.

Le dernier épisode (le quinzième) de ce tome est sans doute l'un des plus réussis et permet une immersion inattendue dans la vaste famille Chu. Non seulement ce repas de thanksgiving est drôle, mais il apporte un grand nombre de surprises et de révélations sur le passé de Tony.
C'est bien simple, l'on tourne la dernière page en étant désespéré de ne pouvoir se jeter sur la suite immédiatement. Non seulement le potentiel déjà perceptible dans les premiers épisodes s'exprime pleinement ici, mais cet univers, aussi original qu'incisif, commence à prendre une réelle épaisseur.
Quant au style de Guillory, il reste toujours aussi efficace et séduisant.

Ce volume se termine sur un petit mot du dessinateur justement, qui évoque l'importance de l'épisode #15 et l'idée de faire figurer tous les personnages importants sur une couverture formant un poster en trois parties et représentant un banquet inspiré de la Cène.
L'on a droit également à une variant cover en bonus (parodiant Reservoir Dogs). Il en existe une autre, absente de l'ouvrage, qui parodie, elle, Pulp Fiction (vous pouvez la découvrir ci-contre). D'une manière générale, les références cinématographiques sont d'ailleurs constantes dans la série, même dans le texte.

Voilà une recette qui fonctionne et permet au lecteur de sortir de cette lecture repu et sans lourdeur sur l'estomac ou l'esprit.
Digne d'un trois étoiles.