31 mars 2012

Green Lantern Showcase : La guerre des Green Lantern

La revue Green Lantern Showcase #1 est disponible en kiosque et contient le début d'une nouvelle saga : War of the Green Lanterns.

Krona, un Gardien autrefois condamné pour ses exactions, est de retour, prêt à se venger de ses pairs. Il va, pour cela, prendre le contrôle des entités qui permettent aux batteries d'alimenter les anneaux de pouvoir des différents corps. Il parvient notamment à restaurer l'impureté initiale (en réalité Parallax, entité de la Peur) autrefois présente au sein de la batterie centrale située sur Oa.
Krona a maintenant le contrôle de la plupart des Green Lantern et a prévu de les retourner contre ceux qu'ils sont pourtant censés protéger.
Pour échapper au contrôle de Krona, quelques Lantern vont trouver la force de se séparer de leur anneau. Mais pour lancer leur contre-attaque, ils vont devoir apprendre à maîtriser d'autres armes...

Après Batman Showcase, l'on s'intéresse maintenant à la revue Urban Comics dédiée au corps des Green Lantern. Le récit dont il est question aujourd'hui est scénarisé par Geoff Johns, Peter Tomasi et Tony Bedard. Les dessins sont l'oeuvre de Ed Benes, Ardian Syaf, Doug Mahnke, Fernando Pasarin et Tyler Kirkham.
Ces derniers s'en sortent haut la main en livrant des planches esthétiquement très réussies, notamment grâce aux nombreuses structures lumineuses générées lors des combats.
Pour ce qui est de l'histoire en elle-même, une bonne surprise nous attend. Loin des égarements de Blackest Night (cf DC Heroes #3 ou DC Universe #59), qui était aussi inutilement complexe que peu excitant, War of the Green Lanterns, dont nous découvrons ici le prologue et les cinq premiers épisodes, s'avère aussi bien écrit qu'accessible. Les auteurs, tout en ayant conservé certains thèmes essentiels (comme les différents corps, liés au spectre des émotions), bâtissent une intrigue haletante qui monte en puissance au fil des pages. L'on y retrouve bien entendu Hal Jordan, Sinestro, Kilowog mais aussi  Kyle Rayner ou Guy Gardner, ce dernier apportant même une touche d'humour au milieu de l'action, plutôt violente.

Fidèle à sa politique éditoriale, Urban fait tout pour faciliter l'accès aux lecteurs qui ne seraient pas familiers avec cet univers, aussi riche qu'ancien. Après une présentation globale des concepts principaux, chaque chapitre s'ouvre par une page d'informations fort utiles, revenant sur un personnage en particulier, avec à chaque fois un résumé de son parcours et un topo sur sa première apparition (revue, date, auteurs). Le tout est en plus illustré, la revue se terminant d'ailleurs sur une petite galerie de covers alternatives.
Difficile d'exiger plus. Et surtout quel bonheur de voir un tel travail après des années d'aridité paninienne !

Un contenu de qualité, très bien adapté. Voilà de quoi, espérons-le, sortir les héros DC du marasme dans lequel ils sont plongés, depuis trop longtemps, en kiosque.

25 mars 2012

Coup de Coeur : Les Seigneurs de Bagdad

Réédition ce mois de Pride of Baghdad, par Urban Comics. La guerre et le monde des hommes vus par les plus majestueux des félins.

Guerre du Golfe. Bagdad. Un bombardement américain touche le zoo de la capitale. Quatre lions vont être ainsi libérés. Zill, le mâle du groupe, Safa, une chasseuse expérimentée, Noor, la belle rêvant des grands espaces, et Ali, le lionceau, se retrouvent livrés à eux-mêmes.
Ils vont devoir réapprendre à trouver leur nourriture seuls, à se défendre contre un monstrueux prédateur et à reconquérir leur habitat naturel.
Naguère, ils régnaient en seigneurs.
Aujourd'hui, ils sont en danger. A la merci du feu du ciel et d'un monde qu'ils ne comprennent plus.
La liberté a un coût. Ils vont l'apprendre, ensemble, de la plus amère des façons.

Ce magnifique récit avait déjà été publié par Panini, avec un résultat plus que douteux (les planches étant tronquées). Urban Comics offre cette fois, avec un retour au format originel et une nouvelle traduction, une édition digne de ce nom au lectorat français.
Le scénario, se basant sur une histoire vraie, est de Brian K. Vaughan (Runaways, Buffy contre les Vampires, The Hood), les dessins sont de Niko Henrichon. Le travail graphique est exceptionnel, une réelle beauté, mais aussi une grande puissance évocatrice, émanant des planches. Quant à l'histoire, elle fait partie de ces contes, intelligents et poignants, qui permettent de transformer un simple divertissement en art fondamental.

Si les auteurs font bien parler les animaux, il ne s'agit pas ici d'un comic anthropomorphique, à la Grandville, mais d'un univers bien plus réaliste, dans lequel les dialogues "humains" viennent retranscrire un comportement animal que l'on imagine volontiers exact ou, tout du moins, vraisemblable. L'allégorie portant sur les victimes civiles des guerres est certes évidente mais l'on peut également voir dans cette oeuvre une réflexion plus profonde sur le "mirage" de la liberté et les, parfois protecteurs, barreaux qui la limitent.
La démonstration tient à la fois du drame, de l'essai philosophique et de la grande aventure. Et une lecture plus premier degré fera probablement frémir ceux qui sont déjà sensibles à la cause animale. Car bien entendu, même si les cages sont parfois rassurantes, même si la liberté a un prix, rien ne remplace, pour l'Homme et, il faut s'en persuader, pour l'animal également, la sensation unique de pouvoir vivre et se déplacer sans entraves.

Un livre riche en émotions et aussi brillant sur le fond que la forme.
LE gros coup de coeur du mois.

23 mars 2012

Super Patriote : le cas Kirkman

Une nouvelle mini-série, consacrée à Super Patriote et signée Kirkman, vient de débarquer en librairie. La kirkmania peut-elle tout vendre ?

Alors, tentons de prendre les choses dans l'ordre. Super Patriote est un héros issu des publications Image Comics. Il côtoie notamment Savage Dragon et a la particularité d'être blindé de prothèses bio-ioniques (sans la discrétion d'un Steve Austin).
Plutôt maladroit avec les femmes, il fait régulièrement équipe avec ses enfants, dont son fils, un peu nouille et fan de ses exploits.
Ajoutons à cela que Super Patriote se bat évidemment contre des nazis (ah, ces salauds de nazis, ils ne crèveront donc jamais ?) et même contre un Hitler dont le cerveau a été conservé et transféré sur un... gorille, puis un... robot-gorille.
Hum.

Ces quatre épisodes sont scénarisés par Robert Kirkman et dessinés par Cory Walker.
Voyons déjà le positif : le soin apporté à cette édition. Comme souvent, Delcourt ne se contente pas de balancer le truc à la va-vite et permet aux lecteurs d'aborder le récit dans les meilleures conditions grâce à un long (et intéressant) texte expliquant le parcours éditorial du personnage mais aussi avec un topo complet sur les protagonistes principaux. En guise de bonus, un carnet de croquis (12 planches), commentés par les auteurs, a été ajouté.
Le traitement est donc sérieux. Kirkman, lui, l'est beaucoup moins.

On ne le répétera jamais assez, The Walking Dead est une exception dans la carrière de Kirkman. Il a pondu là non seulement "SON" oeuvre, mais une oeuvre qui, d'une manière générale, marquera durablement les comics. Le reste de sa production est tout autre. Pas forcément mauvais (il y a du bon et du moins bon) mais très différent.
Si l'on ne peut reprocher aux éditeurs de coller un petit "par l'auteur de Walking Dead" sur la couverture (c'est de bonne guerre), le choix de publier un Super Patriote demeure franchement risqué, voire incompréhensible.
Penchons-nous un instant sur les écrits de Kirkman. On lui doit Invincible, récit super-héroïque classique mais sympa, Battle Pope, dans un genre franchement déjanté, ou encore le plus sérieux Haunt, une quasi exception chez Kirkman, qui ajoute en général toujours une forme de burlesque, voire de recul prudent, à ses productions super-héroïques. Même chez Marvel, avec Marvel Team-Up ou Marvel Zombies, il semble toujours à la limite de la parodie, comme s'il avait du mal à prendre son sujet au sérieux. Les exemples précédents n'en souffrent pas et, sans être des chefs-d'oeuvre, se lisent avec un certain plaisir. Malheureusement, Kirkman s'égare aussi parfois, avec un Astounding Wolf-Man un peu faiblard et, surtout, un Brit sans intérêt, accumulant les poncifs inhérents au genre.
Super Patriote s'avère être malheureusement dans la même lignée.

Tout comme dans Brit, on a bien droit à quelques vannes, mais le reste s'avère d'une platitude et d'un manque d'inspiration assez étonnants. Et tout comme Brit, Super Patriote a le c... omic entre deux chaises, à mi-chemin entre la dérision assumée d'un Battle Pope et le classicisme inspiré d'un Invincible (qui avait ses moments d'émotion et ses coups de théâtre).
Difficile de trouver le moindre intérêt à ce héros mou qui n'a de super que le nom mais qui constitue, malgré tout, presque une caricature du genre tant il est ridicule et vide, sans pourtant jamais parvenir à être réellement drôle.
C'est donc très mauvais. Tellement mauvais que l'on se demande si Kirkman ne le sait pas lui-même. Et s'il est vraiment fait pour un genre certes incontournable aux Etats-Unis mais qui ne semble guère lui réussir.

Une présentation soignée mais qui n'améliore en rien le contenu.
A éviter, sans hésitation.

Spider-Man Universe : Venom

Le tout nouveau Spider-Man Universe #1 contient le début de la nouvelle série consacrée à Venom.

Eugene "Flash" Thompson est un héros de guerre. Pour avoir servi son pays, il a gagné l'estime des siens et... un fauteuil roulant. Car il est maintenant privé de ses jambes. Mais bien que lourdement handicapé, Flash a trouvé le moyen de servir encore la cause en laquelle il croit. Et même de remarcher.
Il a accepté d'intégrer un programme secret visant à utiliser le fameux symbiote de Venom lors d'opérations spéciales. Il va notamment s'attaquer à des trafiquants ayant mis la main sur du vibranium antarctique, un matériau qui, s'il est utilisé pour produire des munitions, peut traverser n'importe quel métal.
Sur sa route, Flash va trouver Jack O'Lantern. Et pour encore compliquer sa tâche, il ne peut porter le costume plus de 48 heures, au risque de voir le symbiote prendre totalement le contrôle. Un risque calculé d'ailleurs, puisque ses supérieurs ont prévu, en cas de dérapage, de détruire Venom. Et tant pis pour son nouvel hôte.

Encore une nouvelle revue Panini qui arrive en kiosque ! Entre les nouveaux mensuels Heroes, la gamme Classic, les Universe, Deadpool et j'en passe, il y a de quoi être étonné par cette profusion. Difficile en tout cas de tout suivre si l'on n'est pas prêt à un sérieux investissement en temps et, bien sûr, en argent.
Le trimestriel qui nous intéresse aujourd'hui - et dont la cover est un hommage à Amazing Spider-Man #300 - vise l'univers du Tisseur et les personnages qui gravitent autour de lui. C'est un Venom (cf le Spider-Man hors série #28 pour découvrir ses origines, ou encore ce tome des Incontournables pour se remémorer certains moments importants de sa "carrière"), nouvelle version, qui ouvre le bal.
Le scénario est de Rick Remender (The End League, Punisher), les dessins sont de Tony Moore et Tom Fowler.

Il est loin le temps où cette brave brute de Flash servait essentiellement à martyriser un encore jeune Peter Parker. Toujours inspiré par Spidey, Flash est devenu un homme, certes courageux mais également plus sage. Le sort cruel qui lui avait été réservé avait marqué les esprits, il a cependant droit ici à une petite revanche avec cette on-going, plutôt réussie, dont il est la vedette.
Faire des personnages secondaires "civils" des super-héros ou vilains n'est pas forcément toujours une excellente idée, mais elle s'avère payante dans ces cinq épisodes, sombres et violents. Flash a grandement gagné en profondeur, d'autant qu'il doit faire face également aux problèmes d'alcoolisme de son père et à une vie sentimentale grandement malmenée par ses activités (ça, on connaît déjà). Niveau "méchant de service", l'on a droit à un Jack O'Lantern assez charismatique et effrayant, ce qui n'était pas gagné étant donné le côté gentiment kitsch du personnage. Et enfin, Kraven et Spider-Man himself servent de guests de luxe.

Une bonne histoire en tout cas, pour peu que l'on s'intéresse un minimum à Flash Thompson. Le prix est également raisonnable et devrait attirer les indécis, d'autant que graphiquement, l'ensemble est de bonne qualité.
Le prochain numéro de SMU sera consacré au grand et délicieusement détestable Norman Osborn mais Venom reviendra dès le numéro #3.

Une bonne entrée en matière pour cette nouvelle publication arachnéenne.

19 mars 2012

Preview : Ghostopolis

Coup d'oeil aujourd'hui sur Ghostopolis qui sort en librairie dans quelques jours.

Frank Gallows est un chasseur de fantômes. Il travaille pour un service contrôlant l'immigration surnaturelle et est donc chargé de renvoyer les spectres dans l'au-delà. Un jour, il commet une terrible erreur. Il expédie au royaume des morts un petit garçon, Garth, qui n'a rien à y faire.
Viré suite à cette méprise, Frank va tout de même tenter de rejoindre l'au-delà par ses propres moyens afin de réparer la faute qui a bouleversé le destin d'un enfant innocent.
Pendant ce temps, Garth découvre les vastes étendues de l'au-delà mais aussi ses peuples, ses dirigeants, ses conflits...
Les spectres, les faes, les gobelins, zombies et autres squelettes sont dirigés par Vaugner, un vivant ayant pris le pouvoir en manipulant et intriguant. C'est cet homme que Garth va devoir affronter afin de transformer son infortune en quête initiatique.

Ghostopolis arrive en France précédée d'une bonne réputation. L'oeuvre, écrite et dessinée par Doug Tennapel, a notamment été nominée aux Eisner Awards dans la catégorie "meilleure BD pour adolescents". Malgré le public visé, le récit, empreint d'une poésie naïve, convient néanmoins aussi à un public adulte.
D'une certaine manière, l'histoire peut se comparer avec l'excellent Trois Ombres de Pedrosa, peut-être en plus enfantin et moins abouti. Le sujet abordé (la mort, et spécifiquement la mort la plus injuste, celle d'un enfant), un univers original, une touche de fantastique ; les similitudes sont nombreuses et vont jusqu'au nombre de pages (ici 266).
Graphiquement, le style de Tennapel ne manque pas de charme et la colorisation, soignée, permet d'habiller des planches qui, sans cela, pourraient parfois paraître quelque peu dépouillées.

L'auteur a visiblement voulu éviter de tomber dans le mélodramatique, avec une approche très soft et résolument optimiste. L'univers dépeint ne manque pas d'intérêt et d'humour mais aurait pu être plus développé, le lecteur restant à la surface d'un monde que l'on devine bien plus riche que ce qu'il lui est donné d'en voir.
Le méchant de l'histoire souffre également sans doute d'une carence de charisme et d'envergure. Globalement, l'on passe certes un bon moment, bercé par un conte doux, agréable, mais auquel il manque peut-être quelques aspérités pour être pleinement réussi.

Un comic présentant la mort, et le folklore s'y rapportant, de la manière la plus romancée et idéalisée qui soit.
Tout public.
Sortie : 23 mars 2012.


15 mars 2012

Wolverine & Black Cat : les griffes sont émoussées

Sortie hier de Coups de Griffes, un 100% Marvel réunissant Wolverine & Black Cat. Le duo est inattendu mais est-il efficace ?

Ce comic réunit en réalité deux mini-séries (Claws 1 et 2) publiées aux Etats-Unis en 2006 et 2011. Dans la première, Logan et Felicia sont enlevés et abandonnés sur une île où ils seront la proie de chasseurs et de quelques saloperies constituant la faune locale. Dans la seconde, ils vont faire un bond dans le temps (tiens, c'est original !) et découvrir un futur dominé par des extraterrestres chassant les êtres humains pour en faire des esclaves. Les deux récits sont en fait liés à une machination de Arcade et sa compagne, Lapin Blanc, ainsi qu'à leur vengeance après un premier échec.
Ce sont Jimmy Palmiotti et Justin Gray qui se chargent du scénario (les deux compères se sont déjà associés pour un résultat allant du médiocre, cf Vendredi 13, au franchement bon, cf Daughters of the Dragon), les dessins sont assurés par Joseph Michael Linsner.

Graphiquement, le résultat est plutôt honnête malgré quelques défauts et une colorisation manquant parfois de nuances sur certains épisodes. Au niveau de l'histoire, par contre, difficile de trouver de quoi se réjouir.  Ça partait pourtant bien, avec une intro assez sympa dans laquelle Spider-Man joue les guests. Et entre le glouton, au caractère bien trempé, et la jolie féline, il y avait de quoi imaginer quelques scènes savoureuses. Malheureusement, à part quelques vannes de temps en temps, tout est terriblement insipide et convenu.
Les situations sont prévisibles au possible, les combats d'une platitude affolante, sans parler des "méchants" de carnaval. Bien entendu, le but était sans doute ici de donner dans le divertissement pur et la légèreté, mais ces domaines nécessitent tout de même un minimum de vraisemblance et d'investissement pour fonctionner. Et puis surtout, il aurait fallu faire un choix clair dès le départ, car ici l'on ne sait pas si l'on est presque dans la parodie (auquel cas elle est ratée) ou dans une aventure un peu exotique (pas plus réussie).

A la limite, ces six épisodes pourraient convenir à de jeunes enfants, mais Panini a affublé l'ouvrage d'un "pour lecteurs avertis". Etonnant, à moins de considérer qu'un truc comme Super Picsou Géant soit déjà à la limite de l'obscénité.
Autre bourde sur la quatrième de couverture, le résumé place Killraven, un guerrier du futur, dans le camp des ennemis que le tandem aura à affronter. Ah, pas de bol, si les vendeurs d'autocollants avaient lu ce qu'ils publient, ils se seraient rendu compte qu'il s'agit en fait d'un allié. On ne peut cependant pas vraiment leur en vouloir, même moi j'ai eu du mal à aller jusqu'au bout.
Plus sérieusement, l'on peut se demander pourquoi de telles séries arrivent en librairie, aux côtés de productions bien plus solides (de Deadpool Corps pour le côté déjanté, à la réédition de House of M, pour prendre un exemple plus sérieux). Un peu de sélectivité et de vision ne feraient pas de mal, d'autant que ce sont des principes censés être au coeur du travail éditorial. Et avoir un Wolverine en couverture ne fait pas tout.

Une belle affiche pour un résultat calamiteux et sans ambition.
A éviter.

14 mars 2012

Echo : Trou Noir

Nouveau tome ce mois de la série Echo, de Terry Moore.

Alors que Julie et Ivy parviennent à se débarrasser de Hong Liu, un scientifique - ou ce qu'il en reste ! - particulièrement dangereux qui les avait enlevées, Dillon tente toujours de faire la lumière sur ce qui est arrivé à sa petite amie.
Peu à peu, le trio en apprend plus sur l'alliage 618 et les multiples possibilités qu'il offre. Le projet Phi a bien entendu suscité de nombreuses convoitises parmi les grandes puissances. La Chine semble d'ailleurs détenir maintenant le fameux alliage, ce qui lui permettrait de développer une bombe Phi, à côté de laquelle les bombes A et H sembleraient ridicules.
Plus que jamais, le monde est au bord du gouffre.
Pendant que Julie et Ivy se lancent sur les traces de Caïn, dont on ne connaît pas encore la véritable nature, ces dernières commencent à ressentir les effets secondaires de l'alliage. Alors que l'une grandit et devient plus forte physiquement, l'autre rajeunit au point de ressembler à une adolescente...

L'on arrive doucement à la conclusion de cette série, écrite et dessinée par Terry Moore, puisqu'il s'agit ici de l'avant-dernier tome (le cinquième, correspondant aux épisodes #21 à #25 en VO).
Un peu plus d'action dans ces chapitres que dans le précédent opus, quelque peu au détriment de l'aspect scientifique, voire métaphysique, qui s'était pourtant avéré des plus passionnants. L'on retrouve néanmoins l'humour et le côté gentiment sexy des personnages féminins principaux, toujours aussi brillamment écrits, ce qui est d'ailleurs l'une des particularités de Moore (cf Strangers in Paradise).
Même si la scène de l'interrogatoire de Hong est assez dure et éprouvante, l'ensemble demeure un peu en dessous de ce à quoi Echo nous avait habitué. Peut-être en prévision d'un final qui se devrait logiquement d'apporter sa dose de spectaculaire et d'émotion. Quoi qu'il en soit, l'on peut d'ores et déjà affirmer que cette série aura su s'inscrire parmi les productions action/SF les plus originales et intelligentes de ces dernières années.

Un titre de qualité qui, avec seulement six tomes, devrait en plus séduire les lecteurs réfractaires aux séries-fleuves.

12 mars 2012

Entretien avec... Edmond Tourriol

Il est scénariste, traducteur, lettreur, il a créé un studio spécialisée dans la bande dessinée et est à l'origine de l'un des plus importants fora consacrés aux comics, l'invité du jour est Edmond Tourriol !

Neault : Edmond, merci tout d'abord pour ta disponibilité. Ma première question porte naturellement sur ton travail de traducteur. Tout d'abord, quel est ton parcours ? On suppose qu'il ne suffit pas d'être bon en anglais au lycée pour en arriver un jour à bosser dans l'édition.
Edmond Tourriol : J’étais bon au lycée. Pourquoi ? Parce que je lisais des comics en VO, pardi. Mon parcours pro dans les comics ? Il commence en 1999, quand je crée avec un pote un studio amateur pour publier des fanzines de super-héros. On écume les salons et à Valenciennes ou à Paris BD, on rencontre l’équipe Semic avec qui on a de bons rapports.
En septembre 2001, lorsque mon ami Jérôme Wicky a une baisse de disponibilité, il suggère mon nom à Jeff Porcherot pour traduire quelques séries à sa place (à l’époque, Jérôme est le traducteur attitré de l’univers Crossgen). Comme les mecs de Semic me connaissent déjà et que le courant passe bien, j’ai vite un rendez-vous avec Jeff et Thierry Mornet qui me proposent un test sur la deuxième minisérie The Tenth.
Après ça, je me retrouverai effectivement en place sur tous les titres Crossgen, puis, de fil en aiguille, d’autres opportunités s’offrent à moi et je me retrouve vite en place sur des titres comme Batman, Teen Titans ou Vampi. Quand Semic s’est effondré, j’ai perdu toutes ces séries. Heureusement, des gars comme Jim Lainé ou Thierry Mornet se sont retrouvés chez d’autres éditeurs et ont choisi de me faire confiance pour d’autres traductions.

- Tu as la chance d'œuvrer, avec talent, sur une série culte : The Walking Dead. En apparence, on se dit "bon, c'est pas le truc le plus dur à traduire", mais, justement, quels sont les récifs cachés, les difficultés que l'on ne voit pas mais qui t'ont demandé de trancher dans le vif, de "trahir un peu" comme les habitués de la traduction aiment à le répéter ?
- En fait, je n’ai pas vraiment eu de difficulté. J’ai l’impression que je suis sur la même longueur d’onde, avec Robert Kirkman. On a à peu près le même âge, les mêmes centres d’intérêt, les mêmes débuts dans le fanzinat, le même vocabulaire, etc. En gros, je n’ai pas à me forcer pour traduire son travail. Si on me confiait ses personnages, je pense que je les écrirais comme lui, avec les mêmes voix.

- Une question portant sur ta conception du métier de traducteur. Peut-on, à ton avis, trouver de quoi s'épanouir dans la seule traduction ou bien est-ce l'une des nombreuses passerelles qu'emploient les auteurs pour atteindre des buts plus personnels ?
D'ailleurs, suivant la même logique, faut-il être selon toi également auteur pour être un bon traducteur ?
- Je ne me prononcerai pas pour les autres. En ce qui me concerne, oui, bien sûr, ce sont mes aspirations d’auteur qui font que je m’applique à trouver les meilleurs dialogues possibles. Est-ce que je pourrais m’épanouir par la seule traduction ? Difficile à dire. A priori, non. J’ai besoin de raconter mes histoires. Je m’éclate à traduire celles des autres, surtout que j’adore ce sur quoi je travaille : Invincible, Wolf-Man, Green Lantern… mais ça ne me suffit pas. J’ai envie de développer mon propre univers.

- La série culte sur laquelle tu aimerais travailler (si ce n'est déjà fait) ?
- Le premier run de Chris Claremont sur Uncanny X-Men. Quand j’avais six ans, j’ai décidé qu’un jour, je serais auteur de BD. Et cette décision, je la dois aux épisodes des X-Men que je lisais dans Spécial Strange.

- Tu es l'un des fondateurs d'un forum important, superpouvoir.com, consacré aux comics. Outre le côté promotionnel, que penses-tu qu'un forum, ou le net en général d'ailleurs, puisse apporter au monde de l'édition ?
- Des ennuis et une perte de temps considérable. Attention : je suis très content de l’existence des forums sur internet. La liberté d’expression, ça me tient à cœur. Mais je ne crois pas que ça apporte grand-chose au monde de l’édition. Si les éditeurs passent leur temps à écumer les forums, ils vont y lire tout et son contraire. Les avis, c’est comme les trous du cul : tout le monde en a un. Si j’étais éditeur, je n’irais pas sur les forums.
Ton travail, qu’il soit bon ou mauvais, il y aura toujours des gens pour l’encenser et d’autres pour le montrer du doigt. Je suis bien placé pour le savoir.

- Le net permet des formes de violence inédites grâce à l'anonymat qu'il génère. Non pas un anonymat réel, mais un anonymat de circonstances (une personne, employant un pseudo une fois, pour déverser des saloperies, ne sera jamais inquiétée, alors qu'un artiste, comme Boulet par exemple, n'est pas du tout "caché" par son pseudo). En tant que gestionnaire et fondateur d'un forum, quelles sont les règles que tu souhaites imposer ? Quelle est la limite entre les propos inacceptables et la "liberté" d'opinion ?
- Je n’impose pas de règles. Si les gens ne savent pas se débrouiller, qu’ils retournent chez leur mère. Pour moi, la limite de l’acceptable est franchie quand je reçois le courrier d’un avocat ou alors des menaces à la famille. Oui, Internet, tu es bien cruel.

- Un forum est souvent un lieu spécialisé qui, paradoxalement, apporte peu d'échanges exo- communautaires. Comment, avec un tel outil, serait-il possible d'ouvrir la scène comics à des lecteurs qui n'en ont encore qu'une image réductrice et partielle ?
- Aucune idée. Je ne sais même pas si c’est souhaitable, nécessaire ou même intéressant. Ce n’est pas mon combat.

- Tu es également au centre du studio Makma, quel est l'avantage, concret, pour un traducteur, un dessinateur, un coloriste, de faire partie d'un studio ?
- En ce qui concerne MAKMA, l’avantage, c’est qu’on ne se contente pas d’être une bande de copains dans la même galère. On fonctionne un peu comme une mutuelle. On paye plus vite que les clients et surtout, on garantit les paiements.
Quand un éditeur met la clé sous la porte, c’est toujours appréciable de savoir que le studio va vous payer, quoi qu’il arrive. Chacun peut se consacrer à son métier de créateur avant tout. Plus besoin de démarcher les éditeurs, de se compliquer la vie avec les factures, les relances, etc.
Pour la communication, c’est intéressant aussi d’avoir toutes les compétences réunies au sein d’une même entité. Par exemple, dans les comics, quand le traducteur bosse main dans la main avec le lettreur, c’est très confortable. C’est ce que je viens de faire avec Ben Basso sur l’adaptation de Fairy Quest chez Drugstore. Le résultat est vraiment chouette.
Pour un coloriste, l’avantage, c’est que s’il est à la bourre sur une deadline, il sait qu’il a un collègue qui pourra l’aider à faire quelques planches. Ou bien qu’il a deux gars qui vont pouvoir faire les aplats de ses planches pour le laisser se concentrer sur les ombres et les effets.

- Les métiers artistiques sont souvent des métiers que l'on exerce seul, qui "coupent" un peu du monde, est-ce qu'un studio, avec un lieu physique où se retrouver par exemple, ne pallie finalement pas d'éventuelles difficultés liées à l'isolement créatif ?
- L’isolement créatif, je ne sais pas vraiment ce que c’est. Le local MAKMA, je n’y vais pas plus d’une ou deux fois par semaine. Pourtant, il est super, hein… mais bon, ça me donne trop l’impression d’aller au travail. Et puis, j’ai déjà un bureau chez moi qui est mieux équipé et qui contient surtout toute ma collection de comics. C’est bien utile quand on fait beaucoup de traduction, de pouvoir aller puiser ses références sur ses propres étagères.
Du coup, je passe ma journée seul, dans mon bureau de chez moi. Comme beaucoup de mes confrères traducteurs, d’ailleurs. Mais je ne suis pas si seul, j’échange énormément par e-mail.
Et puis, depuis que j’ai vu Madmen, dès que j’arrive au bureau, je me sers un whisky. Et ça, c’est pas bon pour la santé. Je picole moins quand je suis chez moi. Enfin, pendant la semaine…

- Un studio c'est aussi, sans doute un peu, une marque de fabrique, une signature. Si tu devais résumer la "philosophie" de Makma, ce serait quoi ? (tiens, et pourquoi ce nom d'ailleurs ?)
- Pourquoi « MAKMA » ? Eh bien, quand on a créé la marque, on voulait quelque chose qui rappellent le bouillonnement créatif et le mélange de toutes nos influences. Mélange, fusion… lave en fusion… magma… on touchait au but. On voulait un mot qui n’existait pas, qui n’avait aucun rapport avec la BD et qu’on pourrait donc déposer légalement comme une marque. On voulait aussi que le nom de domaine en .com soit disponible. On s’est vite calés sur MAKMA, en remplaçant le G par un K. Et hop, on avait une marque, un logo qui se visualisait tout seul (un puits de lave en fusion) et un nom de domaine en cinq lettres.
Notre philosophie, je crois qu’on la cherche encore. Pour l’instant, on essaie de relever des défis à tous les niveaux et de faire du travail de qualité. On fait de notre mieux pour travailler avec les gens qu’on aime bien. Et on aime les comics. À tel point qu’à titre personnel, j’ai davantage envie d’écrire pour le format comics que pour la BD franco-belge. Je vais sûrement tenter un coup, cette année.

- En tant que scénariste, tu as oeuvré sur des récits super-héroïques, d'autres lorgnant vers le manga, mais aussi sur Banc de Touche, une série (s'inspirant des déboires de la dernière coupe du monde) pré-publiée dans... L'Equipe, et qui s'est très bien vendue en album apparemment. Est-ce que tu avais imaginé un jour devenir riche grâce à Domenech ? ;o)
- J’aime beaucoup Raymond Domenech. J’adore son style et son humour. Il méritait mieux. En tout cas, dans les planches que j’ai écrites, même si on s’est un peu foutu de sa gueule, c’était pas pour être méchant.

- Plus sérieusement, peux-tu nous dire quelques mots sur les futurs projets personnels que tu aimerais mener à bien ?
- En dehors du fait que je suis en train de plancher sur des projets que j’envisage de sortir aux États-Unis, je viens enfin de récupérer les droits de Zeitnot qui étaient bloqués jusqu’ici par les Humanos. Je vais essayer de relancer la série quelque part, toujours au format manga. Et puisque je parle de manga, je vais peut-être tenter de reformater Morsures (ndr : cf la planche ci-dessus) dans cette optique. Comme l’éditeur a fait faillite, on a récupéré les droits de la série et on se tâte pour la faire comme prévu à l’origine, c'est-à-dire en manga.

- La question qui clôt traditionnellement les entretiens de ce blog : si tu devais choisir un super-pouvoir, lequel serait-ce et pourquoi ?
- Répondre « le Beyonder » à cette question, c’est un peu vain. Donc je ne le ferai pas. En vérité, en ce moment, j’essaie d’acquérir moi-même des pouvoirs. Genre, Docteur Strange, tu vois ? J’essaie de me souvenir de mes rêves pour améliorer ma créativité. J’essaie de devenir lucide dans mes rêves, pour tenter des expériences. J’essaie de rêver en étant éveillé. Est-ce que j’y arrive ? Non. Pas encore.

10 mars 2012

Les comics à l'honneur au Salon du Livre

Pour la première fois, la BD américaine met un pied au Salon du Livre à l'occasion d'une exposition concernant l'anthologie DC publiée par Urban Comics.

L'ouvrage DC Comics Anthologie, permettant aux novices de se faire une idée de la richesse de l'univers DC et constituant une bonne introduction à ce dernier, avec de nombreux textes explicatifs, aura eu un autre aspect positif puisqu'il permet aux comics de faire leur entrée au réputé Salon du Livre, qui se tiendra à Paris du 16 au 19 mars.

Une exposition, reprenant le découpage du recueil, est en effet prévue et présentera des covers et des planches permettant de voyager au travers de 75 années d'aventure éditoriale.
Une excellente surprise ma foi pour le parent pauvre de la littérature qu'est la BD, et pour le parent pauvre de la BD que sont les comics !

Le terme "Livre", pour moi, a toujours recouvert le magique domaine du papier, qu'il serve à engendrer des nouvelles, des romans ou des fictions dessinées. Ces dernières sont souvent malmenées, sans raison, pas bien des media (cf cette chronique, consacrée à un reportage, puant, d'Envoyé Spécial). Il s'agit ici d'un premier pas vers une forme, non pas de respectabilité, car la BD n'en a guère besoin tant elle est déjà respectée par ceux qui la connaissent vraiment, mais vers une sorte de normalisation, qui permettrait de ne plus considérer qu'un dessin rend une oeuvre enfantine, ou que l'origine des planches les rend plus fades ou moins charismatiques (cf encore cette énormité).

Le Joker au Salon du Livre... une nouvelle qui aurait été difficile à croire il y a encore dix ou vingt ans. Et en même temps, qui honore l'autre ?
Le Salon du Livre a une trentaine d'années, le Joker est né en 1940. Il a connu bien des auteurs et encore plus de lecteurs, autrement dit, ce n'est pas la jouvencelle de l'année qui va au bal des débutantes. Au contraire, c'est un laideron magnifique, mille fois engrossé par des plumes sans capote, qui se tient, goguenard, parmi les "gens bien".

Les Mayas l'avaient prévu, 2012 est une année qui va envoyer du radis !

05 mars 2012

Preview : La Planète des Singes

Un nouvel opus de La Planète des Singes sort d'ici quelques jours. Il se déroule 1300 ans avant le célèbre roman de Pierre Boulle.

Humains et Simiesques entretiennent une cohabitation fragile dans la cité de Mak. Bien que la grande guerre soit un lointain souvenir en cette année 2680, l'hostilité est encore palpable entre les deux peuples.
Lorsque l'Archonte, un sage très respecté chez les singes, est assassiné, la situation dégénère rapidement. Entre Sullivan, chef officieux du ghetto humain de Southtown, et Alaya, voix du conseil, la tension est grande malgré le fait qu'elles aient été élevées comme des soeurs.
Alors que Sullivan tente de retrouver l'assassin qui se cache dans sa communauté, Alaya fait libérer Nix, un criminel de guerre gorille, et le charge de former une troupe.
Lentement, toutes les étapes sont franchies pour mener les deux peuples à la guerre...

Cet arc en trois volumes, publié chez Emmanuel Proust, est écrit par Daryl Gregory et dessiné par Carlos Magno.
Le récit se déroule bien avant les évènements du roman, mais bien après que la civilisation simiesque ait vu le jour. L'aspect social et politique, ainsi que les relations avec les humains, auraient sans doute mérités d'être plus creusés. Tout est centré sur la ville de Mak et l'on ne sait rien, pour l'instant, du reste du monde. L'on rentre toutefois facilement dans l'histoire qui possède un réel attrait. La tension entre les communautés est notamment bien rendue et le personnage de Nix est franchement inquiétant.
Autre point positif ; l'absence de manichéisme, aucun camp n'étant vraiment présenté comme parfait ou au contraire totalement rebutant. C'est peu à peu une tragédie classique qui se noue, éloignant l'une de l'autre les deux leaders, écrasées par les responsabilités et le ressentiment. 

L'édition française, avec hardcover, propose une petite galerie d'illustrations ainsi qu'un texte issu de la postface de l'ouvrage La Planète des Singes et autres romans. Une belle occasion de rendre hommage à Pierre Boulle, auteur du roman originel et pionnier, trop méconnu, de la SF française.
L'homme a également écrit Le Pont de la rivière Kwai, inspiré par la guerre et la captivité qu'il connut lui-même en Asie, après avoir rejoint les FFL à Singapour. Très connu aux Etats-Unis (plusieurs clins d'oeil dans la série X-Files lui rendent indirectement hommage), un ouvrage en langue anglaise, paru en 1996, s'intéresse à son oeuvre et en décrypte la portée philosophique. Il reste à ce jour non traduit en français...
Il faut en tout cas féliciter EP, alors que d'autres éditeurs ne jurent que par les adaptations cinématographiques, de faire ici le lien direct avec Boulle et les origines littéraires de La Planète des Singes, rendant ainsi au Papier ce qui appartient au Papier.
Notons également le soin apporté au texte.

Une préquelle dessinée réussie qui, si elle parvient à pousser les lecteurs vers le roman (bien différent du film, et pas seulement sur quelques points de détail), aura donc été utile en plus d'être divertissante.
Sortie : le 8 mars 2012 

01 mars 2012

D'Artagnan - Journal d'un Cadet

Pas de comics aujourd'hui mais une excellente BD tout de même, intitulée D'Artagnan, journal d'un cadet.
Attention, chef-d'oeuvre.

France, 1625. Le roi Louis XIII règne sur le pays, gouverné en réalité par son premier ministre, le cardinal de Richelieu.
Un jeune gascon, plein d'audace et de fougue, débarque à Paris dans l'espoir de pouvoir intégrer le corps d'élite des mousquetaires. Malheureusement, sa maladresse et son emportement lui valent, dès son arrivée, trois duels, pratique interdite mais pourtant courante chez les gentilshommes. Par un heureux concours de circonstances, les adversaires du jeune d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, vont devenir ses meilleurs amis.
Ensemble, ils vont déjouer un complot, partir à la guerre, venger un amour perdu... ces hommes sont turbulents, gouailleurs, profiteurs, un peu menteurs, mais ils possèdent une qualité précieuse : ils se battent les uns pour les autres et n'abandonnent jamais un frère d'armes à son sort.

L'adaptation d'une oeuvre, d'un medium à un autre, est un art difficile que peu d'auteurs maîtrisent. Et concernant Les Trois Mousquetaires, les tentatives sont légion. Pourtant, l'auteur, Nicolas Juncker, livre ici une version d'une maitrise et d'une force exceptionnelles en parvenant à s'approprier et revisiter le classique d'Alexandre Dumas.
C'est bien simple, la BD vous "explose à la gueule" dès les premières pages. Le style graphique tout d'abord, faussement simpliste, est à la fois beau, efficace et chargé d'émotion. Le récit suit évidemment la trame du roman originel, mais toute la trame, c'est à dire jusqu'à la mort de Milady, en passant par le siège de La Rochelle, alors que, dans d'autres adaptations - et dans l'inconscient populaire - c'est surtout l'affaire des ferrets de la reine que l'on a retenu. Ce choix judicieux permet de commencer de manière légère (les extraits du journal de d'Artagnan, qui contrastent très fortement avec la réalité dessinée des planches, sont fort drôles) et de terminer sur un véritable drame (le siège de La Rochelle n'a rien d'une partie de plaisir et la fin de Milady laisse un goût amer et désespéré).

Il ne s'agit donc pas seulement d'un récit historique, ou d'aventure, mais du destin de quatre amis, au parcours parfois tragique, ayant une haute vision de l'honneur et du devoir. L'époque est évidemment en plus propice aux intrigues en tout genre, domaine dans lequel excelle un cardinal aussi glaçant qu'effrayant. 
Et puis, au-delà des péripéties, des bons mots et de la politique, il y a ce petit côté vain et absurde, mais étrangement admirable, de deux personnes qui se haïssent, se battent régulièrement en duel, et finissent par nourrir l'une pour l'autre une forme de respect, voire des sentiments amicaux. Allez savoir ce qui se cache dans l'esprit d'un homme...
L'ouvrage, paru initialement en 2008 aux éditions Milan, a été réédité l'année dernière, chez [treize étrange], devenu un label des éditions Glénat, au prix de 25 euros. Pour les 265 pages et la qualité de l'ensemble, notamment du texte, c'est tout à fait convenable. Un petit carnet d'esquisses complète l'ensemble.

Une adaptation magistrale d'un très grand classique qui n'a rien perdu de sa force et de sa profondeur.
Le genre de BD qui rappelle, si besoin est, que le neuvième art n'a pas à rougir devant ses cousins, parfois quelque peu condescendants, que sont le roman et le cinéma.

"Ne craignez pas les occasions et cherchez les aventures. Battez-vous à tout propos. D'autant plus que les duels sont défendus et que, par conséquent... il y a deux fois du courage à se battre."
D'Artagnan père, sous la plume de Nicolas Juncker, d'après une oeuvre d'Alexandre Dumas.