30 avril 2012

Jennifer Blood

Nous faisons connaissance aujourd'hui avec une sorte de Punisher au féminin répondant au doux nom de Jennifer Blood.

Le jour, Jennifer a tout de l'épouse et de la mère de famille modèle et sans histoires. Elle prépare le petit déjeuner, amène ses enfants à l'école, fait les courses...
La nuit, après avoir pris la précaution d'endormir sa petite famille à l'aide de quelques somnifères, ses préoccupations sont d'un tout autre ordre : Beretta, Glock, Sig-Sauer, Heckler & Koch, Smith & Wesson ont remplacé les marques de lessive et de détergent.
Le jour, Jennifer prend soin de sa famille.
La nuit, elle s'occupe de vieilles connaissances ; des ordures qui vont connaître une fin rapide. Ou pas.

Voilà une série qui nous permet de retrouver Garth Ennis (Midnighter, Crossed, The Boys, The Authority, Just a Pilgrim, La Pro, Punisher, Histoires de Guerre, Preacher) au scénario. Il est accompagné, aux dessins, par Adriano Batista, Marcos Marz et Kewber Baal.
Graphiquement, les trois artistes brésiliens livrent une prestation tout à fait classique, sans grands défauts mais sans non plus de quoi s'ébahir. Pour ce qui est du récit, il s'agit d'une très convenue, et peu vraisemblable, histoire de vengeance. Avec évidemment la petite touche Ennis.

Pourtant, bien qu'il y ait quelques scènes assez corrosives et originales (le "remake" de Titanic est assez bien vu), le scénariste a ici du mal à réellement surprendre. Lui qui réussissait régulièrement à se renouveler, dans un genre pourtant scabreux, semble un peu moins inventif qu'à l'accoutumée. L'on retrouve bien la violence et le brin de perversion qui font depuis longtemps sa marque de fabrique, et le personnage de Jennifer, bien qu'improbable, n'en reste pas moins sympathique, mais il manque cette noirceur, ce sens véritable, qui sous-tendaient si bien les oeuvres citées plus haut.
Tout est trop facile, se déroule de manière trop prévisible, pour que le lecteur puisse vraiment être surpris ou quelque peu titillé par l'action. L'on aurait presque une impression de fadeur en refermant ce comic (fadeur pour du Ennis, ce qui reste bien au-dessus de certaines productions). Mention spéciale tout de même pour le voisin lourdingue, typique prototype du personnage ennissien, demeuré, obsédé et particulièrement drôle. ;o)

Un polar au féminin qui se laisse lire mais ne devrait pas forcément marquer les mémoires.
A tester.

   

29 avril 2012

Free Comic Book Day chez WEBellipses


Le Free Comic Book Day est une tradition, maintenant bien installée aux Etats-Unis, qui permet aux éditeurs de dévoiler un peu leur univers en mettant à la disposition des fans et, évidemment, d'éventuels curieux, des épisodes gratuits. 
WEBellipses, suivant la même démarche, a décidé d'offrir à ses lecteurs les BD numériques In Vitro, de Goblin, et Saga, de Close Call Comics. Les possesseurs de iPad, iPhone et iPod auront donc, en plus du webzine mensuel, un peu de lecture pour tester l'application, et ce dès le 5 mai.


J'en profite également pour vous faire part de la sortie de Bertrand Keufterian #3.
La série BK est disponible, au format numérique, chez WEBellipses, mais elle sort également régulièrement, sur papier, chez Phylactères (cf VHB), un éditeur associatif particulièrement actif et fort intéressant.

Le sympathique chasseur d'aliens, originaire de Metz, va cette fois être pris en otage... une occasion d'en découvrir plus sur les dessous de l'émission de télé-réalité mise en place après l'invasion extraterrestre.


Hop, un petit teaser, ci-dessous, pour vous mettre dans l'ambiance. ;o)



26 avril 2012

Daytripper

Sortie ce mois de Daytripper, une mini-série Vertigo qui arrive en France auréolée de l'Eisner Award 2011 de la meilleure histoire complète.

Brás de Oliva Domingos s'occupe de la rubrique nécrologique dans un grand quotidien de São Paulo, au Brésil. Et  Brás va mourir.
Il va mourir à 32 ans, dans l'ombre de son père, sans avoir réussi à devenir un grand écrivain. Il va mourir à 11 ans, fauché avant d'avoir pu faire quelque chose de sa vie. Il va mourir par amitié, en pleine gloire, à l'âge de 38 ans. Il va mourir à 47 ans, sans pouvoir aller faire le petit exposé qu'il avait prévu, à l'école de son fils. Il va mourir à 76 ans, après avoir bien vécu. Et a d'autres âges encore, tout s'arrêtera.
Parce que tout à une fin, même les plus beaux livres.

Les histoires ont souvent un goût particulier. Elles peuvent avoir la douceur du miel, se révéler acides à vous donner des crampes d'estomac, ou encore être parfois plus subtiles, plus profondes, plus amères aussi. Comme un bon café, à l'arôme puissant. C'est le cas de Daytripper, écrit et dessiné par Fábio Moon et Gabriel Bá .
Il suffit de jeter un oeil à la préface, de Cyril Pedrosa (Trois Ombres), et à la postface dessinée de Craig Thompson (Blankets, Adieu Chunky Rice) pour comprendre que l'on s'embarque dans un récit exceptionnel, à la portée immense.

L'on pourrait penser, l'espace d'un instant, que sans véritable intrigue, l'on va plonger dans l'ennui. Ou que la prétention philosophique de l'oeuvre va vite tourner au ridicule. Il n'en est heureusement rien. Sans démonstration appuyée, sans abuser de situations mélodramatiques, les auteurs construisent le tableau d'une vie, tableau dans lequel chacun pourra finir par se reconnaître.
C'est là la principale prouesse des frangins (Moon et Bá, comme leur nom ne l'indique pas, sont frères) : parvenir, au travers d'un personnage banal, à s'adresser à tout le monde. L'on n'est pas forcément touché dès le début, parce que l'on commence à connaître les trucs de ces vieux briscards de conteurs. L'on cherche à les déceler, à montrer que l'on est plus futé qu'eux. Et puis arrive une petite phrase qui résonne étrangement, une situation familière ou un regard lourd de sens... et c'est fini. L'on est alors pris dans l'engrenage et le piège se referme.

Oh, ce n'est pas un piège bien méchant, les conteurs sont rarement des gens malintentionnés. Il consiste simplement ici, d'une manière très intelligente, à vous faire faire une partie du travail, à vous encourager à arpenter cette moitié du chemin qui revient au lecteur. Quitte à vous pousser un peu et à se servir de ce que vous avez de plus intime.
Un premier baiser, chaste et innocent. La naissance d'un enfant. La passion véritable. La mort du père. L'indéfectible et rare amitié. Autant de thèmes porteurs et universels qui viennent vous titiller, s'insinuent dans les failles de votre esprit et finissent par déclencher des réactions émotionnelles violentes, qui contrastent fortement avec la douceur et l'élégance des planches.
En parlant d'élégance, il convient de souligner la colorisation, magistrale, de Dave Stewart. Ce dernier parvient à renforcer chaque chapitre en lui donnant une ambiance unique et appropriée, des teintes chaudes et gaies de l'insouciance de l'enfance, à une froideur plus adulte exprimant l'inquiétude, l'absence, le doute, en passant par des pourpres violents et colériques.

Et si les yeux sont flattés par un graphisme doux et tout en retenue, l'esprit l'est tout autant avec un texte parfaitement ciselé et qui tape très souvent juste. Tout ne se limite pas à une sorte de variation sur le fameux thème de la locution latine carpe diem quam minimum credula postero. Daytripper parle aussi du rêve, de l'écriture, de ses vies que l'on écrit au lieu de les vivre. De leur sens. De notre quête. De ce que l'on imagine être et de ce que l'on est vraiment. De toutes les saloperies que l'on ne peut éviter, et des rares et précieuses choses que l'on peut embellir.
Daytripper parle de cette existence vouée à s'arrêter, à se faner de la manière la plus injuste qui soit. Et comme souvent, le papier sert à donner un peu de sens à tout cela. Sans doute parce que l'encre est moins douloureuse que les larmes.

Un livre choc qui, une fois refermé, continuera de vous hanter. Longtemps.

- Et si je rate mon entretien d'embauche parce qu'on est restés ici, juste à cause de cette fille ?
- Et si tu ratais cette fille à cause d'un entretien d'embauche ?
 Brás et Jorge, sous la plume de Fábio Moon et Gabriel Bá .


21 avril 2012

Fables : L'Age des Ténèbres

La suite de la série Fables vient de sortir et quitte Panini pour rejoindre Urban Comics.

Le dernier tome en date contait la chute de l'Adversaire et la fin du conflit menaçant Fableville, avec d'ailleurs une conclusion qui manquait singulièrement de panache. Ce quinzième volume renoue heureusement - et de quelle manière ! - avec les qualités qui ont fait la réputation et le succès de ce titre.
Aux commandes, toujours Bill Willingham au scénario, accompagné au dessin par Michael Allred, Mark Buckingham, Peter Gross et David Hahn. C'est sans doute Buckingham qui s'en sort le mieux, bien que globalement, l'aspect graphique reste le point faible de cette série qui aurait méritée des planches plus léchées et moins enfantines, à l'image des magnifiques covers.

Mais intéressons-nous plutôt au récit. Les sept épisodes (Fables #76 à #82) regorgent de surprises et de bons moments. L'on assiste tout d'abord aux réactions des habitants découvrant Gepetto se promenant libre parmi eux après son amnistie. Une source de tensions, mais rien en comparaison d'une nouvelle menace, terrifiante, qui fait son apparition.
A peine remis d'une guerre, les Fables doivent maintenant encaisser une terrible attaque aux conséquences dramatiques. Contrairement à l'Adversaire, dont l'identité était restée cachée longtemps, l'auteur nous dévoile tout de suite ce nouvel ennemi, plutôt charismatique.
Comme toujours, les histoires sentimentales se mélangent aux missions d'espionnage ou encore à la gestion politique des crises, le tout avec une grande fluidité et une parfaite maîtrise narrative.

L'on se demandait si l'intérêt n'allait pas retomber après la chute de l'Empire (qui d'ailleurs est plus décapité que réellement balayé), voilà de quoi dissiper nos inquiétudes.  On assiste notamment à quelques scènes choc qui auraient bien pu devenir cultes si elles avaient été plus portées par les dessins.  Seule la petite partie centrée sur Mowgli est un peu en dessous, tout le reste étant aussi passionnant et profond qu'aux débuts de la série.
Willingham continue de mener son petit monde avec talent, et il en faut pour mettre en scène des personnages de contes, des bestioles douées de parole, des êtres aussi fantastiques que parfois improbables, tout en ne laissant aucun doute au lecteur sur la réalité de leurs sentiments, de leurs souffrances, de la moindre de leur joie ou de leur peine. Cela représente beaucoup de travail, de savoir-faire, et un peu de cette magie sans laquelle les conteurs ne seraient que des bonimenteurs de plus. Ici le mensonge devient un enchantement. Et il fait bon d'y croire, au moins un instant.

Notons que Urban a laissé ici de côté son habituelle hardcover pour conserver le format souple initié par le précédent éditeur, ce qui permet, pour les collectionneurs un peu pointilleux, de ne pas avoir un ensemble trop dépareillé. Enfin, Urban a également rétablit le petit résumé de la situation et la présentation des personnages.

Un excellent comic, à classer parmi les grandes réussites de la BD américaine.

18 avril 2012

Fear Itself : Avengers Academy s'impose comme le meilleur tie-in

Le Marvel Heroes Extra #10 est entièrement consacré ce mois aux jeunes recrues de l'académie des Vengeurs.

La petite bande de Avengers Academy, après s'être invitée dans le dernier Spider-Man, a droit cette fois à une revue entière rien que pour elle. Les six épisodes regroupés ici (AA #15 à #20) montrent les apprentis Vengeurs aux prises avec le Serpent et ses Dignes, autrement dit les vilains de l'évènement en cours : Fear Itself.
Dans un premier temps, l'équipe vient au secours des héros classiques, débordés, en tentant d'évacuer des civils en fâcheuse position dans Washington. La capitale américaine doit en effet faire face à des méchas qui fondent sur elle façon blitzkrieg en butant tout ce qui bouge...
Par la suite, Foudre, Voile, Hazmat, Reptil, Finesse et Cuirasse, rentrés au manoir infini des Vengeurs (leur base, située dans une autre dimension), doivent affronter deux Dignes : Titania, devenue Skirn, et l'Homme-Absorbant, devenu Greithoth.
Les criminels, transformés en dieux à la puissance phénoménale, vont en faire salement baver à l'équipe, isolée et prisonnière du manoir.

Le scénario est évidemment signé Christos Gage, les dessins sont de Tom Raney, Sean Chen et Andrea Di Vito. L'on retrouve ici la qualité d'écriture de Gage, qui a fait de ce titre l'un des plus intéressants du moment. C'est bien simple, tout y est : émotion, action, réflexion et un peu d'humour en prime. La richesse de cette série est tout simplement exceptionnelle, surtout en comparaison du côté répétitif et peu ambitieux des on-goings accueillant actuellement des personnages de premier plan.
L'auteur aborde tout d'abord le traumatisme résultant d'un engagement sur le terrain, et il faut bien dire que les académiciens sont tout désignés : l'on oublie trop souvent que, sur les plages de Normandie hier, comme dans le désert irakien aujourd'hui, les combattants étaient et restent pour la plupart terriblement jeunes. Le tourment des professeurs, obligés de les envoyer ainsi à la mort, est parfaitement rendu également.

Les relations entre les membres de l'équipe s'approfondissent aussi peu à peu. Les conséquences de cette saga sont d'ailleurs assez importantes. [Attention, présence de quelques spoilers à partir d'ici]
Une page semble déjà se tourner avec le départ d'élèves mais aussi de professeurs. Et les nombreux développements, à peine ébauchés par Gage, semblent tous prometteurs. Tout d'abord Voile, l'un des personnages les plus profonds, ne serait-ce que par son destin aussi tragique qu'inéluctable, va, seule, se frotter à Briggs Chemical. Un changement de vie qui risque d'être plutôt rock n'roll.
Speedball, de son côté, tire un trait définitif sur sa culpabilité et sa période Penance. Il est rejoint par Justice qui lui propose de faire équipe et d'arpenter un peu les routes d'Amérique. Le duo est sympathique en tout cas et mériterait ne serait-ce qu'une mini-série dédiée. Mais le plus gros changement réside dans le lieu d'entraînement, l'académie prenant ses quartiers dans l'ancien QG des Vengeurs de la côte Ouest ! Cela risque de rappeler pas mal de souvenirs aux plus anciens lecteurs (d'ailleurs, Tigra se charge de rafraîchir la mémoire de Pym d'une manière assez drôle).

Le déménagement permet également d'accueillir de nouveaux élèves, dont, si je ne me trompe pas, Juston et sa Sentinelle, que l'on aperçoit de loin et dont on n'avait plus vraiment de nouvelles depuis la mini-série publiée en France en Marvel Mini Monster (cf cette "vieille" chronique). Il y a d'autres nouveaux venus, mais le fait d'avoir pensé à inclure ce - déjà ancien - personnage secondaire est une excellente idée qui permet de ne pas laisser totalement tomber dans l'oubli des protagonistes attachants qui n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient. [fin des spoilers]

Vous l'aurez compris, ce trimestriel vaut le coup, surtout si vous avez suivi les aventures des membres de l'académie depuis le début. Dans le cas contraire, il sera sans doute plus difficile de vous sentir réellement impliqué, et ce malgré le "saga complète" dont Panini affuble presque toutes ses revues (et ce sans même penser à ajouter ne serait-ce qu'une page d'informations sur les persos, ce qui aurait le mérite de rendre ces "sagas complètes" bien plus accessibles pour les fameux nouveaux lecteurs à qui Panini semble toujours s'adresser mais sans rien faire pour faciliter leur très éventuelle entrée dans le marvelverse).

Un excellent titre dont on peut ici suivre, avec délectation, six épisodes d'affilée.
Tout simplement ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle dans ce qui est estampillé "avengers".

16 avril 2012

Spider-Man devient prof à la Avengers Academy

Le Spider-Man #147 de ce mois contient deux petits arcs complets et le prélude à Spider Island.

On le sait, depuis la mort de Johnny Storm (cf cette chronique), notre bon Spidey a rejoint les Fantastic Four. Outre un nouvel accoutrement, cela vaut à ses aventures de prendre un ton un peu différent, comme on peut le constater dans Fantastic Voyage, le premier récit, en deux épisodes, qui ouvre la revue.
Aux voyages dans le temps ou dans d'autres dimensions, et à l'aspect très étrange parfois des FF, s'ajoutent les ennemis traditionnels du Tisseur, en l'occurrence les Sinister Six.
Le scénario est de Dan Slott et Fred van Lente, les dessins de Stefano Caselli et Mike McKone.
Du très classique, agrémenté de quelques vannes. Rien de bien enthousiasmant.

On passe ensuite au second arc, bien plus intéressant au niveau du concept. En effet, Peter est contacté par Hank Pym pour jouer les profs remplaçants à la Avengers Academy et donner des cours à Foudre, Voile, Hazmat, Reptil, Finesse et Cuirasse. Rappelons que ces six jeunes apprentis héros ont été naguère manipulés par Norman Osborn et que leur série est tout bonnement l'un des titres "heroes" les plus réussis du moment. La rencontre avec le Monte-en-l'air laissait donc envisager un bon moment.
Et en effet, au début, dans le cadre du strict enseignement, c'est assez sympa. Malheureusement, cela ne dure que... trois pages. Les auteurs nous infligent ensuite un affrontement basique (contre Psycho-Man), aussi prévisible qu'ennuyeux. Est-il nécessaire de nous imposer une baston à chaque histoire sous prétexte qu'il s'agit d'un récit super-héroïque ? Lorsque l'on voit le peu d'intérêt de celle-ci, l'on serait tenté de répondre que non.
L'idée était très bonne, les premiers dialogues savoureux, mais le développement s'enlise dans du déjà-vu sans originalité. Le tout est orchestré par Christos Gage au scénario et Reilly Brown aux crayons.

Le mensuel se termine par trois petits préludes, de deux pages chacun, servant d'introduction à Spider Island, le prochain gros évènement arachnéen. Il s'agit avant tout de créer un minimum d'intérêt tout en installant une ambiance, pas grand-chose à en dire donc.
Signalons que Panini nous prévient qu'il s'agit d'une nouvelle formule du mensuel. Heureusement, parce que vu le peu de rédactionnel, il est presque impossible de s'en rendre compte seul. Ils ont dû changer une virgule dans la deuxième ou troisième de couverture...

Du Spidey sauce FF pas très excitant et une bonne idée plus ou moins gâchée.
Bof...

12 avril 2012

Superior

Sortie hier du premier tome de Superior, la nouvelle série de Mark Millar.

Simon Pooni est un garçon de douze ans qui a une particularité : il est dans un fauteuil roulant. Atteint de sclérose en plaques, il perd peu à peu ses facultés motrices. Dans les pires moments, il ne peut même plus bouger ses orteils. Chaque mouvement est une douleur.
Ce qui lui manque le plus, ce sont les petits moments, sans importance en apparence. Courir avec ses amis. Ouvrir seul un coffret DVD...
Une nuit, une sorte de petit singe vient à lui et exauce son voeu. Simon ressemble maintenant trait pour trait à Superior, un héros de comics et de cinéma, en perte de vitesse. Il en a également les pouvoirs. Non seulement il peut marcher de nouveau, mais il peut voler, voir à travers les objets, soulever des tonnes d'acier.
Le monde entier est stupéfiait par cette soudaine apparition. Et loin de se douter qu'en réalité, Superior n'est qu'un gosse, ayant certes envie de bien faire mais encore naïf.
Dans une semaine, le singe reviendra. Et les explications qu'il donnera risquent de n'être pas faciles à entendre.

Après un très décevant (et creux) Nemesis, l'on attendait Mark Millar au tournant avec ce nouveau titre publié sous le label Icon de Marvel (une sorte de laboratoire expérimental, tout de même loin d'égaler le Vertigo de DC Comics). Rassurons-nous, le scénariste, capable du meilleur comme du pire, est ici dans une de ses bonnes phases. Accompagné au dessin par Leinil Yu, il livre un récit classique mais fort bien écrit, qui tient autant lieu d'hommage au Superman de l'âge d'or qu'à Christopher Reeve.
La présentation du personnage principal est pour ainsi dire parfaite, car émouvante sans tomber dans le larmoyant. La découverte de ses pouvoirs et de sa nouvelle apparence est rondement menée, avec du spectaculaire et un brin d'humour. Bref, l'on avale ces quatre épisodes avec plaisir et rapidité.

Reste à voir vers quoi Millar décide réellement de nous emmener. Pour l'instant, il est loin d'avoir dévoilé clairement le rôle de son inquiétant petit singe et un ennemi un peu téléphoné semble se profiler à l'horizon. Or, avec Millar, ça commence presque toujours bien mais ça peut vite tourner au n'importe quoi, sans rapport avec le sujet de départ (Kick-Ass), faire pschitt avec un final bâclé (Old Man Logan voire même Wanted à un moindre niveau) ou encore ne pas totalement exploiter un concept au départ plutôt intéressant (1985).
L'homme n'est pas sans talent, il a même une réelle facilité pour planter un décor, installer une ambiance, faire vivre des personnages souvent attachants, mais, par manque d'inspiration ou de rigueur, il a du mal à garder le cap et à aller jusqu'au bout en maintenant la même qualité. C'est donc le tome #2 de Superior qui nous permettra réellement de juger de l'intérêt de cette série. En espérant qu'il ne bousille pas tout sur un caprice d'enfant gâté.

Une excellente entrée en matière dont on ne peut encore deviner l'évolution réelle.
A tester.

10 avril 2012

5 Ronin (et réflexion sur l'adaptation des mots japonais en français)

Les héros Marvel sont transposés, ce mois, dans le Japon médiéval avec 5 Ronin.

Japon. 1600. Après la bataille de Sekigahara, de nombreux samouraï se retrouvent sans maître. Ils errent sur les routes, animés d'un esprit de vengeance.
D'étranges récits commencent à être colportés. L'on parle d'un ronin qui ne pourrait mourir. D'un guerrier rendu fou par la perte de sa famille. D'une eurasienne d'une beauté incomparable qui lit dans l'esprit des hommes. D'un moine à l'esprit hanté par un monstre et... d'un fou.
En ces temps incertains, tous ont une quête à accomplir ou une douleur à apaiser.

Les cinq one-shots dont il est question ici sont écrits par Peter Milligan et dessinés par Tomm Coker, Dalibor Talajic, Laurence Campbell, Goran Parlov et Leandro Fernandez. Panini a étonnamment décidé de publier ce recueil sous deux formes : en 100% Marvel et au format Graphic Novel. L'on pourra sans peine opter pour la première option, moins onéreuse et contenant tout de même les covers (dont les fort belles covers alternatives) et un carnet de croquis.

On l'aura compris, il s'agit de reprendre certains personnages emblématiques (ou pas d'ailleurs) de l'éditeur pour les plonger à une autre époque et dans un autre lieu, un peu comme 1602 mais avec un background moins important. L'on arrive ici au premier aspect négatif : le survol de la pourtant si riche culture nippone. L'on se venge, l'on se bat, l'on parle d'honneur et de samouraï, de Voie, sans pour autant réellement avoir l'impression d'être dépaysé ou d'apprendre quelque chose, un peu comme si l'auteur s'était contenté de quelques clichés au lieu de réellement baser son histoire sur une documentation approfondie. Du coup, à quoi bon parler du Japon lorsque, visiblement, l'on n'en connaît rien et qu'il ne vous inspire que si peu de choses ?
Car ces cinq récits, tout de même unis par un fil conducteur, ne brillent pas par leur originalité. L'intrigue est aussi minimaliste que prévisible et l'utilisation de "clones" de Wolverine, Psylocke ou de Deadpool n'apporte pas grand-chose. Seul le chapitre consacré au Punisher se révèle un peu au-dessus du lot, avec une habile utilisation de coutumes permettant une condamnation de la vengeance aveugle.

Pour être honnête, il y a bien tout de même quelques termes qui laissent à penser que Milligan, pourtant loin d'être mauvais par le passé sur des titres plus classiques (cf Namor ou Toxin), a pu éventuellement feuilleter à la va-vite un quelconque bouquin sur le Japon médiéval. Dommage de ne pas en avoir profité pour véritablement inscrire sa trame dans l'Histoire et la tradition.
Passons maintenant à Panini. La traduction n'est pas mauvaise si l'on excepte l'irritante habitude de remplacer les "gros mots" par des #!$%. Surtout dans un livre estampillé "pour lecteurs avertis". Ils n'ont toujours pas compris que ce procédé, fort ingénieux et pratique par ailleurs, était destiné à la BD pour enfant et non à toutes les BD. Du côté rédactionnel, l'on aurait également apprécié un petit lexique venant expliquer certains termes (oïran, daïmio...). Ceux qui ne les connaissent pas en devineront aisément le sens, mais pour une fois que les vendeurs d'autocollants pouvaient montrer qu'il leur arrive de bosser un peu, ils sont encore passés à côté.

Un comic loin d'être mauvais mais qui ne tient pas toutes ses promesses en n'exploitant qu'un décor en carton et non la si passionnante et particulière philosophie asiatique.

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Hors-sujet (mais pas tant que ça (ça parle de langues et de pénétration (attention, vous risquez d'être tout de même déçus)))

De nombreuses langues interagissent entre elles, souvent pour des raisons historiques, culturelles ou économiques. Nous utilisons par exemple de nombreux mots anglais (et les américains emploient également, bien sûr, des termes français), et, bien évidemment, des termes japonais ont également été intégrés à la langue française. D'une manière d'ailleurs totalement calamiteuse. Ce qui se voit dans le comic dont il est question aujourd'hui (sans que cela soit, pour une fois, la faute de Panini).

Certains mots, d'origine japonaise, sont très connus et courants de nos jours. "Karaté" par exemple, dont la graphie se base en fait assez logiquement sur la prononciation japonaise. Par contre, pour "kamikaze", qui se prononce "kamikazé" en japonais, l'on décide d'inventer une nouvelle règle et de supprimer l'accent. Bizarre déjà.
Mais c'est pour le pluriel que l'on commence vraiment à rigoler.
En japonais, les noms communs ne prennent pas de marque distinctive au pluriel. Lors de leur utilisation en français, l'on aurait pu donc décider, soit de les déclarer invariables, soit de les franciser totalement en leur ajoutant un "s" au pluriel. Evidemment, ce serait trop logique et simple. On a donc fait les deux, un peu n'importe comment, sans jamais dégager aucune règle. L'on en vient donc à trouver des inepties comme "des samouraïs" et "des ronin". Un même cas, deux solutions.

Si vous vous rabattez sur les dictionnaires, la question sera loin d'être réglée pour autant. Le Robert actuel semble imposer le pluriel français à "kanas" et "kanjis" (ce n'était pas le cas dans les éditions précédentes), alors que le Littré, plus prudemment, accepte les deux formes. Dans l'édition, bien que la marque du pluriel ait tendance à se généraliser, l'on trouve aussi bien "des manga" que "des mangas". Et si vous avez la curiosité de poser la question à des linguistes, beaucoup conseillent de faire... au cas par cas (et refusent de dévoiler pour quelles raisons, même sous la torture). Un beau bordel donc (et imaginez la difficulté d'appréciation pour un correcteur un peu sérieux et soucieux de son travail).
Lorsqu'il s'agit de textes dont je suis l'auteur, j'opte personnellement pour la forme qui me semble la plus riche et la plus logique, en considérant les termes japonais comme invariables : des manga, des kana, des kata, des saï, des koan...
Pourquoi ? Parce que non seulement une règle linguistique doit être logique et unique (un même cas, une même réponse), mais parce que l'interpénétration des langues a également une vocation culturelle, au sens large du terme, qui permet, même au sein de sa propre langue, d'appréhender quelque peu une culture étrangère. En n'utilisant aucune marque du pluriel, le lecteur trouve d'abord cela étrange, il se renseigne (s'il est un peu curieux) et découvre qu'en japonais, les noms communs ne se modifient pas au pluriel. La règle est logique et sert de passerelle (certes minime, mais mieux vaut ça que rien) entre deux mondes. Si des incultes comme moi peuvent aboutir à de telles conclusions, comment diable des spécialistes, des gens expérimentés, n'arrivent-ils pas à pondre une bonne fois pour toute une règle simple, sensée et applicable ?!
Mystère...

Mystère et méfiance, car s'il ne convient pas à une langue d'être simplifiée à outrance, sous peine de tomber dans la novlangue, il ne convient pas non plus de la complexifier par l'absurde ou le manque de sens. L'écrit est, ou se devrait d'être, au contraire de la magie ou de la foi (que je respecte par ailleurs), le domaine cartésien par excellence, le socle qui permet de bâtir réflexions et pensée, avec la certitude de prendre appui sur du solide, du concret, du compréhensible. De l'indispensable.
Il serait peut-être temps, pour s'assurer de la solidité de ce socle, de le dépoussiérer, certaines règles servant visiblement plus à remplir d'anciennes fissures plutôt qu'à adapter véritablement notre langue au monde moderne.

05 avril 2012

The Walking Dead : L'Ascension du Gouverneur

Gros plan aujourd'hui sur le premier roman tiré de l'univers de Walking Dead : L'Ascension du Gouverneur.

A une époque, Philip Blake n'était pas un assassin. Pas plus qu'un tyran. C'était un brave type, parmi tant d'autres. C'était un bon père également. C'est grâce à lui que son petit groupe, composé de ses meilleurs amis, de son frère et de Penny, sa petite fille, va réussir à survivre dans un monde qui s'écroule.
Parce que Philip est fort. Courageux.
Parce qu'il fait ce qui doit être fait.
Et puis un jour, alors que le mirage de la normalité semble presque être redevenu palpable, il fait ce qui n'aurait pas dû être fait.
C'est alors le début de la fin.
Pas la fin d'une vie, mais de toute vie.
Pas la fin d'un homme, mais la fin de l'humanité...

L'on avait eu droit, l'année dernière, à un fort bon roman, Peter & Max, tiré de l'univers de Fables. C'est cette fois The Walking Dead qui donne naissance à un livre qui, comme son titre (Rise of the Governor) l'indique clairement, revient sur le passé du Gouverneur, un être totalement haïssable dans le comic.
Pour l'aider à conter ses origines, Robert Kirkman a fait appel à Jay Bonansinga, un romancier expérimenté ayant à son actif quelques thrillers mâtinés de fantastique. L'association se révèle en tout cas fructueuse puisque le résultat est franchement bon, si l'on excepte le choix (de l'éditeur ?) de mettre tout le récit au présent. L'on finit par s'y faire mais outre le style un peu rebutant au début, l'on peut se demander si cette décision n'est pas liée au fait que le public visé est composé de "braves demeurés amateurs de BD". Simple paranoïa, peut-être, mais on a déjà vu tout aussi absurde en matière de décision éditoriale (cf le charcutage des livres destinés à la jeunesse). Mis à part ça, le texte se révèle sans défaut.

Le récit en lui-même (qui fait environ 340 pages) commence peu après le début de l'épidémie. L'on fait connaissance avec le petit groupe qui n'est d'ailleurs pas très différent à la base de celui de Rick : des êtres plongés dans l'enfer post-apocalyptique, qui doivent survivre au jour le jour, en recherchant des vivres, un abri sûr, en composant également avec l'absence d'autorité et de règles sociales.
Bien entendu, il existe des éléments, présents dans les comics, dont on avait déjà connaissance, ce qui pourrait faire redouter un petit manque d'intérêt ou de suspens. Pourtant, il n'en est rien. Tout d'abord, la lente transformation de Blake est parfaitement décrite, au point même que l'on en vienne à oublier à quel point il a pu agir en monstre pour finalement en venir à trembler pour lui et ses proches. Ensuite, ce diable de Kirkman nous réserve une grosse surprise finale qui humanise encore plus celui qui deviendra le sinistre et redouté Gouverneur.
Là encore, l'on voit à quel point un environnement monstrueux parvient, de manière presque tragiquement naturelle, à transformer radicalement un homme. Ou peut-être, ce qui n'a rien de bien réjouissant, à le révéler tel qu'il est réellement.

Si les toutes dernières pages sont un peu prévisibles, l'on passe un "terrible" (donc excellent) moment en suivant cette plongée dans l'horreur, cette fuite sans fin où les protagonistes tentent d'échapper presque plus à eux-mêmes qu'aux zombies. Cerise sur le carnage, si vous n'avez pas lu les comics, ce roman se suffit amplement à lui-même. Mieux encore, il peut constituer une excellente introduction à la série. Nul doute qu'alors, lorsque vous rencontrerez le Gouverneur au même moment que Rick, vous ne pourrez pas vous empêcher de pester contre le dramatique gâchis qui a fait de ces deux survivants des adversaires plutôt que des alliés...
Kirkman réalise ici un tour de force, habile, vicieux presque, mais bien connu des conteurs. Il nous enlève l'objet de notre haine, il remet en perspective toute une série d'évènements, pour nous laisser, seuls, démunis, avec nos doutes et une lancinante tristesse.

Un très bon roman issu d'une série légendaire.
A dévorer sans aucune pitié.

03 avril 2012

Preview : Turf

Vampires et gangsters sont au menu du jour avec Turf, une série qui débarque en France dans quelques jours.

New York, dans les années 20. En pleine prohibition, un nouveau gang, venu de l'Est, s'impose peu à peu dans le milieu. Les Dragonmir ont cependant une particularité qui les rend encore plus dangereux que les criminels conventionnels : ce sont des vampires.
Alors que d'autres font main basse sur des stocks de whisky, eux souhaitent s'approvisionner en sang. Et lorsqu'il s'agit d'éliminer quelques mafieux, ils délaissent les armes et utilisent leurs crocs...
Cette recrudescence de la violence n'a pas échappé à une jeune journaliste qui va bientôt découvrir le côté noir de la ville, la corruption, les meurtres, mais aussi une lutte interne qui oppose deux frères.
Deux êtres qui ne sont pas humains. Et qui pourraient bien permettre à une très ancienne prophétie de se réaliser. Car il est dit que l'Ancien, le moment venu, se réveillera et guidera le peuple vampire vers les ténèbres et l'ultime confrontation avec les humains...

Après La Planète des Singes, les éditions Emmanuel Proust accueillent une nouvelle série sympathique dans leur collection Atmosphères. Le scénario de Turf est signé par Jonathan Ross, les dessins sont réalisés par Tommy Lee Edwards. Ce dernier s'était déjà illustré sur 1985 ou encore Bullet Points chez Marvel. Il livre ici des planches sombres, au charme certain, qui parviennent à retranscrire l'époque mais aussi l'ambiance horrifique.
Le récit est un curieux mélange, non parce qu'il associe voyous et vampires (l'on avait déjà eu ce genre de cocktail dans Bite Club pour ce qui est de la pègre, ou même American Vampire pour le côté historique), mais parce qu'au milieu de ce nid de vipères, Ross ajoute un drôle de couple extraterrestre fuyant, par amour, sa lointaine planète ! L'on pourrait craindre un virage vers le burlesque, voire même le ridicule, mais non, l'auteur parvient malgré tout à tenir le cap du réalisme et à raconter un vrai polar, parsemé d'action et d'une pincée d'émotion.

L'on passe donc un très bon moment, bien que les compliments présents sur la quatrième de couverture ("brillant", "jubilatoire") puissent sembler quelque peu excessifs. A tout trouver génial, l'on finit par faire croire que le génie est commun, ce qu'il est loin d'être.
Le tout sera bouclé en deux tomes. L'adaptation est de bonne qualité malgré une ou deux coquilles et, parfois, quelques problèmes de lettrage, le texte se révélant un peu "à l'étroit" dans certains phylactères, ce qui laisse une impression assez désagréable à la lecture. Heureusement, cela reste rare et la grande majorité des pages ne souffre pas de ce défaut.

Une histoire surprenante et bien menée, pour amateurs de polar noir et de fantastique.
Sortie : le 12 avril 2012.