31 mai 2012

Blue Ghost : French Comics et auto-édition

Coup d'oeil aujourd'hui sur les deux premiers tomes de Blue Ghost, un titre faisant partie de la mouvance "french comics".

Adrien, professeur en apparence banal, a découvert très jeune qu'il disposait de pouvoirs hors du commun, notamment une certaine invulnérabilité. Depuis, dans le plus grand secret, il est devenu Blue Ghost. Un justicier. En marge de la loi.
Un jour cependant, il livre le combat de trop, contre un adversaire trop puissant. Il s'en sort de justesse et rentre chez lui épuisé, en sang, couvert de blessures. C'est dans cet état que son épouse, Laura, le découvre et apprend, par la même occasion, la double vie de son mari.
Le choc est dur à encaisser. Cependant, elle peut pardonner. A une condition : qu'Adrien renonce à son alter ego. Devant ce choix impossible, Adrien va prendre une décision, terrible, qui bouleversera toute sa vie.

Voilà un moment que l'on n'avait plus abordé de petites productions françaises, et celle-ci mérite que l'on s'y attarde un instant. Blue Ghost est une oeuvre auto-éditée*, dont le scénario et les dessins sont signés Pierre Champion. Celle-ci s'inscrit dans le genre super-héroïque mais en évite la plupart des poncifs et écueils. En effet, plutôt que de nous servir une énième déclinaison inspirée d'un Spidey ou d'un Superman, l'auteur fait le choix de mettre en scène un personnage principal atypique, aux décisions discutables et au passé douloureux.
L'intrigue ne repose finalement pas tant sur d'improbables criminels au déguisement plus ou moins réussi, mais sur un questionnement moral, voire "pratique", qui tend vers un certain réalisme. L'on sent que le mythe super-héroïque a été compris, digéré et repensé dans une optique personnelle, ce qui est tout de même ce que l'on demande en premier lieu à un auteur. Même la manière dont le héros découvre ses pouvoirs est d'ailleurs assez peu politiquement correct.

Le deuxième tome, plus long, contient plus d'action classique et s'éloigne un peu de la première approche. Néanmoins, là encore, l'on retrouve une grande efficacité au niveau narratif. Les explications sur les pouvoirs du héros, par exemple, sont données lors d'une scène très habile, s'étalant sur plusieurs pages et qui permet au personnage principal de passer par une foule d'émotions, parfaitement retranscrites. Typique de ce que certains expédient parfois trop vite pour passer à une action qui n'a que peu d'intérêt tant que le héros n'a pas acquis un peu d'épaisseur et d'humanité. La manière de procéder est donc, à mon sens, exemplaire.
Le final se paie en plus le luxe d'être émouvant et inattendu.
Tout n'est cependant pas parfait. Les membres de l'équipe Last Hope sont assez peu exploités et font, pour certains, office de simples figurants. La super-vilaine du récit manque un peu de panache (encore que là, c'est peut-être aussi une histoire de goût personnel). Et, mais c'est presque une habitude, même chez les éditeurs professionnels, il reste des fautes au niveau du texte.
Une première oeuvre est de toute façon rarement sans défauts mais ceux-ci ne parviennent pas à masquer les qualités réelles du titre.

Au niveau graphique, l'ensemble est plutôt agréable, souvent cartoony avec l'ajout parfois de planches ou cases plus réalistes, jouant sur les contrastes et les ombres, ce qui permet à l'occasion d'appuyer une émotion particulière.
Techniquement, il s'agit de format A5, en noir & blanc, avec couverture souple en couleurs. Le premier tome contient divers bonus sur la genèse du récit et quelques informations sur certains personnages. Un troisième tome - le dernier - est d'ores et déjà prévu et contiendra également apparemment du matériel supplémentaire.
Les ouvrages sont disponibles essentiellement sur commande, directement auprès de l'auteur : cette page vous décrira la démarche à suivre et les prix.

Une série, fraîche et intelligente, qui n'est pas sans quelques maladresses mais qui laisse clairement voir le talent de conteur, incontestable, de l'auteur.



*Un mot sur l'auto-édition en général
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'une oeuvre non éditée l'est en général pour de bonnes raisons et que le filtre des éditeurs (sérieux, s'entend) reste un mécanisme certes cruel mais indispensable. Néanmoins, il existe, comme dans tout domaine, des exceptions. Il arrive parfois que des professionnels se montrent frileux, peu attentifs, ou, tout simplement, qu'ils se trompent.
L'aventure de l'auto-édition (et le terme "aventure" n'est pas choisi au hasard tant la charge de travail est immense pour un résultat très aléatoire) a notamment permis à des comics comme Strangehaven, Cerebus ou encore le magistral Bone de voir le jour et d'attirer l'attention du public. Autant de raisons de se convaincre que l'auto-édition a aussi sa place dans le paysage éditorial, non seulement pour permettre à certains auteurs de se faire les dents et d'avoir la satisfaction d'être lus (ou pas), mais aussi parce que sans cela, un certain type de récits, peut-être plus audacieux, moins "commerciaux", ne verraient jamais le jour.

Mais l'auto-édition a aussi son revers. En se privant de l'apport d'un éditeur, il est toujours possible d'aller droit au désastre. Rares sont les auteurs capables d'avoir du recul sur leurs propres écrits et encore plus rares sont les oeuvres ne nécessitant pas un travail, en amont, avant publication. Cet aspect essentiel de l'édition, par manque de temps, de moyens, de savoir-faire, de volonté, tend à, sinon disparaître, se réduire parfois au minimum, voire à presque rien pour certaines structures opportunistes et brinquebalantes. Or, ceci n'est bon pour personne. Ni pour les auteurs, ni pour les lecteurs, ni pour les éditeurs.
L'auto-édition existe, c'est une bonne chose, il faut néanmoins garder à l'esprit qu'elle reste une exception, un chemin de traverse certes utile mais que peu d'auteurs sont destinés à emprunter, au risque de s'y perdre.

L'éditeur (encore une fois, qui assume pleinement son rôle) n'est pas un vague profiteur qui se gave de pognon sur le dos de l'artiste, c'est un partenaire essentiel qui, en se chargeant de tâches techniques spécifiques, lui permet, si le succès est au rendez-vous, de vivre de son travail et, quoi que l'on en pense, de conserver une certaine liberté ou, du moins, une tranquillité d'esprit. Attention donc à cette apparente facilité consistant, après quelques refus, à se passer d'un éditeur.
L'on peut traverser l'Atlantique seul, à la rame, c'est vrai. Certains êtres d'exception le font. Mais la plupart du temps, c'est quand même plus sympa et moins risqué sur un grand bateau, avec un bon équipage. ;o)

30 mai 2012

Gagnez un an de BD WEBellipses avec le Crédit Mutuel !


Le Free Comic Book Day, c'était le 5 mai ! Pour l'occasion, le Crédit Mutuel soutient de jeunes artistes hexagonaux de "French Comics" en offrant, aux 300 premiers d’entre vous, un abonnement à l’application WEBellipses, vous permettant de consulter et de télécharger les BD numériques originales publiées depuis octobre 2011 et celles à paraître jusqu’à fin août 2012. 
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29 mai 2012

Batman Saga : premier numéro en kiosque

Gros plan sur le Batman Saga #1, sorti en kiosque il y a quelques jours.

Nous savons maintenant que, pour ses publications kiosque, Urban Comics a décidé de s'appuyer sur trois mensuels phare, regroupant des séries thématiques : Green Lantern Saga sera centré sur les épopées cosmiques, Batman Saga comprendra des titres liés au justicier de Gotham, et, enfin, DC Saga regroupera les autres séries importantes, dont Justice League, Superman ou encore Flash.
C'est bien entendu l'univers du Dark Knight qui nous intéresse aujourd'hui, notamment parce que, pour une fois, un numéro #1 d'une revue française correspond réellement à un nouveau départ de l'ensemble des séries qu'il contient.
Nous retrouvons en effet dans ce mensuel les premiers épisodes de Batman, Detective Comics, Batman & Robin et Batgirl. Après l'interlude des Batman Showcase, nous entrons donc maintenant véritablement dans l'époque Renaissance du DC Universe (telle qu'expliquée et définie par François Hercouet dans cet entretien).

Commençons par Batman #1, par Scott Snyder (American Vampire) au scénario, et Greg Capullo au dessin. Cette introduction, on ne peut plus classique, a le mérite de présenter un peu le contexte, que ce soit au travers d'un portrait, très sombre, de la ville, quelques vilains emblématiques ou encore une petite visite de la batcave. L'auteur a à peine le temps de poser les bases d'une affaire criminelle que l'on devine pourtant assez étrange et qui a des répercussions directes sur Bruce Wayne.
Visuellement, c'est très réussi si l'on excepte les visages, tous identiques (impossible de faire la différence entre Lincoln March et Bruce Wayne par exemple, ce dernier ayant en plus un aspect assez juvénile, voire niais).
Signalons que cet épisode, ainsi que l'arc complet, sera bientôt disponible parallèlement en librairie, sous le titre La Cour des Hiboux (cf la fin de cette chronique pour plus d'explications, Green Lantern étant publié de la même manière).

L'on attaque ensuite Detective Comics #1, avec cette fois le Joker en tête d'affiche. Pas mal d'action et de bourrinage dans cet épisode, donc pas grand-chose à souligner, si ce n'est le cliffhanger final, très gore mais très inspiré, et l'arrivée d'un nouveau criminel qui a l'air d'être aussi prometteur que cinglé.
Scénario et dessins sont signés Tony Daniel (La résurrection de Ra's Al Ghul) qui s'en sort plutôt bien puisqu'il parvient à aller encore plus loin dans l'aspect malsain d'un Joker pourtant bien connu des lecteurs. Et pour les nouveaux venus, au moins, le portrait a l'avantage d'être clair !

C'est Batman & Robin #1 que l'on retrouve ensuite. Le scénario est ficelé par Peter Tomasi (Green Lantern), accompagné de Patrick Gleason aux crayons.
Le rôle de Robin est bien entendu tenu par Damian, le fils de Bruce. Une occasion là encore de rappeler certains faits (l'assassinat des parents de Bruce) tout en leur apportant un éclairage nouveau. Il s'agit également d'explorer les relations père/fils entre un Batman que l'on sait "rugueux", au minimum, et un rejeton assez antipathique. Une combinaison explosive intéressante, qui devrait offrir quelques dialogues savoureux et qui a le mérite, en faisant de Robin non pas le fils spirituel mais le véritable fils de Batman, de mettre un terme aux divagations de certains qui, depuis l'absurde Seduction of the Innocent - un brûlot anti-comics datant des années 50 - voyaient dans la relation Batman/Robin un discours homosexuel sous-jacent. Argument qui, bien sûr à l'origine, était censé effrayer les parents des gamins qui risquaient l'enfer et la damnation en... lisant des BD.

Et l'on termine par Batgirl #1, la demoiselle étant incarnée par Barbara Gordon, fille du commissaire du même nom et ex Oracle, qui a donc recouvré l'usage de ses jambes. Une très bonne entrée en matière de la part de Gail Simone (scénario) et Ardian Syaf (dessin).
Avec Catwoman (elle aussi accommodée à la sauce relaunch), voici donc l'un des personnages féminins forts, gravitant autour de notre chauve-souris. Les deux jeunes femmes ont d'ailleurs en commun une certaine fragilité, menant parfois à une remise en question de leur activité, qui les rend attachantes et enrichit grandement la dimension psychologique des personnages. Ajoutons à cela un adversaire qui tient la route, et l'on obtient un titre très agréable à lire.

Globalement donc, de bonnes séries, très accessibles (la moindre des choses pour un relaunch, même si ce n'est pas forcément toujours le cas), et bénéficiant dans l'ensemble d'excellents dessins.
Au niveau éditorial, Urban accompagne, comme à son habitude maintenant, chaque épisode d'un texte d'introduction, permettant de fournir quelques informations. L'on peut malheureusement déplorer la présence de quelques coquilles, que ce soit au niveau du rédactionnel ou dans le texte des planches. On a déjà vu pire (même bien pire), m'enfin, cela reste désagréable.

Un premier Batman Saga doté de titres solides et permettant d'accueillir les novices sans les perdre dans une continuité trop opaque.
Un numéro indispensable pour se laisser guider dans les profondeurs de Gotham.

24 mai 2012

Battle Chasers

Sortie hier du premier tome de l'intégrale de Battle Chasers, une série qui possède une particularité pour le moins déroutante.

Aramus, un guerrier légendaire, a disparu, laissant derrière lui sa petite fille Gully, confiée à sa nourrice. Lorsque la maison de cette dernière est attaquée par d'effrayantes créatures, Gully parvient à s'échapper, emportant avec elle un précieux coffret ayant appartenu à son père.
L'enfant rencontre bientôt Calibretto, un Golem de Guerre, qui décide de veiller sur elle avec l'aide de Knolan, un vieux magicien.
Pendant ce temps, Monika, une mercenaire très sexy, tente de libérer un détenu de Prisonciel, remettant par la même occasion, et bien involontairement, de dangereux criminels dans la nature. Ceux-ci veulent retrouver celui qui les a naguère arrêtés : Garrison, un combattant exceptionnel qui n'est aujourd'hui que l'ombre de ce qu'il fut. Terrassé par la perte de sa femme, endormi par l'alcool, il a délaissé son épée et le monde qu'il défendait naguère.
Pourtant, le salut n'est peut-être pas loin. Une jeune fille, isolée, menacée, va peut-être faire renaître le héros qui sommeille en lui...

Cette série est écrite par Joe Madureira et Munier Sharrieff, les dessins sont de Madureira également. Graphiquement, l'on avait vu il n'y a pas si longtemps, chez Marvel, de quoi il était capable avec sa prestation sur Ultimates, saison 3 (cf cette chronique). Là encore, ses prouesses au crayon impressionnent. Les personnages, qu'ils soient puissants, aux formes exagérées, ou plus communs, sont tous très réussis, avec notamment des visages et tenues variés et très typés. Et si les décors sont parfois minimalistes, ils sont d'une grande beauté lorsqu'ils sont présents. Le tout est mis en valeur par une colorisation efficace.
Pour ce qui est du récit, il se déroule dans un univers "arcanepunk". Ce mot barbare signifie simplement que la magie et la science coexistent. L'on va donc retrouver des machines, des armes à feu, mais aussi des sorts ou des créatures volantes. L'on est toutefois ici plus proche de l'heroic fantasy que du steampunk. Le mélange de genre n'est pas désagréable et offre de grandes possibilités.

L'intrigue ne brille cependant pas forcément par son originalité (un gros méchant, une petite fille perdue, un mage un peu râleur, un aventurier en quête de rédemption...), mais il faut avouer qu'elle est bien menée et fonctionne parfaitement, les épisodes s'enchaînant sur un rythme soutenu.
Mais, et c'est un gros "mais", il faut en venir à ce qui a caractérisé cette série, publiée à l'origine à la fin des années 90. D'une part l'auteur a mis un temps fou à sortir chaque numéro, avec de longs mois d'attente entre chaque (ce qui, aujourd'hui, n'a plus beaucoup d'importance), d'autre part la série entière ne contient que neuf épisodes et, surtout, n'a pas de fin (ce qui est déjà plus problématique).
Autrement dit, avec cette intégrale en deux parties, Soleil va certainement ravir les fans de Joe Mad, mais pourrait bien, dans le même temps, décevoir les nouveaux lecteurs qui s'attendent à un récit complet.
Madureira, lors de la sortie de l'intégrale en VO, avait déclaré en gros qu'il pensait toujours à la suite, qu'il n'avait pas vraiment le temps de s'y mettre (depuis plus de dix ans tout de même !), et que, éventuellement, une autre équipe pourrait, un jour, ficeler une conclusion, mais pas forcément en BD... autrement dit, même pas besoin de lire entre les lignes pour imaginer que c'est bien mal parti.

Cette édition apporte néanmoins quelques plus non négligeables par rapport aux précédentes publications de Semic. Outre la préface de Jeph Loeb, l'on a droit à de nombreuses illustrations, dont les covers alternatives, mais aussi un cahier de croquis montrant des études de personnage. En tout, 35 planches tout de même.
Ajoutons à cela une hardcover (à l'illustration très mal choisie, c'est presque illisible) et une bonne VF (reste juste deux petites coquilles si j'ai bien compté), et l'on a tout de même un produit de qualité, surtout pour 16,95 euros.
Reste que le pari éditorial est osé et qu'un petit avertissement, sur la quatrième de couverture, concernant l'absence de conclusion, aurait été tout à l'honneur de Soleil.

Un récit inachevé, même conté par un auteur talentueux, mérite-t-il un achat ? Pour un collectionneur, sûrement, pour les autres, à vous de voir.

18 mai 2012

Walking Dead : Le Guide des Personnages

Sortie ce mois d'une nouvelle publication en rapport avec l'univers de Walking Dead : Le Guide de A à Z.

Après le roman, l'artbook, le guide de la série TV ou même encore le compendium (cf la fin de cet article), la série Walking Dead s'enrichit maintenant d'un guide des personnages.
L'idée est bonne mais le résultat en VF l'est beaucoup moins. Voyons déjà comment se présente l'ouvrage.

Chaque personnage (et il y en a tout de même un grand nombre dans la série) a droit à une, deux voire trois ou quatre pages, selon son importance. Le nom, un portrait ainsi que des informations sur sa première apparition apparaissent en haut. Viennent ensuite quelques données simples, comme l'ancien emploi du personnage, son rôle dans la série ou encore le contexte, s'il y a lieu, de sa disparition.
L'on passe ensuite à un résumé, assez détaillé, du parcours de l'individu. Résumé lui-même divisé en chapitres correspondant aux différents volumes de la série.
Le tout est abondamment illustré, avec un réel effort de mise en page.

Bien entendu, l'utilité d'un tel livre est toute relative. S'il est vrai que cela peut aider à se remémorer d'anciens évènements, ou à se remettre en tête les actions passées d'un personnage un peu oublié, l'intérêt réside aussi dans l'aspect collection, et donc dans le soin apporté à la réalisation. Et là, le résultat est tout de même... moche.
Le Survivors Guide (la VO donc) présentait en fait d'élégantes planches teintées de rouge sang, avec des noirs profonds et un beau contraste qui mettaient vraiment les illustrations en noir & blanc en valeur. Là, Delcourt a opté, sans que l'on comprenne bien pourquoi, pour un style identique à celui de la série, ce qui donne un résultat catastrophique. Exit impression couleur et papier glacé, les pages sont ternes et uniformément grisâtres, l'habillage sanglant a évidemment disparu (on le devine encore un peu mais rouge foncé et noir, en niveaux de gris, ça donne du... gris foncé) et l'ensemble se révèle laid et peu lisible (cf la comparaison à la fin de cet article).
Le résultat est un peu meilleur avec les pages sur fond blanc, mais celles sur fond noir (les plus nombreuses) ne rendent vraiment pas justice aux dessins, ni même aux textes d'ailleurs. Argh, déception !

Un autre aspect qui peut sembler critiquable (et qui là n'est pas dû à l'éditeur français) tient au moment de publication d'un tel guide. La série est loin d'être terminée, et non seulement le parcours des personnages ne peut être pris en compte dans son intégralité, mais en plus, de nouveaux apparaîtront certainement.
Enfin, les informations délivrées dans le roman, révélant le passé du Gouverneur, ne sont pas prises en compte (ne serait-ce que pour sa "précédente occupation" par exemple). Un peu dommage étant donné que Kirkman lui-même s'est impliqué dans l'écriture de ce dernier. Le guide, en TPB, est sorti aux Etats-Unis très peu de temps après le roman, mais rien n'empêchait l'auteur de faire bénéficier l'ouvrage d'informations qu'en toute logique il détenait déjà...

Un guide sympathique mais que l'on sait déjà incomplet et dont l'aspect graphique pousse à choisir la version originale.

Comparaison VO/VF


16 mai 2012

Lancement de Ultimate Universe

Les mutants, les Vengeurs et le nouveau Spider-Man de l'univers 1610 sont réunis au sein d'une nouvelle revue Panini : Ultimate Universe #1.

L'univers Ultimate (un univers Marvel parallèle au monde classique) n'a qu'une dizaine d'années d'existence mais il connait déjà sa troisième époque, avec le lancement de nouveaux titres affichant un supposé alléchant numéro #1 sur leur couverture.
Panini a décidé, pour l'occasion, de totalement modifier la manière de publier ces séries en France. Au lieu d'avoir des revues, peu épaisses (deux épisodes seulement), concentrées sur un seul personnage ou une seule équipe, tout sera maintenant regroupé au sein d'un même bimestriel comportant six épisodes.
L'on a donc droit ici aux deux premiers numéros de Ultimate Comics : Spider-Man, Ultimate Comics : X-Men et Ultimate Comics : Ultimates. Pour 5,70 euros, il s'agit plutôt d'une bonne affaire si vous aviez l'habitude auparavant d'acheter toutes les publications Ultimate. Dans le cas contraire, pour ceux qui ne souhaitaient suivre que Spider-Man par exemple, les voilà obligés d'acheter le lot ou de se tourner vers la VO.

C'est Spider-Man justement qui ouvre le bal, avec au scénario l'indéboulonnable Brian Michael Bendis et Sara Pichelli au dessin. Probablement le titre le plus attendu puisque nous en étions tout de même restés sur la fin tragique de Peter Parker (cf ce prologue ainsi que les première et deuxième parties de Death of Spider-Man).
Ce ne sera pas franchement spoiler que de révéler que le nouveau porteur du masque du Tisseur est Miles Morales, un jeune garçon qui a attiré l'attention des media, même en France, sous prétexte qu'il est métis (son père est afro-américain et sa mère est portoricaine). On a donc pu apprendre très tôt la nouvelle, dans Le Monde, L'Express, Le Parisien (excellentes revues spécialisées dans les comics) et même sur le blog de... Jean-Marc Morandini (je viens de m'en rendre compte après une petite recherche), c'est dire si l'info et son pseudo parfum de scandale ont pu faire frétiller jusqu'au moindre petit fouille-merde arriviste.
Bien entendu, ce qui nous intéresse ici n'est pas tant la couleur de Spidey que la qualité de ses nouvelles aventures. Et justement, ces deux premiers chapitres sont vraiment réussis, tant graphiquement (Pichelli s'en sort bien mieux que Lafuente) qu'au niveau du récit. L'on découvre Miles et son entourage avec d'autant plus de plaisir qu'ils sont assez éloignés de l'univers du regretté Peter. Tant qu'à changer, autant ne pas se taper un clone, ça rappelle de trop mauvais souvenirs à certains. Non seulement la famille de Miles possède des failles qu'étaient loin d'avoir les Parker/Reilly, mais les pouvoirs acquis par le jeune homme sont quelque peu différents de ceux auxquels l'on était habitué. Reste à voir si la suite sera aussi attrayante que cette sympathique introduction et si, bien sûr, les lecteurs se feront à la disparition de Peter.

On poursuit avec les X-Men. Le scénario est de Nick Spencer, les dessins sont l'oeuvre de Paco Medina.
Rappelons que depuis les évènements de Ultimatum, les mutants sont hors-la-loi et parqués dans des camps par un gouvernement soutenu par une population terrorisée. La nouvelle série se déroule donc dans ce contexte et débute d'une manière magistrale, avec d'emblée une scène coup de poing qui donne clairement le ton.
L'on suit en fait le petit groupe des anciens proches de Peter, composé de Kitty Pryde, Iceberg et la Torche. Eux aussi sont obligés de se cacher, mais leur tranquillité sera de courte durée puisqu'ils ne pourront résister à l'envie de secourir une Malicia en bien mauvaise posture.
Avec Stryker ou les sentinelles, l'on est en terrain connu (voire trop connu), mais l'ambiance sombre et le charisme des protagonistes permettent de passer un bon moment.

Enfin, l'on termine par Ultimates, avec à l'affiche, sans surprise, Thor, Iron Man ou encore Nick Fury. Le scénario est de Jonathan Hickman, les dessins sont de Esad Ribic. Un travail très soigné visuellement, comme les précédents titres, mais une histoire un peu moins enthousiasmante.
Tout d'abord, la gestion de crises multiples (trois crises majeures tout de même) n'aide pas à clarifier l'action. Une action si intense et continue qu'elle-même ne permet guère de poser les personnages. Pour un début, voire un premier contact avec les Ultimates (après tout, ce relaunch est censé être destiné à de nouveaux lecteurs), l'on aurait pu s'attendre à mieux. Surtout que, contrairement à ce qu'annonce Grasse dans son édito, il ne s'agit pas du tout ici de renouer avec l'ambiance des débuts, puisque l'aspect réaliste et très politique voulu par Millar est occulté par des éléments SF ou fantastiques (les dieux asgardiens au complet, le Dôme et ses "enfants") qui se rapprochent du genre cosmique ou des aventures des FF par exemple.
Bref, sans doute le titre le moins intéressant pour le moment.

Une revue qui a l'avantage de regrouper les différentes séries Ultimate et qui est portée par le vent de fraicheur apporté par le nouveau Spidey et des X-Men très bien écrits.
A suivre... 

14 mai 2012

Spider-Man : La mort de Jean Dewolff

Les aventures du Tisseur en Marvel Best Of s'étoffent ce mois avec la sortie de La mort de Jean Dewolff.

Le capitaine Jean Dewolff vient d'être retrouvée chez elle, abattue par un tueur en série. L'homme, qui se fait appeler le Rédempteur, va rapidement allonger la liste de ses victimes en s'en prenant à un juge, puis un prêtre.
Spider-Man est bouleversé par la nouvelle de la mort de la jeune femme et va tout faire pour retrouver son assassin. Mais alors que d'habitude, seul son sens de la justice le guide, il a cette fois envie d'autre chose. De vengeance.
Et si après toutes ces morts autour de lui, Peter allait trop loin ? Après son oncle Ben, Gwen, le capitaine Stacy, maintenant Jean... il est plus que jamais décidé à protéger les innocents des criminels. Quitte, peut-être, à en devenir un lui aussi.

Les sept épisodes regroupés ici sont signés Peter David (La Tour Sombre, X-Factor) et dessinés par Rich Buckler et Sal Buscema. La première saga (tirée de Peter Parker, The Spectacular Spider-Man #107 à #110) date de 1985/1986 et est suivie par un récit contant, un an après, le retour du Rédempteur (Spectacular Spider-Man #134 à #136).
Graphiquement, c'est surtout la colorisation qui s'avère grossière et particulièrement flashy, mais bon, rien de surprenant si l'on se réfère aux standards de l'époque. L'histoire, par contre, est plutôt quelque peu en avance sur son temps, avec une thématique sombre et adulte. Spidey est confronté à ses propres pulsions violentes mais, surtout, Peter David parvient à n'être jamais manichéen et à ne pas imposer un point de vue absolu. Les failles de la justice sont notamment évoquées, tout comme la peur des victimes, les risques de débordements liés à l'auto-défense, la force abêtissante et brutale des mouvements de foule, et cetera. Même le tueur en série est décrit de manière très humaine et inspire plus pitié et amertume que sentiments revanchards.
Les auteurs glissent également quelques messages "subliminaux" en forme de clins d'oeil, avec par exemple un passant ressemblant curieusement à Charles Bronson (interprète de la série, polémique à l'époque, des Death Wish) tenant un journal titrant "un soi-disant justicier".

Avec la justice comme sujet principal, l'on ne s'étonnera pas de voir en guest Daredevil, alias l'avocat Matt Murdock. Electro joue également un rôle dans la deuxième partie de l'ouvrage, dont la lecture s'avère plutôt agréable.
La traduction est correcte mais signalons tout de même un petit problème technique sur quelques planches : un texte en italien, en bleu, apparait parfois en dessous de la traduction française. Cela ne pose pas trop de problèmes sur des phylactères blancs, mais lorsque ceux-ci ont un fond de couleur, l'ensemble a un côté "gribouillis" peu esthétique.

Un bon comic, bénéficiant d'un sujet sérieux traité avec intelligence.

- En entendant les battements de coeur de Peter Parker, puis, plus tard, ceux de Spider-Man, tu as su que c'était la même personne ? Comment tu appelles ce pouvoir ?
- Ecouter.
Peter Parker et Matt Murdock, sous la plume de Peter David.

10 mai 2012

Spider-Man : Le retour d'Anti-Venom

Un symbiote et de vieilles connaissances sont au menu du Spider-Man #148 de ce mois.

Après le petit flop du mois dernier (cf Spider-Man #147), l'on retrouve un Spidey plus classique, avec Dan Slott et Christos Gage au scénario et des dessins réalisés par Giuseppe Camuncoli et Ryan Stegman.
Plus "classique" ne signifie pas automatiquement meilleur. Comme depuis maintenant un bon moment, la série est un peu en dents de scie au niveau qualitatif, enchaînant, depuis One More Day, reprises frileuses et déceptions supplémentaires (même One Moment In Time n'ayant pas permis de réellement colmater les brèches).
Le premier arc de la revue accorde une large place à deux personnages issus de Brand New Day : Anti-Venom et Mr Negative (cf Spider-Man #114 et Spider-Man hors série #31).

Tous les poncifs habituels sont là : résurrection d'un personnage, rencontre d'un allié avec qui le Tisseur se tabasse sur un malentendu (là, les auteurs ont tout de même la présence d'esprit de s'en amuser un peu), la tante May qui fait sa 8547ème syncope, bref, la routine.
Ce n'est pas mauvais, c'est sans surprise.
D'autant que l'on enchaîne ensuite avec un épisode typique, dans lequel la vie privée de Parker souffre de son activité de justicier (il faut dire qu'il se "wolverinise" depuis un moment). Toujours également une demoiselle à sauver, ou plutôt ne pas sauver, pour se prendre une bonne dose de culpabilité. Là encore, le récit en lui-même n'est pas en cause, et les dessins sont franchement à la hauteur, mais impossible de ne pas se dire qu'il manque un petit quelque chose et que le titre fait un dangereux surplace, alimenté, sans doute encore, par la désastreuse confusion entre fondamentaux et une partie des conséquences de ces derniers. Pour l'anecdote, signalons que Flash, l'actuel Venom (cf Spider-Man Universe #1), fait une apparition, et adopte d'ailleurs une attitude assez étrange en ce qui concerne sa petite amie...

On termine par la suite des mini-épisodes "teaser" concernant le futur Spider Island, ainsi que par un court récit proclamant... l'amour de Peter pour - ô surprise - sa mère de substitution (de substitution ? vraiment ? cf cette chronique).
Passons à Panini maintenant. Pas de souci me semble-t-il avec la traduction. Grasse, dans son édito, nous parle d'un triptyque pour la "famille" Venom, avec ce dernier, Carnage et Anti-Venom. Il semble avoir oublié Toxin (dont il est vrai que l'on n'a plus beaucoup de nouvelles).
Par contre, l'obsession paninienne pour le cinéma n'a pas faiblit puisque, pour suivre l'actualité de Hollywood (dès que Kenneth Branagh pète, ils sortent un spécial Thor), ils nous annoncent bravement une remise à zéro de la numérotation de la revue Spider-Man en juillet (basée sur absolument rien bien entendu au niveau narratif). Toujours le mythe des spectateurs, supposés nouveaux clients, qu'il faut débusquer, quitte à leur mentir (cf cette chronique).
Bah, ils reprendront la numérotation actuelle dans une cinquantaine de numéros, histoire de "fêter" le #200...

En tout cas, pour ce "french relaunch", on nous promet des surprises. Ouh ! Et vous savez ce qu'est la première "surprise" ? Le fait que la "nouvelle" revue s'ouvrira sur... une aventure de Spider-Man. La deuxième surprise, c'est une nouvelle série, Avenging Spider-Man, et la troisième, c'est tout simplement le début de Spider Island. La vache ! Doucement avec les surprises hein, on va finir par se déchausser les prémolaires d'étonnement.
Si ça se trouve, en plus, ils vont changer la couleur de fond du sommaire, ou la police de caractères... putain, les dingos ! De plus, signalons à Grasse, avec tout le respect dû à son rang, que le concept de surprise voudrait, à la base, que l'on n'en annonce rien à l'avance. Sinon... il n'y a plus surprise justement. Bon là, qu'il y ait du Spidey dans la revue Spider-Man, ça va, ça ne gâche pas trop le suspens, mais enfin, attention quand même, on sait jamais. ;o)

Espérons que Spider Island apportera un petit vent frais sur une série qui ronronne trop actuellement pour susciter la passion.

07 mai 2012

Festival Le Rayon Vert : une première édition réussie

Je vous avais parlé il y a peu de temps du Rayon Vert, festival BD se tenant à Thionville-Volkrange le week-end dernier. Petit état des lieux.

Tout d'abord, à notre grande surprise, quand nous arrivons, un ami et moi, le samedi en début d'après-midi, nous avons un peu de mal à nous garer. Car, pour une première édition, il y a du monde ! Signe peut-être que ce genre de manifestation manque un peu dans la région (et pourrait fort bien prendre de l'ampleur dans les années à venir).
Le cadre, tout d'abord, est exceptionnel : grand parc, amphithéâtre en plein air, château, sentier botanique, plan d'eau, espace de jeux pour les enfants, forêt non loin... il y a de quoi se balader même si l'on ne s'intéresse pas à la BD !
Les organisateurs ont également prévu l'essentiel : la restauration. Hum, sans vouloir me trimballer l'image d'un goinfre et d'un soiffard, la présence d'une buvette, d'un stand de tartes (multiples !) et d'un point de restauration (plus consistant, avec saucisses et hamburgers) est un vrai plus si l'on souhaite rester un moment et assister aux diverses conférences (l'estomac est un point stratégique à ne point négliger). ;o)

La plupart des structures extérieures sont évidemment couvertes pour pallier les éventuelles défaillances météorologiques. Mais voyons un peu l'intérieur. De nombreux stands, accueillant boutiques, éditeurs et auteurs, sont alignés. Certaines oeuvres sont disponibles à la vente, mais les auteurs, eux, exécutent, gratuitement et dans la bonne humeur, les dédicaces que le public sollicite.
Certains media locaux, dont Mirabelle (cf leur reportage), sont déjà sur place.
Le temps de saluer quelques amis (Lokorst, auteur de VHB, chez Phylactères, Guillaume Matthias, auteur de Bertrand Keufterian, chez Phylactères et WEBellipses, Céline Labriet, coloriste talentueuse oeuvrant notamment sur BK...) et nous voilà en train de déambuler entre les stands (bon, allez, surtout la buvette hein, je vais pas vous mentir) et une petite expo extérieure, bien originale, avec des planches grand format à découvrir dans un cadre naturel, quasi bucolique. 

Nous revenons à peine vers le centre des manifestations que, déjà, la conférence sur les métiers de la BD commence, avec un public restreint mais des intervenants naturels et très à l'aise, répondant volontiers aux questions posées.
Tout cela sent la passion, la bonne volonté et le véritable partage.
Malheureusement appelés par le destin (et d'autres verres à écluser), nous voilà obligés de quitter les lieux pour du provisoire qui se révélera plus long que prévu et nous emmènera dans un autre pays, pour d'autres aventures (ce n'est que le deuxième festival que je visite, mais ils semblent tous se terminer de manière identique... cf Lille).

Plus sérieusement, voilà tout de même un évènement agréable, intéressant, très bien pensé et pouvant accueillir passionnés, curieux et public familial souhaitant passer une journée sympa.
Cela va même sans doute au-delà de la BD et permet de se détendre ou, pour les plus jeunes, d'en apprendre plus sur un métier qui, peut-être, plus tard, sera le leur.

Bravo en tout cas aux organisateurs et à tous les participants !



Une partie des auteurs de Phylactères, en pleine action !


Frank Miller's Holy Terror

Coup d'oeil aujourd'hui sur un comic en VO avec Holy Terror, une oeuvre qui a déjà fait couler beaucoup d'encre.

Dans Empire City, le Fixer poursuit une habile voleuse qui saute de toit en toit. Lorsqu'il la rattrape, ils commencent par se battre puis en viennent à céder à une violente et instinctive pulsion amoureuse. C'est à ce moment que la première explosion a lieu.
L'Amérique est attaquée.
Partout, des fanatiques sont prêts à continuer à massacrer.
Pendant que les gravats s'amoncellent, la liste des victimes augmente...
Pour le héros d'Empire City, il est temps de riposter. Par tous les moyens.

Comme souvent, Frank Miller (Daredevil, Batman : Year One, Eisner/Miller) n'a pas laissé indifférent avec son Holy Terror, dont il signe bien sûr scénario et dessins. L'on n'aura guère de mal à reconnaître, parmi les personnages, des sortes de clones de Batman, Catwoman ou encore Jim Gordon (avec d'ailleurs, pour l'anecdote, une scène d'ouverture très proche de celle qui fit scandale lors du relaunch de la série Catwoman). Une filiation qui s'explique par le fait que le projet, à la base, était destiné à DC et se devait de mettre en scène le justicier de Gotham.
Le récit est finalement sorti chez Legendary, dans un format à l'italienne.

Il me semble intéressant de dissocier d'emblée le fond de l'ouvrage de sa forme. Commençons par ce que Miller lui-même a qualifié de "propagande". Difficile en réalité de trouver un sens politique à cette histoire, si ce n'est la bien évidente condamnation du terrorisme (et en l'espèce, du terrorisme islamique). Le propos est loin d'être aussi violent que l'on aurait pu l'imaginer, si l'on excepte une scène de torture relativement soft (si tant est que la torture puisse l'être !) en comparaison de ce que l'on a déjà pu voir dans des comics signés Ennis ou Millar par exemple.
Miller se garde bien ensuite - mais il est trop intelligent pour que l'on ait pu s'attendre à autre chose - de dénoncer une communauté, notamment en présentant des victimes de toutes religions ou origines. Le reste se limite finalement à du tabassage de "méchants", ce qui est tout de même courant dans les comics super-héroïques.
Malgré cela, certains ont vu dans Holy Terror une oeuvre odieuse, voire raciste. Sans doute les mêmes qui ont pensé déjà, avec une grande "lucidité", que 300 était une ode au fascisme. Et encore, pour 300, une méconnaissance du monde antique pouvait éventuellement rendre choquants certains comportements, mais ici, que certains s'indignent du sort réservé à des terroristes (dans une fiction, rappelons-le) est tout de même étrange. L'on a même pu voir, dans les commentaires d'un site de vente en ligne très connu, une personne critiquer le fait que Miller caricaturait les terroristes, le même intervenant faisant un parallèle d'une rare bêtise en affirmant ensuite que "cette caricature revient à dire que tous les allemands étaient des SS". Il y aurait donc de "bons" terroristes ? Evidemment, l'on se rend compte que certaines personnes, volontairement ou non, remplacent "terroristes" par "musulmans" afin de pouvoir charger, arguments bateau en tête, sur Miller.

Une charge fort malhonnête intellectuellement. A moins d'avouer clairement que, sous prétexte que les terroristes d'Al Qaeda sont musulmans, les auteurs ne peuvent les évoquer. C'est faire peu de cas de leur intelligence et de celle des lecteurs. Tous les allemands n'étaient évidemment pas nazis, mais personne ne s'offusque qu'aujourd'hui encore, des nazis à l'accent germanique prononcé soient des ennemis récurrents de certains héros. Les musulmans, et les arabes en général, ne sont évidemment pas des criminels dans leur grande majorité, chacun le sait et personne n'aura l'idée saugrenue de tirer une généralité à partir d'une BD qui met en scène des fanatiques.
Cette différence de traitement, qui fait que certains hurlent au génie lorsque Moore, dans V pour Vendetta, justifie le terrorisme et la torture au service de l'anarchie, alors que Miller se prend une volée de bois vert en exprimant son rejet (et même sa haine) des meurtriers qui, comme il le dit, ont assassiné des milliers de ses voisins, semble tout de même très malsaine. Et dangereuse pour la liberté des auteurs.

D'autres encore, comme Grant Morrison, ont critiqué l'idée même de faire s'affronter un héros de fiction et des terroristes, bien réels, issus de la mouvance de Ben Laden. Le scénariste va même jusqu'à prétendre que c'est un peu comme si l'on faisait un "Ben Laden vs King Kong". Mauvaise foi ou méconnaissance totale des comics historiques qui, dès l'âge d'or, montraient Superman ou Captain America en train de casser de l'allemand ou même de botter le cul de Hitler en personne (cf cette chronique).
Il ne s'agit évidemment pas de tourner en ridicule des évènements dramatiques, encore frais d'ailleurs, mais la fiction, depuis toujours, puise ses racines dans le réel, avec plus ou moins de bonheur. Là encore, difficile de faire une liste de sujets "autorisés" ou non.

Mais venons-en à la forme. Car en réalité, au lieu d'être un brûlot polémique, Holly Terror est tout simplement un... mauvais comic. Ou, au moins, clairement pas un chef-d'oeuvre.
L'on retrouve pourtant le côté brut et expressif du graphisme de Miller, et certaines techniques narratives, comme les portraits des victimes, se prolongeant sur une double page de petites cases vides, sont pour le moins audacieuses. Malheureusement, l'ensemble reste trop froid, trop stylisé, pour émouvoir réellement. Là où un Straczynski, dans un numéro spécial d'Amazing Spider-Man, nous offrait un texte poignant, plein de retenue, Miller passe à côté de cet aspect.
De même, contrairement à un Call of Duty, qui prenait le parti de rendre hommage aux véritables héros du 11 septembre, Miller choisit de mettre en scène des encapés, peu charismatiques en comparaison de leur version DC.
Quant aux fameux terroristes, là encore, Miller peine à leur donner une consistance. Basiques, à la limite du grotesque, ils ressemblent à des méchants en carton, croqués à la va-vite pour tapisser le décor d'une mauvaise pièce.

Pas vraiment de propos politique, un trait certes puissant mais froid et des protagonistes peu crédibles, cela donne forcément un comic peu enthousiasmant et même franchement désappointant pour un auteur de la trempe de Miller. L'ouvrage n'est pas décevant à cause des idées qu'il véhicule (la seule étant en fait un propos anti-terroriste que l'on peut difficilement condamner), mais tout simplement parce qu'il n'est pas à la hauteur du sujet.
Peut-être Miller, on le sait, très touché par les attaques du 11 septembre (on le serait à moins), n'avait-il pas le recul nécessaire pour tirer de sa souffrance, légitime, autre chose que ce récit, finalement sans panache.

A lire par pure curiosité.

03 mai 2012

Avant-Première DC Renaissance : Catwoman

L'on s'intéresse aujourd'hui au premier album Urban Comics consacré à la jolie féline, Catwoman.

Selina Kyle fonctionne à l'adrénaline. Elle aime le risque, le frisson qui la parcourt lorsque, dans Gotham, elle s'empare de ce qu'elle désire. Car Selina est une voleuse, particulièrement douée et qui s'en prend aussi bien à la haute société qu'à la pègre.
Malheureusement pour la jeune femme, elle va cette fois tomber sur un os, un os appelé Louis Ferryman. Ce dernier ayant été la victime d'une petite visite de la demoiselle, il va lui mener la vie dure et commencer par détruire son appartement. Avant de faire bien pire...
Et pour tout arranger, Selina va également avoir les flics sur le dos. Des flics du genre pourris, qui se goinfrent d'argent sale et préfèrent tirer avant de poser des questions.
Les chats ont beau avoir neuf vies, il arrive un moment où le facteur chance ne suffit plus.

Voici l'une des séries, bénéficiant du relaunch général du DC Universe, qui a pris un excellent démarrage. La qualité de ces premiers épisodes, scénarisés par Judd Winick et dessinés par Guillem March, justifiait largement un bel album librairie.
Les auteurs remplissent en effet un cahier des charges pourtant exigeant : non seulement le titre est accessible, et ce même si l'on ne connaissait pas le personnage, mais il s'avère agréable à lire et graphiquement très réussi. L'accueil a cependant été parfois réservé aux Etats-Unis, certains critiquant le côté supposément trop sexy de Catwoman ainsi qu'une scène quelque peu osée (osée pour un enfant de 12 ans disons) avec Batman.
Pourtant, cette scène est à la fois sensée et parfaitement maîtrisée. Si March parvient à exprimer parfaitement le côté bestial de Selina (et de Bruce d'ailleurs), il ne tombe jamais dans la vulgarité. Et surtout, comment s'étonner que des "marginaux" (c'est le moins que l'on puisse dire !), qui se déguisent et prennent leur pied en sautant d'immeuble en immeuble, puissent avoir des pulsions quasi animales et une sexualité... intense ?

Attention, Selina est loin de n'être employée que comme une fille sexy aux formes avantageuses. Winick parvient, dès les premières pages, à la rendre attachante. Surtout, par la suite, il ne va nullement l'épargner, que ce soit au niveau physique (elle se prend tout de même de sacrées raclées !) ou psychologique (ses erreurs ayant de lourdes conséquences).
Tour à tour désemparée, pleine de ressources, fragile ou incroyablement séduisante, elle apparaît comme une héroïne moderne et très humaine.
Bien entendu, il n'y a pas ici de réflexion alambiquée ou de thématique cachée. Juste une très bonne histoire, intéressante, parfaitement dosée entre action et psychologie, et visuellement léchée. Ce qui est tout de même un résultat on ne peut plus méritant, n'en déplaise aux râleurs qui ne supportent pas que l'on ose des choses - pourtant bien innocentes et totalement justifiées - avec leur personnage favori.

Un excellent comic, travaillé et divertissant. 
Idéal pour un premier (bon) contact avec Catwoman.
Miaw !
Sortie : 8 juin 2012.   

02 mai 2012

War of the Green Lanterns : Conclusion

Fin de la saga La Guerre des Green Lantern dans le Green Lantern Showcase #2 de ce mois.

Krona, un Gardien de l'Univers renégat, a pris le contrôle du corps des Green Lantern en réintroduisant Parallax dans la batterie centrale située sur Oa.
Immunisés, les terriens Hal Jordan, Guy Gardner, John Stewart et Kyle Rayner sont obligés de se débarrasser de leurs anneaux verts pour échapper à l'emprise de Krona. Afin d'affronter celui-ci, ils utilisent d'autres sources de pouvoir : Jordan s'empare de l'anneau jaune du Sinestro Corps, Gardner porte celui des Red Lantern, Rayner va se fier à l'anneau bleu incarnant l'espoir, et, enfin, Stewart rejoint l'Indigo Tribe et devra trouver en lui suffisamment de compassion pour correctement employer la puissance de cette nouvelle arme.
Les quatre hommes vont devoir se surpasser pour ne pas succomber aux assauts de leurs anciens frères d'armes, maintenant rejoints par Mogo, la planète vivante !

Suite et fin du crossover War of the Green Lanterns, avec Peter Tomasi, Geoff Johns et Tony Bedard au scénario, et Fernando Pasarin, Doug Mahnke et Tyler Kirkham aux crayons. Dans le genre cosmique, voilà un récit qui aura été rondement mené et aura su rester cohérent et compréhensible jusqu'à la fin. Les planches, quant à elles, sont superbes, les effets lumineux liés au spectre des émotions faisant toujours leur petit effet.
Tout comme dans la première partie, Urban Comics a soigné le rédactionnel et accompagné chaque chapitre d'informations diverses qui se révèleront précieuses pour un premier contact avec l'univers de Green Lantern.

Ces cinq épisodes (issus de Green Lantern, Green Lantern Corps et Green Lantern : Emerald Warriors) s'avèrent d'autant plus importants qu'ils marquent l'entrée de l'univers DC tout entier dans une nouvelle ère. L'on sait en effet que l'éditeur américain a décidé un relaunch complet de ses séries phare (les fameuses "New 52"). Celles-ci arrivent maintenant en France, dans la collection DC Renaissance.
A la fin du mois (le 25 mai précisément), l'on pourra ainsi retrouver les nouveaux épisodes de la série Green Lantern, repartant au numéro #1, et ce dans un album librairie intitulé Sinestro*. Bien que le récit soit très accessible, il fait néanmoins suite à cette guerre des Green Lantern. En effet, toute la continuité (cf cette petite explication sur la continuité, ainsi que cette chronique, développant un peu le concept, personnel, de doublepensée appliquée à la continuité) du DC Universe n'a pas été balayée et, comme souvent avec le principe du relaunch, l'on ne repart pas vraiment complètement de zéro. Il s'agit pour DC de dépoussiérer ses titres sans pour autant ulcérer les lecteurs réguliers en jetant tout le passé à la poubelle. Un exercice toujours difficile mais qui, ici, avec les efforts du nouvel éditeur français, permet de créer un véritable point d'entrée pour ceux qui n'auraient pas encore osé sauter le pas.

Une bonne impression confirmée pour cette saga, fluide et visuellement impressionnante.

* : une petite précision s'impose. La suite de Green Lantern sera disponible en album librairie, avec un arc complet, mais également en kiosque, dans Green Lantern Saga, un mensuel qui accueillera aussi Green Lantern Corps, Les Nouveaux Gardiens et Red Lantern. Le procédé, assez inédit, tend à toucher deux types de lectorat : d'une part les habitués du kiosque et de l'aspect feuilletonnant, avec une revue peu onéreuse, d'autre part les lecteurs qui ne s'intéressent pas forcément aux autres titres et qui souhaitent lire une histoire complète. Il faudra juger de la démarche sur le long terme, mais il est indéniable que, efficace ou non, il s'agit d'une véritable réflexion sur les comics, la façon de les publier et le public visé, une pratique à laquelle l'on n'était pas habitué avec Panini.

01 mai 2012

Le Rayon Vert : festival BD en Moselle

Le festival Le Rayon Vert aura lieu le week-end prochain, les 5 et 6 mai, à Thionville-Volkrange, en Moselle.

Un évènement BD à moins de 10 kilomètres de chez moi, ce n'est pas si courant, et je n'allais donc pas rater l'occasion de vous en parler, d'autant que le programme semble aussi varié qu'alléchant.

Au menu, entre autres :
- deux conférences, l'une sur les manga (shonen), l'autre concernant les comics et plus précisément consacrée aux super-héros sur grand écran en 2012
- un atelier/débat sur les métiers de la BD
- dédicaces d'auteurs, stands de divers éditeurs (dont nos amis de Phylactères et WEBellipses)
- des expos et animations diverses
- et même de quoi se restaurer et une projection d'un film en plein air le samedi soir

Tout le programme en détail, avec horaires et liste des auteurs présents, est disponible sur le site du Rayon Vert.
Une heureuse initiative qui permet de célébrer la BD, entre passionnés ou simples curieux.

Entrée libre - Centre Saint Michel - Domaine de Volkrange