27 septembre 2012

I want to be a Sith Lord (Sariah vs Stanford)


Un nouvel article issu de l'un des webzines de WEBellipses auquel j'ai eu la chance de participer. Il y est question d'études sur le comportement et de Seigneurs Sith. Une association improbable comme je les aime. ;o)
Quelques modifications mineures, rendues nécessaires par le changement de support, ont été apportées.

Avez-vous vu la vidéo de cette petite fille qui fait allégeance à Dark Vador, à Disneyland, lors d'un spectacle Star Wars ? C'est facilement trouvable sur youtube. Elle s'appelle Sariah Gallego, elle a huit ans (avait huit ans en tout cas au moment des faits), et elle est absolument géniale.

La première fois que j'ai vu cette vidéo, j'ai cru que la gamine était impressionnée, ce qui serait aisément compréhensible, étant donné le public, le décor, son jeune âge, l'aura de Vador, etc.
En réalité, il n'en est rien. Une interview, très douce et sympathique, a pu nous démontrer, quelque temps plus tard, que Sariah était non seulement une fan absolue de Star Wars (elle possède des centaines de figurines articulées !) mais qu'en plus, elle avait largement préparé son coup. Elle a tout simplement décidé d'être un Seigneur Sith, ce qui, à son âge, est un petit exploit.
Entendons-nous bien, basculer du côté obscur n'a rien de bien réjouissant, pas dans la vraie vie en tout cas, mais ici, il convient de décrypter un peu l'attitude de l'enfant.

Imaginez un peu. Vous avez huit ans. Vous êtes entourés d'adultes qui, pour vous, ressemblent à des géants, vous participez à un spectacle bien mis en scène, très calculé, dans lequel l'on attend que vous teniez un rôle précis et évident. Il faudra jouer au gentil, au Jedi, comme naguère l'on préférait tenir le rôle du cowboy plutôt que de l'indien, ou de l'américain plutôt que de l'allemand. Le tout sous le regard de la foule, complice.
Résister à ce genre de phénomène, de règle sociale tacite, est aussi peu évident que de proclamer tout à coup que la Terre est ronde alors que les autorités en place la pensent plate.
Et pourtant, dans l'esprit sans malice de cette petite fille, dégourdie et courageuse, une idée a germé. Puisque ce sont toujours les Jedi qui gagnent, pourquoi ne pas rejoindre le camp adverse ?

L'attitude peut s'expliquer. Il ne s'agit pas de politique (l'enfant n'a pas envie de faire le Mal au sens où l'on pourrait l'entendre) mais d'empathie. Prendre partie pour le perdant, le faible, celui qui est critiqué et montré du doigt, est finalement une attitude digne et respectable, aussi précieuse que rare. 
Et combien d'adultes peuvent s'enorgueillir de pouvoir le faire ?
Combien, quand tous choisissent un chemin facile, vont affronter la jungle et se frayer une voie à coups de machette ? Combien, alors qu'un individu est raillé, laissé de côté, montré du doigt, pourront faire fi de l'opinion des autres et lui tendre la main ?
S'agit-il vraiment ici d'un simulacre d'allégeance ou bien d'un pied de nez, extraordinaire, à un système de prêt-à-penser qui nie, aux individus, jusqu'au droit de raisonner en dehors de certains dogmes ?

C'est, à partir d'une petite bravade d'enfant, faire beaucoup d'extrapolations, sans doute.
Mais si l'on regarde, à travers l'Histoire ou les expériences scientifiques, la soumission des individus à l'autorité, réelle ou supposée, Sariah est non seulement une exception mais même une chance.
Attention, ne nous méprenons pas. Le respect de règles communes et d'une autorité est indispensable dans une société. Même Milgram, qui a mené à ce sujet des expériences faisant froid dans le dos (on peut notamment en voir un bref aperçu dans le film I comme Icare, dans lequel des cobayes pensent envoyer des décharges électriques, sous l'autorité d'un scientifique, à un pauvre bougre qui doit mémoriser des couples de mots), n'a jamais remis en cause cette nécessité. Revenons tout de même un instant sur le processus de l'obéissance (faire ce que l'on attend de nous). Le premier stade d'obéissance est appelé état agentique. L'individu cesse d'agir en tant qu'entité pensante et devient l'agent d'une autorité qu'il respecte (personne n'aura l'idée saugrenue d'obéir à une autorité jugée néfaste ou incapable). Plus les agissements exigés de l'autorité sont en décalage par rapport à la morale de l'individu, plus l'individu compense par un niveau élevé d'anxiété. Néanmoins, il ne peut pas, de but en blanc, cesser d'obéir, car cela serait alors admettre, même à un niveau inconscient, qu'il avait tort, dès le départ, de suivre certains ordres.
Pour marquer le désaccord sans pour autant désobéir et ne plus suivre la norme, les individus peuvent simplement ricaner, développer des mécanismes de négation de la réalité ou même aider, en secret, les "victimes" de leur soumission à l'autorité.
Lorsque la tension liée au conflit résultant de la confrontation entre la morale individuelle et l'obéissance à l'autorité ne peut plus être baissée artificiellement grâce à des "soupapes" improvisées, l'obéissance cesse.
Milgram insiste notamment sur le fait que de tels conflits, et de tels processus d'obéissance, ne sont pas forcément générés par des sociétés exclusivement dictatoriales mais peuvent l'être, bien également, par des sociétés dites démocratiques.

L'expérience de Stanford (du nom de l'université dans laquelle elle se déroula), si elle se limite au milieu carcéral, n'en est pas moins également édifiante. Il s'agissait de faire jouer le rôle, à 18 sujets, de prisonniers et de gardiens. Ils furent tous sélectionnés pour leur maturité et leur stabilité émotionnelle.
L'expérience devait durer deux semaines, elle s'arrêta au bout de seulement six jours. Tous les participants prirent rapidement leur rôle au sérieux. Un tiers des gardiens fit preuve de sadisme, deux prisonniers durent être retirés avant la fin de l'expérience en regard des traumatismes subis. Parmi les cinquante personnes qui encadraient ou avaient connaissance de l'expérience, une seule s'opposa, pour des raisons morales, à sa poursuite, ce qui permit d'y mettre fin alors que les conditions étaient déjà très fortement dégradées. 
Dès le deuxième jour, il y eut une révolte, suivie de contre-mesures des gardiens qui se servirent d'extincteurs pour contenir les prisonniers puis, très habilement, les divisèrent en petits groupes afin de leur laisser penser que certains collaboraient plus que d'autres.
Spontanément, les gardiens utilisèrent l'accès aux commodités, tout comme la privation de nourriture, comme moyens de contrainte.
Les gardiens allèrent si loin dans leur rôle que leur attitude a aujourd'hui un nom en science comportementale : l'effet Lucifer.
La jeune femme qui permit de mettre fin à l'expérience n'y était en rien liée... elle venait simplement interviewer les participants. Horrifiée par les conditions qu'elle découvrit, elle s'en ouvrit au professeur dirigeant l'étude qui, heureusement, y mit fin avant un quelconque drame.
Le film allemand Das Experiment, sorti en 2001, s'inspire de cette expérience de 1971 et en imagine les pires effets.

Milgram a démontré une capacité à obéir par rapport à une autorité reconnue. L'expérience de Stanford a démontré qu'une situation précise, avec des consignes vagues, pouvait également conduire un individu à se transformer en tortionnaire, et ce avec une rapidité extraordinaire, simplement parce qu'il pense se conformer au rôle que l'on attend de lui.
L'homme est ainsi fait.
Nous n'avons pour la plupart, contrairement à ce que nous croyons, que peu de réelles capacités à nous soustraire à notre environnement immédiat, à notre culture, à nos croyances, aux autorités que nous connaissons et reconnaissons. 
Il est difficile de dire "non".
Il est difficile de se montrer différent.
A l'inverse, se laisser porter par le courant a du bon. Cela demande moins d'efforts. Cela permet d'être "comme tout le monde". De ne pas se faire remarquer.
Et puis, après tout, arrêter une personne, ce n'est pas bien grave.
Conduire un train, ce n'est pas bien grave.
Signer un ordre, tenir un registre, rien que de bien normales occupations.
Compter des gens. Rien.
Poser des barbelés, bah...
Fermer une cellule, distribuer des pyjamas...
Faire des tatouages.
Rien, ou pas grand-chose, à l'évidence.
Ouvrir une valve, ce n'est rien non plus.

Dans ce monde terrifiant qui est le nôtre, une gamine de huit ans nous a donné une raison d'espérer. Sariah n'aurait jamais conduit un train, fermé une cellule, ou même ouvert un putain de robinet. Elle nage à contre-courant, elle se fout de ce qu'on attend d'elle, elle prend ses propres décisions.
Quand la plus terrible des autorités (celle des adultes à l'égard des enfants) l'exigeait, quand la plus terrible des situations (l'attente de la foule) l'exigeait, cette petite fille a dit :  Non ! Je me tape des Jedi. Je suis une Sith !
Beaucoup y voient une occasion de rire. Certains une raison de se morfondre. J'y vois moi l'inéluctabilité de la résilience. De l'opposition face aux dogmes. De la résistance face à la pression, voire à l'oppression.
Tant qu'il y aura ce genre de petites filles pour prendre d'autre Voies que celles adoubées par la bienséance, les états et la philosophie dominante, alors nul pays, nulle nation, nul groupe ne pourra imposer, de manière permanente, une domination néfaste quelconque. 
Les Jedi ont besoin des Sith, comme le yin a besoin du yang. Non pour trouver une justification à leur existence ou pour s'offrir, de temps en temps, quelques duels, mais pour maintenir l'équilibre. La mesure. Le juste milieu. 

Cette petite fille échappe à Milgram, elle échappe à Stanford, elle échappe à notre raisonnement courant. Non en agissant bêtement mais en nous montrant qu'après tout, tout ne dépend que de nous. Et de nous seuls.
En nous démontrant aussi que l'on peut être petit, que l'on peut même s'agenouiller, et paraître pourtant terriblement grand.

25 septembre 2012

De la liberté dans l'expression


Certains évènements récents nous amènent aujourd'hui à une petite réflexion sur la liberté d'expression et la liberté que l'on souhaiterait accorder aux artistes.

Le dernier numéro de Charlie Hebdo a, encore une fois, suscité la polémique. Pas seulement parce qu'il a déchaîné la colère des fondamentalistes religieux, mais aussi parce qu'il a poussé de "parfaits" démocrates à soutenir ce journal du bout des lèvres, tout en le condamnant tout de même un peu, bref, une sorte de numéro d'équilibriste assez inquiétant.
Rappelons que Charlie Hebdo (qui est un journal d'opinion à l'opposé de mes convictions personnelles) avait déjà vu ses locaux être incendiés il y a peu. Je m'étais fendu d'un petit billet de soutien à l'époque, mais je n'avais pas vraiment eu peur. Aujourd'hui, la situation est différente. Car lorsque l'on entend des responsables politiques nous dire que "ce n'était pas le bon moment" pour publier des dessins humoristiques, il ne s'agit plus d'un acte violent, condamnable, mais bien d'un glissement idéologique, censé ne pas limiter les propos mais le moment où ils sont tenus.
Or, il semble tout de même difficile d'empêcher un dessinateur de presse de tenir compte de l'actualité !
Chaplin avait-il le droit, en 1940, de sortir Le Dictateur ? Ou bien fallait-il attendre un peu avant de se moquer des nazis et de leur leader ? 
Bien des artistes, depuis, ont suivi le mouvement, mais je reste convaincu que condamner le fascisme à l'époque où il existait était bien plus courageux, utile et pertinent.

Par principe, et parce que j'accorde moi-même une grande importance aux mots et à leur signification, je serais tenté de dire que se moquer des puissants, dénoncer des comportements indignes ou encore prendre partie contre l'obscurantisme reste une attitude ô combien respectable pour un artiste.
Malheureusement, ce n'est pas si simple. Essentiellement parce que le monde ne se partage pas en deux camps clairement définis, avec d'un côté les "gentils" et de l'autre les "méchants". Condamner le Noir serait aisé dans un monde en Noir et Blanc, mais dans un monde tout en nuances de gris, où situer les limites ? Et comment évaluer les propos ou les œuvres ?
Mettre en cause une religion, ou l'un de ses symboles, n'est sans doute pas un choix simple. Il ne s'agit pas de choquer pour choquer, ou d'une volonté de nuire, mais bien d'une réaction, mesurée, sensée, face à un extrémisme qu'il est nécessaire de condamner, même maladroitement. Et encore, les réactions les plus maladroites ne viennent certainement pas de ceux qui empoignent un crayon et une feuille de papier pour défendre leurs idées…

Revenons cependant un instant sur l'expression elle-même : "liberté d'expression".
L'on sait bien qu'elle n'est pas totale, il existe des limites légales évidentes (condamnation de la diffamation, des appels au meurtre…) qui sont déjà en contradiction avec le terme "liberté".
Voilà le véritable danger : un absolu qui pointe son nez. Car la liberté, fondamentalement, est un absolu, donc n'existe pas réellement dans notre monde.
Prenons un exemple simple. Si vous êtes enfermé dans une prison, vous n'êtes pas libre. Si vous êtes en dehors de la prison, sans entraves, vous avez l'impression de l'être, même si en réalité, vous subissez des contraintes évidentes (mais intégrées, donc non perçues comme limitatives). Vous ne pouvez pas décider de ne plus manger, d'aller vivre sur la Lune ou même de vous balader entièrement nu. Ces exemples sont volontairement absurdes mais il existe des tas de "petites" contraintes qui font partie de notre culture, des impératifs sociétaux, et qui ne nous semblent pas bien graves mais qui n'en demeurent pas moins limitatives. Laissons là cette approche philosophique audacieuse et revenons à la seule liberté d'expression.

Tout comme pour la liberté physique, la liberté d'expression ne peut exister réellement dans une alternative absolue (en prison/totalement libre). L'on peut être totalement muselé, mais la liberté d'expression s'accompagne toujours de limites, qu'elles soient ou non perçues ou pertinentes.
La liberté de l'artiste, qui n'est donc jamais totale, est d'autant plus limitée qu'il est, en général, le premier censeur de son discours. Il est des sujets que certains auteurs n'aborderont jamais, ou des dessins que ne s'autoriseront pas certains artistes.
La limite, même non imposée, est toujours là. Omniprésente, à la fois odieuse et fascinante.
Et lorsque l'on crée, lorsque l'on écrit, l'on est amené, à un moment, à définir cette limite. A justifier les bornes qui marquent le début et la fin de notre univers créatif.
Et ces bornes, j'en suis persuadé, sont l'affaire de chacun.
Les lois se doivent d'éviter les dérives violentes, bien entendu, mais pour le reste, il me semble inconcevable de demander à l'artiste de rester à l'écart de territoires qu'il n'est pas censé fouler.
Le propre de l'artiste, c'est justement, entre autres, d'explorer tous les chemins qui l'inspirent. Quitte à enjamber quelques barrières.
La voilà peut-être cette véritable liberté. Ne pas tenir compte des bornes des autres. Casser les murs, ramper sous les menaces, et, au final, pouvoir atteindre un endroit supposé interdit. Soit parce que l'on aime cet endroit, soit parce qu'il nous fascine par le fait même qu'il soit interdit et dangereux.
Il ne s'agit pas de faire du mal ou d'imposer un point de vue.
Il s'agit de ne pas céder, ou de ne pas céder trop facilement, devant ceux qui nous expliquent, avec un décret ou un AK-47, que l'on n'a rien à faire là.
Un artiste a tout à faire là où il dérange. Et là où il se sent utile.
Et un journaliste, un vrai journaliste, pas un ersatz morandinien préoccupé seulement par la télé-réalité et le "buzz", se devrait évidemment de rêver également de ce genre de territoires.

Cette liberté toute relative, il nous appartient de l'entretenir.
Il ne devrait exister aucun idéal, aucun dogme, aucun bunker à l'abri de nos plumes.
Cela n'exclut aucunement l'acceptation de limites, légales et morales. Ces limites existent déjà et sont nécessaires, mais jamais elles ne pourront être imposées par ceux qui gesticulent et menacent.
Car la liberté, ce n'est pas tout et n'importe quoi, c'est ce que nous jugeons honnête et indispensable. Ce n'est pas ce qui est facile et autorisé, c'est ce qui demande un peu d'effort et laisse des écorchures. Et ce ne sera jamais ce qui fait l'unanimité. 
La liberté, ce n'est pas faire avec une limite imposée, surtout par la force, c'est notre capacité à aller au-delà des barbelés. S'arrêter avant, c'est déjà être en prison.

"Un morceau de liberté n'est pas la liberté."
Max Stirner

"Il existe aussi une liberté vide, une liberté d'ombres, une liberté qui ne consiste qu'à changer de prison."
Jean-Edern Hallier





20 septembre 2012

Luther Strode : La méthode Hercule

Nous faisons connaissance aujourd'hui avec un nouvel apprenti super-héros portant le nom de Luther Strode.

Luther est un adolescent banal, ce qui sous-entend qu'il galère avec les filles et passe son temps à essayer d'échapper aux brutes qui le malmènent.
Un jour cependant, Luther reçoit un livre contenant une méthode pour développer le potentiel physique et mental des individus. Il la teste et, très vite, se rend compte qu'il ne s'agit pas d'un attrape-nigaud et qu'en plus les effets sont spectaculaires !
Luther ne craint plus personne, son meilleur ami lui suggère même de devenir un super-héros et de patrouiller, en costume.
Malheureusement, Luther va se rendre compte que de grands pouvoirs impliquent... de gros ennuis.

Le premier tome de Luther Strode vient tout juste de sortir en VF chez Delcourt. Le scénario est de Justin Jordan, les dessins de Tradd Moore.
Le concept de départ ne brille pas franchement par son originalité, l'on retrouve même tous les poncifs du genre (le souffre-douleur devenant tout à coup surpuissant, les amours contrariées, les patrouilles nocturnes...). L'on peut cependant s'amuser de la "méthode" permettant d'acquérir les fameux pouvoirs, celle-ci sortant tout droit des vieilles publications pour la jeunesse, dans lesquelles d'improbables publicités vantaient les merveilles de méthodes de musculation ou de lunettes pour voir à travers les vêtements. De l'arnaque vintage en quelque sorte.
Le récit évolue cependant vers quelque chose d'assez violent, et la scène d'ouverture donne d'ailleurs le ton d'entrée de jeu, avec une double planche particulièrement gore.

Impossible, à la lecture de l'ouvrage, de ne pas faire un parallèle, au moins au début, avec Kick-Ass, l'ambiance faisant penser à la méthode Millar : scènes choc, ultra-violence et grosse baston qui tache. Tout va très vite mais les personnages n'en souffrent pas trop, sans doute parce qu'on les connaît déjà bien (Luther étant un Peter Parker moderne, en plus trash, avec une tante May rajeunie). Quelques pointes d'humour au niveau des dialogues permettent de prendre un peu de recul et de ne pas simplement assister à un déluge de coups. 
Les six premiers épisodes réunis ici se laissent lire, mais il est difficile de crier au chef-d'oeuvre, notamment parce que l'on ne sait pas trop encore vers quoi l'on se dirige. Et pour conserver une comparaison millarienne, l'on imagine bien qu'une tournure à la Nemesis serait assez différente d'une évolution à la Superior. Et entre le naufrage et l'agréable croisière, il suffit souvent d'un petit rien pour faire la différence (un gros glaçon par exemple).

Reste le "problème" de l'ultra-violence. Car l'on peut finalement s'interroger sur la nécessité de recourir systématiquement au gore, quitte à tomber parfois dans l'excès. Une pratique finalement devenue, sinon courante, du moins régulière (cf. No Hero, Crossed, Black Summer ou même encore Brit dans une moindre mesure).
Il ne s'agit pas, bien entendu, de jouer les moralistes, encore moins d'envisager une censure, mais simplement de s'interroger sur une certaine banalisation des actes les plus horribles. Une fiction a-t-elle besoin d'en passer par là pour intéresser les lecteurs ? Il est certain qu'un titre un peu "couillu", estampillé "pour lecteurs avertis", à des chances d'attirer l'attention (souvent des moins avertis d'ailleurs). Or, ce qui fait la différence entre une violence "acceptable" et une simple opération commerciale, c'est bien sûr l'utilité que cette même violence peut avoir.
Il appartient aux auteurs, aux auteurs responsables en tout cas, de ne pas en faire simplement un show vide de sens. Quant aux lecteurs, ils ont aussi leur mot à dire et leur responsabilité dans l'évolution globale des comics. Après tout, ce sont eux qui représentent le nerf de la guerre, en mettant ou non la main au portefeuille. Difficile cependant, dans un monde où la plupart des media artistiques de masse tendent vers la médiocrité (la télévision en tête, même s'il existe des exceptions, notamment dans le domaine des séries TV), de ne pas emprunter les chemins qui semblent les plus faciles et qui sont, en tout cas, les plus familiers.
Reste, pour les auteurs, à faire cohabiter le besoin de vendre (qui n'a rien de honteux) et une certaine intégrité, permettant, parfois, de ne pas suivre les vents dominants. On va moins vite, on se prend un peu de poussière, mais cela permet souvent de trouver des endroits uniques et encore vierges.

Un premier tome sympathique, qui n'a pas encore toutefois suffisamment de fond pour que l'on puisse réellement se faire une idée de l'ensemble.
   

17 septembre 2012

Paroles de Verdun

Petit retour aujourd'hui sur un ouvrage rendant hommage aux victimes d'une des plus grandes batailles de tous les temps : Paroles de Verdun.

Il existe bien des guerres et bien des massacres dont on peut se souvenir avec passion ou amertume, mais la bataille de Verdun, qui se déroula sur dix longs mois lors de l'année 1916, reste unique dans l'Histoire de par l'enfer quasiment indicible que connurent les poilus qui, presque tous, passèrent par là. 
Le bilan, en chiffre, donne le vertige. 60 millions d'obus sont tirés en 10 mois. Cela nous donne une moyenne de plus de deux obus à la seconde, pendant près d'une année entière, et ce sur un champ de bataille minuscule ! Des villages entiers sont rayés de la carte, des forêts sont rasées, la terre est labourée et cent fois retournée par le déchaînement des explosions.
Plus de 300 000 soldats, français et allemands, sont tués, 500 000 sont blessés. Aux obus, pesant parfois plus d'une tonne, il faut ajouter encore les gaz, les terribles combats au corps à corps, les "nettoyages" au lance-flamme...
Le gain militaire, au final, est nul. Les forces en présence n'ont pas gagné un mètre.

La BD, Paroles de Verdun, publiée chez Soleil, est autant un ouvrage artistique qu'un hommage aux soldats qui, à travers leurs écrits, livrent ici un vibrant témoignage d'outre-tombe. Les sujets essentiels sont abordés, dans différents styles : la criminelle sous-préparation de la région fortifiée de Verdun (lors de l'offensive allemande, les forts sont désarmés, privés de leurs pièces d'artillerie et tenus par de faibles garnisons), l'héroïsme vanté à l'arrière mais rendu obligatoire sur le front par les pelotons de gendarmes qui traquent les déserteurs, l'enfer de la boue, le froid, la soif, le manque de pitié et de sens tactique du haut commandement (l'état-major français a donné l'ordre de traduire en conseil de guerre tous les officiers qui donneraient un ordre de repli, l'armée va ainsi se priver parfois d'hommes de valeur en les traitant comme des lâches...) et, bien entendu, la souffrance, lancinante, de ces hommes, piégés dans leurs trous à rat, rendus fous par les bombardements (80% des pertes sont imputables aux tirs d'artillerie) mais tenant leur position, parfois contre des forces dix fois supérieures en nombre, ou se faisant massacrer sur place à cause de l'orgueil de quelques généraux.

En se basant sur l'expérience de ceux qui ont vécu la bataille et sa réalité, cet album, conçu et dirigé par Jean Wacquet, tente d'en traduire toute l'horreur, sans faire de concession à ceux qui se forgent des carrières sur le sacrifice des autres. Il ne s'agit pas d'une histoire, avec des personnages, mais plutôt de fragments de vie, de petits moments de tragédies quotidiennes inspirés par les textes, d'ailleurs habilement choisis et flirtant entre réalisme cru et poésie désespérée.
Citons, entre autres, la participation de Dominique Bertail, Christian Rossi, Nicolas Nemiri, Stéphanie Hans, Gérald Parel, Barron Storey ou encore Christophe Chabouté. Les auteurs, par leur talent, arrivent ici à transmettre un peu de cet abîme qui emporta une génération d'hommes terrifiés, transformés en héros par les circonstances et la menace des sanctions.

Un bel album, à posséder.


Toutefois, Verdun ne saurait se résumer en quelques pages dessinées, quelle que soit leur qualité.
Pour approfondir le sujet (qui le mérite largement), voici quelques conseils de lecture et même de sites à découvrir.

A lire :
Mourir à Verdun, de Pierre Miquel
Assez technique mais très détaillé au niveau de la chronologie et des unités engagées.
Un peu froid peut-être parfois.

Verdun, la plus grande bataille de l'Histoire racontée par les survivants, de Jacques-Henri Lefebvre
Plus volumineux, disposant de photos, de plans, de cartes, cet ouvrage est évidemment basé sur les témoignages d'officiers ou simples soldats. Indispensable, de par son exhaustivité et l'émotion qui se dégage des textes, pour ceux qui souhaiteraient comprendre la bataille ou, à plus forte raison, écrire sur elle.

A voir :
La citadelle de Verdun
La visite dure une demi-heure environ et s'effectue sur une sorte de petite voiture électrique qui s'arrête devant des "panneaux", dans la citadelle elle-même, où s'animent, dans les décors reconstitués et le cadre réel, des sortes d'hologrammes. Certains passages, notamment celui où l'on est censé évoluer dans une tranchée, sont impressionnants, notamment à cause des explosions qui résonnent jusque dans les pieds.
(penser à se couvrir même en été, il fait très froid dans les tunnels)

Le Mémorial de Verdun
Il s'agit d'un musée, pas très grand mais regorgeant tout de même d'un tas de pièces intéressantes. L'on y trouve des canons, des avions, des fusils, des uniformes, des masques à gaz, des trousses de secours, une reconstitution, très réaliste, d'une partie de champ de bataille, mais aussi de petites choses apparemment anodines mais parfois particulièrement émouvantes, comme la lettre, adressée à sa mère, d'un jeune soldat qui mourra le lendemain.

Le fort de Douaumont
Deux étapes ici, l'une extérieure (la vue est imprenable sur les environs), l'autre intérieure, avec une sorte d'iPod individuel qui vous guide pendant la visite et vous permet d'avoir son et images en déambulant dans les lieux (très humides). 

L'Ossuaire de Douaumont
Attention, il s'agit ici non pas d'un musée ou d'un fort mais d'un lieu de recueillement, d'un cimetière où sont entreposés les ossements d'hommes de toutes nationalités. Visiter ce lieu suppose une tenue correcte (bon, en été, personne ne vous reprochera de porter un short je pense), et un silence absolu. Bien que cela soit spécifié dès l'entrée et répété en plusieurs langues sur des panneaux, j'ai été choqué de constater que certains ahuris se comportaient en ce lieu comme s'ils allaient au MacDo.
Un film d'une vingtaine de minute est présenté avant la visite. Les plus courageux peuvent ensuite monter dans la tour centrale (joli point de vue mais que de marches !) ou se contenter d'arpenter les ailes, recouvertes de noms et de dates y étant associées.
L'idéal, si je puis m'exprimer ainsi, est de "terminer" la journée de visite par l'Ossuaire, afin d'en saisir tout le sens profond.
Encore une fois, l'on y va comme si on allait sur une tombe, ce n'est pas obligatoire mais si l'on effectue la démarche, un minimum de respect est de rigueur.

Il existe bien entendu de nombreux autres sites dans la région de Verdun (très proches de ceux cités d'ailleurs), et il est possible de les découvrir en se baladant un peu, à travers bois, ce qui permet de constater à quel point la terre, près d'un siècle plus tard, garde encore les marques de l'avalanche d'obus qu'elle a reçue.
Apprendre, se souvenir, entretenir la mémoire, sont des nécessités absolues. Non pour glorifier les combats mais pour ne pas ajouter l'offense de l'oubli à l'absurdité du sacrifice.

"Celui qui n'a rien vu de Verdun n'a rien vu de la Guerre."
Témoignage d'un soldat anonyme.



15 septembre 2012

Comix Remix : L'Intégrale

La réédition ce mois de Comix Remix en intégrale nous permet de nous pencher sur cette saga plutôt surprenante.

Mister Mercure est mort. La nouvelle fait l'effet d'une bombe dans Towerville, une cité où la corporation des super-héros tente de venir à bout des clandestins, une organisation rassemblant monstres, ancien super-vilains et héros renégats.
John-John, le fils de Mercure, est envoyé bien contre son gré à l'université des juniors. Là, il devra apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
Mais dans ce monde contrasté, où les héros devraient être sans reproches et les vilains d'abominables criminels, tout n'est pas si simple. Quelque chose, peu à peu, a pourri la corporation. L'a détournée de son but. Entre les ambitions politiques personnelles de certains, l'argent facile distribué par les annonceurs publicitaires et les vieilles rancunes, Towerville va devenir le lieu d'un affrontement gigantesque qui déterminera l'avenir de tout un peuple...
Quant au petit John-John, il devra choisir son camp et rejoindre définitivement les héros... ou les monstres.

Cette saga était sortie en trois parties il y a quelques années, Dupuis a la bonne idée de la rééditer et de nous en offrir (c'est une image !) une version intégrale. Dessins et scénario sont signés Hervé Bourhis qui nous livre donc ici un comic "french touch" et quelque peu vintage dans l'aspect graphique.
Les dessins peuvent sembler parfois un peu grossiers, mais ils ont le mérite d'installer une ambiance originale, à la fois naïve et inquiétante. Ils sont surtout lisibles et terriblement efficaces, ce qui permet de suivre sans effort une intrigue particulièrement dense, les évènements s'enchainant sans temps mort.
Le sujet, qui pourrait n'être perçu que comme une énième (et bien inutile), condamnation du totalitarisme s'avère au final astucieux et plein de petites subtilités.

Il faut l'avouer, un grand nombre d'auteurs (français, mais américains et anglais aussi parfois) pensent qu'un propos "engagé" est un passage obligé, au moins une fois dans leur carrière, et, bien entendu, le plus simple, le moins dangereux et le plus consensuel des sujets reste la condamnation, véhémente et indignée, du fascisme. Un thème un peu fourre-tout et bien pratique de nos jours puisqu'il permet à bien des gens de s'offrir à bas prix une paire de balloches en plastoc, plus vraie que nature.
Heureusement, l'on échappe ici aux portes ouvertes enfoncées à grands coups de bélier et au manichéisme hors d'âge qui sévit parfois encore dans nos planches. Le premier mérite de Bourhis tient dans le traitement qu'il réserve aux personnages. Les pires crapules peuvent avoir une faille, un côté humain, et les "héros" véritables peuvent parfois s'emporter ou paraître bien froids. Là où l'auteur réussit un réel tour de force, c'est en mélangeant intrigue politico-policière, récit super-héroïque, humour et tendresse. Un cocktail suffisamment bien dosé pour ne pas être écoeurant.

La narration est clairement une réussite, un modèle presque de finesse. Rien n'est jamais trop appuyé ou forcé, que ce soit l'émotion palpable qui naît d'un simple échange entre deux gamins, alors que des mesures anti-monstres commencent déjà à éloigner les adultes, ou le premier baiser entre deux personnages totalement improbables.
Bon, tout n'est pas parfait, l'allusion à Bush et à la manière dont il a été prévenu, alors qu'il visitait une école, pendant les attaques du 11 septembre, n'apporte rien et est même franchement maladroite. Mais mieux vaut un récit audacieux, quitte à ce qu'il soit parfois maladroit, plutôt que les balivernes sirupeuses et sans nuances dont on nous abreuve habituellement sur le sujet.
L'ouvrage se termine par un petit carnet contenant quelques croquis et une interview de l'auteur. L'on y apprend que certains auraient prêté à Comix Remix une sorte de parenté avec Watchmen. Honnêtement, je ne vois pas du tout le rapport. Voilà encore une particularité en BD, les journalistes (même "spécialisés") peuvent dire n'importe quoi (cf ce numéro de dBD par exemple), personne ou presque ne s'offusque de leurs énormités. C'est un peu comme si je disais que Stranger in a Strange Land, d'Iron Maiden, s'apparente à Fly me to the Moon, de Sinatra. J'aime bien les deux, mais pour trouver une filiation, va falloir y aller au whisky et à l'ecstasy... 

Au final, voilà un récit qui mérite largement de figurer dans une honorable bibliothèque. La sortie en tomes a apparemment été décevante au niveau des ventes, il faut espérer que l'intégrale permettra de toucher un plus large public, même si le prix (près de 30 euros) semble un peu élevé (pour 240 pages tout de même, avec hardcover).

Un vrai bon comic d'auteur, intelligent mais ni prétentieux ni ennuyeux, pas toujours "bien" dessiné mais avec du caractère.

10 septembre 2012

Spider-Island : Le Bilan

Le Spider-Man #3 de ce mois contient l'épilogue de la saga Spider-Island. L'Araignée de la rentrée a-t-elle repris du poil de la bête ?

Voilà un (long) moment que Amazing Spider-Man se cherche un second souffle. Après les désastreuses conséquences de One More Day, la série principale du Tisseur a évolué en dents de scie, offrant du bon (Spider-Man #143), du moins bon (le Spider-Man #145, concernant Fear Itself, ou encore le Spider-Man #147, n'offrant que peu de moments excitants) et du colmatage (le fameux One Moment in Time).
Si Spider-Island peut déjà se prévaloir d'une qualité, assez rare dans le milieu mainstream, c'est de n'avoir pas été réellement survendue. L'on n'attendait que peu de choses de la saga, et du coup, elle ne déçoit pas et offre même quelques surprises.

Attention, ce qui suit contient de nombreux et importants spoilers.
En France, Spider-Island a été publiée en quatre parties. Trois dans la revue Spider-Man nouvelle version, et une (sortie ce mois également) dans Spider-Man Universe. Pour cette dernière (la partie 3/4), sachez qu'elle n'est pas réellement indispensable. Elle contient essentiellement le tie-in Venom et un épisode sur les Vengeurs qui est amusant mais dont on peut largement se passer. 
L'essentiel se déroule donc dans le mensuel classique. Et bien que l'aspect dramatique de la menace qui pesait sur New York n'ait jamais réellement été très poussé (c'était là plus une occasion de voir Mary Jane avec des pouvoirs ou Jameson en araignée), la conclusion apporte son lot de petits changements.

Enfin, "petits", tout dépend évidemment de ce que l'on accorde comme importance à l'évolution, bien réelle, qui accompagne ce final. Tout d'abord, la relation de Peter avec Carlie Cooper se termine. Mais avait-elle vraiment commencé ? En tout cas, Parker est de nouveau célibataire. MJ, quant à elle, avoue dans un murmure qu'elle éprouve encore des sentiments pour Peter (d'autant qu'elle sait maintenant ce qu'il ressent lorsqu'il est Spider-Man). Lui évidemment, comme toujours, ne comprend rien.
Autre évolution notable (que l'on connaissait déjà puisque spoilée par Panini, cf le relaunch de la revue du Monte-en-l'air), Spidey retrouve son sens d'araignée. Cela peut sembler secondaire, mais l'on y reviendra par la suite.
La plus habile pirouette narrative provient de l'annulation du sort de Strange (censé empêcher quiconque de découvrir accidentellement qui se cache sous le masque de Spider-Man ; un pansement recouvrant les "plaies" de Civil War). Peter, tout naturellement, sans même que nous n'en ayons eu conscience, s'est arrangé pour fragiliser de nouveau sa situation.

Enfin, dans un autre registre, c'est Kaine qui crée la surprise, endossant le rôle du nouveau Scarlet Spider (cf la Saga du Clone). Débarrassé de son facteur dégénérescent, il est prêt à jouer le Spidey 2.0, la possibilité de tuer en plus.
Mais revenons à notre Spidey original. Le voilà "rétabli" (avec ses pouvoirs traditionnels au complet), débarrassé de Carlie ET de la tantine en route pour Boston (l'image est loin d'être innocente puisqu'il perd MJ, à la base, en lui préférant sa tante, qui ici s'éloigne enfin), et il doit maintenant de nouveau faire attention à son identité, toute protection magique (et surtout éditoriale) lui ayant été retirée. Si l'on ajoute à cela une Mary Jane présente et amoureuse, l'on pourrait presque croire à... un retour en arrière. Un de plus, mais celui-ci, au lieu de jeter à la poubelle la période Straczynski et les avancées de Civil War, se débarrasse, presque sans avoir l'air d'y toucher, des compromis peu reluisants de Brand New Day.

Bien entendu, pas question de se laisser duper pour autant, nous avons eu droit à trop de valses éditoriales (ou de leurres, du style Jackpot) pour réellement croire à un virage drastique. Mais, et c'est là tout de même un point positif, Marvel semble corriger petit à petit nombre de ses faux-pas. Ceux en tout cas qui avaient engendré le plus de pamphlets enflammés.
Faire du  neuf avec du vieux, changer, puis revenir sur les changements, en douceur. Ménager la chèvre, le chou et le lecteur irascible. Voilà un pari qui n'est pas facile, qui fait souvent des mécontents, mais qui, de par sa nature cyclique même, ne déçoit jamais longtemps. Le problème vient du fait qu'il n'enthousiasme pas plus et oblige à se contenter, avec nostalgie et un brin de déception, de "périodes", sans finalement n'espérer rien d'autre qu'un peu de respect pour les scénaristes qui se sont emparés avec brio du destin du Tisseur. Peut-être également pour les lecteurs, qui ont insufflé de la vie dans les planches. Et peut-être pour Peter lui-même, parce qu'il ne mérite pas de stagner et de jouer, la trentaine passée, les ados maladroits.

Spider-Island n'était pas un récit exceptionnel, mais sa conclusion permet enfin de tourner la page et de souhaiter, pour l'avenir de Spider-Man, un... jour nouveau.

06 septembre 2012

Walking Dead : Un Vaste Monde

Comme maintenant tous les six mois, le nouvel album de Walking Dead est disponible en librairie.

Après quelques digressions sur le jeu, le Guide des Personnages ou le roman, nous revenons à l'essentiel ; la série en elle-même. Rick a maintenant la communauté d'Alexandria bien en main. Même Nicholas, qui avait pourtant tenté de prendre violemment la tête du groupe, s'est rangé du côté de l'ancien flic et de son leadership naturel.
Tout n'est cependant pas réglé. Carl doit se faire à son visage, atrocement mutilé, Rick rejette Andrea par peur de la perdre, et l'ensemble des survivants commence à manquer de nourriture.
C'est dans ce contexte que l'arrivée d'un étranger va semer un peu plus le trouble.

Ce seizième volume, toujours écrit par Robert Kirkman et dessiné par Charlie Adlard, rassemble les épisodes #91 à #96. Une précision tout d'abord, inutile de lire, dans le résumé des épisodes précédents, le dernier petit paragraphe, il fait référence non à des évènements passés mais à ceux qui se déroulent dans ce tome. 
Pour ce qui est de l'intrigue, disons qu'elle donne l'impression de faire un peu de sur-place mais qu'elle aboutit tout de même à une petite évolution. Reste que l'essentiel de l'intérêt, comme souvent, repose sur les personnages et leurs relations. Que ce soit la manière d'élever un enfant (une réaction de Carl, à un moment, est tout bonnement énorme), la façon de gérer les relations sociales ou encore d'établir un semblant de vie de couple, tout, dans ces conditions, nécessite une capacité d'adaptation et des efforts exceptionnels.
Le danger est bien entendu présent et provient, une fois encore, plus des autres survivants que des zombies.

Difficile d'en dire plus sans tout dévoiler, aussi l'on va passer immédiatement au coin des spoilers, histoire tout de même d'analyser un peu plus l'évolution de la situation.

Le Coin des Spoilers
Le titre de ce TPB, "Un vaste monde", pourrait faire penser à un radical changement de cap, une ouverture justement sur le reste du monde et le mystère qui l'entoure. Dès le dixième tome, l'on s'interrogeait sur la suite des évènements, en supposant une possible explication de l'épidémie, un éventuel flashback en présentant les premiers temps, et même l'exploitation d'une intrigue portant sur l'évolution du comportement des zombies ou encore sur les autres groupes de survivants. C'est finalement cette dernière option qui a été choisie, avec le risque bien entendu de répéter un peu le schéma prison/Gouverneur. Car évidemment, si le plan de Rick fonctionne, il n'y a plus d'histoire.
Il faudra donc, d'une manière ou d'une autre, s'extraire de cette communauté, surtout si elle devient autosuffisante. Soit en la détruisant (ce qui rappellerait la prison), soit en envoyant Rick se faire voir ailleurs. C'est dans cette deuxième possibilité que l'on peut imaginer les choix les plus intéressants. D'autant que, de manière insidieuse, la révolte menace encore de gronder. Même Abraham, pourtant un précieux allié de Rick, semble remettre en cause ses choix. Créer un conflit interne permettrait donc de relancer la machine, sans pour autant faire intervenir un nouveau Gouverneur (je ne sais pas pourquoi, je ne crois pas beaucoup à la menace Negan).
Les moments les plus surprenants viennent toutefois ici de Carl, qui tient des propos tellement en décalage avec son jeune âge qu'ils en deviennent même drôles (le moment où il rassure son père en disant que si le prisonnier avait été "méchant", il l'aurait abattu, ou, encore mieux, le moment où il propose lui-même le deal "on vous débarrasse des bandits et vous nous donnez la moitié de ce que vous avez").
Bref, on avance à un rythme un peu moins soutenu que par le passé, mais les possibilités sont si nombreuses et les personnages si attachants que l'on peut sans peine repartir pour une centaine d'épisodes supplémentaires si Kirkman évite l'enlisement.

Toujours un très bon moment de lecture.