28 novembre 2012

Que ma joie demeure !

S'il fallait encore une preuve du génie d'Alexandre Astier, la voici en DVD, avec cet incroyable spectacle intitulé... Que ma joie demeure !

Ceux qui connaissent Kaamelott savent déjà à quel point Alexandre Astier est un auteur exceptionnel, totalement à part dans la production française, qu'elle soit télévisuelle ou qu'elle prenne d'autres chemins, plus pudiques, moins fréquentés que le prime time de M6.
L'auteur se met ici en danger dans un spectacle assez inattendu, et pour le moins peu racoleur. Le sujet ? Johann Sebastian Bach. 
Ah, c'est chiant !
Ben, oui, bien sûr c'est chiant, la musique classique, brrrr, un truc qui nous a toujours été présenté comme ennuyeux au possible (tout comme l'on nous présente les BD comme des conneries pour ados).
Pourtant non, ce qui est bon est bien souvent universellement bon, et seuls les snobinards s'acharnent à rendre hideux les domaines qu'ils gardent jalousement, par crainte et égoïsme, sans pour autant toujours les comprendre.

Faut-il toutefois s'attendre à un spectacle comique "classique", avec un débit de rires constant ? Non. Car c'est drôle, mais ce n'est pas que drôle.
Astier, un peu comme dans son rôle d'Arthur, s'énerve de la médiocrité ambiante, se morfond en pensant aux enfants qu'il n'a pas ou qui meurent, comme s'il souffrait de ne pouvoir passer l'essentiel de son savoir, comme s'il savait que tout génie est limité, par le temps, les modes et les livres d'Histoire.
Bach est ici campé comme jamais, sans doute avec un parti pris discutable, mais une vérité ahurissante. Parce qu'évidemment, les génies, de tout temps, souffrent de leur génie. Parce que l'intelligence ou le savoir sont des choses très différentes de l'empathie, mais aussi parce que l'intelligence n'a jamais protégé des imbéciles ou des aléas de l'existence.

Bach est immense. Dans l'interprétation qu'en donne Astier, il est conscient de son immensité, et en souffre d'autant plus. Il en rit parfois, mais en souffre la plupart du temps. 
C'est là qu'il convient, à mon sens, de différencier Astier de Louis de Funès, un acteur qu'il apprécie et à qui il a dédié sa série (Kaamelott), ce qui a permis à certains de conclure, d'une manière trop rapide, qu'Astier était un Louis de Funès moderne. Evidemment que non. Louis de Funès a toujours incarné le type odieux, colérique, mais faillible, obséquieux devant les puissants. Ridicule parfois. Si l'on devait trouver un archétype "astierien", il serait différent. Colérique certes, mais intelligent, sensible et conscient de ce qui l'entoure. Pas seulement drôle et imbuvable, mais tragique.

Nous en venons là à l'essentiel, Astier est un tragédien plus qu'un comique. Et un bon tragédien en plus, parce qu'il a compris que "tragique" ne voulait pas dire chiant ou misérable. Et, peut-être parce qu'il est musicien, il a également compris qu'une même mélodie pouvait se jouer sur des rythmes différents. Autrement dit que le traitement d'un sujet n'avait que peu de rapport avec le sujet lui-même. 
Bach en soi n'est finalement ni chiant, ni drôle, ni tragique, il n'est que Bach. Quelques dates et des notes sur une portée. La vision d'Astier ne permet pas seulement de rire d'un Bach sympathique et inspiré, elle permet de lui donner une épaisseur, une autre dimension, qui permet de souffrir avec lui, de comprendre ses espérances, ses craintes, sa douleur... et presque même son inspiration.

Que ma joie demeure ! est une sorte de passerelle qui permet d'unir pop culture et culture institutionnelle. En ne prenant pas les spectateurs pour des idiots, en leur parlant de musique sans en occulter sa complexité, mais en en faisant ressortir toute sa richesse et sa beauté, Astier réussit le tour de force de nous tirer vers le haut, but que finalement toute oeuvre digne de ce nom devrait ambitionner d'atteindre.
En un mot... wow !

+++ Alexandre Astier (pour le ton, l'originalité et la virtuosité)
+ Johann Sebastian Bach
+ intelligence du propos
+ émotion dégagée
+ mise en scène 
- quand c'est bon, et là c'est excellent, c'est toujours trop court...


26 novembre 2012

A Game of Thrones

Le premier tome de l'adaptation en comics du roman A Song of Ice and Fire (Le Trône de Fer en VF) vient de sortir il y a quelques jours. Une bonne occasion de s'embarquer pour le royaume des Sept Couronnes.

L'Hiver Vient.
Telle est la laconique devise de la Maison Stark, régnant sur Winterfell et les immensités glacées des terres du Nord. Eddard Stark doit cependant quitter son domaine, car le roi Robert lui a demandé d'accepter la plus haute charge du royaume : devenir la Main du Roi, sorte de poste de premier ministre et de chef des armées.
Si la plupart de ses enfants l'accompagnent pour la capitale, Bran, entre la vie et la mort après une mauvaise chute, reste à Winterfell. Quant à Jon Snow, fils bâtard d'Eddard, il part pour le Mur, cet immense rempart qui protège les terres civilisées des barbares et des monstruosités du Nord.
Pendant ce temps, loin à l'Est, le prince Viserys souhaite reconquérir le trône qui lui revenait de droit. Pour cela, il va offrir sa soeur en mariage à Khal Drogo, un seigneur de guerre dothraki à la tête d'une armée de cent mille hommes...

Les romans de George R. R. Martin avaient déjà été adaptés en série TV, c'est maintenant sous forme de BD que la saga est déclinée. Le scénario est écrit par Daniel Abraham, les dessins sont l'oeuvre de Tommy Patterson.
L'histoire, assez dense, se déroule dans un monde médiéval fantastique d'où semblent cependant avoir disparu les dragons et autres créatures extraordinaires. L'intrigue de ce premier tome se concentre sur les relations entre les différentes Maisons et les nombreux personnages, intriguant et complotant pour obtenir le pouvoir. La structure narrative particulière des romans a été respectée puisque le changement de point de vue, selon les chapitres, est ici aussi régulier, des pavés de texte de différentes couleurs exprimant les pensées des personnages. Ces derniers sont d'ailleurs aussi nombreux que bien campés, les pires violences et la plus grande cruauté ne venant pas forcément des ambitions politiques ou des bêtes sauvages, mais par exemple de la réflexion acide d'une épouse bafouée.

Les planches de Patterson sont graphiquement très réussies, même si l'on n'a pas encore eu l'occasion de voir des décors vraiment impressionnants (les splash pages ne sont pas forcément très bien choisies). Attention également pour ceux qui s'attendent à retrouver l'aspect visuel développé par HBO, les comics sont adaptés directement des romans, et non de la série TV.

Ce premier tome, édité par Dargaud, contient une longue introduction de Martin. Le romancier parle de sa passion pour les comics et explique également, de manière fort intelligente, sa façon de voir les différentes adaptations de son oeuvre. Il avoue notamment espérer que la bande dessinée amènera peut-être certains lecteurs aux romans, ce qui est évidemment souhaitable (le roman originel étant forcément plus riche et complet).
Du coup, bien que la version dessinée soit plutôt bonne, elle est déconseillée si vous souhaitez lire les romans en en préservant l'intrigue (à ce propos, voici une interview assez intéressante du nouveau traducteur de la saga, qui revient un peu sur la polémique qu'avait déclenchée le précédent).

Une série palpitante, aussi belle que tragique.

+ un univers riche et crédible
+ une approche politique évitant les caricatures
+ de jolies planches
+ une excellente traduction
- tiens, c'est l'un des premiers comics du genre dans lequel l'on ne trouve pas de carte... un petit manque, car pouvoir situer plus clairement les différents lieux aurait été bien pratique 


22 novembre 2012

Omnibus Amazing Spider-Man par McFarlane

L'on retrouve un run légendaire avec l'Omnibus Amazing Spider-Man, sorti hier et consacré à l'apport du célèbre Todd McFarlane.

L'ouvrage était initialement prévu pour octobre et vient enfin de sortir, prêt à alourdir considérablement les rayons de votre bibliothèque (et à alléger votre compte en banque par la même occasion). Avec 36 épisodes au sommaire, l'on retrouve là un Omnibus traditionnel et bien costaud, loin du ridiculement maigre Daredevil par Frank Miller.
Au menu, les Amazing Spider-Man #296 à #329, ainsi que deux récits issus de Spectacular Spider-Man Annual #10 et What the... ?! #3. Le tout s'étale de 1988 à 1990. 
Aux commandes, essentiellement David Michelinie pour le scénario, ainsi que Glenn Herdling dans une moindre mesure, et Todd McFarlane pour la partie graphique, ce dernier cédant parfois sa place à Alex Saviuk, Collen Doran ou à un Erik Larsen qui se calque sur son style à la perfection.

Evidemment, c'est McFarlane qui est ici mis en avant. Son travail sur le personnage a durablement marqué les esprits et continue d'être considéré comme une évolution radicale de Spider-Man. Sous son trait, le Tisseur acquiert une animalité aussi esthétique que parfois inquiétante. Ses postures, son langage corporel expriment plus que jamais son côté arachnéen, comme si enfin un artiste osait faire de Parker quelque chose de plus qu'un simple type en costume. Même le masque, avec ses grands yeux qui recouvrent l'essentiel du visage, rend le héros plus expressif, plus impressionnant.
Difficile de ne pas voir là les prémices des cousins graphiques, certes plus sombres, que seront plus tard Spawn et Haunt.
La colorisation de l'époque, très flashy et sans nuances, ne rend pas toujours justice aux dessins, même si quelques épisodes bénéficient d'un travail un peu plus subtil à ce niveau.

Le scénario est déjà beaucoup moins enthousiasmant. Contre toute attente, ce sont bien les intrigues et leur déroulement qui sont les plus datés. Pourtant, tous les ingrédients "classiques" sont là. L'on a droit à de nombreux vilains très connus (Venom, Octopus, Mysterio, le Lézard...), quelques seconds couteaux, des guests (Cap, Silver Sable, Black Cat...), les ennuis du quotidien, cette fois partiellement liés à la position d'homme marié de Peter, mais malgré tout, aucun des récits présentés ici ne s'avère passionnant.
Tout n'est pas de la faute du scénariste. Il est par exemple fait référence, à de nombreuses reprises, à des évènements dont on ne sait rien et qui ont été publiés il y a fort longtemps dans Strange ou Spidey, qui sont relatés dans d'autres ouvrages actuels (notamment un autre Omnibus) ou qui sont même carrément inédits en VF. Contrairement aux Omnibus de la Saga du Clone, qui permettaient de suivre un récit cohérent plus ou moins de bout en bout, l'on a ici une continuité de la numérotation d'une série, mais pas forcément une continuité logique.
Et puis, avouons-le, Michelinie n'a, dans son approche, rien de bien extraordinaire. Les vannes sont rares, les moments d'émotion tout autant, et le côté "vie maritale" n'est probablement pas assez poussé (la longue intrigue, non terminée d'ailleurs, sur le harcèlement que subit Mary Jane s'avère même assez faiblarde).

Reste tout de même de petites curiosités, comme la transformation de Spidey en Captain Universe ou des balades qui forcent le Monte-en-l'air à s'éloigner de New York (on passe par le Kansas, Chicago, la Californie ou encore la Symkarie). Malheureusement, là encore, ce changement de décor est loin d'être utilisé au mieux, la palme revenant à la saga Le Grand Complot, aussi longue qu'ennuyeuse.
L'intérêt graphique, voire historique, est donc indéniable, mais pour un lecteur cherchant avant tout à s'immerger dans une bonne histoire, la déception sera probablement au rendez-vous.

Passons maintenant à l'adaptation. Alors, heu... pas de surprise, elle est assez mauvaise. Pas catastrophique, on a déjà vu bien pire, mais pas bonne non plus. Je passe rapidement sur les fautes (mauvais accords, confusion entre futur et conditionnel, un classique...) et les coquilles (mots manquants ou, au contraire, en trop) pour en venir au plus intéressant, les choix éditoriaux.
Tout d'abord, même si ce n'est pas aussi marqué que du temps de Coulomb, l'on retrouve ici un argot improbable, du style "artiche", "sans charre", "calter" ou encore "chignole" (en parlant d'une voiture !). Je rappelle que l'on est à New York, en 88 ou 90, et pas dans le Paris interlope des années 40. Ces expressions sont d'autant plus étonnantes qu'elles côtoient des termes bien plus modernes et non traduits, comme "rewriter" ou "sidekick". Non seulement cela manque de cohérence, mais ces histoires, qui ne sont en rien inscrites dans un quelconque contexte précis, gagneraient énormément à voir leurs dialogues être quelque peu modernisés.
Petite parenthèse également sur "en loucedé", qui est ici de nouveau orthographiée "en lousdé", probablement par quelqu'un qui ne connaît rien de l'origine de l'expression. Je ne vais pas revenir sur le largonji (j'en avais parlé à la fin de cette chronique), mais je me demande toujours pourquoi certains en viennent à utiliser des expressions dont ils ignorent tout. "Loucedé" est une construction qui découle du code de l'argot utilisé (là encore un argot de toute façon totalement malvenu par rapport au contexte, mais qui ne s'écrit pas suivant l'humeur du moment).
Dans un autre registre, "Amazing Spider-Man" est systématiquement traduit dans les covers, avec un petit astérisque qui renvoie à une note de bas de page. Le texte des couvertures est pourtant modifié et apparait en français. L'on se dit donc que la volonté est de ne pas dénaturer le titre original. Eh bien pourtant, la page d'ouverture de chaque épisode est surmonté du titre "L'étonnant Spider-Man"...

Pour les personnages, même traitement aberrant. Sur une cover, l'on parle de "Dents de Sabre", mais sur une autre, dont le texte est pourtant adapté, on laisse un "Iceman" (que l'on traduit en bas de page par "Iceberg"). Il serait peut-être bon de définir une règle et de s'y tenir au lieu de faire du cas par cas, à l'arrache.
Par contre, dans les expressions qui auraient mérité une explication, l'on a par exemple "YMCA", sigle utilisé tel quel dans un dialogue (Flash Thompson dit en fait qu'il va dormir au YMCA). Plutôt que de traduire "amazing" à chaque cover, une petite définition s'imposait ici. Enfin, ils auraient encore été capables de mettre un truc du genre "célèbre tube des Village People"... 
Voilà ce qui relève, à mon sens, des erreurs et du manque de cohésion. De l'hygiène éditoriale disons. Ensuite, l'on pourrait s'interroger sur des choix, certes discutables, mais qui ne sont pas des erreurs proprement dites. Par exemple, certaines références américaines sont remplacées par des trucs franchouillards, comme une chanson de Corynne Charby (qui convient bien dans le contexte, mais bon...) ou une allusion à Rémy Bricka. Personnellement, je suis plutôt partisan de laisser le texte original dans ces cas-là, quitte à en expliquer le sens dans une note de bas de page. Ce serait d'autant plus sensé que d'autres références typiquement américaines, comme Letterman, ont été préservées.

Au final, voilà un Omnibus dont l'intérêt est discutable si l'on cherche autre chose qu'en admirer les seuls dessins. L'ouvrage n'offre pas de réelle saga palpitante et est desservi par une adaptation quelque peu maladroite, ou disons pas tout à fait aboutie, ce qui, pour le prix, est plus que décevant.
La petite illustration graphique qui suit et "sanctionne" ce livre peut sembler sévère, mais elle est issue de la seule question importante, celle qui, en dernier recours, permet de se faire une réelle opinion : cette lecture, au-delà de ses défauts ou qualités, est-elle recommandable ?
Je suis loin d'en être certain.
Je ne me base pas sur l'aspect technique de la VF, que j'ai pourtant longuement développé, mais sur un simple ressenti de lecteur. Je sais que je ne relirai pas ce comic, je ne le conseillerais pas non plus à un ami qui voudrait découvrir le Tisseur. Tout simplement parce que ce n'est pas bon, ou en tout cas pas bon dans tous les domaines, et nous avons maintenant suffisamment de recul (et de chefs-d'oeuvre à notre disposition) pour être, sinon plus exigeants, du moins plus imperméables aux dogmes et idées reçues qui, naguère, imposaient une certaine orthodoxie à qui voulait parler de BD américaine. 

++ le style McFarlane
+ une ébauche d'approche adulte du couple Parker/Watson
- des récits datés et manquant de lyrisme ou même d'humour
- une compilation liée à un artiste mais qui risque de décontenancer les lecteurs qui viendraient y chercher une histoire complète ou une porte d'entrée vers l'univers arachnéen
- la VF, largement perfectible
- le prix, en adéquation avec le volume, mais certainement pas avec la qualité de l'ensemble


   

20 novembre 2012

Wolverine and the X-Men : Alpha & Omega

Un Logan directeur d'école et manipulé par l'un de ses élèves, c'est le thème de la mini-série publiée ce mois dans le Wolverine hors série #3.

Après le schisme des X-Men, Wolverine et quelques mutants retournent dans le comté de Westchester, quittant ainsi définitivement Utopia et son leader fort contesté. Là, Logan ouvre l'Ecole d'Enseignement Supérieur Jean Grey, sur les ruines de l'ancien institut de Charles Xavier.
Ce rôle est assez nouveau pour le Griffu et, déjà, les premières difficultés surviennent. En effet, alors qu'il est en train d'entraîner Armor, Wolverine et cette dernière sont projetés dans le "concept", une réalité virtuelle issue de l'esprit surpuissant de Quentin Quire, un mutant de niveau oméga.
Cependant, même pour un télépathe aussi doué, maintenir ainsi un monde persistant, avec ses milliers de détails, de personnages et de lieux, n'a rien d'évident. Epuisé, traqué par la personnalité bestiale de Logan, le jeune mutant n'a pas d'autre choix que celui de se plonger lui-même dans le monde qu'il a créé...

Eh bien voilà une petite histoire assez sympa (ce n'est pas si courant que ça en ce moment du côté de chez Marvel) qui exploite le nouveau rôle de Wolvie, assez intéressant finalement en directeur bourru et bienveillant.
Les cinq épisodes sont écrits par Brian Wood (Supermarket, DMZ, Northlanders) et dessinés par Mark Brooks & Roland Boschi, un dessinateur français ayant notamment bossé sur Ghost Rider aux côtés de Jason Aaron (l'on retrouve d'ailleurs le duo dans le PunisherMAX #3, pour un one-shot spécial Noël).
Graphiquement, l'ensemble est très bien fait et joue sur un fort contraste entre le monde réel et le "concept" de Quire, chaque dessinateur donnant vie à l'une des deux parties. C'est un peu de l'anti-Romita Jr (cf. cette chronique), avec des décors inspirés et fouillés, et des gens qui s'appliquent.

Niveau intrigue, au premier abord, l'on peut penser que l'on nous refait pour la énième fois le coup de la réalité alternative (c'est d'ailleurs un peu vrai), mais le côté purement virtuel de ce monde, présenté comme l'émanation parfaite d'un psi virtuose, est assez original et est contrebalancé par les scènes de la vie quotidienne dans la nouvelle école.
Notons que l'on retrouve Rachel Summers ou encore Kitty Pryde au sein de l'établissement.
Aaron nous montre ici un Wolverine certes encore hargneux et dangereux, mais plus positif, plus responsable même que par le passé. Peut-être le futur dirigeant des jeunes mutants, jusqu'ici coincés entre le rêve mort d'un professeur X cynique et menteur, et un Cyclope qui, en endossant enfin son rôle de chef, s'est "namorisé" sans doute au-delà du raisonnable.

L'on termine enfin par un court récit issu du Marvel Holiday Special 2011. C'est un spécial Noël et, en plus, cela a un rapport direct avec l'école de Wolvie. Là on se dit, tiens, chez Panini maintenant, ils font même gaffe à ce qu'ils mettent dans les revues... sauf qu'en fait, avec une innocence aussi drôle que touchante, l'éditeur avoue, dans le petit speech final, qu'il s'agit d'une "pure coïncidence tout à fait fortuite". 
Même plus besoin de démontrer qu'ils s'en remettent au hasard la plupart du temps, voilà qu'ils l'avouent ! Et en plus là, on n'aurait rien vu, on aurait même pu penser à du professionnalisme. ;o)

Une petite saga sympathique, probablement pas indispensable mais plutôt agréable à lire.

+ deux styles graphiques différents très bien exploités
+ le concept du MMORPG psionique
+ un Wolvie qui évolue dans un rôle différent, sans perdre en charisme ou crédibilité
+ un petit bonus loin d'être passionnant mais correspondant à la thématique
+ l'humour bien involontaire de Panini
- Panini, toujours à côté de la plaque, même quand ils arrivent, "par hasard" et de leur propre aveu, à faire un truc bien


18 novembre 2012

Côté Comics... #6 ??

Six émissions, déjà ? Eh ben, ça en fait du temps à rattraper. Perso, j'ai ratée la dernière sur Mirabelle, mais je l'ai vue sur le tube, et c'est... très bien. 
Sur la forme, c'est soigné, bonnes animations, musiques, les gens sont bien coiffés, propres sur eux...
Côté Comics, c'est à voir !

Julien fait preuve d'ironie et porte fièrement le gilet, agrémenté de badges. Il évoque Avengers vs X-Men et d'autres conneries, mais, surtout, il parle du magicien d'Oz, avec cette phrase que j'appuie et soutiens : "si tu veux donner bonheur à tes yeux, tu achètes !"
C'est vrai que c'est une pure merveille... (comme quoi, ça ne parle pas que de mainstream)

On a ensuite un (très) bon libraire qui nous parle de Y, the last man. Je ne peux pas évoquer ça sans parler de Philippe & Philippe, de Arkham, qui sont des gens un peu à part, à qui je dois certaines découvertes, comme Cerebus. Mais bon, Paris est bien loin, pour nous, humbles mosellans, et Hisler BD est une excellente alternative. Les gars sont sympa, connaissent leur boulot (ça a l'air évident, mais ceux qui côtoient des Cultura et autres Fnac savent bien que non) et ne sont jamais avares d'un conseil pertinent. LE vrai putain de libraire que l'on s'imagine en rêve.
Et même si vous n'avez pas la chance de tomber directement sur Thomas, vous verrez, Thionville bénéficie d'une boutique digne de ce nom. Testée, très anonymement, et vivement approuvée.

Alors, ça parle aussi de Fred Pham Chong, bon, je ne vais pas faire de la pub, sa série parle pour lui. 
En plus, en peu de mots, il parvient à exprimer tout ce qui sous-tend sa passion (cf. cette chronique pour ce qui est le steampunk). 

Après, boum, gros sujet de derrière les fagots, ou de derrière les events, avec Civil War...
Il est vrai que ça a été réédité, d'où la remontée... "acide". Acide parce qu'évidemment, en comparaison de ce que l'on a connu depuis, CW reste une référence inégalée.
C'est ici bien expliqué, dans les grandes lignes, avec l'essentiel pour donner envie. Le ton étant familier juste ce qu'il faut. Et techniquement, ben... c'est joli.

Donc, voilà, il existe pas mal de podcasts, vidéos et autres "émissions", de plus ou moins bonne qualité, avec parfois des gens qui n'ont même pas lu ce qu'ils chroniquent, et d'autres qui obtiennent très illégalement ce dont ils parlent, perso je vous conseille cette petite émission de MDCU.
Pas forcément d'accord avec tout mais, au moins, ça ne sent pas l'arnaque. AvsX aurait pu être mieux... chroniqué, en se fendant d'un avis, mais bon. 

Varié, bien foutu, fait par des passionnés. Et gratuit.
Je prends. Et plutôt deux fois qu'une.

14 novembre 2012

Avengers vs X-Men : premières (mauvaises) impressions

Le nouvel event Marvel débute ce mois avec le lancement d'une revue y étant spécialement dédiée : Avengers vs X-Men.

Depuis House of M, nous avons maintenant l'habitude, non des classiques crossovers à l'ancienne, mais des évènements (cf. cet article à ce sujet) articulés autour d'une série principale, accompagnée de quelques tie-ins.
AvsX reprend bien évidemment ce schéma. La série comprenant 12 chapitres et étant publiée à raison de deux épisodes par mois, la saga est donc partie pour durer jusqu'en avril.
Première constatation, 4,30 euros pour deux épisodes, voilà qui est loin d'être le meilleur rapport pages/prix du kiosque, mais ce n'est pas une surprise. Panini nous annonce déjà la publication d'une revue AvsX Extra (là encore, une façon de faire habituelle) qui contiendra de courts récits se focalisant sur les duels entre héros. Vu la minceur du mensuel principal, ces histoires secondaires auraient pu y être intégrées...

Penchons-nous un peu sur l'histoire, avec tout d'abord quelques rappels. Les mutants sont aujourd'hui séparés en deux factions, l'une sur Utopia (une île-nation située au large de la côte ouest des Etats-Unis), dirigée par Cyclope, l'autre, minoritaire et de retour sur la côte est, est emmenée par Wolverine.
Au sein des Vengeurs, les traces de la guerre civile ont désormais disparu, Captain America et Iron Man travaillant de nouveau ensemble.
Enfin, Hope, le premier bébé mutant né depuis le jour M (et très loooonguement protégé par Cable, cf. Messiah War par exemple), est une jeune fille (elle a connu une croissance pour le moins accélérée !) et réside sur Utopia. Voilà pour le contexte dans les grandes lignes.

Tout commence réellement lorsque Nova (héros cosmique néanmoins très attaché à ses racines terriennes, cf. entre autres le Marvel Universe #17) débarque en catastrophe sur Terre, annonçant une arrivée pour le moins inquiétante puisqu'il s'agit de la Force Phénix, une entité, déjà à l'origine de la fin tragique de Jean Grey, apportant avec elle destruction et... renaissance.
Cette force doit néanmoins trouver un hôte et tout porte à croire que l'heureuse élue est Hope.
Cap décide alors de débarquer en force sur Utopia afin de récupérer la jeune fille en question, histoire de la "mettre en détention, par sécurité". Evidemment, Cyclope ne cède pas (quel chef serait-il s'il livrait ainsi l'un des siens au premier venu ?), et Vengeurs et mutants en arrivent à se mettre joyeusement sur la tronche.

Deuxième constatation, on a là un truc qui ressemble un peu à un Civil War, sans en avoir pour l'instant l'intensité ni la profondeur. La saga est issue du think tank Marvel, le scénario des deux premiers épisodes étant signé Brian Michael Bendis (cf. cette chronique) et Jason Aaron (Scalped, Wolverine, PunisherMAX). Les dessins sont de John Romita Jr. Aïe. Vu le résultat, on ne voit pas trop ce qui pousse la Maison des Idées à miser sur ce dessinateur. Bon, ce n'est pas aussi catastrophique que sur Avengers, où là on frisait l'escroquerie, mais tout de même, ce n'est pas bien folichon. Nombreux problèmes au niveau des visages, des postures, des proportions même, sans compter cette fâcheuse tendance à en foutre le moins possible et à bâcler les décors. C'est du niveau d'un bon fanzine amateur. Sauf qu'on est quand même chez Marvel... 
Heureusement, on ne va pas se taper Romita jusqu'au bout, Olivier Coipel prend le relai à partir du sixième épisode, et Adam Kubert à partir du huitième.

Vous l'aurez compris, graphiquement, pour le moment du moins, ce n'est pas ça. Quant à l'histoire, elle est tellement saturée de défauts qu'il sera difficile d'en faire la liste. L'on est loin de la montée en tension de CW, avec les évènements dramatiques qui avaient tout de suite posé les bases de l'intrigue. La présentation de la Force Phénix est vite expédiée (et ne devrait pas avoir un bien grand impact sur le lectorat ne la connaissant pas déjà), Hope est au moins aussi transparente, ne parlons même pas du dialogue Summers/Rogers, à mille lieues de ce que sait (et peut) faire un Bendis. 
Tout va bien trop vite et, forcément, les réactions semblent disproportionnées et maladroites. L'on semble revenu des dizaines d'années en arrière, avec le principe simpliste "moi pas d'accord, moi cogner", ressorti du placard sans même être dépoussiéré. A aucun moment l'on a l'impression que Cap tente de convaincre Cyclope, en fait, il s'y prend si maladroitement que l'on a du mal à imaginer que c'est là la légende, le modèle même, que tous les héros pleuraient lors de sa mort (cf. Fallen Son). Même sans avoir un sens de la diplomatie particulièrement aiguisé, l'approche (du genre "on fait comme ça et c'est tout !") n'est pas des plus subtiles.

L'idée d'un affrontement entre Vengeurs et X-Men n'est pas mauvaise, au contraire, elle est même assez excitante, mais elle est ici si mal mise en scène, tant sur le fond que la forme, qu'elle en devient presque risible.
Comment imaginer que ces gens qui ont tout connu, qui ont surmonté tant d'épreuves, qui ont pleuré ensemble les mêmes pertes, qui ont eu à subir des persécutions médiatiques et gouvernementales, en viennent, en si peu de temps, pour si peu de raisons, à se déclarer une guerre ? Or, si cet élément déclencheur - la base même de la série ! - ne tient pas, tout s'effondre. Toute la difficulté était de nous faire croire à l'enjeu, à un drame shakespearien, et Bendis, dont on connaît pourtant le talent, n'y parvient pas.
Sur la forme, l'échec est aussi cuisant. L'affrontement, par exemple, entre Namor et la Chose aurait pu être dantesque, au lieu de cela, on a deux gnons dans la flotte et quelques répliques plates. Bien entendu, l'on peut penser que ces parties sont un peu plus développées dans les fameux "duels" dont on nous parle, mais depuis quand une série principale n'est-elle qu'un résumé, mou et insipide, de l'action ?

Alors, comme pour toutes les merdes, on a par contre soigné l'emballage. Vous aurez la joie d'avoir, sur quelques pages, de la "réalité augmentée" (qui fonctionne sous iOS et Android). En gros, des bonus traditionnels (commentaire du scénariste, version crayonnée et encrée d'une planche, un trailer...) mais que vous ne pourrez pas voir si vous êtes un lecteur "bio" (les yeux ne lisent pas encore l'AR).
Comme consolation, Panini nous offre un badge. Un badge irl. Enfin, réel quoi. Physique. C'est Noël en quelque sorte.

Que dire ? C'est très mauvais et quand ça part comme ça, en général, ça ne s'arrange pas.
A offrir à quelqu'un que l'on n'aime pas, pour le dégouter à tout jamais de la BD super-héroïque.

+ un magnifique badge qui, tout en vous apportant prestance et originalité, vous permettra de frimer au boulot ou en famille
- Romita Jr
- scénario misérable (du Bendis ?? vraiment ??)
- pas d'émotion, pas d'humour et de l'action plate : carton plein !
- le côté totalement artificiel de l'ensemble : on n'y croit pas une seconde
- Civil War low cost
- enfin, "low cost", pas au niveau du prix du mensuel en tout cas (au regard du nombre de pages, pas dans l'absolu) 

   

11 novembre 2012

Spider-Man : I killed tomorrow

Novembre nous apporte le cinquième numéro de la nouvelle version du mensuel Spider-Man. Au menu : paradoxe temporel, voyage spatial et clone.

La revue du Tisseur commence par deux épisodes constituant une histoire complète. Aux manettes, Dan Slott pour le scénario, Humberto Ramos pour les dessins.
Rappelons qu'outre le relaunch purement paninien (cf. le Spider-Man #1, dont le contenu fera école pour illustrer ce qu'il ne faut pas faire), Spidey a connu un réel "nouveau départ" (un de plus) après la fin de Spider-Island. En gros, si vous n'avez pas suivi les derniers épisodes, Peter n'a plus de tante May dans les pattes (oh, elle n'est pas morte, elle vit à Boston), il a un bon job, une carte de membre des Vengeurs, une place à part chez les FF et plus aucune attache sentimentale, si ce n'est Mary Jane, qu'il voit encore de temps en temps, en "ami".
La nouvelle - et courte - saga a justement rapport avec son boulot aux laboratoires Horizon.

L'employeur de Peter est plutôt cool, puisque ce dernier vient quand il veut et bosse sur ce qu'il veut du moment qu'il a des résultats. L'une des rares obligations consiste en fait à vérifier parfois le travail de l'un de ses collègues, histoire qu'un type un peu borderline ne passe pas du côté sombre sans que l'on s'en rende compte. Le collègue en question a plutôt bien planché, puisqu'il a inventé une porte donnant sur... demain. Vous passez la porte et vous êtes 24h plus tard. Malheureusement, la vision qu'a Peter de "demain" est assez alarmante puisque New York est totalement détruit. 
La particularité de cette "porte" est qu'elle donne une version du futur dans laquelle la personne qui la franchit était absente pendant une journée (là, on rentre dans les délires temporels, je conseille d'ailleurs, pour ceux qui aiment le genre, la magnifique série Universal War One, de Denis Bajram). Le Monte-en-l'air doit donc trouver ce qu'il est censé faire de crucial ce jour-là pour sauver sa ville et ses proches.
Bon, sympa sans être exceptionnel. Julia Carpenter en guest.

L'on passe ensuite rapidement sur un épisode, plutôt plat, concernant Morbius pour en venir au début d'un nouvel arc dans lequel Spidey fait équipe avec la Torche (Johnny Storm allant beaucoup mieux depuis sa mort dans le Marvel Icons hors série #22). Les deux potes doivent aller porter secours à John Jameson, dont le dernier message, en provenance de la station spatiale Apogée, a été brutalement coupé. Il n'a pas de bol le rejeton Jameson, dès qu'il met le pied dans l'espace, il a des ennuis. Pour un astronaute, c'est ennuyeux.
Toujours Slott au scénario, rejoint cette fois par Chris Yost. La partie graphique est assurée par Giuseppe Camuncoli
Le tandem Spidey/Torche fonctionne toujours très bien, avec une scène d'exception dans le Baxter Building, où Johnny regarde Dancing with the Stars et chante... Friday, de Rebecca Black. Pour les lecteurs français, ça n'aura peut-être pas le même impact, mais sachez que la jeune Rebecca (elle a 15 ans) a vu son single (bon, c'est de la soupe Pop, c'est pas méchant hein) être assez mal accueilli sur la toile. Ce n'est pas tant le choix de la chanson qui est drôle en soi (chacun ses goûts... et puis, même chez nous, il y a des titres bien "honteux" qui sont très jouissifs) mais l'attitude de Johnny, effectuant une chorégraphie en caleçon, une statuette de lui-même en guise de micro ! Enorme. ;o)
Pour le reste, la menace est un peu "too much". Et puis, le personnel de la station semble bien nombreux tout de même.

Enfin, on conclut par le deuxième épisode de Scarlet Spider par Chris Yost, de nouveau au scénario, et Ryan Stegman au dessin.
Alors, c'est un peu spécial... c'est très "épuré", il ne se passe pas grand-chose, mais ça ne fonctionne pas si mal pour le moment, avec un Kaine bien plus sombre et "dur" que Peter (ils n'ont pas le même vécu aussi il faut dire) et un nouveau costume à la clé (cf. la fin de cet article). Le changement de lieu (on est à Houston), d'ennemi et même d'attitude des autorités (contre toute attente, Scarlet Spider est très bien accueilli dans une ville non saturée par les Masques), apporte aussi un peu de fraîcheur.
La scène de combat, assez longue, reste néanmoins plutôt ratée et sans relief.

L'ensemble est assez moyen, avec une petite scène culte dans Amazing Spider-Man et un Scarlet Spider prometteur mais qui ne décolle pas encore.

+ Storm, impayable dans son petit numéro
+ Scarlet Spider, au ton très différent
+ il faut reconnaître que la traduction ces temps-ci (et les correcteurs ?) semble meilleure que par le passé chez Panini (ce n'était pas bien difficile vu le niveau de départ, mais bon, c'est à signaler)
- Slott, peu inspiré
- Yost, qui pourrait passer à côté du sujet s'il ne parvient pas à donner de l'épaisseur à la série
- le thème du voyage dans le temps, finalement mal exploité
- le côté mou de l'ensemble       


09 novembre 2012

Comics - Les indispensables de la BD américaine

Pas de BD aujourd'hui au programme mais un livre qui a l'ambition de lister le meilleur de la production US. Voyons donc tout de suite dans le détail cet ouvrage, intitulé Comics, les indispensables de la BD américaine.

Ce livre, publié chez Huginn & Muninn, est écrit par Thierry Mornet, responsable éditorial de la branche comics de Delcourt et passionné de BD depuis toujours (cf. cet entretien, datant de quelques années). L'auteur nous livre ici une sélection d'oeuvres très diverses, qu'elles soient très populaires ou plus confidentielles.
Techniquement, il s'agit de fiches, en général d'une page, présentant un titre, le genre auquel il appartient, ses auteurs, sa date de création et les éditeurs américains et français (s'il y a lieu).
Viennent ensuite un petit résumé de l'intrigue et une brève présentation de la série ou du roman graphique en question. Le tout est accompagné d'une cover, parfois d'une illustration supplémentaire, ainsi que de quelques conseils de lecture et anecdotes.

Première constatation, c'est clair, pratique et bien mis en page. Les titres étant présentés par ordre alphabétique, il manque peut-être un index avec des entrées par auteur, mais bon, c'est un luxe qui n'est pas forcément indispensable.
Puisqu'il s'agit d'une sélection, il convient de se pencher un peu sur les comics présents ici, d'autant qu'ils sont présentés comme indispensables. Commençons par le genre qui domine le marché : les super-héros. L'on retrouve bien entendu des conseils de lecture concernant des personnages tels que Spider-Man, Batman ou Wolverine, mais des sagas spécifiques sont également évoquées, comme Civil War ou House of M pour Marvel, ou encore Identity Crisis ou Green Lantern : The Sinestro Corps War pour DC Comics. Des choix plutôt sensés et qui devraient aider les novices à s'y retrouver dans la masse de sagas disponibles. Notons que Thierry Mornet souligne également (à propos de Secret Invasion et des events ayant suivi), à juste titre, la volonté de statu quo des éditeurs et le côté décevant de certains retours en arrière. Une volonté, fort appréciable, de ne pas être que dans l'admiration béate.

Passons ensuite aux séries non "mainstream" mais clairement connues (et reconnues) par les lecteurs de comics. Bone, The Walking Dead, Preacher, Fables, Strangers in Paradise ou encore Scalped font partie du lot, tout comme Ruse, We3, Fell, Midnight Nation ou Torso. Difficile de ne pas être parfaitement en accord avec de tels choix, les titres en question étant tous d'une grande qualité. 
Du côté des oeuvres plus intimistes ou moins évidentes d'accès, là encore l'on retrouve des poids lourds comme Blankets, Asterios Polyp, Cerebus, Maus ou Black Hole. Toutes ne se valent pas, mais il aurait été difficile de faire l'impasse sur l'une d'entre elles.
Enfin, même un passionné de comics pourra sans doute dénicher dans le lot quelques titres qu'il ne connaissait pas, comme pour ma part Grendel ou Mage, qui me font maintenant clairement envie !

Mais voyons maintenant les petits points contestables, car il y en a forcément dans une sélection qui reste subjective. Tout d'abord, pour parler du fameux barbu renfrogné, si l'on comprend la présence d'un Watchmen ou d'un From Hell, la sélection d'un Lost Girls est infiniment plus discutable, d'autant que les propos employés pour présenter ce comic mettent un peu trop vite de côté l'inévitable polémique qui avait suivi sa parution. Tout n'est pas justifiable grâce à l'alibi artistique et un étron ne devient pas un tiramisu juste parce qu'il est signé Alan Moore. Et les gens qui s'émeuvent de scènes pédophiles et zoophiles ne sont pas uniquement des "âmes bien-pensantes", comme le prétend l'auteur d'une manière péremptoire et presque méprisante. De la même façon, la présentation qui est faite, dans la fiche sur V pour Vendetta, de Margaret Thatcher, est hallucinante. L'auteur parle d'une période où l'Angleterre était "aux mains" de Thatcher (pas de contre-pouvoirs dans cette monarchie parlementaire ?) et "soumise aux obsessions sécuritaires de ce très autoritaire premier ministre". Il est même question de "musellement des médias", ce qui apparaitra comme au minimum très caricatural pour ceux qui connaissent la période en question. 
Rappelons que Thatcher fut un premier ministre très populaire et que son surnom de "dame de fer" lui fut donné par... le très "démocrate" journal L'étoile rouge, organe de l'armée soviétique, et non par ses concitoyens. Evidemment le vieil Alan ne la porte pas dans son coeur, mais de là à en faire une Hitler en jupon...

Fermons cette parenthèse politique pour nous pencher sur les absences ou présences regrettées dans cette sélection. Tout d'abord, à mon grand étonnement, aucun titre Milady n'apparaît ici. Exit donc The Mice Templar, Crossed, le magnifique Grandville, Rex Mundi ou l'excellent Locke & Key. Des titres qui semblent tout de même bien plus intéressants que le pauvre Danger Girl, pourtant cité. 
Pas de trace non plus d'un Luther Arkwright, alors que Haunt figure, un peu généreusement, parmi les "indispensables" (ok Talbot est anglais, mais bon, Moore aussi).
Les frères Luna font également figure de grands absents, il n'est aucunement question de leur Girls et Ultra ne figure que dans une note de bas de page dans l'article sur Powers. De même, Loveless aurait été un choix judicieux pour illustrer le genre western.
Jusqu'ici, quelques choix malheureux peut-être, mais le plus douloureux, celui qui aura du mal à passer, c'est une absence dans la sélection de runs ou mini-séries concernant Daredevil (au passage, il ne s'agit pas d'un héros "dénué de super-pouvoirs", je ne sais pas où Thierry Mornet est allé chercher ça). Si Born Again ou le run de Bendis sont par exemple évoqués, pas un seul mot sur les épisodes, bouleversants, signés David Mack. Ceux-ci sont pourtant si exceptionnels, tant dans l'intelligence du propos que l'incroyable maîtrise graphique, qu'ils ont bénéficiés d'une édition spéciale, dans la collection Marvel Graphic Novels de Panini, sous le nom de Echo. L'on pourrait se dire qu'après tout, chacun ses choix, que la notion d'indispensable varie beaucoup d'une personne à l'autre, mais là, il ne s'agit pas d'une vague préférence, mais d'une possibilité de faire découvrir une autre facette (plus léchée, plus "artistique") des comics mainstream, et ainsi contribuer à en changer l'image, encore péjorative, véhiculée par les media grand public. L'occasion (en ce qui concerne Echo) est ratée, dommage.

Alors, au final, que vaut donc ce guide ?
Eh bien, malgré ma manie d'ergoter et de ne rien laisser passer, rassurez-vous, il est plus que bon. Les choix sont très souvent pertinents, l'on en apprend assez pour être ou non attiré par un titre, et les genres abordés sont très nombreux, permettant ainsi de faire découvrir aux novices l'immense richesse et variété de la BD américaine.
Evidemment, en une page, tout va très vite et il n'est pas toujours possible de faire ressortir les nombreuses qualités de certains comics, mais le but n'est de toute façon pas de faire là des analyses approfondies. Quant à l'érudition de l'auteur en matière de BD, elle n'est plus à démontrer.

Très utile pour les nouveaux lecteurs souhaitant partir à la découverte de séries de qualité, qu'elles soient ou non liées aux super-héros. Les fans ne seront, eux, pas à l'abri d'une petite pépite encore ignorée.

+ fait par quelqu'un qui sait de quoi il parle
+ une tonne d'ouvrages et séries clairement exceptionnels
+ clair, concis, efficace
+ pistes de lecture, parfois en dehors du pur domaine comics, mais qui se révèlent pertinentes
+ habile dosage entre le récent et l'ancien, le grand public et les oeuvres plus "ardues"
+ un guide à offrir à ceux qui pensent encore que les comics se résument à des types en pyjama qui se foutent sur la tronche
- quelques absences discutables
- un peu cher pour un "catalogue", surtout à l'époque du net, où les infos peuvent se trouver plus facilement   

     

05 novembre 2012

DC Renaissance : Swamp Thing

Rencontre aujourd'hui avec un personnage hors du commun dans le premier tome de Swamp Thing, intitulé De Sève et de Cendres.

Alec Holland n'est pas un botaniste comme les autres. Non seulement il a inventé un sérum de régénération permettant de faire pousser des plantes en milieu très aride, mais il est aussi le champion du règne végétal. Car sur Terre, trois puissances fondamentales s'affrontent : la Sève, puisant ses forces dans la flore, le Sang, lié au monde animal, et la Nécrose, une saloperie oeuvrant dans le but de détruire toute forme de vie.
La Nécrose est déjà en marche, son représentant, William, un petit garçon allergique à la chlorophylle, étant occupé à lever une armée. Sous son influence, la moindre dent cariée, le moindre bout de peau morte, peut prospérer et devenir un véritable cauchemar.
Le Parlement des Arbres s'est donc tourné vers Alec afin qu'il accomplisse sa destinée. Pour cela, il devra cependant renoncer à son humanité et devenir une créature des marais...

Après Catwoman, Aquaman ou encore Batwoman, c'est au tour de Swamp Thing de repartir sur de nouvelles bases, comme l'essentiel de l'univers DC Comics. Pour cela, l'éditeur a fait appel à Scott Snyder (American Vampire, Batman) pour le scénario et à Yanick Paquette pour les dessins.
Le pari était cependant loin d'être gagné d'avance. Une entité faite de verdure et pataugeant dans de la flotte dégueulasse, on a fait mieux niveau charisme ! D'ailleurs, peut-on vraiment parler ici de "pouvoirs" ou de "super-héros" ? Il est évident que la transformation de Holland a quelque chose de monstrueux, qui flirte avec l'épouvante.
C'est vers ce genre, l'horreur, que l'auteur a choisi d'orienter son récit.

La mythologie, introduite à l'époque par Alan Moore, est conservée mais la Sève et son Parlement ne sont plus vus uniquement d'un oeil bienveillant, comme une douce force naturelle et positive. Snyder choisit en effet le contre-pied du discours écolo-psychédélique pour montrer les dérives du Parlement et la puissance, parfois destructrice, des plantes. Ce monde vert est en effet violent, mais cette violence étant plus lente, plus cachée, elle en devient moins évidente, plus perverse presque.
Loin du manichéisme moderne, qui veut que l'Homme soit la cause de toutes les saloperies sur Terre (on lui en doit quelques-unes tout de même, avouons-le), il est ici l'élément clé qui permet au pouvoir de la Sève d'acquérir ce qui lui fait défaut : la modération.
Brillant et inattendu, pour le moins !

Outre cet angle d'attaque original, Snyder emprunte également la voie du "gore métaphysique" en mettant en scène un affrontement sanglant dans lequel la Nécrose notamment se révèle particulièrement impressionnante et inquiétante. Pouvant se développer à partir de presque rien, prendre le contrôle d'individus bien vivants ou se servir d'animaux morts, elle est également à l'origine des épidémies de peste qu'a pu connaître l'humanité. 
Paquette parvient ici à sublimer totalement le propos, en jouant sur la composition des planches ou en montrant les agents des différents camps en présence sous un jour plus qu'effrayant.
Peu à peu, c'est donc à une véritable épopée horrifique que l'on assiste, dans une ambiance volontairement malsaine, orchestrée de main de maître. Même si de grosses bestioles ou des coups de hache sont présents, la pire des craintes provient de quelque chose de plus fondamental, de plus sale. Une simple mouche dans une oreille (l'idée n'est déjà pas agréable lorsque l'on a la phobie des insectes, croyez-moi !) peut conduire au pire, non à la mort, mais à l'aliénation, à la perte de ce qui fait la particularité d'un individu, au viol de la plus précieuse des intimités.

Cette thématique fait écho au destin de Alec Holland, mort une première fois, dépossédé de ses caractéristiques humaines, pour ensuite renaître avec les vagues souvenirs d'une créature aussi étrange qu'étrangère. Chaque personnage est ici au service d'une force qui le manipule et qui tend à le transformer aussi bien physiquement que moralement (Abigail Arcane lutte contre l'Appel de la Nécrose, comme Alec refuse au départ de céder aux exigences du Parlement).
Très habilement, le même principe est appliqué à l'acte héroïque, qui ne réside pas dans l'abandon mais dans la transformation, en retour, de la force manipulatrice (Alec lui apportant, en plus de son sérum, une vision humaine et une modération tempérant sa violence).
Ainsi, bien qu'il y ait dans ces sept premiers épisodes une bonne dose de tripes et de barbaque, c'est bien l'horreur de la perte de soi, de l'anéantissement du Moi, qui donne à l'ouvrage son ton si noir et angoissant.

Quelques études de covers, ainsi qu'une introduction fort pertinente du traducteur, complètent l'ouvrage.

Une excellente saga horrifique, bien pensée et sortant des thématiques habituelles de l'univers DC.
A noter : le premier tome d'Animal Man, déjà disponible également, est très étroitement lié à ce récit et aussi vivement conseillé. 

+ original et brillamment construit
+ ambiance graphique en adéquation totale avec le sujet
+ parfaitement accessible, même pour un lecteur ne connaissant pas le personnage
+ pas franchement politiquement correct
- une mouche dans l'oreille ?? Beuark !! 
- pour lecteurs avertis : n'offrez pas ça pour Noël à votre neveu de huit ans... enfin, sauf s'il est chiant, un bon traumatisme de temps en temps, ça calme


02 novembre 2012

The Web(b) of Spider-Man

D'ici quelques jours, The Amazing Spider-Man, version Marc Webb, sera disponible en DVD. Petit retour sur  le premier véritable Spidey sur grand écran.

Impossible de parler du Tisseur au cinéma sans évoquer les mer... heu, les navrantes tentatives d'adaptation de Sam Raimi. Je n'ai rien contre Raimi, je pense même qu'il est un excellent réalisateur, son meilleur film, Un Plan Simple, étant un petit chef-d'oeuvre d'intelligence et de sensibilité. Et le plus horrifique Jusqu'en Enfer n'était pas mal non plus dans le genre efficace. Malheureusement, et malgré l'apparent succès auprès des "fans", sa trilogie Spider-Man fut navrante au plus haut point.
Il ne s'agit même pas de "respect" de la continuité, l'on n'en est plus là, mais de vision du personnage, d'honnêteté envers ce qui est transmis, depuis des décennies, par les séries de comics qui mettent en scène Peter Parker.

Comment en effet convaincre lorsque l'on présente une bien mièvre Mary Jane, des combats soporifiques, entrecoupés de vannes qui tombent à plat, et ce avec dans le rôle titre... Tobey Maguire ? Il n'y est pour rien ce brave Tobey, mais, bordel à queue, il m'a chié cette trilogie comme Elijah Wood m'a pourri le Seigneur des Anneaux ! C'est pas possible des têtes à claques pareilles ! Tobey serait Peter ? Notre Peter ? Mais, par quelle magie, par quel coup du sort abject, par quel vil enchantement Peter pourrait avoir la tronche d'un Tobey ?
Peter, certes, c'est un type timide, maladroit, malchanceux, mais sympathique. Et Tobey, avec sa gueule de premier de la classe et son sourire niais, il est au mieux fadasse, au pire horripilant.
Mais voyons plutôt la nouvelle version.

Le film de Marc Webb est, selon certains, plus proche de la version Ultimate que de la version "classique" du personnage. Cela se discute. En effet, en ce qui concerne la modernité, l'humour, l'approche dynamique, Webb lorgne probablement du côté d'un Bendis, ce qui semble normal. Pour le fond, l'on a là, pour la première fois, un vrai Peter Parker.
Il ne s'agit plus d'un idiot bien coiffé, dont le sourire figé est à peine malmené par les brutes de l'école, mais bien d'un gars à part, subissant franchement la violence de son milieu (il se prend carrément des coups de pied dans le ventre, alors qu'il est à terre, impuissant). Sa coupe n'est pas calculée au cheveu près, il n'est pas le petit "fiston" idéal, il va même réussir à se mettre à dos rapidement le père de sa fiancée lors de leur premier dîner.
Quant à sa fiancée, parlons-en. Bien que dans les comics, je sois plus attaché à Mary Jane (cf cette petite vidéo hommage, sur une musique de Scorpions), j'avoue que là, Gwen est aussi charmante que "solide". Entendons par là qu'elle n'est pas qu'un simple faire-valoir, elle est intelligente (bien plus à l'aise dans les relations sociales que l'emprunté Peter) et gentille sans être nunuche. 
Wow, Gwen quoi ! La vraie, celle qui est regrettée ici

Au niveau de l'histoire proprement dite, il faut comprendre qu'elle ne reprend ni les premiers épisodes de Ultimate Spider-Man, ni ceux de Amazing Spider-Man (cf cet ouvrage pour vous donner une idée des décennies et de l'évolution que cela implique). Ce serait tout bonnement impossible. Il s'agit plutôt d'un mélange entre les deux. Et, de toute façon, comme toutes les adaptations Marvel, il s'agit ici d'un univers parallèle à ceux qui sont décrits dans les comics. C'est autre chose, mais Webb nous prouve que cet "autre chose" peut parfois être bien fichu.
Tout d'abord, Andrew Garfield est extraordinaire (un mec qui a un nom de chat ne peut pas être fondamentalement mauvais de toute façon). Tout comme Robert Downey Jr est physiquement proche de Tony Stark, Garfield incarne à merveille Peter Parker. Son jeu s'avère excellent, sérieux ce qu'il faut, avec une touche de folie et un côté psychorigide indispensable. Mais le tout adapté à un jeune de son âge.
La découverte des pouvoirs est à la fois bien plus drôle et plus impressionnante que ce que l'on avait pu voir dans la trilogie. Et Garfield, tout petit fiston à sa tantine qu'il puisse être, parvient à montrer que Peter est bien plus complexe que ce que Raimi le pensait ou, tout du moins, l'avait montré.

Pour prendre quelques exemples, la scène ou Peter remet en place Flash, sur un terrain de basket, est plus que jouissive. Juste assez pour ne pas rendre Peter antipathique et permettre de rétablir la balance. Lorsque Peter ne va pas à l'enterrement du capitaine Stacy, là encore, c'est justifié et maladroit, comme sorti tout droit du cerveau du Parker de la grande époque, coincé entre ses principes et la réalité, violente et cruelle. 
Certaines scènes, fort bien construites, permettent de suivre la transformation de Peter, son apprentissage des nouvelles capacités qu'il découvre (en faire un skateur est une idée géniale, typique d'une "bonne" adaptation). Le seul bémol viendrait des scènes de combat contre le Lézard, qui sont une simple débauche d'effets, sans aucun intérêt (on s'ennuie ferme !). Par contre, les moment où le Tisseur s'en prend à de petits voyous, avec ses fameuses vannes (justifiées en plus, ici, par un cynisme inattendu), sont un vrai régal.
Si seulement Webb pouvait baser toutes les scènes "d'action" sur ce modèle : des coups (ou des FX), oui, mais avec du sens...

A gauche, le vrai, à droite, la figurine articulée...

J'ai rarement dit du bien des adaptations ciné (Watchmen restant une exception). J'ai même parfois conseillé des films ne s'inspirant pas de comics (Defendor reste pour moi la plus belle histoire, filmée, de "super-héros"). Je me suis endormi en voyant le pitoyable Avengers (mais bon, Joss Whedon quoi... fallait pas s'attendre à quelque chose d'extraordinaire). Et, globalement, j'ai tenté de dénoncer l'effet, aussi réel que pervers, que les adaptations bâclées peuvent avoir en retour sur nos comics. 
Cet Amazing Spider-Man, et ce Webb au nom prédestiné, me font cependant aujourd'hui vous conseiller d'accorder une chance à cette adaptation. Elle n'est pas parfaite, elle manque d'envergure et de sens au niveau des combats "importants", mais elle a l'avantage d'être plus qu'honnête envers Peter (tout en le modernisant à bon escient), de mettre en scène une Gwen sublime, et de trouver, l'espace d'un instant, le bon équilibre entre gnons et vannes, ce qui reste tout de même typiquement lié à l'Araignée.

Raimi et Tobey ont quitté la toile du Tisseur, tant mieux pour nous et que vive le Webb !