17 avril 2013

L'effet Oméga.


Quand Daredevil a quitté l’influence néfaste du scénariste Andy Diggle, il a aussi quitté la collection 100% Marvel en VF. Il nous est revenu dans le bimestriel Marvel Knights et sous une nouvelle forme. 
Une forme optimiste. Sous l’égide de Mark Waid, Matt Murdock semble enfin vouloir se sortir de sa dépression nerveuse éternelle, celle qui durait depuis Frank Miller et que Brian Bendis et Ed Brubaker avaient exploitée à fond sans tomber dans les excès qui ont conduit à un Shadowland de triste mémoire.

Dans Marvel Knights, l’on retrouve aussi Winter Soldier par Ed Brubaker, qui connaît bien le personnage et surtout Le Punisher, qui trouve sous la plume de Greg Rucka une incarnation tout aussi froide et méticuleuse que sous l’ère Garth Ennis mais sans l’outrance limite parodique (que j’appréciais aussi cela dit). 
Or, le hasard faisant bien les choses, un cross-over entre les aventures noires de Frank Castle et de Matt Murdock a été décidé outre-atlantique peu après que Marvel Knights ne soit (re)lancé chez nous (ouf, ça évite un cafouillage éditorial). 
Histoire de marquer le coup, Marvel fait entrer dans la danse Avenging Spider-Man (habituellement publiée dans Spider-Man chez nous), série qui voit Spidey faire équipe avec l’un ou l’autre héros Marvel.

Avant toute chose, remettons-nous dans le contexte : Matt Murdock est entré en possession du disque Oméga. Il s’agit d’une base de données géante regroupant presque toutes les informations relatives au Megacrime, c’est-à-dire : Hydra, A.I.M., L’Empire Secret, Le Spectre Noir et Byzantine. 
Ce disque a été fabriqué à partir d’un emblème des 4 Fantastiques, perdu lors d’une aventure de Red Richards et ses amis. Composé de molécules instables, il est virtuellement d’une capacité infinie. Inutile de dire que toutes les organisations citées sur ce disque veulent le récupérer. 
Et quand le Punisher apprend son existence, lui aussi se met en tête de le posséder, cela serait un outil de choix dans sa chasse sanglante. Et Spidey, que vient-il faire là-dedans me demanderez-vous ? Eh bien Mr Fantastic lui demande de surveiller DD qui a en sa possession du matériel appartenant aux FF. 



Avenging et Punisher sont scénarisés par Rucka, DD reste scénarisé par Waid. Le premier bon point, c’est que ces deux auteurs ont fait en sorte que la saga ne souffre pas d’un changement de scénariste en fin de partie, c’est appréciable de ne pas sentir une coupure nette. Cette impression est renforcée du fait que le même dessinateur, Marco Checchetto, officie sur les trois chapitres. Son trait est réaliste et son découpage est efficace, un beau sens du storytelling qui arrive à rendre la lecture agréable tant dans ses phases d’action que de pure parlotte. Les deux scénaristes rendent une copie assez prenante, alliant les moments de suspense et les rebondissements de situation avec des phases moins explosives. 




Les mauvais points en revanche, s’ils sont excusables du fait que la lecture est agréable et prenante jusqu’au bout, n’en sont pas moins crispants !!! Premièrement, ni Rucka ni Waid n’arrivent à pleinement contrôler l’humour de Spider-Man. Si cet aspect est une composante essentielle du personnage, il convient de ne pas en abuser à chaque page ni de faire en sorte que ça finisse par être lourd. Parfois, une réplique bien sentie est meilleure que deux cases de papotages juste pour que Spidey se la joue humoriste du dimanche : le mieux est l’ennemi du bien. 
Ensuite, Daredevil se baladant avec le disque dur autour du cou pour le garder en sécurité sur lui est une belle connerie dès lors que le symbole des Fantastiques est visible à 3 km (un gros rond blanc, pendant sur la poitrine rouge de tête à cornes, moi j’appelle ça une cible ambulante, sinon un appel au meurtre facile). Enfin, le côté moralisant de DD est trop appuyé lorsqu’il essaye de faire en sorte que l’alliée de Castle ne devienne pas comme Le Punisher, héros qu’il n’a pas su sauver de ses démons. 

Le reste du magazine se compose d’un épisode du Punisher dans lequel le héros à la tête de mort retrouve la place qu’il occupe depuis la reprise par Rucka, celle du second rôle qui intervient dans la vie de quelques protagonistes. Ici il apparaît dans la déposition d’un flic lui refilant des infos. Nos deux lascars ont été pris dans une invasion zombie à petite échelle menée par un super-vilain de seconde zone. Le pitch est couillon mais fonctionne pourtant très bien. Les dessins sont de Mirko Colak, qui possède les mêmes qualités que ceux de son collègue cité ci-dessus mais avec un côté un peu plus anguleux et rugueux.



L’épisode de Daredevil est centré sur un rendez-vous romantique de Matt Murdock qui raconte à sa nouvelle conquête comment il évita à Foggy Nelson de se faire virer de la fac. Autant le dire, cet épisode est tellement improbable et bateau que j’en étais gêné pour Mark Waid, capable de bien meilleurs travaux. Les dessins de Chris Samnee s’inscrivent dans la mouvance du DD actuel, plus cartoony. La toute fin relance malgré tout l’intérêt. 



Winter Soldier est l’exemple même de ce que Brubaker fait depuis des années avec Captain America : de l’espionnage de haute volée où le SHIELD joue un rôle important avec Nick Fury dans l’ombre et Black Widow en partenaire de choc et de charme (en lieu et place de l’agent Carter avec Cap). Le soucis c’est que, malgré les qualités flagrantes de la série, cela reste du Brubaker bien carré qui utilise une recette qu’on finit par connaître. Toujours délicieux mais plus si original que ça comme plat. Les dessins de Butch Guice collent parfaitement à une ambiance noire mais sentent un peu trop le classicisme. Son sens du découpage par contre tient parfois du conceptuel et cela rend la narration un peu dur à suivre par moment, mais comme ça n'est pas généralisé...