27 mai 2013

Road Rage


Du sang sur le bitume aujourd'hui avec un classique ayant donné lieu à deux adaptations en comics, regroupées ici sous le titre Road Rage.

Si la couverture de cet ouvrage attire l'oeil, ce n'est pas tant pour le camion ensanglanté qui donne tout de suite le ton mais bien à cause de deux monstres littéraires : Stephen King et Richard Matheson. Il serait presque superflu de présenter le premier (dont le dernier roman, 22/11/63, vient de sortir il y a peu), quant au second, il est l'auteur de nombreux romans et nouvelles, dont La Maison des Damnés ou encore Je suis une Légende. C'est d'ailleurs de Matheson qu'il s'agit surtout ici puisque les auteurs vont partir de l'une de ses plus célèbres nouvelles, Duel (adapté au cinéma par Steven Spielberg), pour en livrer une version dessinée.
La seconde histoire présente dans ce recueil est issue d'une nouvelle écrite par King et son fils, Joe Hill (excellent scénariste de Locke & Key), justement en hommage au Duel de Matheson. Tout tourne donc autour d'un prédateur en acier et de son chauffeur criminel.

L'on commence par Throttle, de King et Hill. L'adaptation est signée Chris Ryall, les dessins sont de Nelson Daniel. Une bande de motards avale les kilomètres pour aller récupérer du fric qu'ils avaient investi dans un labo destiné à produire de la meth. En cours de route, ils sont agressés par un routier qui se met en devoir de les buter un par un.
Connaissant King, et même Hill, la nouvelle devait sans doute tenir la route (elle n'a été éditée que dans un recueil d'hommages à Matheson, intitulé He is Legend), ce qui est loin d'être le cas de la version dessinée. Les personnages sont survolés, servant uniquement de chair à camion dans l'indifférence générale. Le monstre mécanique, lui, manque singulièrement de charisme et n'a rien d'effrayant. Il y a bien un début d'intrigue sur les rapports père/fils au sein du groupe de bikers, mais cela reste superficiel et vite expédié.
Rien de bien excitant donc, d'autant que certains éléments sont un peu tirés par les cheveux, que ce soit le coup du morse avec le feu arrière, ou même le gros truck de plusieurs tonnes faisant jeu égal avec des motos.

L'on passe ensuite à l'adaptation du Duel originel. Toujours Ryall au scénario, faisant cette fois équipe avec Rafa Garres pour la partie graphique. 
Visuellement, c'est déjà beaucoup mieux. Le style de Garres parvient à créer une atmosphère inquiétante et à donner au poids-lourd un aspect sinistre et menaçant, presque animal. Même le personnage principal, pris en chasse par un cinglé sur la route, s'avère dérangeant, l'angoisse et la colère déformant peu à peu son visage.
Malgré tout, difficile là encore de faire jeu égal avec la nouvelle éponyme ou le classique de Spielberg. Toutes les scènes clé sont pourtant présentes, que ce soit les vaines tentatives de Mann pour identifier son agresseur dans le relais pour routiers, ou encore son véhicule qui le lâche dans une longue montée, alors que le camion se rapproche inexorablement. Malgré cela, tout va un peu trop vite pour que le scénariste puisse créer la lente montée en pression qui est pourtant la clé de ce récit. Même la fin, presque bâclée, tombe à plat et devient indigeste, le scénariste étant obligé d'expliquer maladroitement, par des pavés de texte, ce qui devrait normalement être uniquement véhiculé, à ce moment-là, par le dessin.

Au final, voilà des adaptations qui n'ont guère d'utilité, surtout en comparaison de leur illustre modèle. Le côté effrayant, voire simplement stressant, est complètement raté dans la première et à peine mieux évoqué dans la seconde. Un aspect positif cependant ; les deux textes (de King et Hill) qui accompagnent ce comic et rendent à Matheson une place quelque peu usurpée par le succès des adaptations filmées dont il est à l'origine. Cela reste toutefois un peu léger pour parler, comme sur la quatrième de couverture, de "réussite totale".

+ Matheson
+ le style graphique de Garres
- une superficialité qui nuit à l'ambiance
- une progression émotionnelle, pourtant essentielle dans Duel, qui est ici mal gérée ou complètement absente