11 juillet 2013

Dicks : à ne pas mettre entre toutes les mains

Eloignez les enfants, les personnes sensibles, les religieux, le CSA et les "journalistes" d'Envoyé Spécial, car accablés de chaleur, nous nous lançons aujourd'hui dans de l'humour tendance cradingue avec Dicks.

Dougie Patterson et Ivor Thompson sont deux abrutis sans emploi qui aiment glander et faire des blagues douteuses. Les deux irlandais, s'ils n'ont pas beaucoup de neurones, les mettent pourtant à profit pour trouver l'idée du siècle : devenir détectives privés.
Bien entendu, le fait qu'ils n'aient aucune expérience en la matière ne les troublent pas le moins du monde. Les voilà sur leur première affaire en compagnie d'un tonton revenu d'entre les morts, d'un ex-beau-père très nerveux, d'un mafieux cherchant sa coke et de leur pote "la Pignole".

Ce titre, sorti sous le label Fusion de Panini, est écrit par Garth Ennis et dessiné par John McCrea. Attention, même les fans purs et durs de ce brave Ennis risquent d'être quelque peu... étonnés. Le scénariste nous a toujours habitués à un style très cru, allant très loin dans la violence, les pratiques sexuelles les plus perverses et la destruction systématique des tabous et institutions. Malgré tout, le propos sous-jacent était toujours intelligent et le trash servait une narration bien plus habile et profonde que ce que la forme seule pouvait suggérer, que ce soit dans Preacher, The Boys, The Authority : Kev ou le déjà très extrême, mais touchant, La Pro. Ici cependant, l'outrance est presque le sujet en soi tant il n'y a rien qui vient la justifier ou la soutenir.

Ennis sort donc l'artillerie lourde avec des gros mots à toutes les cases, du graveleux, du scato et du gore cartoonesque. L'on a droit à tout dans le genre lourdingue : vomi, pet, caca, sperme, bref, ce n'est pas là-dedans que vous trouverez une bonne blague à ressortir à votre mémé lors du prochain repas de famille. A moins que vous ayez une mémé particulièrement rock n'roll. Ou sourde.
Alors du coup, qu'est-ce que ça donne ? Faut-il se munir d'un crucifix pour faire s'enflammer l'odieux ouvrage et se désinfecter les pupilles à l'eau bénite ? Ben... peut-être pas.
Tout d'abord, bien que n'étant pas franchement fan de ce type d'humour, j'avoue que c'est tellement n'importe quoi que j'ai fini deux ou trois fois par sourire, voire rire franchement. Pas forcément avec le caca-prout, mais avec certaines tirades ou situations. Ensuite, les graphismes de McCrea (bien meilleur ici que dans The Boys ou The 99) collent parfaitement au propos déjanté, on est dans le burlesque total, avec tronches improbables et exagération d'à peu près tout, ce qui permet presque d'adoucir le truc, en mettant entre le lecteur et les ignominies proférées par les personnages la distance de la fiction, qui est ici clairement rappelée et non occultée.

Malgré tout, difficile de crier au chef-d'oeuvre. Car la série a bien des défauts, et en premier lieu celui de ne rien développer d'autre que l'absurdité et la transgression gratuite. Ce qui peut fonctionner (parfois même très bien) sur quelques cases (je pense notamment à Edika ou Carali, infiniment plus drôles dans le genre) a du mal à tenir la longueur sans réelle intrigue. De plus, il semble maladroit de mettre les deux tarés principaux en présence d'autres tarés, souvent pires qu'eux. Les faire se déchaîner dans un contexte "normal" aurait apporté un contraste sans doute salvateur. Le moindre personnage secondaire étant aussi débile, grossier et apte à la surenchère que les deux "héros", il est d'autant plus difficile de tirer des effets comiques d'une folie qui semble sans limite.

Précisons que chaque épisode se termine par quelques planches d'histoires courtes présentant l'Histoire de la branlette à travers les siècles, des mauvaises idées de super-héros ou encore les grands hommes de Belfast. C'est très inégal mais bien plus digeste finalement.
Enfin, un dicksionnaire illustré termine le binz et offre aux lecteurs quelques précisions sur l'argot irlandais (par contre, vous ne pourrez peut-être pas tout replacer lors d'un voyage en famille).

Jamais un comic n'a aussi bien porté son titre. Dicks s'avère bourrin au possible, dégoulinant de gras et de sécrétions corporelles en tout genre. C'est très con mais ça peut détendre, surtout en période estivale.

+ sans aucune limite
+ particulièrement bien illustré (et même "géré") par McCrea
+ quelques gags et situations qui finissent par amuser
+ des citations très justes : "tout ce dont t'as besoin dans la vie, tu peux l'apprendre de la bière"
- pipi-caca-vomi : faut aimer...
- une surenchère constante sans réel récit construit qui pourrait lui donner un sens
- clairement pour adultes, et encore, pas tous