30 septembre 2013

Dylan Dog : détective du surnaturel

L'on reste sur le vieux continent aujourd'hui avec un détective anglais qui vient en réalité tout droit d'Italie : Dylan Dog.

Les fumetti, comprenez par là BD italiennes, se rapprochent quelque peu des comics de par leur publication mensuelle et l'aspect feuilletonnant de leurs intrigues. Certains titres sont de véritables institutions de l'autre côté des Alpes et comptent des centaines de numéros. Dylan Dog, pourtant méconnu en France, est l'un d'entre eux.
Bien que son créateur soit italien, Dylan Dog vit à Londres. Ancien inspecteur de Scotland Yard, l'homme est maintenant détective privé et possède une spécialité peu commune : les cas paranormaux, du fantôme au vampire, en passant par les morts-vivants, bref, les nuisibles nocturnes et autres bestioles qui font dégringoler le prix de vente de votre baraque quand elle en est infestée.
Dog est en général accompagné de diverses conquêtes passagères et de Groucho, son assistant déjanté, amateur de vannes et accessoirement sosie du fameux Groucho Marx.

Les tentatives d'imposer Dylan Dog en Gaule se sont révélées relativement chaotiques. Lug a ouvert le bal dans les années 80, suivi plus tard par Glénat, Les Presses de la Cité (sous le label Hors Collection) pour enfin aboutir... chez Panini cette année. C'est aux deux ouvrages sortis chez cet éditeur (les plus récents donc) que nous allons nous intéresser.
Tout d'abord, sachez qu'ils ne se suivent pas. Ah ben non, ça serait trop simple. On sait que Panini a toujours eu du mal à afficher autre chose qu'un joli #1 sur une cover (cf. cette chronique), et comme ce serait dommage de se priver d'une stratégie idiote, qu'est-ce qu'on fait chez Panini ? Ben on la garde. Bon, j'exagère un peu, car si l'exemple linké plus haut concernait une même série publiée dans une même collection, les deux albums concernés aujourd'hui sont différents et le choix éditorial de les différencier peut se comprendre. Il n'en reste pas moins que le lecteur potentiel, un peu perdu déjà entre les différents éditeurs, se retrouve avec deux numéros #1 devant le nez. Lequel choisir ? Eh bien, cela dépend grandement de vos attentes. Voyons cela en détail.

Le premier est un 100% Fusion Comics (qui ne ressemble pas du tout aux 100% classiques) et le second est un Deluxe Fusion (dont le format ne correspond pas non plus aux Deluxe habituels). Normal, le format fumetti est différent de celui des comics.
Commençons par le 100%. Il s'agit des deux premiers épisodes (200 planches environs) de la série en noir & blanc, publiée donc ici dans l'ordre chronologique (ça parait évident mais ce n'est pas toujours le cas). Le scénariste est Tiziano Sclavi (le créateur du personnage), accompagnés aux dessins par Angelo Stano et Gustavo Trigo.
La première intrigue repose sur un meurtre très particulier puisque son auteur - une jeune femme - assure avoir tué son mari alors que celui-ci était déjà mort. La seconde histoire oppose Dog à l'esprit (plus tueur que farceur) de Jack l'Eventreur. On l'aura aisément compris, les thèmes horrifiques habituels sont déclinés, avec d'ailleurs certaines originalités parfois, qui mêlent polar classique, surnaturel et habiles fausses pistes. Le graphisme n'est pas à tomber par terre (pour sortir une centaine de planches en un mois, on imagine que l'ambiance n'est pas au fignolage) mais il reste efficace et parfois même étonnamment fouillé (avec une mention spéciale pour les planches de Trigo, clairement au-dessus).
Le point fort de la série réside cependant dans le ton employé, et notamment les dialogues, fort bien écrits et véhiculant un humour caustique (jouant par exemple sur la manière qu'a Groucho de rebondir à contretemps sur les répliques des personnages).

Le Deluxe, bien qu'intéressant également, est très différent. On a droit à une hardcover et, surtout, à des planches en couleurs issues de Dylan Dog Color Fest, une collection "parallèle" qui propose des histoires plus courtes, écrites par de nombreux auteurs.
L'ambiance change radicalement de celle de la série originale. L'humour en est absent et l'on bascule dans quelque chose de plus étrange, onirique ou dérangeant, selon les épisodes. Tout n'est pas parfait ; la fin de ce volume notamment, qui impose une longue tirade à la Miss France ("la guerre c'est bien du malheur et j'aimerais que les enfants soient tous heureux, et que les gens aient tous un parapluie sous la main lorsqu'il se met à pleuvoir !" (ah merde, je n'arrive pas à faire l'accent du Sud à l'écrit, je ne sais pas pourquoi, je l'imagine toujours avec cet accent-là la parfaite pintade décérébrée)) saupoudrée de maladresse (c'est à la fois niais ET prétentieux, bel exploit). Mais pour un final raté, que de bons moments, que ce soit dans l'épisode d'ouverture, présentant une dystopie qui se sert des zombies d'une manière très intelligente, ou encore dans un récit basé sur une vidéo présentant le personnage principal se faisant assassiner dans le futur... tout cela est original et plutôt captivant.

Reste à voir l'adaptation. Contre toute attente, ce n'est pas catastrophique. Il y a même un effort clairement visible : textes de présentation de la série, page de garde pour chaque épisode du Deluxe avec un topo sur les auteurs, rien d'extraordinaire bien sûr, c'est un boulot éditorial normal, mais pour Panini, c'est quand même suffisamment rare pour être relevé.
Le texte maintenant. Pas immonde, mais très loin d'être correct. L'on trouve des confusions (entre "évoquer" et "invoquer" par exemple), des absences qui font mal (toujours cette habitude dégueulasse de virer l'adverbe de négation), et des trucs presque drôles ("il y a eu plus de morts tués pendant ces 60 années de paix que pendant les deux guerres mondiales" ; voilà que l'on tue les morts maintenant ! les gens ne respectent plus rien).
Bon, allez, c'est un peu dommage mais pas complètement rédhibitoire si l'on se base sur le fond plus que sur la forme. 

Dylan Dog mérite d'être découvert, que ce soit au travers de sa série principale, inspirée et drôle, ou des épisodes hors série, flirtant avec une ambiance à la Twilight Zone. Reste le prix, un peu trop élevé pour être totalement attractif.

+ une série horrifique intelligente
+ un humour constant (série principale)
+ des thèmes variés
+ un réel effort de présentation
- dessins de qualité inégale
- le prix
- VF largement perfectible