24 septembre 2013

Les absurdités de la BD (partie 2 : comics)


Oui, j’ai mis plus de deux ans a écrire la suite de cette chronique (que j’avais tout bonnement mise de côté, faute de temps), mais après m’en être honteusement pris au genre franco-belge et au manga, il était temps de rétablir la balance en se moquant un peu des planches américaines.

On commence avec Peter Parker. Je sais, personne ne va faire un arrêt cardiaque d’étonnement, mais d’une part, bien moins de gens connaissent Luther Arkwright, d’autre part, il y a tout de même de quoi s’interroger avec ce brave Pete. D’abord, qu’est-ce que c’est que cette façon d’acquérir des pouvoirs ? Monsieur se fait mordre par une araignée radioactive et hop, je marche sur les murs, je deviens balèze… déjà une morsure d’araignée à la base, on en ressort au mieux avec une boursouflure douloureuse dans la plupart des cas, mais si en plus elle est radioactive, il y a de grandes chances pour que ça n’arrange rien. Si vous avez les dents qui deviennent fluorescentes par exemple, ce n’est pas bon signe. Ah ben les exemples ne manquent pas, Marie Curie - pour se rattacher à un exemple scientifique - qui s’est bien éclatée pendant des années à manipuler du radium, elle n’en a pas retiré des pouvoirs. Bon, on remarquera qu’elle a eu plus de chance que Pierre, son mari, qui lui est décédé bien avant elle en se faisant renverser par une voiture à cheval. Bon ben là, pareil, le mec est scientifique de formation, il se fait piétiner par un canasson, il a le bon sens de mourir, il ne se relève pas en proclamant qu’il peut maintenant battre un poney à la course ou qu’il peut déféquer en marchant.

Pour rester dans la science, prenons le cas de Reed Richards. C’est LE cerveau du marvelverse, le mec est capable de tout : voyager dans des univers parallèles, botter le cul d'entités métaphysiques, résoudre des équations qui pourraient causer des saignements de nez à Einstein, bref, lui, on l’a compris, il faisait ses devoirs quand il était à l’école. Pourtant, cela ne l’empêche pas d’échouer dans le seul domaine qui le touche de prêt : rendre son aspect humain à son pote Ben Grimm, alias la Chose.
— Heu, Reed, comment on fait, là, pour mon problème d’apparence ?
— Oui ben cinq minutes, merde, je suis génie élastique moi, pas dermatologue !
Le mec n’y met pas du sien, ça se voit.

Un truc positif avec les comics par contre, c’est qu’ils ont résolu le problème de la mort. On pourrait penser que mourir a quelque chose de définitif, or non, pas du tout, dans le DCU ou chez Marvel, c’est plus ou moins l’équivalent d’un gros rhume. Tout le monde finit par revenir. Imaginez si l’on transposait ça dans le monde réel, au boulot.
— Il est où Patrick, encore en retard ?
— Non, il est mort ce week-end, il s’est fait renverser par une voiture à cheval.
— Tiens ? Comme Pierre Curie ?
— Comme qui ?
— Non, rien. En 2013, comment on peut se faire renverser par une voiture à cheval bordel !? J’espère qu’il sera là la semaine prochaine, putain, je lui avais confié un dossier super important !
Les plus attentifs auront remarqué que, même dans notre univers, la mort n’est pas forcément une bonne excuse pour se lancer dans la flemmardise. Ainsi, Michael Jackson ou Bob Marley continuent de sortir des inédits, ce qui constituent probablement le plus bel exemple de professionnalisme post mortem à ce jour.

Un aspect bien connu des comics tient également à la manière de dessiner et habiller les personnages féminins. Emma Frost, Power Girl ou Wonder Woman sont plutôt adeptes du petit short ras des fondations et du décolleté tendance vertigineux. Quoi de plus normal ? La nana se choppe des pouvoirs, elle se dit qu’elle va se castagner avec des super-vilains et, du coup, la première idée qui lui passe par la tête, c’est de se foutre presque à poil. Ah ben je ferais pareil si j’étais une gonzesse.
Soyons francs, elles le disent parfois elles-mêmes, ça permet de déconcentrer l’adversaire. M’enfin, du point de vue de l’éditeur, des nibards sur une cover, ça permet aussi de ratisser large, du gamin pré-pubère qui n’a pas d’accès internet au vrai pervers qui s’excite uniquement sur du crayon gras.

Bon, il y a tout de même un domaine qu’il faut évoquer, même si ça fait mal : les costumes. Tout de suite, j’ai envie de dire « pourquoi ? ». Pourquoi des couleurs que même les Kiabi refusent ? Pourquoi des trucs moulants ? Pourquoi le slip par-dessus le pantalon ? Et surtout, à quoi ça sert une cape ?
On est d’accord, quand c’est bien dessiné, une cape, ça en jette. Par contre, ça en jette uniquement sur « image arrêtée ». En dessin quoi. Parce que sinon, avec les capes, vous avez deux choix : la « capounette », qui est très petite, ridicule et permet aux gens de ne plus s’interroger sur vos tendances sexuelles, ou la « vraie » cape. Longue et classe. Essayez simplement de courir ou faire vos courses avec une cape de ce type. Imaginez ensuite ce que ça doit être quand il faut se battre avec, voire sauter d’un immeuble à l’autre… c'est comme si vous étiez obligé de vous trimballer une couette attachée à votre veste. 
Voilà, évidemment que c’est n’importe quoi ! Sinon les pompiers auraient des capes, les parachutistes auraient des capes, les mecs du GIGN auraient des capes. S’ils n’en ont pas, c’est bien pour une raison : une cape, c’est chiant !

Les comics ne sont heureusement pas limités au seul genre super-héroïque.
Commençons avec Girls, la série des frères Luna. Vous ne trouvez pas le début pour le moins peu… vraisemblable ? Le mec vit dans un trou paumé, il se tape une soirée de merde dans un bar miteux, il rentre chez lui la queue entre les jambes et, au final, en plein milieu de la forêt, il tombe sur quoi ? Une fille ultra sexy qui fait du stop. Entièrement nue. Manque plus qu’elle ait une bouteille de JB dans une main, une tarte aux pommes dans l’autre, et on a un perfect pour la soirée. A moins de tenir absolument à se faire rembourser l’essence, ça ne s’engage pas trop mal quand même.
Prenons ensuite Preacher. Ce n’est pas une série, c’est un catalogue de tout ce qu’il est possible de faire, dire et dessiner pour se mettre des communautés à dos et se faire censurer ! Je vous rappelle le pitch dans les grandes lignes ? Un révérend, dont la copine se fait sauter par son pote vampire, veut botter le cul de Dieu, parce que c’est un gros connard, et il rencontre, sur sa route, une avocate sado-maso et néonazi ou encore différents chefs d’entreprise ou péquenots dégénérés. Mais… mais enfin ! L’auteur cherche les ennuis ! Où est passé le bon temps où l’on respectait les conventions, avec des gentils « gentils » et des méchants identifiables ? C’est bien simple, avec Ennis, on ne sait pas qui est Tintin, qui est Rastapopoulos, tout cela est très perturbant, surtout pour la « jeunesse », cible apparemment éternelle – selon les media – des comics en particulier et de la BD en général.
Continuons avec Y, the last man. Si ça, ce n’est pas un pur fantasme d’auteur ! Un type banal se retrouve, du jour au lendemain, être le seul survivant mâle dans un monde exclusivement peuplé de… femmes. Tu vas en boite, t’es sûr de ne pas rentrer seul. Ou alors faut vraiment merder. Là c’est la honte, imagine quand tu racontes ça à ton ta pote.
— Alors ?
— Soirée de merde.
— Quoi, ça s’est mal passé ?
— Il est à peine vingt-deux heures, je rentre seul en tirant la tronche, je te laisse déduire.
— T’es le seul mec… comment t’as pu faire foirer ce rencard ? La nana n’a pas le choix normalement !
— Ben…
— Non ? Ne me dis pas que tu as ressorti ta cape à la con ?
— Mais comme tu le dis, je suis le dernier mec, je pensais que je pouvais m’habiller comme je le voulais. Ça se serait bien passé, putain, s’il n’y avait pas eu ce connard avec sa putain de calèche !
— Une calèche ?
— Une sorte de voiture à cheval, un truc pour touristes, je ne sais pas. La cape s’est prise dans une des roues quand on quittait le resto, j’ai été traîné sur plus de 50 mètres. Regarde mes genoux, dans quel état ils sont... je m'en fous, je ne vais pas au boulot lundi, je dirai que je suis mort.

Bon, avouons-le, parfois, rien que le titre de la série, le nom du perso quoi, c’est déjà improbable. Batman, passe encore. Iron Man, soit. Mais… Green Lantern. Sérieux ?
Imaginez la réaction de l’éditeur quand le mec se pointe pour lui proposer ça le lundi matin.
— J’ai une super idée pour un nouveau personnage !
— Vas-y, balance ! 
— La Lanterne Verte.
— La… la quoi ?
— La Lanterne Verte. C’est un mec qui…
— Attends, attends, c’est quoi ce nom à la con ?
— C’est super original, ça va cartonner.
— Tu délires ou quoi mon pauvre Bill ? Pourquoi pas l’Abat-jour Mauve aussi ? Ou le Presse-papier Ocre ? Oh ! Copain ! On publie des séries avec des super-héros, pas des catalogues de décoration. Tu fumes tes poils de cul ou bien ? On va revoir le nom hein, c’est pas possible ça. Bon, il obtient comment ses pouvoirs ton connard vert ?
— Heu… j’avais pensé… à… un anneau de pouvoir…
— Tu me charries ? Une putain de bague ?
— Non, un anneau. Plus dans le genre… anneau, comme dans le Seigneur des Anneaux.
— Mais en vert ?
— Heu, oui… en vert. Et il se recharge avec une… une lanterne, quoi.
— Ok. T’es viré.

Non, en fait, le mec ne se fait pas virer car, au final, comme j’ai déjà tenté de l’expliquer, une idée n’est jamais bonne ou mauvaise en soi, seule la manière de raconter l’histoire fera qu’elle fonctionnera ou pas.
Beaucoup de choses sont absurdes ou mal faites dans les comics, et c’est une source d’inspiration sans fin pour qui voudrait se moquer un peu de la BD. Mais on sait tous que cela nous apporte plus qu'un vague sourire moqueur. Cela peut même donner naissance à des œuvres extraordinaires.
Je ne piétine pas ces monuments avec méchanceté, mais avec le recul que permet un sentiment sans doute proche de la tendresse, pour ne pas dire plus. ;o)