15 décembre 2013

Le Secret : même pas peur !

Avec Le Secret, nouveau titre de la collection Urban Indies, les auteurs font le pari de la peur. Mais les frissons sont-ils au rendez-vous ?

Pam et ses amis se livrent un soir à une mauvaise blague : ils appellent des numéros au hasard, balancent cette simple phrase : "je connais ton secret", et invitent la personne à se rendre à minuit dans un parc. Pas forcément très malin mais un jeu innocent en apparence.
Pourtant, alors que le petit groupe continue la soirée dans le fameux parc, Tommy, récent petit ami de Pam, aperçoit un type à l'allure effrayante. L'homme est venu au rendez-vous ! Ce dernier patiente un peu puis disparait.
Le lendemain, les jeunes gens ne pensent déjà plus à l'étrange apparition quand Pam reçoit un appel qui la fait paniquer. C'est apparemment cet homme, appelé la veille, qui veut savoir comment une inconnue peut connaître son... secret.
La situation dérape ensuite franchement quand Pam devient introuvable. La police s'en mêle mais rien n'y fait, la jeune fille a disparu. Et Tommy va tout faire pour la retrouver.

Le thriller horrifique, s'il fonctionne très bien au cinéma, est toujours plus risqué en BD. Rappelons-nous les peu inspirés Freddy ou Vendredi 13, transpositions graphiques pas franchement abouties des célèbres licences. Cette difficulté à rendre l'ambiance effrayante des récits d'épouvante tient non seulement à la qualité des auteurs, au talent de l'illustrateur, mais aussi aux spécificités du support. La musique, très présente au cinéma pour amener certains effets et stresser le spectateur, ne peut évidemment être utilisée par exemple. Et surtout, à l'inverse d'un film, le lecteur d'un comic ne reste pas uniquement dans le "présent" du récit, le simple fait de tourner une page lui dévoile une partie du futur des évènements, avant même qu'il n'ait eu le temps de les lire. Cela oblige à inventer de nouvelles astuces narratives ou à être particulièrement attentif aux moments clé, en les faisant par exemple intervenir systématiquement sur la dernière case des pages impairs afin de préserver le suspense.
L'équipe créative est ici composée de Mike Richardson (surtout connu pour être le producteur de films tels que Hellboy ou Alien vs Predator) au scénario et Jason Shawn Alexander au dessin.

Graphiquement, aucun problème, Alexander parvient à créer une ambiance oppressante suffisamment convaincante tout en s'inspirant de certains codes très connus (la maison isolée un peu cradingue, le type louche au look rappelant celui de I know what you did last summer...). 
Au niveau du scénario, il y a du bon et du moins bon. L'idée de départ est originale et les premières planches très efficaces. Par contre, tout va un peu trop vite, au point que l'on a du mal à s'attacher aux personnages. Ceux-ci restent pour la plupart des caricatures sans profondeur. Si cela peut convenir pour le "méchant" de l'histoire (en renforçant son aspect lugubre, presque irréel), cela nuit grandement aux protagonistes pour qui l'on est censé craindre le pire.
Et si la deuxième partie du récit (dans la maison) est traditionnelle mais bien faite, la première semble trop vite expédiée. L'on n'a pas le temps de profiter de la (supposée) lente montée de l'angoisse, la situation se radicalisant trop vite. Même l'aspect téléphonique (une voix sortie de nulle part qui menace et peut vous suivre partout) est sous-exploité. Et le coup du "on n'a qu'à se séparer en deux groupes" est trop usé (et même involontairement comique) pour être encore employé ! 

Le résultat final est franchement mitigé. Le comic n'est pas mauvais, loin de là, mais il passe probablement à côté de sa principale ambition : effrayer, ou au moins installer une certaine tension. Ce qui fonctionnerait à l'écran est ici largement amoindri à cause d'une narration trop rapide et de personnages survolés. Quant au fond, il n'est guère surprenant et n'apporte rien de neuf à un genre dont il s'ingénie à respecter scrupuleusement les principes mais aussi les clichés. 
Une semi-déception, à lire par curiosité.

+ ambiance graphique
+ idée de départ
- personnages lisses peinant à générer de l'empathie
- narration trop compressée