27 avril 2013

Projets Manhattan #1 : Nouvelles Expériences



Lorsque j’aperçois le nom de Jonathan Hickman sur la couverture d’un nouveau comic-book, je ne peux m’empêcher d’y aller voir de plus près. Ses intrigues tortueuses mais incontestablement riches, qui s’amusent invariablement à réécrire l’Histoire en explorant le passé des protagonistes, donnant lieu à des récits non linéaires mais intelligibles, ont engendré parmi les meilleurs moments de lecture de l’an passé. Et, malgré quelques tout petits reproches, S.H.I.EL.D., la Confrérie du bouclier était une petite merveille.

Le résumé de 4e de couverture était alléchant ; pas de super-héros cette fois-ci, mais c’était tout comme : des super-cerveaux, les plus grands génies du XXe siècle comme personnages principaux d’un script mêlant politique et science, voire sciences occultes. Imaginez juste que le Projet Manhattan n'ait été qu'une façade dissimulant un programme complexe de recherches secrètes aux franges de la science connue (l'exploration d'autres dimensions, le développement d'une intelligence artificielle). Imaginez aussi que des savants brillants comme Oppenheimer ou Einstein aient été de véritables génies du mal...

De fait, la première approche refroidit immédiatement : le graphisme de Pitarra associé aux couleurs de Jordie Bellaire détonnaient par rapport aux attentes. Ces tons délavés, pastels ont le don de nous rappeler des souvenirs de BD européennes un peu déjantées, quelques part entre le Vagabond des Limbes et l’Incal : assez difficile à cerner, mais le sentiment indéfinissable de quelque chose d’ancien, de démodé sans pour autant être anecdotique ou anodin (l’allitération en « d » n’est pas volontaire). Plus proche de nous, je me rappelle des planches de Geoff Darrow qui affichaient un peu la même palette. Quant au style, il déroute aussi, surtout pour quelqu’un comme moi qui commence à être de moins en moins souple en matière de représentation des visages, silhouettes, postures. Il y a un peu de Howard Chaykin dans ces figures singulières, avec des personnages invariablement laids, voire grotesques, aux têtes grimaçantes trop grosses pour des corps fragiles et désarticulés. Pourtant, on finit par s’y faire. La puissance de la narration, le sens du mystère stimulent l’imagination du lecteur qui n’a qu’une envie : celle de savoir où il va être emmené.

D’autant que Hickman puise encore une fois dans un contexte dense mais riche de possibilités et, malgré des ressorts désormais connus (l’usage d’une frange obscure de la science et le détournement habile de faits historiques), nous stupéfie d’autant plus. On navigue constamment aux frontières du réel, avec un sens du détail poussé qui augmente la soif de lecture et un sens de l’à-propos assez jouissif, une forme d’ironie sauvage teintée de cynisme qui transpire dans ses visions d’une réalité fluctuante, vaguement dickienne. Là où le pitch aurait pu laisser croire à une réécriture dystopique de la guerre mondiale (façon Warren Ellis, comme dans Ministère de l’espace qui partage bon nombre d’éléments), on plonge dans un drame science-fictionnesque teinté de dark fantasy (il y a du Lovecraft sous-jacent dans certaines expériences visant à franchir le portail entre les mondes). Et puis surtout quel plaisir de voir Oppenheimer, Einstein et von Braun en héros (mais des héros dévastés par une personnalité schizoïde, quand ils ne sont pas simplement évincés par des doubles dimensionnels maléfiques ! Les lecteurs des FF reconnaîtront sans peine certaines des turpitudes qui ont agité Red Richards récemment), forcés d’agir de concert dans un projet politico-militaire tout en essayant de tirer parti des ressources que met le gouvernement US à leur disposition : leur intelligence supérieure leur permettra, tout simplement, d’avoir le cosmos entier comme terrain de jeux pour leurs expériences.


En dehors donc de dessins qui peuvent rebuter et de l’utilisation parfois un peu trop systématique de certains ressorts dramatiques (la double personnalité), l’ensemble est foncièrement stimulant et j’attends la suite avec impatience.

24 avril 2013

Green Lantern Saga #11


Le petit monde (univers ?) spatial de Green Lantern continue sur sa lancée dans Green Lantern Saga #11. Alors, que nous réservent les quatre séries ce mois-ci ? 

Green Lantern : LA série principale se trouve toujours fort déconnectée des complots et autres magouilles des Gardiens. Sinestro et Hal Jordan ont percé le secret de la tribu indigo mais dans la foulée, Black Hand est mort. Avant de voir un anneau noir le faire revenir à la vie. Autant dire que nos deux héros ont une belle menace sur les bras (Blackest Night bis repetita ?). 
Geoff Johns offre toujours une série haletante, certes un peu décompressée mais qui offre un rôle important à Sinestro. Celui-ci, redevenu GL contre sa volonté, se montre être un personnage complexe et plein de zones de gris. 
C’est l’exploration de ces zones qui rend la série très sympathique.


Green Lantern Corps : Guy Gardner a très mal vu le fait que John Stewart soit condamné pour avoir « protégé » le corps en tuant de sang-froid un GL qui allait craquer sous la torture et révéler comment attaquer Oa. 
L’agitation est à son comble et les Gardiens entendent bien en profiter pour faire avancer leurs sombres desseins.
Sans doute LA meilleure série du magazine : Peter Tomasi explore les relations entre les personnages (il est très doué pour ça, son Batman&Robin est une perle aussi) et fait avancer les pions sur l’échiquier galactique bien plus que ne le fait la série-mère.



New Guardians : Les Blue Lanterns sont attaqués sur leur planète par la ruche, un collectif insectoïde dont l’attaque aurait été commanditée par Larfleeze, l’Agent Orange. Il n’en faut pas plus pour que les Power Rangers, pardon, les Avengers de l’espace, encore loupé, le groupe sans nom que nous nommons Les Nouveaux Gardiens se lance en quête de vengeance et de réponses à leurs questions diverses et variées. Voila une série bien laborieuse, car après 11 numéros, on ne sait toujours pas pourquoi une entité a réuni un membre de chaque corps pour en faire une sorte d’équipe.
Bon, le titre de la série est peut-être un indice, mais sait-on jamais... 
Tout comme la série-mère, New Guardians est relativement déconnectée de ce qui se trame sur Oa mais également des autres séries : c’est un vrai casse-tête de remettre dans l’ordre chronologique la situation des personnages par rapport à une autre série ! Ainsi, les apparitions de Fatality et Bleez sont dures à remettre en contexte par rapport à la série Red Lantern.



Red Lantern : La série paradoxale par excellence : il ne s’est rien passé en huit épisodes qui n’aurait pu être conté en trois (et je suis large), mais le vide peut être fascinant quand il est bien rendu. Pourtant, depuis que Bleez veut prendre le contrôle, la série a passé la seconde ! Un Red Lantern humain émerge, Atrocitus voit son autorité remise en cause et voila que tout le corps des Red Lantern est maintenant condamné à petit feu s'ils ne sauvent pas leur batterie centrale. Ouf, enfin des enjeux, enfin du mouvement. Pendant qu’Atrocitus cherche l’être qui a condamné son Corps à mort, Bleez se rend chez les Star Sapphires qu’elle croit être responsables ! Et là, bonjour l’imbroglio de continuité ! Comme je le disais plus haut, difficile de savoir où tout cela prend place chronologiquement par rapport à New Guardians (c'est bien simple, c'est encore plus brumeux avec deux séries que l'ensemble des séries Avengers et les séries en solo des héros composant les équipes !).
Et l’éclatement des intrigues n’aide pas vraiment à s’attacher à un personnage ou un autre. D’où un certain désintérêt pour cette série.



Green Lantern Saga continue donc d’être à mes yeux un magazine en demi-teinte qui s’ouvre sur deux excellentes séries pour se terminer sur deux séries dont l’intérêt va en décroissant. Peut-être qu’en aillant arrangé le sommaire différemment, cette sensation ne serait pas aussi forte.

23 avril 2013

Marvel Universe : Handbook & Index

Un dossier aujourd'hui sur deux publications aussi intéressantes que complémentaires avec The Official Handbook of the Marvel Universe et Official Index to the Marvel Universe.

Le Marvelverse reste un vaste univers, complexe, qu'il n'est pas toujours facile d'appréhender. Difficile en effet pour le profane de ne pas se sentir un peu perdu parmi les milliers de personnages ayant peuplé, pendant des décennies, les nombreuses séries de la Maison des Idées.
L'une des méthodes pour tenter de s'y retrouver reste encore la classique encyclopédie. Classique, oui, mais pas toujours efficace. L'on se retrouve parfois avec des ouvrages peu pratiques et difficilement manipulables, tenant presque plus de l'artbook (cf. Les Chroniques de Marvel ou l'encyclopédie Marvel de Semic), quand tout simplement les guides, censés être des références, ne sont pas truffés d'erreurs (cf. l'encyclopédie Iron Man). Reste, dans la production VF relativement récente, les encyclopédies thématiques (Spidey, FF...) publiées par Panini au format Deluxe, qui, faute de mieux, permettaient d'avoir quelques informations (parfois bien superficielles tout de même) sur certains pans de l'univers Marvel.
Pour aller un peu au-delà, il faut se tourner vers la VO et deux séries d'ouvrages qu'il m'a semblé logique de vous présenter au sein d'un même article.

Commençons par The Official Handbook of the Marvel Universe. Il s'agit d'une série de 14 volumes répertoriant non seulement tous les personnages, mais également les lieux importants, les organisations, voire même les objets (Cube Cosmique et autres engins du même genre) du Marvelverse. Cette série de manuels étant postérieure à 2010, elle permet en outre d'aborder même des évènements importants récents, comme House of M, Civil War ou le Dark Reign.
D'un point de vue pratique, on a en général droit à un personnage par page (même pour des protagonistes très secondaires !). L'on trouve bien entendu les habituelles données techniques (nom, lieu de naissance, première apparition, taille, poids, etc.) ainsi qu'un résumé du parcours du personnage. Un encart spécifique détaille ses capacités et accueille une grille de pouvoirs, notant sur 7 l'intelligence, la force, ou, entre autres, l'habileté au combat de l'individu. Dès qu'un personnage est un peu plus important, le nombre de pages lui étant consacré augmente en conséquence (Atlas, par exemple, qui n'est pas une tête d'affiche, a déjà droit à quatre pages pour lui seul, Iron Man, dans sa version 616 classique, en obtient onze). La densité du texte est assez exceptionnelle, mais le tout est heureusement très richement illustré.

Outre la biographie des encapés et autres vilains, l'on retrouvera également des plans, schémas et autres présentations d'endroits stratégiques ou d'équipements (cf. la galerie à la fin de l'article). Certaines cartes auraient méritées d'être un peu plus grandes et détaillées (le quartier général des Vengeurs par exemple), mais il est vrai que l'on entre là dans de l'exigence qui paraîtra probablement superflue pour beaucoup.
Les deux premiers ouvrages contiennent un glossaire portant sur l'explication de termes génériques (omniscient, omnipotent...) ou liés à l'univers Marvel (Deviant, SRA...). A partir du deuxième tome, et jusqu'au cinquième, toutes les Terres alternatives sont recensées, ce qui est déjà un travail de recherche hallucinant tant elles sont nombreuses (plusieurs centaines d'entrées tout de même). Enfin, des appendices apportent à chaque volume des compléments, parfois importants (et illustrés également).
Il s'agit tout simplement d'une collection d'une richesse incroyable et d'une exhaustivité exemplaire, probablement sans doute plus destinée par contre aux fanatiques les plus gourmands en infos qu'aux novices cherchant simplement à sortir du brouillard.

Passons maintenant à l'autre collection, intitulée Official Index to the Marvel Universe. Il ne s'agit pas d'une encyclopédie thématique mais, comme son nom l'indique, d'un index, fort riche, centré sur une série particulière.
Iron Man, Captain America, les Avengers ou encore le Punisher ont leur index, mais je vais me servir plus particulièrement de celui consacré à Amazing Spider-Man pour vous les présenter (en sachant qu'ils sont tous conçus de manière identique).
L'idée est en fait de retracer l'historique d'une série régulière, en étant le plus complet possible. Pour chaque numéro de la série (de l'historique Amazing Fantasy #15 et du premier Amazing Spider-Man, en passant par les Annuals et jusqu'à Amazing Spider-Man #600), un petit article présente : la cover du numéro (2,6 x 4 cm, ainsi d'ailleurs que les éventuelles variant covers), le titre, le nombre de planches, les crédits, les personnages principaux, les vilains, les différents lieux et/ou objets importants et, enfin, un résumé de l'histoire, ainsi que quelques notes qui complètent le tout.
Enorme !

Là encore, un tel guide cible sans doute plus les passionnés les plus acharnés (voire les professionnels, qu'ils soient auteurs ou journalistes) que les lecteurs occasionnels. Que l'on cherche à retrouver un épisode culte, à connaître les détails de l'apparition d'un personnage clé ou simplement à parcourir des décennies d'aventures au travers des résumés, tout cela est rendu possible - et même relativement facile - grâce à cet index.
Pour ne donner qu'un seul exemple des possibilités qu'offrent ce guide, sachez qu'il est même possible de suivre rapidement les tribulations d'un seul personnage, grâce aux annotations "next" et "last" indiquant sa dernière et sa future apparition (au sein d'ASM ou ailleurs). Ainsi, pas besoin de tout éplucher pendant des heures pour retrouver la trace d'un obscur intervenant ; on arrive tout de suite à l'épisode recherché, même s'il est distant de plusieurs années.
Magique je vous dis...

Alors, niveau prix... les Index sont vendus à environ 15 euros pièce, port compris (ils les valent largement). Les Handbook sont un peu plus chers, entre 17 et 22 euros suivant les tomes (multiplié par 14, ça fait une bonne somme, mais difficile de trouver mieux).
Si l'anglais ne vous rebute pas, foncez, vous ne serez pas déçus.

+ pratique (petit format et couverture souple)
+ exhaustif
+ astuces des entrées (Index)
+ schémas et plans (Handbook)
+ très nombreuses illustrations
+ tous les univers alternatifs connus listés et décrits (Handbook)
- pas de VF, mais vu la qualité de certaines traductions et la somme de travail que celles-ci nécessiteraient, ce n'est peut-être pas plus mal
- certains plans (Handbook) ont été faits sur un coin de table en fin de repas... mais bon, c'est pour chipoter là. ;o)


Galerie


36 modèles d'armure Iron Man "classiques" sont répertoriés et présentés...


Certains équipements, comme ici les lunettes de Cyclope, sont vus en coupe et détaillés. 


Les véhicules ne sont pas oubliés, avec ici le quinjet des Vengeurs.


En général, un personnage est présenté sur une (Authority) ou deux planches (Avalanche).


Certains schémas sont tout de même "vite faits", comme ici cette coupe de Wolvie qui nous "apprend" l'emplacement de ses phalanges ou de son crâne... 


Une Mark III détaillée.


Certaines pages listent tous les membres d'une équipe ou d'une organisation, comme ici avec l'Initiative des 50 états...


... ou encore ici le personnel du Daily Bugle (notez les plans de l'immeuble, relativement petits... tant pis pour les Maîtres de Jeu, ils devront bosser).

Toutes les autres photos de la galerie étaient issues des Handbook, voici un exemple d'article (avec variant covers) tiré de l'Index ASM.




20 avril 2013

Captain Marvel : In Pursuit of Flight


Le 18 juillet 2012, Carol Danvers arborait un nouveau costume sous le nom de code de Captain Marvel. Les amoureux du personnage ont surement fait couler de nombreuses larmes suite à cette nouvelle, mais devaient également être émus en apprenant que Carol était l’heureuse élue ! Les lectrices, elles, étaient ravies de savoir que l’éditeur confiait (enfin) un titre de si grande envergure à un personnage féminin. Retour sur le premier volume des aventures de Captain Marvel (épisodes #1-6) paru le 17 janvier dernier en VO et dont la parution en VF se fait actuellement dans le mensuel Avengers chez Panini Comics.


Rétrospective. Dans la conclusion du second volume de Ms. Marvel, Carol Danvers bat son ancienne ennemie Mystique et un clone de Captain Marvel, créé par les Skrulls durant Secret Invasion, après qu’ils aient effectués une série de tragédies dans un temple appartenant à l'Église de Hala, une église consacrée à Mar-Vell. Danvers a ensuite demandé de l’aide à Captain America pour contrer Norman Osborn durant Siege of Asgard et a commencé à développer une amitié avec Spider-man. Bien qu’il l’exaspère la première fois qu’ils font équipe ensemble, tous deux se rapprochent durant Dark Reign  et Carol admet plus tard avoir eu des sentiments pour lui. Après la conclusion de Siege, Ms. Marvel redevient un personnage régulier des New Avengers (vol. 2).

En Juillet 2012, Carol Danvers assume le titre de Captain Marvel dans une série écrite par Kelly Sue DeConnick et illustrée par Dexter Soy. Danvers porte alors un nouveau costume pour aller de pair avec son nouveau nom de code. DeConnick a exposé à la WonderCon 2012 que la série aurait des conséquences sur ce que la légende de Captain Marvel signifiait aux yeux de Danvers mais qu’elle s’intéresserait aussi sur comment  Carol compte supporter cette nouvelle responsabilité et comment le reste de l’univers Marvel va réagir à ce sujet. Carol Danvers a aussi rejoint l’équipe principale des Vengeurs en tant que Captain Marvel dans le cinquième volume de The Avengers.
(Thx Wikipédia !)



Le fond. L’intrigue est largement basée sur le passé de Carol, ce qui explique les nombreux voyages temporels qui s’effectuent en l’espace de six épisodes. Le but de ces premiers épisodes, assignés à Kelly Sue DeConnick, est de démonter pourquoi Carol est apte à prendre le titre. D’abord prise par les doutes et les remords, elle se décide finalement à adopter le nom de son prédécesseur Mar-Vell qui lui procure souvenirs et tristesse.

Sans connaître un minimum l’héroïne et son histoire, il peut être difficile pour le lecteur de s’y retrouver du fait de l’importance qu’a le passé de Carol dans ce récit. Les personnages ayant fait d’elle qui elle est, avec sa détermination et son caractère bien trempé, resurgissent du fait de ses expéditions temporels. Cependant, ces retours vers le passé permettent également aux néophytes de se rapprocher de l'héroïne qui "revit" ses expériences passées. Cela permet  donc de refaire le point sur une partie de son histoire.

C'est aux commandes du T6 qu’Helen Cobb lui a légué, qui n’est autre que la navette entre le passé et le présent, que Carol Danvers commence son périple dans le passé. Suite à une escale sur une île mystérieuse durant la seconde guerre mondiale, Carol décide de réécrire l'histoire en se rangeant aux côtés des filles du Banshee Squad, d'anciennes aviatrices américaines. En effet, Danvers a fait une découverte, dont elle aurait surement préféré nier l'existence. Mais il est déjà trop tard, la machine infernale est lancée. Elle doit donc se battre contre des ennemis ayant une technologie similaire à celle des Krees.
Le T6 refait son apparition. On est en 1961. Carol retrouve alors une vielle amie en la personne d'Helen Cobb. Cette dernière est au centre même de l'histoire car elle a toujours été pour Carol un modèle de femme (autant pour le caractère que pour leur passion commune, l'aviation) . A cette époque, les femmes se battent pour l'égalité. Helen Cobb en est un parfait exemple. Pour pouvoir accéder à son rêve, elle est prête à tout, quitte à échanger un précieux artefect contre quelques heures de vol (spoiler qui est, on le comprend par la suite, une des composantes de la machine ayant génétiquement transformé l'ADN de Carol) .
Un peu plus tard, le T6 réapparaît. Et cette fois-ci, ce n'est pas seule que Danvers emprunte la quatrième dimension. On retrouve alors la figure du héros déchu en la mort "renouvelée" de Captain Marvel, le vrai (ou plutôt l'ancien). Cette scène troublante, autant pour Carol que pour le lectorat, rend au titre une dimension plus dramatique, mais aussi historique (dans l'histoire du Marvelverse du moins). Je suppose que c'est à partir de ce moment que Carol est sûre à 100% qu'elle doit être la prochaine détentrice du titre.

Pour ce qui est des petites coquilles de ces premiers épisodes, il y a notamment l'histoire du costume de Captain Marvel. Ce que j'ai trouvé idiot de mentionner sans approfondir, c'est qu'au tout début, Carol, alors en plein combat aux côtés de Captain America, expose le fait que son costume a été conçu par Tony Stark. Pourquoi ? Dans quel but ? Quelles sont ses fonctionnalités ? Ce sont malheureusement des questions sans réponse. 


La forme. Le premier volume est pris en charge par une équipe artistique au style le plus divers : on y retrouve en vrac Dexter Soy, Richard Elson, Al Barrionuevo et Emma Rios. Cette diversité de style rompt réellement la chaîne graphique et déstabilise dans la lecture. Surement LE gros bémol du titre. Dommage.

Les premiers épisodes (#1-4), signés Dexter Soy, peuvent piquer les yeux du lecteur au tout début (sans pour autant développer du strabisme ou le rendre aveugle comme ça a été le cas avec d’autres artistes) mais les plus tolérants s’y habitueront assez vite. En effet, sans produire de mauvaises choses, l’artiste est selon moi, plus apte à l’illustration qu’en tant que comicbook artist. La rigidité des expressions faciales de ses personnages leur soutire une partie de leur charisme. Et c’est la répétition de ces expressions qui ne transmet pas convenablement les émotions voulues.

Emma Rios quant à elle clôt le volume (#5-6). N’en déplaise à certains, j’ai beaucoup aimé son style graphique à la fois original, fin et dynamique. Elle prête aux héroïnes un trait qui les rend tout aussi fortes que sexys  sur des planches très contrastées : l'ambiance est sombre mais le décor est pourtant bien coloré. Son travail, en collaboration avec le coloriste Jordie Bellaire est tout à fait remarquable. (Faute de temps, Al Barrionuevo remplace Emma Rios sur quelques planches traitant d'Helen Cobb. Sûrement l'artiste qui m'a le plus déplu)


En bref. Il est assez triste de voir que Marvel ne se soucie pas assez de la continuité graphique d’un des titres qu’il voulait relancer, d’autant plus que celui-ci signifiait beaucoup pour beau nombre de lecteurs. Carol Danvers étant mon idole, j’aurais adoré avoir sous mes yeux un bijou tel que DC Comics a pu faire de Batwoman, avec des artistes affirmant à la fois leur talent et le caractère propre de la série (une claque visuelle, quoi !). Captain Marvel a été une petite déception de mon point de vue bien que l’histoire en elle-même soit loin d’être mauvaise. Carol Danvers méritait mieux, c’est tout. D’autant plus que les voyages temporels ne sont pas vraiment mon fort. Ce qui sera cependant intéressant c'est de voir quelles seront les conséquences qu'auront les actions antérieures de Carol à l'avenir... Et cela m'étonnerait qu'elles soient toutes de bon augure. Ainsi, je continuerai à suivre les (més)aventures de Captain Marvel, avec un arrière goût amer, pour voir si par le plus grand des hasard, le titre réussira à surmonter ses difficultés et à retrouver de son éclat. Mais en continuant sur ce chemin, j’ai bien peur qu’il ne se heurte à de nombreuses ronces.

« Death and indignity be damned. We’ll get there. And we will be the stars we were always meant to be. »   
- Helen Cobb.


Et si, Captain Marvel vous intéresse et que vous voulez comprendre un peu mieux le titre, je vous conseille de vous rendre sur IGN, qui propose depuis le début de la série des entretiens avec la scénariste Kelly Sue DeConnick qui expose et clarifie ses idées tout en donnant des pistes pour l’avenir :


Nightfall tome 1 : la Nuit. Entre rêve et utopie...



Péniblement, lentement, mais sûrement, je me remets de ce divorce d’avec les publications en kiosque de chez Marvel. Une très longue aventure avec ses hauts et ses bas, ses passions et ses déchirements qui prend fin de manière sans doute définitive (mais, sait-on jamais ?). L’occasion de voir autre chose, de me laisser surprendre davantage et, surtout, de me permettre de ne plus attendre une chronique enthousiaste d’un collègue (combien de fois n’ai-je pas remercié Neault de m’avoir poussé à lire une perle de comic-book ?) pour succomber au charme de la nouveauté.
Et puis, il faut bien laisser aux libraires le soin de nous orienter.
Nightfall trônait donc sur l’une des tables réservées aux comics. Couverture cartonnée élégante, avec quatre visages au regard triste ou inquisiteur sur un fond de ciel brumeux encadré par deux bandes noires du plus bel effet sur laquelle ressortait un titre accrocheur délicatement orné. L’un des personnages représenté étant manifestement un ange (à la peau sombre), un autre affichant certains traits caractéristiques d’un elfe (ou tout autre gnome de la littérature fantastique), il n’en fallait pas plus pour que je lise, au moins, la 4e de couverture afin de savoir de quoi il en retournait.

Le résumé présenté, comme je le découvrirais ultérieurement, était sans doute un peu trop orienté, un peu trop explicatif. L’histoire pouvait parfaitement se satisfaire d’une présentation moins détaillée, afin de ménager davantage de part d’ombre et de mystère aux lecteurs. Je me bornerais ainsi, pour les éventuels curieux, à ce synopsis : dans un Londres contemporain, Donnie est un jeune garçon souffrant de son statut d’immigré ; il choisit d’évacuer ses frustrations en acceptant de suivre son grand-frère dans une opération terroriste, mais au dernier moment, il aperçoit une jeune fille sur les lieux de l’attentat. En cherchant à la prévenir de l’imminence de l’explosion, il est pris dans la déflagration… et se réveille ailleurs, en un lieu inconnu où aboutissent d’ordinaire les rêveurs. Le problème est qu’il est incapable de se réveiller, ce qui le bloque dans ce monde étrange où semblent converger tous les mythes de l’humanité…
Fred Forham est le maître d’œuvre de ce projet qui tenait à cœur Thierry Mornet (comme il le précise à la fin de son entretien avec l’ami Neault : Nightfall, c’est un peu le bébé de Delcourt) : on sent chez ce Britannique tout le poids des traditions de la mythologie celtique, et un respect infini envers les êtres légendaires peuplant les rêves et les récits des hommes depuis la nuit des temps. Son œuvre a ainsi le charme de ses ambitions, mais s’expose du même coup à certains défauts passionnels. Nightfall se veut une trilogie, les tomes 2 (la Foi) et 3 (la Chute) étant en cours d’édition. L’auteur/illustrateur prend le pari de nous décrire deux mondes adjacents en les exposant par petites touches, tout au long du périple de Donnie (on les découvre à travers ses yeux), refusant du même coup de céder à la facilité d’une grosse page explicative et définitive. Tout d’abord, le Londres qu’on nous présente s’avère être une version alternative et dystopique, dans une époque indéterminée (certains éléments rappellent en effet l’univers de V pour Vendetta, comme ce Bureau du Contrôle des frontières et cette « Télévision du Peuple »). Mais on abandonne très vite cette réalité (bien qu’on y revienne régulièrement, pour suivre l’évolution de Donnie, hospitalisé mais plongé dans un coma profond) pour Asante, creuset de tous les contes, point nodal des imaginations et des cultes. Sur Asante, on peut potentiellement trouver tout ce qui a nourri les mythes humains depuis des générations : des Archanges aux démons, des loups garous aux gnomes ; l’enfer y existe, et entre deux créatures grotesques échappées d’un tableau de Jérôme Bosch, on pourra croiser des chevaux ailés comme des monstres cthuloïdes. Tous ces êtres différents vivent dans une harmonie relative, animés d’une même crainte envers les Rêveurs dont ils cherchent à tout prix à se débarrasser. Habituellement, ces Rêveurs ne demeurent sur Asante que le temps de leur cauchemar, mais pour Donnie et la mystérieuse Lily, c’est différent – tandis qu’à Londres, la population s’émeut de cette épidémie d’enfants qui ne se réveillent plus…

Le potentiel de cette mini-série est énorme, le traitement est sympathique avec quelques petites touches d’humour très anglais qui viennent à point afin de dédramatiser le récit (on nage dans un double environnement politiquement très sombre, les révoltes grondent dans les deux univers). Cependant, la lecture en est ardue, non seulement parce que l’auteur ne distribue les renseignements qu’avec beaucoup de parcimonie (par l’intermédiaire du truculent Dave, sorte de maître Yoda servant de guide énigmatique à Donnie), mais aussi et surtout du fait des dessins. S’ils rendent plutôt bien l’ambiance tantôt féérique (couleurs pastel), tantôt glaciale (nuances de gris) des mondes dépeints, ils peinent à transcrire les scènes d’action, assez nombreuses. Fordham est qualifié d’artiste-peintre et l’on sent qu’il ne parvient pas toujours à maîtriser l’intelligibilité du découpage ou du cadrage de ses planches (il sera souvent nécessaire de revenir en arrière pour comprendre l’enchaînement des séquences). Ce n’est pas un défaut rédhibitoire mais c’est gênant pour un lecteur habitué aux comics.
A suivre donc.

17 avril 2013

L'effet Oméga.


Quand Daredevil a quitté l’influence néfaste du scénariste Andy Diggle, il a aussi quitté la collection 100% Marvel en VF. Il nous est revenu dans le bimestriel Marvel Knights et sous une nouvelle forme. 
Une forme optimiste. Sous l’égide de Mark Waid, Matt Murdock semble enfin vouloir se sortir de sa dépression nerveuse éternelle, celle qui durait depuis Frank Miller et que Brian Bendis et Ed Brubaker avaient exploitée à fond sans tomber dans les excès qui ont conduit à un Shadowland de triste mémoire.

Dans Marvel Knights, l’on retrouve aussi Winter Soldier par Ed Brubaker, qui connaît bien le personnage et surtout Le Punisher, qui trouve sous la plume de Greg Rucka une incarnation tout aussi froide et méticuleuse que sous l’ère Garth Ennis mais sans l’outrance limite parodique (que j’appréciais aussi cela dit). 
Or, le hasard faisant bien les choses, un cross-over entre les aventures noires de Frank Castle et de Matt Murdock a été décidé outre-atlantique peu après que Marvel Knights ne soit (re)lancé chez nous (ouf, ça évite un cafouillage éditorial). 
Histoire de marquer le coup, Marvel fait entrer dans la danse Avenging Spider-Man (habituellement publiée dans Spider-Man chez nous), série qui voit Spidey faire équipe avec l’un ou l’autre héros Marvel.

Avant toute chose, remettons-nous dans le contexte : Matt Murdock est entré en possession du disque Oméga. Il s’agit d’une base de données géante regroupant presque toutes les informations relatives au Megacrime, c’est-à-dire : Hydra, A.I.M., L’Empire Secret, Le Spectre Noir et Byzantine. 
Ce disque a été fabriqué à partir d’un emblème des 4 Fantastiques, perdu lors d’une aventure de Red Richards et ses amis. Composé de molécules instables, il est virtuellement d’une capacité infinie. Inutile de dire que toutes les organisations citées sur ce disque veulent le récupérer. 
Et quand le Punisher apprend son existence, lui aussi se met en tête de le posséder, cela serait un outil de choix dans sa chasse sanglante. Et Spidey, que vient-il faire là-dedans me demanderez-vous ? Eh bien Mr Fantastic lui demande de surveiller DD qui a en sa possession du matériel appartenant aux FF. 



Avenging et Punisher sont scénarisés par Rucka, DD reste scénarisé par Waid. Le premier bon point, c’est que ces deux auteurs ont fait en sorte que la saga ne souffre pas d’un changement de scénariste en fin de partie, c’est appréciable de ne pas sentir une coupure nette. Cette impression est renforcée du fait que le même dessinateur, Marco Checchetto, officie sur les trois chapitres. Son trait est réaliste et son découpage est efficace, un beau sens du storytelling qui arrive à rendre la lecture agréable tant dans ses phases d’action que de pure parlotte. Les deux scénaristes rendent une copie assez prenante, alliant les moments de suspense et les rebondissements de situation avec des phases moins explosives. 




Les mauvais points en revanche, s’ils sont excusables du fait que la lecture est agréable et prenante jusqu’au bout, n’en sont pas moins crispants !!! Premièrement, ni Rucka ni Waid n’arrivent à pleinement contrôler l’humour de Spider-Man. Si cet aspect est une composante essentielle du personnage, il convient de ne pas en abuser à chaque page ni de faire en sorte que ça finisse par être lourd. Parfois, une réplique bien sentie est meilleure que deux cases de papotages juste pour que Spidey se la joue humoriste du dimanche : le mieux est l’ennemi du bien. 
Ensuite, Daredevil se baladant avec le disque dur autour du cou pour le garder en sécurité sur lui est une belle connerie dès lors que le symbole des Fantastiques est visible à 3 km (un gros rond blanc, pendant sur la poitrine rouge de tête à cornes, moi j’appelle ça une cible ambulante, sinon un appel au meurtre facile). Enfin, le côté moralisant de DD est trop appuyé lorsqu’il essaye de faire en sorte que l’alliée de Castle ne devienne pas comme Le Punisher, héros qu’il n’a pas su sauver de ses démons. 

Le reste du magazine se compose d’un épisode du Punisher dans lequel le héros à la tête de mort retrouve la place qu’il occupe depuis la reprise par Rucka, celle du second rôle qui intervient dans la vie de quelques protagonistes. Ici il apparaît dans la déposition d’un flic lui refilant des infos. Nos deux lascars ont été pris dans une invasion zombie à petite échelle menée par un super-vilain de seconde zone. Le pitch est couillon mais fonctionne pourtant très bien. Les dessins sont de Mirko Colak, qui possède les mêmes qualités que ceux de son collègue cité ci-dessus mais avec un côté un peu plus anguleux et rugueux.



L’épisode de Daredevil est centré sur un rendez-vous romantique de Matt Murdock qui raconte à sa nouvelle conquête comment il évita à Foggy Nelson de se faire virer de la fac. Autant le dire, cet épisode est tellement improbable et bateau que j’en étais gêné pour Mark Waid, capable de bien meilleurs travaux. Les dessins de Chris Samnee s’inscrivent dans la mouvance du DD actuel, plus cartoony. La toute fin relance malgré tout l’intérêt. 



Winter Soldier est l’exemple même de ce que Brubaker fait depuis des années avec Captain America : de l’espionnage de haute volée où le SHIELD joue un rôle important avec Nick Fury dans l’ombre et Black Widow en partenaire de choc et de charme (en lieu et place de l’agent Carter avec Cap). Le soucis c’est que, malgré les qualités flagrantes de la série, cela reste du Brubaker bien carré qui utilise une recette qu’on finit par connaître. Toujours délicieux mais plus si original que ça comme plat. Les dessins de Butch Guice collent parfaitement à une ambiance noire mais sentent un peu trop le classicisme. Son sens du découpage par contre tient parfois du conceptuel et cela rend la narration un peu dur à suivre par moment, mais comme ça n'est pas généralisé...