31 août 2013

Dan the Unharmable

Du gore, du sexe, des flingues et un super-pouvoir sont au menu de Dan the Unharmable, que l'on dissèque tout de suite !

Dan aime avant tout se la couler douce et écouter les Melvins, son groupe de rock préféré. Pour subvenir à ses maigres besoins, il consent parfois à jouer au détective ou au gros bras. L'activité présente le double avantage de ne pas imposer d'horaires fixes et d'être sans danger pour lui.
En effet, Dan est invulnérable. On peut lui tirer dessus, lui défoncer le crâne avec une batte de baseball ou même le précipiter du haut d'une falaise, il se relève toujours, pas très frais mais entier.
Cette fois, il est engagé par... sa propre fille, dont il ignorait jusqu'à l'existence, pour retrouver l'assassin de sa mère ainsi que ses soeurs, kidnappées apparemment par le gourou d'une secte.
Etre père, ça ne l'arrange pas vraiment, mais Dan n'est pas contre un billet ou deux...

Après un Chapeau Melon et Bottes de Cuir très moyen, et un Magic the Gathering complètement nul, on ne peut pas dire que le mois d'août aura brillé par la qualité des sorties non mainstream. Courageux, on tente tout de même Dan the Unharmable, écrit par David Lapham. L'auteur a des travaux très variés à son actif. Cela va de la jeunesse de Spider-Man (sa période catcheur pour être précis), au peu inspiré Terror Inc., en passant par la reprise de Crossed ou encore Silverfish, un thriller fort sympathique. De manière plus anecdotique, il avait également signé l'un des épisodes du recueil Matrix. Cette fois, il se lance dans une sorte de polar violent mais se voulant drôle.
Disons-le tout de suite, c'est là que le bât blesse, car les tentatives humoristiques tombent totalement à plat, voire même carrément dans le mauvais goût (à moins d'estimer qu'arracher la bite d'un type soit le summum de la poilade).

Dans l'introduction, Panini compare le héros avec le Duc de The Big Lebowski. A part une tendance à ne pas trop fréquenter les coiffeurs et à se balader débraillé, la comparaison s'arrête là. Car si le personnage incarné au cinéma par Jeff Bridges était sympathique et drôle, Dan s'avère surtout mollasson et franchement odieux. Un anti-héros, pourquoi pas, mais encore faut-il lui donner un peu de charisme. Dans ce domaine, il ne se distingue que par son improbable coupe de cheveux (qu'il partage d'ailleurs avec le bien réel Buzz Osborne, guitariste et chanteur des fameux Melvins, cités plus haut (cliquez sur le lien pour voir sa tignasse, ça vaut le coup)) et son manque total d'empathie (il se fiche aussi bien de son pote, retrouvé assassiné, que de ses filles, pourtant en danger).

Niveau dessin, on n'est pas à la fête non plus. Personnages tout raides (cf. illustration ci-dessous), bras sur-articulés (ici un bel exemple de deuxième coude), Rafael Ortiz s'avère être un peu à la ramasse, notamment lorsqu'il s'agit de représenter quelqu'un en mouvement.
Hein ? Heu, oui, même quelqu'un d'immobile finalement. Mais quand il n'y a pas d'action ou de scènes fixes, il s'en sort très bien.
Tout cela fait de sacrés défauts (on dirait un premier jet pas retravaillé ou un truc destiné à un fanzine), d'autant que l'extrême violence du titre surprend un peu (le ton étant plutôt à la déconne). Même le fait que Dan soit invulnérable n'apporte finalement pas grand-chose et reste incompréhensible.
Au final, ça aurait pu être drôle mais ça ne l'est pas, ça aurait pu être intéressant, ça ne l'est pas non plus. Si on juge les comics sur leur potentialité quantique, celui-ci doit être vraiment génial. Si l'on s'en tient à ce que l'on a sous les yeux, ben c'est tout pourri.
Encore une belle sélection du label Fusion !

Si l'introduction du comic, et sa comparaison cinématographique, vous donne envie, procurez-vous à la place le DVD ou le blu-ray de The Big Lebowski, là au moins c'est bien réalisé, drôle, c'est moins cher (moins de 10 euros) et vous n'aurez même pas besoin de tourner les pages.

+ hmm... c'est une (mauvaise) pub pour un bon film ! (ouf, j'ai cru que je ne trouverais rien de positif)
- mal dessiné
- personnage antipathique au possible
- un "humour" lourdingue
- du gore malvenu qui alourdit un récit déjà pas très digeste
- du sexe crados, bien putassier



28 août 2013

De l'Essentiel...

Cette section est un peu particulière car elle regroupe des chroniques basées sur l'écriture en général et l'évolution du milieu éditorial.

Il s'agit d'un domaine essentiel de ce blog, dans le sens où j'estime qu'il est vital de mettre en lumière des processus qui demeurent négligés ou méconnus mais qui n'en sont pas moins des leviers culturels et sociaux importants.

Etre auteur, traducteur ou éditeur, c'est influer sur le monde. Un peu au moins.
Cette influence, il est nécessaire de comprendre de quelle manière elle fonctionne. Et il est même utile de comprendre pourquoi, parfois, elle ne fonctionne pas.

La pop culture, domaine que j'aime et dont je me réclame, mérite qu'on puisse la traiter avec sérieux et respect. Pour cela, il faut s'interroger sur ses réussites autant que sur ses tares, et donc les mécanismes qui aboutissent au meilleur et au pire.

Ce qui est regroupé ici n'est en rien définitif, c'est là le témoignage d'une passion qui, je l'espère, reste maîtrisée et attrayante, n'occultant rien mais permettant au contraire de s'interroger sur les forces qui la sous-tendent.


Ce qui est au centre du processus créatif et de la technique, indispensable, qui permet d'être véritablement libre dans la création.

Un ouvrage essentiel pour comprendre ce qui est à l'œuvre dans une histoire et ce qui touche à l'universalité.

Une réflexion sur la manière de différencier les personnages et d'amener des ruptures dans le récit.

Les tics modernes décryptés, avec leur nocivité explicitée.

L'incroyable contre-évolution des Livres destinés à la Jeunesse ! 

Pourquoi, comme Gallimard le disait, nous, auteurs, éditeurs, correcteurs, avons passé un "pacte avec l'Esprit" !

- L'Auteur et ses Droits
Un bref résumé de ce que garantit vraiment la loi et de ce qu'elle permet (ou pas) contrairement à certaines idées reçues.

- Correcteur : maintenance et artisanat
Quelques réflexions, issues de mon expérience personnelle, sur un métier méconnu et pourtant crucial.

Le goût de la Vérité, inculqué dès l'adolescence grâce à Milou et aux Grands Anciens d'Hebdogiciel.  

Traduire, c'est comme les antibiotiques, ce n'est pas automatique. C'est même parfois très compliqué. 

Parfois, des gens parlent de nous, de ce que l'on aime, de ce que nous sommes. Et pas toujours en bien. Retour sur des idées reçues présentées comme de l'information. 

Et aussi :

- De la Doublepensée dans la Continuité
Petite réflexion sur le travail d'adaptation, inconscient, des lecteurs.

- Adaptation de Comics au Cinéma : l'Effet Boomerang
Pourquoi les films tirés de comics nuisent aux comics.

- Télérama et la SF : l'un des deux n'a pas d'avenir
Contre-vérités éclatées et pendules remises à l'heure.

- Fans possessifs et œuvres remaniées
Une fois diffusée, une œuvre appartient-elle encore seulement à son auteur ?

- La Culture Populaire et l'illusion du Geek
Ou pourquoi un terme peut nuire même à ceux qui le revendiquent... et finir par ne plus rien dire.



Magic : La Sorcière d'Innistrad

Les habitués du célèbre jeu de cartes, ou les simples amateurs d'heroic fantasy, peuvent se jeter depuis quelques jours sur Magic : La Sorcière d'Innistrad. Quoique... il n'est peut-être pas utile de trop se précipiter.

Nous avions déjà évoqué la déclinaison BD de Magic, the Gathering à l'occasion d'une chronique sur la série Path of the Planeswalker qui, si elle souffrait de quelques défauts, avait le bon goût d'être disponible gratuitement (certes uniquement en webcomics). Cette fois, Panini sort, sous son label Fusion, une aventure en quatre épisodes présentant un nouveau planeswalker.
Le monde de Magic est un multivers divisé en plusieurs plans que seuls les planeswalkers peuvent parcourir. Ils ont donc un rôle spécial, même dans le jeu où ils se jouent différemment des créatures : ils possèdent des capacités spéciales pouvant être activées grâce à leurs points de loyauté mais peuvent aussi, à la différence des créatures, être attaqués directement (ce qui permet parfois au joueur étant un peu à la ramasse de souffler pendant un tour ou deux).
Là encore, avec La Sorcière d'Innistrad, c'est donc un planeswalker qui tient le rôle principal.

Dack Fayden est un mage qui peut voyager de plan en plan et s'est spécialisé dans le chapardage d'objets magiques et autres artefacts. Le dernier bibelot enchanté dont il s'est emparé lui permet notamment de retrouver la trace de la vilaine sorcière qui a détruit son vilage natal. Le voilà parti sur ses traces, bien décidé à se venger, parce que, bordel, ça ne se fait pas de buter tout le monde comme ça ! 
Et la première réflexion qui vient à l'esprit lorsque l'on referme ce comic, c'est : ouch, qu'est-ce que c'est mauvais !
Le scénario est signé Matt Forbeck. Même mon chat serait plus inspiré. On peut difficilement faire plus vide et plus cliché : un personnage principal d'une rare fadeur, une sorcière encore plus lisse, des vampires sans charisme ni panache, le tout agrémenté par une longue course-poursuite et des combats ennuyeux (le dernier, à coups de blasts magiques, est mi-comique mi-pathétique). 

Alors, bien sûr, il y a bien quelques références et noms connus : on retrouve les cathares liés à Avacyn, un baron Falkenrath, on a un petit aperçu de Ravnica, mais tout cela reste plat et totalement dépourvu de la magie qui aurait permis de rendre l'ensemble intéressant. 
Niveau dessin, c'est Martin Coccolo qui s'y colle (en collaboration avec Christian Duce). Pas de quoi pavoiser non plus : les mondes parcourus restent désespérément tristes et sans âme, les planches sont en plus souvent trop sombres, et les effets "spéciaux" (comprendre l'utilisation de la magie) sont nuls. Voilà un ouvrage qui peut prétendre au top 5 des ratages de l'année.

Le bilan est évidemment calamiteux. Certaines illustrations des cartes (réalisées il est vrai par des pointures, du genre Aleksi Briclot), associées aux citations d'ambiance, s'en sortent largement mieux que ce comic en ce qui concerne la personnalisation de l'univers Magic. C'est dire ! Ce titre n'apporte rien aux joueurs et devrait consterner les adaptes d'heroic fantasy tant l'on a l'impression que l'intrigue est basée sur un scénario de jeu de rôles rédigé à la va-vite par un enfant de cinq ans. Et encore, ça dépend du gamin. Oui, c'est dur, mais il faut bien appeler une merde une merde.
Ah, il y a des illustrations en bonus quand même. Chouette.

Du junk-comic, vite écrit, vite lu et aussi vite jeté à la poubelle.

+ un véritable espoir pour tous les auteurs sans talent : oui, il est possible d'être publié quand même
- scénario d'une platitude inouïe
- personnages creux
- dessins simplistes, planches souvent trop sombres
- l'univers Magic totalement sous-exploité
- nombreux problèmes de lettrage, le texte étant souvent bien trop proche de la limite des bulles 



Lancement de la nouvelle saison de Côté Comics !


L'excellente émission Côté Comics fait sa rentrée avec le lancement de la saison #2.

Au sommaire : l'actu ciné et les sorties comics, un passage en revue du catalogue Glénat, et un petit retour sur le Comic Con Paris 2013.

Je rappelle que l'émission est diffusée sur Nolife et Mirabelle (détail des rediffusions sur le site). Pour accéder directement à l'émission du jour, c'est par ici : Côté Comics, s02e01.

Vous serez maintenant prévenus régulièrement dès qu'une émission sera en ligne.

26 août 2013

Chapeau Melon & Bottes de Cuir

L'on se penche aujourd'hui sur un comic très british avec l'adaptation de la célèbre série Chapeau Melon & Bottes de Cuir.

La télévision britannique a souvent fait preuve d'une inventivité dépassant largement, dans le domaine de l'humour ou de la science-fiction, les pathétiques tentatives gauloises. Chapeau Melon & Bottes de Cuir (The Avengers et The New Avengers en VO) fait partie de ces séries devenues cultes et profitant maintenant de la mode vintage.
Ces deux histoires, disponibles depuis quelques jours chez Soleil (et initialement publiées par Boom! aux Etats-Unis), mettent bien entendu en scène le très flegmatique John Steed, associé à la très sexy Emma Peel (même Tara King fait une apparition).

Au scénario, Grant Morrison, capable du meilleur (We3) comme du pire (Kill your boyfriend), ainsi que Anne Caulfield. Les dessins sont assurés par Ian Gibson, qui s'en sort d'ailleurs très bien, parvenant à ne pas trahir le souvenir qu'ont laissé les acteurs tout en recréant une ambiance fidèle à la série. Notons qu'il existe une version colorisée de ces épisodes mais que l'éditeur a opté pour le Noir & Blanc. Le choix peut se discuter mais paraît sensé ; si certaines planches bénéficiaient de la couleur (comme celles présentes ici, (cliquez en haut à gauche sur "see what's inside")), d'autres (cf. cette page) perdaient assurément au change sur le plan esthétique. 

Voyons de quoi il retourne au niveau des récits. Le premier (le plus long, écrit par Morrison), amène Steed et Peel à enquêter sur un étrange club de jeu dont les fondateurs ont le mauvais goût de décéder les uns après les autres, et de manière fort brutale qui plus est.
Le second, bien plus bref, entraîne les protagonistes dans un village déserté où ils devront faire face à des guerriers du peuple léopard - des descendants des incas - très énervés que l'on vienne déboiser leurs terres.
Dans l'ensemble, les fondamentaux sont respectés : humour pince-sans-rire, action désuète et une touche de bizarre, voire de fantastique. Pourtant, difficile de s'emballer. Les enquêtes ne sont guère passionnantes et les personnages, franchement lisses, n'existent que parce qu'ils bénéficient de l'aura télévisuelle qui parvient à leur insuffler un semblant de consistance.

Voilà peut-être le plus gros défaut de l'ouvrage : ne miser que sur la célébrité de la série (et sans doute également celle de Morrison) sans tenter d'apporter réellement quelque chose de significatif (seule Caulfield fait un maigre essai, d'ailleurs plutôt réussi, lors de l'introduction de son épisode). Sans le côté rétro et la pastille (virtuelle certes, mais inconsciemment présente) "vu à la télé", cette BD n'aurait jamais été publiée. Tout simplement parce qu'elle n'est pas assez travaillée au niveau du scénario.
Ceux qui connaissent la série seront sans doute déçus par tant de platitude, uniquement bousculée par quelques trop rares sympathiques clins d'oeil. Quant aux autres, ils passeront leur chemin, probablement avec raison.

Enfin, signalons que l'ouvrage est particulièrement aride sur le plan rédactionnel : pas de bonus, passe encore, mais il n'y a même pas non plus un petit texte d'intro pour présenter les épisodes (ou même la série dans les grandes lignes pour ceux qui ne la connaîtraient pas). Impossible donc, sans faire de recherches soi-même, de savoir d'où sort cette déclinaison papier des Avengers. Tout cela sent le service minimum, et c'est fort dommage.

Un comic rétro qui surfe sur le souvenir de qualités qu'il est loin d'avoir.

+ aspect graphique
+ ambiance originale relativement bien rendue
- récits à l'intérêt relatif
- personnages sans épaisseur
- aucun effort de la part de l'éditeur pour correctement présenter la série aux lecteurs   


22 août 2013

Une « grande saga Marvel » : Ultron Unlimited



Alors que se profile un second film Avengers fondé sur Ultron et une mini-série de six volumes qui fleurira dans vos kiosques prochainement au grand désespoir de votre comptable, j’ai eu l’occasion de me procurer pour une somme modique l’avant-dernier numéro de la collection Marvel : les Grandes Sagas qui permettait de lire d’une traite certains arcs majeurs permettant de mieux expliquer les événements agitant la continuité Marvel actuelle.

Avengers n°9 (que j’évoquais pour vous récemment dans les Conseils de la rédaction pour l’été) dans cette collection est ainsi presque exclusivement consacré à un arc retentissant : Ultron unlimited, qui a occupé aux Etats-Unis tout le second semestre 1999. Six épisodes, dont un prélude et un épilogue, complétés par une histoire mettant en scène un Jarvis rédigeant un article pour une célèbre revue consacrée au métier  de majordome. Passons très vite sur ce script tiré d’un Giant Size de 2008, qui n’est là que pour faire du remplissage, ce dont il s’acquitte honorablement, avec la dose d’humour qu’on attend de l’ineffable maître d’hôtel de Stark et des Vengeurs.

Aussi me suis-je demandé si mes collègues maîtres d'hôtel avaient vraiment besoin de savoir comment relancer un ordinateur intelligent, nettoyer un canon à neutrons ou réparer une brûlure de laser sur une cape.

Observer Jarvis mettre posément à l’abri les objets précieux lorsque le manoir est attaqué (par des robots vikings !?) tout en devisant avec Captain America et son employeur Tony Stark ou en sermonnant gentiment Thor (« Nous avions un accord : pas de coups de marteau dans la maison ! »), est un petit plaisir à ne pas négliger. Cela me permet d’attirer l’attention des lecteurs sur la grosse double coquille du sommaire, qui a interverti les titres anglais des deux derniers épisodes du recueil et ajouté une erreur au mot « majordome ».
Venons-en au cœur de l’album : Ultron. Cette création de Pym, qui à l’époque étudiait les nombreuses possibilités offertes par une Intelligence Artificielle performante, avait fini par se retourner contre son créateur, dont elle avait hérité des schémas mentaux ; elle avait effacé sa mémoire afin de pouvoir, dans l’ombre, patiemment, fomenter les plans nécessaires à sa conquête d’un monde trop organique à son goût. Evoluant en se dupliquant et transmettant ses connaissances dans des enveloppes de plus en plus performantes, Ultron a affronté les Vengeurs à plusieurs reprises. Sa sixième version le dotait d’une armure en adamantium, le rendant pratiquement indestructible. En outre, il avait engendré des êtres synthétiques qui avaient fini par se retourner contre lui : la Vision, Jocaste et même Alkhema.

Un ennemi redoutable, capable de parer à toute éventualité, infatigable et nourri uniquement du désir d’éradiquer l’espèce humaine de la surface de la Terre et de prendre sa revanche sur ces Vengeurs qui lui ont chaque fois barré la route, trouvant in extremis le moyen de le détruire (mais jamais définitivement, heureusement pour lui). Cette fois, Ultron va profiter du fait que le groupe de héros soit au creux de la vague à cause de ses démêlés avec l’Alliance et des déclarations intempestives d’Iron Man, de la semi-retraite de Giant-Man et de la Guêpe qui cherchent à reconstruire leur couple (Pym est un être torturé, souffrant terriblement d’un manque d’estime de soi et de sa culpabilité dans la création d’Ultron) et du triangle amoureux Vision/Wonder-Man/Sorcière rouge : Wanda ne peut nier son inclination envers Simon mais s’inquiète du comportement de son ex-mari, l’androïde Vision qui partage les mêmes schémas cérébraux (oui, c’est bien beau de jouer avec l’intelligence artificielle, mais si c’est pour créer des jumeaux maléfiques, on en arrive vite à des conflits œdipiens). On terminera par le fait que l’arrivée au sein du groupe de Justice et Firestar (qui ont payé de leur personne dans leur dernière aventure), deux anciens New Warriors, n’est pas du goût d’une presse acrimonieuse et polémique.

Lorsqu’Ultron va frapper, il prendra tout le monde de court, même la Panthère noire qui enquêtait sur des incidents survenus dans l’ambassade américaine du Wakanda. Il s’en prendra ensuite à son « père », Hank Pym, la Guêpe parvenant à s’enfuir pour donner l’alerte. Mais nos héros auront constamment un train de retard et ne pourront que constater le désastre lorsque la nation de Slorénie sera entièrement rasée par Ultron et ses forces, d’autant qu’ils ont eu fort à faire pour stopper l’attaque d’Alkhema, ce robot pensant « féminin » dont ils ne comprennent pas les motivations.
Busiek met en place une batterie d’épisodes au rythme assez élevé, les Vengeurs n’ayant jamais le temps de souffler, agissant d’abord sur plusieurs fronts avant de se concentrer sur la Slorénie où Ultron, devenu tout-puissant, échafaude d’autres plans qui ne pourront que signer la fin de l’Humanité. George Pérez apporte son inestimable savoir-faire dans la gestion de ces batailles titanesques, dans laquelle chaque petite victoire des Vengeurs n’est que l’annonce d’une menace plus grande encore. On assiste à des luttes désespérées où chacun aura la possibilité de briller : les armées de l’ONU secondent les héros sur les ruines d’un pays dévasté tout en sachant que c’est perdu d’avance.

Enlevé, dense, captivant malgré quelques ressorts un peu faciles (l’évasion d’Alkhema tient du grotesque), le récit ménage ses moments de tension intime, comme dans la très belle scène où Wanda, venue danser dans un restaurant spécialisé dans la cuisine transienne (son pays natal), surprend la présence de Vision dissimulé parmi les convives. Le découpage dynamique de Pérez rend hommage à la beauté sculpturale du personnage, tout comme il met en valeur la détermination d’un Captain America charismatique (souvent cadré en contre-plongée, rendant sa mâchoire carrée plus impressionnante encore) qui use ici d’un bouclier d’énergie fourni par Sharon Carter, censé remplacer le fameux bouclier d’alliage de vibranium endommagé pendant les Guerres Secrètes puis perdu et détruit (je ne sais plus dans quel ordre, d’autant que Cap a eu des répliques de ce bouclier, dont une fournie par T’Challa).
Sur les six épisodes, quatre sont véritablement consacrés à la guerre contre Ultron, avec une intensité croissante culminant dans des actes de bravoure insensés. Peu de place pour l’humour et on tiquera peut-être devant la grandiloquence d’Ultron, mais il est difficile de faire la fine bouche sur un des fleurons des éditions Marvel.

+ rythme enlevé
+ batailles titanesques mais lisibles
+ personnages élégants 
+ casting alléchant (beaucoup de personnages "invités")
- caractérisation des méchants un peu outrancière
- ressorts parfois usés

18 août 2013

Wolverine Hors-série #5 : Sushi (mais pas si chiant)



Le Wolverine hors-série de juillet, malgré un changement dans le graphisme du logo-titre, ne se voulait pas du tout dans la mouvance Marvel Now ! Au contraire d’ailleurs, puisqu’il proposait certes 3 récits complets et indépendants relativement anciens dont un datant de 2009. Seul l’épisode #309 de la série se voulait une introduction à la nouvelle ère. Sous couvert de mieux faire connaître à ses (nouveaux) lecteurs d’autres facettes du mutant griffu, Panini jouerait-il la carte de la nostalgie ? A moins qu’il ne s’agisse, encore une fois – et malheureusement, sauf pour les collectionneurs – que d’un prétexte pour refourguer des histoires médiocres dans un format rentable.

Donc l’épisode #309. Ivan Brandon se propose de nous préparer à l’orientation générale de la série future, avec un Wolverine qui s’attachera à réparer les erreurs passées, prêt à souffrir mille morts pour éviter qu’un énième innocent, quand bien même terriblement dangereux, ne soit abandonné à son sort. Ici, c’est d’Elixir dont il se préoccupe (même s’il a une façon très personnelle de partir à sa recherche, en fréquentant les bars et en couchant avec la première femme qui lui fait du gringue – c’est dingue l’attrait qu’il peut exercer sur elles d’ailleurs !) et il va se débrouiller pour l’entraîner malgré lui dans une enquête sordide remettant en lumière les tragiques événements liés à l’acte impie de la Sorcière rouge : en prononçant la fameuse phrase « No more mutants ! » elle avait non seulement annihilé les pouvoirs de nombre d’entre eux mais aussi engendré la souffrance et la mort des mutants non humanoïdes qui se reposaient entièrement sur leurs dons pour survivre. Pendant cette période sombre de la mutanité, quelques individus ont tenté, et pas toujours par philanthropie, d’aider les dépossédés. Logan et Elixir se retrouveront ainsi face à un être complexe, tragiquement cruel, qui a abusé de la crédulité désespérée de malheureux pour s’en sortir. L’histoire, illustrée par deux dessinateurs, perd très vite de son intérêt en mêlant les intentions de chacun des protagonistes, brouillant les perceptions (la première partie dessinée par Albuquerque est passable, avec des visages légèrement caricaturaux mais très expressifs, ensuite ça se complique et, en dehors de quelques lacérations sanglantes et autres démembrements, on se perd dans un fouillis de couleurs sombres) jusqu’à ce qu’on ne sache plus ce qui motive les personnages ; on comprend bien que, sous couvert de donner une leçon à Elixir, Logan l’incite à l’accompagner et le pousse à user de son pouvoir, mais on a du mal avec ses changements d’attitude incessants, parfois complètement impliqué, parfois plutôt détaché et presque indifférent. 


Assez déstabilisant. Reste un finale austère dans lequel Wolverine renvoie Elixir à ses chères études, à lui de retirer de cette expérience ce qui lui permettra d’aller de l’avant.

Je n’en sais pas plus que toi, petit. C’est ce qui me fait avancer. Je combats tous les jours ce que j’ai en moi. Et chaque nuit, je vais me coucher en pensant à tout ce que j’ai fait de mal en ce monde. Et quand je me réveille, je décide qu’aujourd’hui je ferai ce qui est juste.

Under the boardwalk date de février 2010. On nous propose un one-shot assez long traité sur le mode noir, bien aidé par des graphismes inhabituels mêlant photoréalisme et grands aplats sombres. Logan version bad-ass y remue le passé, poussé par une vieille dette, et s’aperçoit qu’il est manipulé, et pas forcément par celui (ou celle) qu’il croit. Intéressant mais inutilement long et confus, le traitement de la chute étant assez laborieux. C’est tout de même plaisant à lire.
Sushi, c’est tout le contraire : humour grossier, intrigue abracadabrantesque, dessins clairs privilégiant la dynamique, plutôt réussis. On y voit un Wolverine essayant de se racheter auprès d’une jeune fille tenant un bar à sushis et s’improvisant cuisinier (enfin, découpeur de poissons), puis partir en quête d’un aliment miracle. Ryan Dunlavey a-t-il repiqué un script de manga ? Ou juste consommé du crabe avarié ? Allez, c’est suffisamment léger et bon enfant pour qu’on passe l’éponge, même si les ficelles sont hénaurmes.
Revolver est intriguant et me laisse une impression mitigée, assez désagréable, mais qui finit par convaincre. Cette fois, on est dans le sérieux et le très dense : unité de temps et de lieu pour 95% du scénario, où Logan se retrouve dans une salle discrète de Vegas à miser sur une épreuve de roulette russe contre un individu qu’il pourchasse depuis longtemps. Le traitement graphique de Das Pastoras est très impressionnant, du genre qu’on trouve plutôt dans les albums des Humanoïdes Associés (il y a des aspects très Moebius dans ces visages lunaires, ces teintes pastel et ces textures). Les dialogues réduits au minimum et la bonne gestion de la voix intérieure entretiennent une vraie tension qui finit par exploser dans ce qu’on attend d’un épisode de Wolverine.

+ 3 one-shots, donc pas de souci de continuité pour les lecteurs occasionnels
+ 4 variations sur Wolverine, il y en a forcément une qui plaira
+ des artistes à suivre (Das Pastoras)
+ des surprises (Wolverine faisant des sushis !)
-  des incongruités (Wolverine faisant des sushis !)
-  des scripts parfois confus
-  ce n'est pas toujours de première fraîcheur

17 août 2013

La Splendeur du Pingouin

L'un des adversaires récurrents du Dark Knight est à l'honneur dans La Splendeur du Pingouin.

La collection DC Nemesis, lancée par Urban Comics, a pour but de se focaliser sur les grandes menaces du DCUniverse, parfois, comme ici, avec pour but évident de les moderniser et de redorer leur blason.
Il faut dire que le Pingouin, à l'origine, est un petit personnage bedonnant, très kitsch et se défendant à l'aide de... parapluies. Voilà qui est plus grotesque que véritablement effrayant, avouons-le.
De nos jours cependant, comme nombre d'anciens vilains, Oswald Chesterfield Cobblepot a pris un virage (visible également dans le prochain Batman Terre-Un) plus réaliste et sombre. Le but n'est pas seulement de rendre le Pingouin plus horrible mais aussi de lui donner une certaine épaisseur, notamment en allant farfouiller dans son passé.

La technique pourrait paraître éculée mais elle est si efficace qu'elle en est presque imparable : n'importe quel personnage dont on voit l'enfance difficile en devient aussitôt plus complexe, plus sympathique même. 
Ici donc, Gregg Hurwitz applique la méthode à la lettre, en nous faisant découvrir un Oswald rejeté par son père, persécuté par ses frères, et subissant les railleries de ses camarades d'école. Carton plein, ça va chialer dans les chaumières ! Sauf que... à part une ou deux scènes émouvantes, l'ensemble est assez mal amené. 
Le style de Szymon Kudranski n'aide pas vraiment, les planches étant aussi sombres que l'action parfois difficilement lisible (cf. ces cases par exemple), mais c'est bien le scénariste qui apporte le plus de confusion, par des transitions ratées et une narration brouillonne. Ce qui n'est pas vraiment une surprise puisque les mêmes défauts étaient déjà présents dans le Foolkiller ou le Moon Knight du même auteur. Ici encore, le côté fouillis domine, que ce soit lors de la scène où Batman tente de contenir l'attaque sur une école (il est quasiment impossible de dire ce qu'il se passe vraiment, cf. cet extrait d'une partie de la scène), ou à l'occasion de certains passages pourtant plus calmes (difficile parfois de comprendre ce que fait le Pingouin).

Le brave Hurwitz n'est donc pas très doué en matière d'écriture BD (il est également romancier, espérons qu'il soit meilleur), ce qui est encore souligné, très involontairement, par la présence en bonus d'un one-shot signé Jason Aaron (Scalped), accompagné aux dessins par Jason Pearson.
Il s'agit en fait de la même histoire (un Cobblepot cruel, cherchant maladroitement une compagne, et humanisé à coups de flashbacks sur son enfance, même la manière de procéder lorsque le Pingouin veut se venger est identique) mais... réussie. Et la comparaison est d'une rare violence. En un seul épisode, Aaron raconte bien mieux ce que Hurwitz tente de mettre en place en cinq. C'est efficace, compréhensible, parfois émouvant, et cela donne un Pingouin aussi fascinant que détestable, sans pour autant n'en faire qu'un méchant monolithique. 
Cela ressemble presque en l'état à la présentation d'un devoir prétentieux et mal torché, raccourci et corrigé par le professeur, en l'occurrence Aaron (sauf qu'en réalité, l'oeuvre d'Aaron, Joker's Asylum : The Penguin, est antérieure et a probablement servi de modèle au si navrant Penguin : Pain & Prejudice).

Urban a également rajouté deux planches plus "old school" qui présentent (résument plutôt) les origines du Pingouin. C'est un peu redondant, mais bon, pourquoi pas. L'on a droit également à deux autres planches présentant des recherches de covers (assez petites et simplistes). 
L'adaptation est globalement plutôt bonne si ce n'est une énorme erreur que l'on trouve sur la quatrième de couverture ET l'introduction présentant le personnage. Encore cette confusion entre gent (un nom, qui signifie "espèce" : la gent féminine) et gente (un adjectif, qui signifie "gentille", voire "noble" : une gente dame). Une maladresse qui n'est évidemment pas la meilleure façon de présenter un récit.

Un comic mitigé mais qui a paradoxalement un véritable intérêt didactique pour les auteurs amateurs tant, sur un même sujet, la différence de maîtrise entre Hurwitz et Aaron est flagrante (et dans cette optique, vous pouvez alors remplacer le "bof" ci-dessous par un petit "mouais"). 

+ le one-shot d'Aaron, propre et efficace
+ un Pingouin qui gagne en épaisseur psychologique
- des cases parfois incompréhensibles
- un Hurwitz englué dans une narration confuse, lourde et manquant d'inspiration


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Bonus du week-end : les figurines s'en mêlent (1)

13 août 2013

[Avant-Première] Batman : Terre-Un

Les débuts du Dark Knight, revisités par Geoff Johns, c'est ce que nous proposera Urban à la fin du mois avec Batman : Terre-Un.

Thomas Wayne est candidat à la mairie de Gotham. Face à lui, le maire sortant, Oswald Cobblepot, qui tient les syndicats, les juges, la police, la pègre... facile alors pour lui d'ordonner l'assassinat de son adversaire.
Un enfant échappe cependant au massacre.
Bruce Wayne va devoir surpasser le traumatisme de la disparition brutale de ses parents. Il va aussi grandir en ruminant l'injustice dont ils ont été victimes. 
Et puis, un jour, dans une Gotham rongée par la corruption et le vice, il décide que la peur doit changer de camp.
L'enfant a grandi, l'homme a pris sa décision.
La légende peut naître...

Tout comme Straczynski l'avait fait pour Superman, Geoff Johns signe ici un récit hors continuité, qui reprend les bases du mythe batmanien. Si la modernisation n'est pas flagrante (le concept au coeur de la création de Batman en ayant moins besoin que celui de Supes), la même recette est toutefois appliquée : ambiance réaliste et grande accessibilité. Johns, en habitué de la réécriture des origines (il s'était notamment déjà livré à l'exercice avec Superman : Secret Origin), maîtrise parfaitement son sujet. Malgré certains passages imposés, que l'on sent venir sans véritable surprise, l'auteur parvient à mettre en place une histoire solide et tendue, avec un adversaire plutôt effrayant et un Bruce Wayne découvrant à la dure les aléas du rôle de justicier masqué.

Les grandes figures liées à Batman sont présentes également. Alfred Pennyworth tient une place importante de mentor et père de substitution, quant à Gordon, en vieux briscard désabusé, il évolue progressivement, tentant avant tout de ne pas mettre sa fille en danger. 
Même les seconds couteaux sont plaisants et loin d'être manichéens, ainsi, l'inspecteur Bullock, agaçant petit arriviste égoïste et héros d'une série TV, va peu à peu dévoiler un caractère plus complexe que l'on n'aurait pu le supposer.
Le combat final est épique et la conclusion fourmille d'excellentes pistes pour la suite.
Visuellement, c'est très beau, Gary Frank livrant de superbes planches qui, entre autres, rendent parfaitement l'ambiance oppressante et angoissante de Gotham.

Idéal pour un premier pas dans l'univers de Batman, mais les lecteurs plus expérimentés devraient apprécier tout autant.
Sortie prévue le 30 août 2013, chez Urban Comics.

+ tendu et prenant
+ un ton réaliste qui fonctionne très bien
+ des personnages secondaires fouillés et crédibles
+ graphiquement superbe
+ accessible
- de nouveau le traditionnel couplet sur les origines 


12 août 2013

Spider-Man (v.4) 2 : bon Superior & annual raté

L'on s'intéresse aujourd'hui au tome #2 de la quatrième version de la revue du Tisseur, sorti ce mois, et continuant à exposer les aventures du nouveau Superior Spider-Man.

Après l'énorme bilan Marvel Now ! commencé par Geoffrey ce week-end (cf. parties #1, #2 et #3), nous nous penchons de nouveau sur Spidey et sa nouvelle et radicale évolution, maintenant bien installée en VF. A ce sujet, il vous est maintenant possible de lire cette chronique, consacrée à l'analyse des premiers épisodes de Superior Spider-Man, sans risques d'être spoilés.
Le mensuel s'ouvre donc justement sur les épisodes #3 et #4 de Superior Spider-Man, écrits par Dan Slott et dessinés par Ryan Stegman et Giuseppe Camuncoli. Et, fait qui n'est pas courant avec Slott, c'est très bon !

Parker, en témoin impuissant des agissements de son remplaçant, ne peut que se lamenter devant certains choix d'Octopus, maintenant installé dans son corps et dans le rôle du Monte-en-l'air. Octopus connaît également quelques désagréables surprises, notamment lorsqu'il apprend que Parker n'a pas de doctorat... lui qui tient tellement à ce qu'on l'appelle docteur, cela a le don de l'agacer prodigieusement.
Avec un Octopus sur la voie de la rédemption aux commandes, Spider-Man devient plus violent et radical. Il n'hésite notamment plus à blesser, parfois gravement, ses adversaires. Même dans sa vie quotidienne, il prend de l'assurance, parvenant même à manipuler Jameson. L'humour reste encore présent, bien que l'absence de Mary Jane fasse regretter le numéro de drague des premiers épisodes. Niveau ennemis, après un Vautour quelque peu anecdotique, les adversaires devraient se corser avec l'arrivée de Massacre et du Bouffon Vert.
Le tout est servi par un aspect graphique très agréable et parfois même spectaculaire.
Reste à voir si Slott va tenir sur la longueur et préserver les changements positifs qu'il a réussi à mettre en place.

Avec seulement deux titres Superior, il reste beaucoup de place au sein de la revue, attaquons-nous maintenant au reste du sommaire.
Pas de bol, on n'échappe pas à Avenging Spider-Man, qui, malgré le fait que l'épisode du mois soit d'actualité (Otto est sous le masque), continue à marquer des points en vue du concours de la série la plus soporifique de l'année. Le scénario (scénario ? vraiment ?) est de Christ Yost, qui pourtant n'est pas mauvais sur Scarlet Spider, mais se contente ici d'une improbable histoire à dormir debout, mettant en scène une araignée géante qui attaque la ville. On a droit aux X-Men en guests. Rien de bien transcendant malgré un combat Spidey/Wolverine. Du déjà-vu, à la narration vieillotte.
Au niveau des dessins, c'est par contre très bon, avec un excellent Paco Medina aux crayons.

L'on termine avec l'annual 2012 de Amazing Spider-Man. Brian Reed est au scénario, les dessins sont réalisés par Lee Garbett.
Là, c'est presque à étudier tellement c'est sans intérêt. Le récit repose sur une énième modification accidentelle du continuum espace-temps. Parker en profite pour se complaire encore une fois dans l'auto-apitoiement, en réalisant que le monde serait mieux sans lui. La résolution du binz est complètement tirée par les cheveux et tout aussi ennuyeuse que le reste.
Mais le pire n'est même pas le vide scénaristique de cet annual, car lorsque l'on se penche sur les dessins - ou plutôt leur absence - l'on est obligé de se demander si ça ne sent pas un peu l'arnaque. Garbett a en effet trouvé le moyen de dessiner vite : dessiner peu !
Le nombre de cases "vides", sans décor, est proprement hallucinant. Bien entendu, le procédé n'a rien en général de honteux et permet de souligner parfois certains effets, la technique est même courante, mais lorsqu'elle devient systématique, il y a alors lieu de s'interroger. Je vous ai fait une petite compilation d'une dizaine de cases (que vous verrez en cliquant ici), afin d'illustrer le problème (l'annual en contient bien plus encore).
La prochaine fois, Marvel a autant vendre un crayon avec l'épisode, les lecteurs pourront terminer les planches eux-mêmes.

Eh bien voilà un résultat mitigé, avec d'un côté un Superior bien fichu, et de l'autre un annual pathétique, plus Avenging, toujours aussi inutile. Mine de rien, cela plombe largement le mensuel dont la majorité des planches (les 3/5ème tout de même) sont dispensables. Heureusement, Scarlet Spider revient le mois prochain avec deux épisodes, on devrait largement y gagner au change.

+ Superior Spider-Man, inventif et bien écrit
+ Stegman, Medina...
- un annual pourri
- un Avenging qui n'a rien à envier à l'annual
- Garbett, qui a essayé de nous la faire à l'envers, discrètement, en espérant qu'on ne remarque rien
- toujours l'absence de contenu rédactionnel de la part de Panini... enfin, si, à un moment, ils expliquent ce qu'est un annual. Youpi... 

08 août 2013

Wolverine 1 : Un vent nouveau (qu'ils disent)



Variant cover par Coipel
Voilà que l’opération Marvel Now relance (encore) la série du mutant griffu. Vu que j’ai laissé tomber la production du tout-venant de chez Panini, voyons ce que donne la série, seuls fascicules que je continue à acheter parce que… eh bien parce que.

Mon libraire préféré, pas du tout anéanti par ma décision de quitter le giron de Marvel (il sait qu’en revanche j’y reviendrai à chaque édition d’album et fourbit déjà ses arguments de vente, le bougre), m’avait mis de côté l’édition collector, avec une illustration signée Coipel, pas mal du tout. J’ai hésité tout de même devant le prix et puis… bon, ben il a de la chance d’être sympa.

A l’intérieur, trois épisodes : deux pour la suite de Wolverine & the X-Men rédigée par un Jason Aaron qui se lâche complètement (le côté farfelu atteignant des sommets lors du recrutement d’un nouveau prof par une Kitty Pryde blasée). Nick Bradshaw suit le mouvement en soignant ses détails et on finit par se faire à ces personnages qui semblent tous avoir rajeuni et à ces couleurs vives donnant un aspect un peu cartoon à l’ensemble. Pourtant, les dangers planant sur l’Ecole Jean Grey sont toujours présents et on peut mal digérer l’écart entre ces graphismes sucrés et la cruauté ou la perversité des adversaires. Et alors que le Club des Damnés junior fomente une énième revanche sanglante, l’arrivée d’un spectacle itinérant d’un genre particulier promet quelques moments très excitants. Las, l’épisode suivant (Wolverine & the X-Men #20) choisit un autre centre d’intérêt, multipliant un peu trop les points de vue sur l’école : Angel, toujours en train de se chercher une identité et un but, décide d’aider les nouveaux mutants à s’intégrer. La presque totalité de l’épisode le met aux trousses d’une jeune requin-garou (?) qui a bien du mal à accepter la réalité de ses pulsions et transformations. En outre, les dessins de Sanders paraissent assez grossiers et rétrogrades, ce qui nous laisse penser à un épisode bouche-trou rythmé par quelques dialogues savoureux. Sinon, Angel développe de nouveaux pouvoirs et le final réserve une suite prometteuse quoique fleurant le déjà-vu.

Reste le plat de résistance, le nouvel arc de la série principale (qui en est donc à son 5e volume) : Hunting Season est donc confié aux bons soins du duo britannique Paul Cornell & Alan Davis (avec toujours Farmer à l’encrage). Les habitués de Clan Destine et d’Excalibur retrouveront la « patte » Davis, ses silhouettes élégantes, sa mise en page dynamique, ses visages expressifs (quoique les hommes aient une fâcheuse tendance au faciès légèrement prognathe) dans une ligne claire et parfaitement intelligible qui se prête bien aux déferlements de puissance. Si le script ici pique la curiosité par sa radicalité et son refus de la facilité (pas de « voix off », pas de retour en arrière explicatif), il ne permet pas d’en dire davantage tant on manque d’éléments : la première case nous montre Logan en très mauvaise posture et le récit se permet quelques instants de violence gratuite assez originaux, même pour un Wolverine. Ecrit comme un épisode de feuilleton télévisé, il n’y a guère de « gras » : pas de dialogue inutile, pas de changement de lieu, pas d’intrigue secondaire, pas d’intervention d’un tiers ; juste Wolverine et un ennemi qu’il refuse de reconnaître comme tel. Et beaucoup de victimes. 

A suivre donc.


+ des finales prometteurs
+ beaucoup d’humour
+ beaucoup de violence
+ des dessins agréables et intelligibles (Bradshaw, Davis)
-  un épisode décevant
-  un sentiment de déjà-vu